LE PAYSAGE EN ANGLETERRE
HEMiN faisant nous avons vu que, dans le travail du paysage, il fallait envisager deux points importants : le report du ciel et le report de l’eau. Ce que j’ai dit vous a mis à même déjà de faire un bon report de ciel. Il nous reste à voir, avec détails, sinon absolument le report de l’eau, qui est, en somme, le même que le report du ciel, ou de toute autre partie, du moins la façon de prendre les eaux qui doivent être reportées, afin qu’elles se présentent avec toutes les délicatesses de détails constituant les frissons de la brise ou le mouvement du courant. Ce mouvement du courant est principalement très marqué dans les chutes d’eau. Ce sont donc celles-là qu’il faut envisager surtout. Sachant les prendre et les rendre nous saurons prendre et rendre n’importe quelle eau.
La plupart des essais qui ont été faits pour rendre l’eau courante, ont échoué, soit parce que l’eau formait une masse blanche, sans vie, ses alentours étant bien rendus; soit, qu’au contraire, l’eau fût pleine de gradation et de mouvement et que les rocs et les bords se montrassent trop empâtés. Les mécomptes de l’une et de l’autre nature sont fréquents, que dis-je? continus dans la photographie des paysages. M. E. Marriage me semble être un de ceux qui aient le mieux étudié la question et celui qui soit arrivé à la résoudre, au plus près, en combinant les deux résultats.
Les figures i et 2, à la page ci-contre, montrent les épreuves des deux négatifs.
Le spécimen de longue pose (fig. 1) fut produit sur une plaque orthochromatique, avec emploi d’un écran coloré, et l’exposition faite par un matin de février fut exactement d’une durée de trois minutes, l’objectif travaillant à l’ouverture utile F, 24.
Les roches et pierres du torrent sont remplies de détails et parfaitement graduées. En revanche, les hautes lumières de l’eau ne sont pas accentuées; ce qui fait paraître l’épreuve sous-exposée. La figure 2 résulte d’une courte pose, soit i/25 de seconde avec un obturateur de plaque.
L’ouverture utile de l’objectif était plus grande, soit: F, 9. On employa, de même, une plaque orthochromatique, mais sans le secours d’un écran coloré. Dans ces conditions la pose devenait forcément trop courte pour admettre la plus petite gradation dans les rocs, mais demeurait très suffisante pour enregistrer nettement l’éclat et le mouvement de l’eau.
Dans la prise successive de ces deux négatifs, il faufavoir soin de ne pas modifier la place de l’appareil, entre chaque pose, et il n’est pas nécessaire de changer le mode de développement. La figure 1 représente tout simplement les rocs et les pierres ; la figure 2 représente le torrent proprement dit. Dans ces conditions, le négatif correspondant à la figure 2 doit rendre tous les menus détails dans les hautes lumières, en les gardant accentués et sans que les ombres s’en trouvent alourdies.
11 est facile, dès lors, par tirage sur papier à image directement visible, de combiner l’impression des deux négatifs pour obtenir une image unique bien complète.
Voici le mode opératoire: tirez les rocs à moitié de leur vigueur sous le négatif i, placez ensuite
(1) Voir les n"* 7 et 8 du Photographisle.
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COMMENT ON TRAVAILLE LE PAYSAGE EN ANGLETERRE
l’épreuve ainsi obtenue sous le négatif 2 et exposez jusqu’à ce que les détails de l’eau se naontrent parfaitement lisibles. De cette façon, les rocs seront probablement assez tirés à leur bonne valeur. S’il en était autrement, on aurait recours à une troisième impression faite sous le négatif n° i. La figure 3, In Herber’s Ghyll, nous montre l’épreuve finale obtenue par la combinaison des deux négatifs i et 2 sans retouche ni sans artifice, autre que ce qui vient d’être dit.
Un coup d’œil suffit pour vous prouver que cette façon de procéder a pour effet de réduire les contrastes dans les parties foncées du sujet, attendu que, lorsque l’épreuve s’impressionne sous le négatif n° 2, les ombres reçoivent une légère teinte uniforme et générale. On pourra se servir d’un cache, s’il le faut, pour cette phase du tirage.
J’estime, comme étant d’une pratique plus simple et plus sûre, de se servir d’une diapositive de projection, sous-exposée, et représentant l’image correspondant au n° 1 . On posera cette diapositive sur le négatif 2 pendant une partie ou toute la durée du tirage. 11 est en tous points préférable, en effet, de remplacer le cache en papier par une plaque de projection ayant des dimensions un peu plus grandes que celles du négatif. La mise en place en sera plus commode. Les côtés verre du négatif et de la diapositive sont mis en contact. Les deux couches de gélatine se trouveront ainsi séparées entre elles par deux épaisseurs de verre. Cette large séparation n’est point de primordiale nécessité. 11 vous est donc parfaitement loisible de faire votre diapositive sur celluloïd mince au lieu de la faire sur plaque de verre. Au reste, la figure 3 est un exemple de l’emploi d’une diapositive sur verre, comme cache, suivant la manière que je viens de décrire.
On remarquera que, par le seul fait de l’emploi d’un positif comme cache, on met, du même coup en pratique deux procédés de tirages artistiques recommandés, depuis longtemps déjà par de bons auteurs, à savoir : le tirage, avec interposition, entre le négatif et le papier, d’une lame transparente mince, et le tirage, avec doublement de l’image à tirer, par une image imparfaite sur verre et de sens contraire, venant contrebalancer les trop vives oppositions.
11 va de soi que ce procédé, utilisable pour la prise et le rendu des lumières vives et des détails d’une eau en mouvement, peut également aussi être utilisable dans la pose et le rendu de tout autre motif présentant des contrastes très violents, ou des oppositions de coloration de valeurs actiniques essentiellement différentes. Par exemple, un ciel très lumineux et un paysage sombre, par son terrain et ses verdures. Si, dans ce cas, le ciel est vraiment bien celui qu’il faille pour le sujet, on aura intérêt à le conserver, donc il sera bon, dans ce cas, de faire deux négatifs : l’un du paysage et l’autre du ciel et de les combiner à l’impression comme je viens de l’indiquer.
Du reste, j’estime qu’on ne doit jamais s’écarter de ce procédé de tirage tant qu’il s’agira de reproduire seulement une ou deux épreuves sur papier à image directement visible. Mais, si l’on vise à une reproduction nombreuse, il devient préférable de reprendre, à la chambre noire, un négatif d’après une photocopie obtenue par la combinaison des deux négatifs originels. On pourra ainsi tirer de nombreuses épreuves par contact ou par agrandissement.
Ces véritables moyens d’art demeurent très légitimes en eux-mêmes, puisqu’ils ne font appel qu’à la photographie pure et simple. Pour l’amateur patient, ayant du goût, et le sens artistique développé par l’étude, ils deviennent une source à peu près intarissable de plaisirs et de satisfactions. Je les engage fort à y boire, a cette source, qui sera, pour leurs œuvres, une réelle source de Jouvence.
FÉLIX HERVIEU
Humer au Bois les senteurs printanières, sous le soleil encore tout pâle des froidures en allées, n'est-il pas un de nos minces bonheurs terrestres! C'est à qui le goûtera. JHais comment te goûter , Les fins connaisseurs prétendent qu’on ne le goûte bien qu’à cheval. Peut-etre ont-ils raison!... Æais encore faut-il avoir un cheval et combien peu s’offrent ce luxe aujourd'hui?. .. o o o o o o