LES PAYSAGES D'HIVER PAR LA NEIGE
peuvent se rencontrer : troncs d’arbres foncés, feuilles mortes, cèdres au feuillage noirâtre, enveloppés de blanc, terre couverte d’uniformes placards de neige, gradation délicate de lumière et d’ombre. Rendre de tels effets est tâche un peu bien malaisée, très en dehors du travail courant. — On la surmonte cependant assez vite, après l’avoir tentée plusieurs fois.
La neige largement étendue réfléchit beaucoup de lumière. Elle peut, on s’en doute, être photographiée aisément, lorsqu’il n’y a pas de contrastes rudes. Un sujet comme un bonhomme de neige, par exemple, se dressant en plein ciel, comme fond, peut être aisément pris par un débutant quand son objectif est fortement diaphragmé, ou mieux muni d’un écran jaune (i), et l’obturateur bien réglé. Mais, sitôt que vous l’entourez, ledit bonhomme, par exemple, d’un groupe d’enfants occupés à ramasser des boules de neige, à les presser, à confectionner un autre bonhomme, vous introduisez à l’instant des contrastes très notables, partant des complications dans votre travail, telles que vous êtes obligé de faire appel à toute votre ingéniosité. Un combat dans lequel des enfants se lancent des boules de neige, avec terrain couvert de neige au premier plan, et, comme fond, un vaste fort tout en neige, des boules volant dans l’air, et de la neige qui tombe, voilà un sujet d’hiver excellent en soi, mais excessivement difficile à prendre. Un artiste le croquerait avec transport.
Mais, nous autres photographes, malgré la rapidité de nos plaques et l’épaisseur de leur couche sensible, il nous semble, à première vue, qu’avant que les détails soient fixés dans les figures tout le reste deviendrait si dense, si dense, qu’aucun détail ne pourra y être vu.
Pourtant, un bon résultat est toujours possible à la condition qu’on ne dédaigne pas trop la vieille formule, « posez pour les ombres et laissez les lumières s’arranger d’elles-mêmes ».
Nous dûmes le résultat le plus satisfaisant qui nous fût donné d’obtenir dans ce genre d’images, à une exposition prolongée sur une plaque orthochromatique et anti-halo, d’une grande sensibilité.
Les parties recouvertes de neige vinrent pleines de douceur et de détails, malgré la pose prolongée exigée par les vêtements relativement sombres des gamins. La neige était si surexposée que toutes les parties du négatif, que sa représentation affectait, se montraient d’une intensité plutôt faible, alors qu’avec la plus petite sous-exposition elles seraient apparues intenses au point de ne rien produire sur le papier.
Sous bois, on obtient également des résultats excellents, en faisant usage également d’une plaque orthochromatique anti-halo rapide. L’anti-halo est dans l’espèce d’une nécessité absolue. La rapidité de la plaque ne l’est pas autant. Il semble bien même, que du moment qu’on n’a pas affaire à un sujet animé, mieux vaut utiliser des plaques lentes.
Est-ce parce que la durée de la pose s’en trouve naturellement augmentée? C’est bien possible. La nature de la plaque joue donc un rôle d’une certaine importance dans le paysage d’hiver.
Quand, par la nature du sujet, on peut poser largement, très largement, il est de tout point préférable de faire usage d’un écran jaune. Celui à coefficient 20 est excellent, malheureusement, il ne saurait être employé avec cette intensité si l’on veut reproduire des effets de tempête de neige, alors que la terre est bien couverte. En principe, lorsque l’on travaille au plein du jour, les résultats sont très attrayants, d’un beau réalisme et d’une difficulté non insurmontable.
Evidemment, il faut faire appel à l’instantanéité, mais on la fera aussi lente que possible. Si l’on peut même l’employer avec un écran jaune, au moins à coefficient 2, mieux cela vaudra.
De tels négatifs demandent à être développés très lentement, mais surtout dans un bain faible pour éviter la montée des intensités et dans un bain chaud (20' c.) pour forcer les détails des parties sombres à sortir. 11 sera donc bon que le développateur soit composé avec un révélateur n’empâtant pas. C’est tout aussi important pour une bonne réussite que de poser largement.
Quant au tirage des scènes de neige, on ne doit jamais employer d’autres papiers que ceux qui fournissent des blancs et des noirs parfaits.
Une pareille scène tirée sur papiers aristotypiques, virés à l’or, donc à tons chauds et pourprés, est une véritable faute de grammaire, ne l’oubliez pas.
Les papiers au gélatino-bromure, au platine, et les charbons à tons noirs, gris ou bleutés sont tout indiqués et d’une façon pour ainsi dire exclusive.