CE QUE L’ON APPREND
CHEZ LF VOISIN
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ÉLAs! je ne sais si vous me croirez, mais je vous avoue franchement que ce n’est point une sinécure d’avoir toujours l’esprit tendu vers « l’article à faire ». Vous vous inquiétez peu de ma tablature pourvu que votre journal vous arrive à la date fixée. La direction du Photographiste est absolument comme vous. Elle ne veut même pas être assimilée à Louis XIV et faillir attendre. Sous cette double pression le pauvre rédacteur se pressure le crâne et malmène ses méninges. Or, pressurant et malmenant, je feuilletais l’autre jour, dans l’espoir d’y trouver pâture, la documentée Pratique en photographie de mon rédacteur en chef. Soudain, mes yeux se sont arrêtés sur cette phrase : « En dehors de la mise en train très simple, on peut en exécuter une plus compliquée, consistant à modifier entièrement le phototype primitif. Les Anglais qui, il faut bien l’avouer, nous ont précédé dans le domaine de l’art photographique, sont passés maîtres en ce genre de tr£,vail?... » Parbleu, me suis-je aussitôt exclamé, le voilà bien l’article à faire! Aller demander aux Anglais comment ils s’y prennent pour constituer ainsi de toutes pièces et avec toutes pièces un véritable tableau.
Que de fois, en effet, nous rencontrons des sujets qui approchent — oh ! qui approchent seulement et combien faiblement souvent — de la vue que nous concevons, mais qui pourraient, en mieux, approcher encore sans un inconvénient quelconque, sans un objet gênant qui gâterait ce qui pourrait être notre chef-d’œuvre. En dehors du ciel qui fait défaut, l’avant-plan ou le point de distance peut ne pas nous convenir.
Une rivière nous offre par ses berges une courbe gracieuse, mais le dernier plan demeure d’une insignifiance crasse, soit qu’il présente une rangée d’arbres rigides ou soit qu’il ne montre pas d’arbres du tout. Qui n’a pas rencontré une ferme heureusement située avec un avant-plan trop nu
et sans attrait? Dès lors, pourquoi ne pas faire un négatif du cours d’eau à la courbe gracieuse et y introduire un fond convenable par la combinaison d’un négatif de la ferme, heureusement située, avec addition sur les deux d’un avantplan intéressant. Les vieux collectionneurs crient, aussi haut que leur tête peut en porter, que ce n’est point là de la vraie photographie. Qu’est-ce donc, s’il vous plaît, messeigneurs, que la vraie photographie? C’est de la peinture vraie, ne vous en déplaise, qui n’est probablement pas telle pour ceux qui ne sont pas capables de la produire. Une photographie doit être jugée, non d’apres le procédé par lequel elle a été établie, mais par ce qu’elle
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fournit, rend et suggère. Sans doute, le photographe ne doit pas faire une image fausse, bâtarde, contre nature. Dans les images élémentaires, qui doivent concourir à la formation de l’image finale, le point de distance doit être rigoureusement proportionné à l’avant-plan et il faut que l’éclairage soit exactement de même nature et de même valeur. Chose du monde la plus facile, quand il ne s’agit que de lumière diffusée, sans effet particulier bien marqué.
C’est de cette manière que la « Hampshire Farm » de M. B.-C. Wickison que nous reproduisons ci-contre fut produite. D’abord un groupe de bâtiments de ferme admiré de l’artiste l’avait séduit. Par malheur, l’avant-plan formé par une vaste prairie, offrait moins que de se réservant de modifier ce premier plan quand l’image positive reproduite par notre figure j . U
Fig. 3 c. wiCKisoN
forment notre globe terraqué. Prenant d’abord le positif sur papier à image directement visible, en Il obtint ainsi une épreuve des bâtiments et des mètres environ sans la ferme, qui présentait un estompage du fond sur lequel elle était située. L’épreuve étant ainsi impressionnée à sa valeur finale, fut retirée du châssis-presse et placée derrière le négatif de la rivière en ayant soin de placer un cache en travers de la partie supérieure, de façon à couvrir le ciel et la ferme. Cette seconde impression produisit une épreuve où la ferme et la rivière étaient convenablement combinées. Ces deux opérations terminées, l’artiste procéda à la troisième, en plaçant l’épreuve derrière le négatif du ciel, la partie inférieure masquée par un cache. Le ciel impressionné de la sorte, l’épreuve fut finalement soumise à l’impression du négatif de la masse d’eau ridée; tout ce qui ne corres-
l’intérèt. Il fit cependant un négatif des bâtiments, une bonne occasion se présenterait. Il fournissait jour, il songea à cette modification en déambulant le long de la petite rivière Wheathampstead et s’empressa de photographier celle-ci. C’est notre figure i. Mais un paysage sans ciel est à peu près nul. Il chercha donc un ciel et, comme ses premiers négatifs étaient pris sans effet particulier, il choisit un simple effet de soir. La figure 3 montre le ciel fourni par ce négatif. Sa petite rivière, cependant, le chiffonnait, parce que son eau ne l’était pas assez, chiffonnée, et constituait une malencontreuse masse blanche uniforme. Au cours de ses promenades, il avisa alors une masse d’eau quelconque (fig. 4) dont le seul, maisle très grand intérêt pour lui, était que la brise la frissonnait de mille rides. Tous ces négatifs avaient été pris au même format.
Voici maintenant comment il combina ces quatre éléments. Juste le nombre de ceux qui négatif des bâtiments de la ferme, il en a fait un se servant d’un cache pour masquer l’avant-plan. arbres, moins un espace de trois ou quatre milli-
Fig. 4 c. WICKISON
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pondait pas à la rivière étant, bien entendu, masqué par des caches.
La figure 5 montre ce qui résulta de ces quatre impressions. Il n’est pas douteux qu’elle vaut mieux que l’épreuve originelle de la ferme. On peut la garder ainsi ou la copier à la chambre noire pour en obtenir un négatif propre à l’agrandissement. Toujours est-il que ce mode de procéder peut rehausser considérablement une composition.
Quelques-uns diront que ce sont là bien des tracas. Je leur répondrai : Voyez le résultat final. Ne vaut-il pas mieux qu’il soit composé d’une demi-douzaine de plaques, du moment que ce résultat est plus satisfaisant que celui que l’on obtiendrait avec n’importe quelle plaque prise parmi des et des douzaines? je suis convaincu que ceux qui essaieront ce procédé le trouveront plutôt plein d’attraits que de tracas, même qu’ils se trouveront à leur grande surprise et aussi à leur grande joie, possesseurs de nombreux négatifs insignifiants, mais qui, suivant les cas, pourront, avec un avant-plan ou un fond bien appropriés, leur fournir des œuvres d’intérêt et de charme.
Jiampshire Tarn
(Jl suivre.)
FELIX HERVIEU