LES APPATS OU PIÈGES A PHYLLOXÉRA
Ici, nous marchons déjà sur le terrain de l’observation et de l’expérience. C’est un fait certain que les jeunes Phylloxéra aptères, dans leurs migrations, se portent sur les premières racines qu’ils trouvent à leur convenance, et qu’ils ont en particulier une prédilection marquée pour les radicelles adventives qui se développent, soit à la base des ceps buttés, soit sur les sarments bouturés ou marootés-. Partant de ce principe, nous proposons de placer dans les points d’attaque des vignes des sarments enracinés (chevelées ou-barbées) ou, si c’est au
printemps, des sarments encore sans racines, mais sur lesquels on aura pratiqué en long au couteau, dans la partie qu’on enterre, des plaies longitudinales. On pourrait faire même dans ce but, lors de la taille de la vigne, provision de sarments, qu’on stratifierait dans le sol aux endroits où se trouve le Phylloxéra , en les enfonçant par bottes, â une certaine profondeur, entre les rangs de souches (avec la précaution de faire sortir à l’air une courte portion'de leur'longueur). Ces sarments attireraient au printemps, sur leurs dénudations, les Phylloxéra migrateurs; ils les nourriraient quelque temps sur place, les empêchant ainsi d’étendre le cercle de l’infection hors du rayon de l’année précédente. En été, lorsque la plantation des boutures ou la couche des provins abois dépouillé de feuilles n’est plus possible, c’est en couchant dans lè sol les sarments feuillés'des vignes encore assez vigoureuses du pourtour de la tache phylloxérienne, qu’on obtiendra rapidement des radicelles adventives, sur lesquelles, comme nous l’avons dit plus haut (page 18), les insectes se portent d’autant plus nombreux que ces radicelles sont plus rapprochées de la surface du sol.
En relevant ces provins dès que leurs radicelles sont bien garnies d’insectes, on peut, en supprimant les radicelles avec des ciseaux et les jetant dans un liquide insecticide, faire une cueillette d e Phylloxéra ; puis remettre les provins en place, et attendre l’instant favorable pour une seconde capture du même genre. Il serait même utile de faire de loin en loin ces provins sur des points de vigne en apparence sains, et de les relever de temps en temps pour s’assurer si les Phylloxéra ne sont pas en train d’envahir ces espaces qui semblent intacts ; car la présence de l’insecte se manifestera dès le début sur les radicelles adventives des provins, et cet indice sera précieux pour faire saisir le mal à son point de départ. En tout cas, ce système des appâts nous semble devoir être sérieusement essayé. Il est pratique, peu coûteux, et ne peut que ralentir les progrès du mal, s’il est impuissant à le guérir.
7° LES INSECTES MANGEURS t)U PHYLLOXERA
S’il s’agissait uniquement du Phylloxéra des galles, nous n’aurions pas besoin de songer à faire venir d’Amérique ces utiles auxiliaires. En effet, tous les insectes d’Europe que Réaumur a pittoresquement appelés les «Lions des Pucerons » (Coccinelles, Hémérobes*• Scymnus, Syrphus) mangent également le Phylloxéra des feuilles. Il faut y joindre,une petite punaise indéterminée qui vit dans la galle même, entre les jeunes Phylloxéra. Mais ce qu’il nous faudrait, c’est un cannibale de cet insecte, qui sut le poursuivre et le dévorer dans sa demeure souter-
raine, comme, par exemple, aux Etats-Unis, le Pipiza radicum, petite mouche du groupe des Syrphides, mange sous terre (étant à l’état de larve) la forme radicicole du Puceron lanigère 1 . Malheureusement nous ne sommes pas sûrs que la même larve dévore le Phylloxéra souterrain ; mais il y aurait intérêt à s’en enquérir, et, dans le cas affirmatif, à introduire chez nous cet auxiliaire, dont les services gratuits pourraient être du plus grand prix. Cette recherche, pour laquelle M. Riley est le guide le plus sûr, entre dans le programme de la mission que l’un de nous va remplir prochainement en Amérique.