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CHAPITRE SEPTIÈME

PoÉnsi de M- Méla&i* Waldor.

Poésies du cœur, par Mme Mêlante Waldor.

Paris, 1835, chez Louis Janet, place du Palais- Royal, et chez Isidore Pesron, rue Payée-Saint- André-des-Arts, \ 3. Tel est le titre du livre que nous mtmes hier à Técart (1). Contrairement à l'opinion de M. Alexandre Dumas, qui ne lit jamais de préface, lisons celle du livre en question Elle est courte, inais pleine d'intérêt; c'est, au surplus, un envoi plutôt qu^une préface. 11 est dédié aux amis de Mme Waldor.

(1) Cet oaTrage te troare aussi chci Ledoyen, galerie d'Orléami, SI, au Palaia-Royal.

Les premiers vers prédiqposeDt singulièrement le lecteur en bveur de celle qui les a écrits ; les voici :

Ne me demandez pas de dooner à mes chants Un vol plus élevé : ce qu'ils ont d'harmonie, Je le dois à mon cœur, et non pas au génie; Si mes accords parfois sont simples et touchants. C'est qu'éloignant toujours une trompeuse amorce. Je n'ai jamais voulu leur donner plus de force; Laissez-moi donc, longtemps amusant mes loisirs. Chanter encor tout bas ma peine et mes plaisirs. Que peut faire un poème au bonheur d'une femme? Mes vers, sans avenir, redisent de mon âme . Les rêves du passé, les rêves de l'instant. Comme l'écho redit tous les sons qu'il entend. Quand l'aigle prend son vol vers son aire inconnue. L'oiseau, dont l'aile faible effleure à peine l'eau. Tomberait s'il voulait le suivre dans la nue; Et moi, je le sens bien, je suis comme l'oiseau (1).

Mes enfants, ne sentez-vous pas en vous comme une sympathie secrète qui vous entraîne vers le poète qui a pensé de pareilles choses?

Que dMntelligence et de sentiment il y a dans

(1) Poésieê du cceur^ par Mina Mélanie Waldor, p. 8.

ces vers, où pourtant Tauteur semble se réserver une si modeste place au Parnasse!

J'ai beaucoup entendu parler, mes enfants, de Mme Waldor; c'est un auteur qui a fait ses preuves et a parcouru une brillante carrière; mais derrière cette âme de femme qui jaillit de chacune de ses poésies il y a une intelligence de philosophe; et moi, qui n'ai pas la modestie en partage, en ma qualité de pie bas-bleUf j'avoue que je me trouve bien empêchée pour juger une personne aussi recommandable par son talent que par son caractère. Aussi, dans la crainte de louanger mal à propos ou de passer sous silence les morceaux qui mériteraient notre admiration parmi ce^ feuilles si pleines de poésie et de sentiment, je vous mettrai dans les mains cet ouvrage, afin que vous puissiez en apprécier vous-mêmes toutes les beautés.

Permettez-moi toutefois de vous recommander plus particulièrement de lire le morceau au statuaire David, celui dédié à Mme Marceline Desbordes-Yalmorej et surtout le passage intitulé

CAveUf dont vous me saurez gré de vous faire, par anticipation, connaître les lignes suivantes :

11 est de ces moments que jamais on n'oublie, Quelque vieux que Ton soit, quand l'àme se replie Sur les souvenirs d'autrefois I

Puis :

On n'entendait du vent que le léger murmure ; Tout semblait s'endormir, et seule, blanche et pure,

La lune à l'horizon montait. . .

L'air avait des parfums inconnus à la terre ; Et lui, saisi d'un trouble alors involontaire,

Baisait mon voile qui flottait.

Tremblante, tout émue, et la tête penchée, Je roulais sous mes doigts une fleur desséchée

Que son regard suivait toujours. . .

Elle vint à tomber : oh ! conune avec ivresse Il s'en saisit ! . . . Ses yeux n'eurent plus de tristesse,

Et je le revis tous les jours I (1). . .

Le morceau intitulé Marie est une délicieuse nouvelle ; il se termine par ces cinq vers, dont

(1) Poésie» du cceur, par M** Mélftoie Waldor.

le dernier renferme la conclusion de la pensée si poétique de Tauteur :

Et la pauvre Marie, attentive et tremblante, Du feuillage écartant la masse vacillante. Écoutait... Mais bientôt sa main cherche un soutien : Un voile froid descend sur sa tête brûlante : // avait du vn nom qui n'était pas le sien.

Le morceau Dors à mes pieds exhale un parfum d*amour et de poésie qui monte au cœur. Le passage sur l'anwur et t ambition est écrit» on le voit, par une personne qui apprécie trop les choses du cœur pour les mettre au-dessous de cette vaine Gloire, fille de T Ambition, après laquelle courent tant de gens.

Nous sommes loin de reprocher à Fauteur une opinion qui fait Téloge de ses défenseurs ; il est certain que Phomme vaut beaucoup plus par le cœur que par l'intelligence et par l'esprit; mais il n'est pas donné à tous de chercher le port où ils abriteront la frêle nacelle de leur existence, sur les rivages où l'amour commandeen maître; l'amour est un tyran qui fait bien des proscrits,

et lorsque Vexilé a trouvé uae autre patrie; pourquoi éveiller dans son cœur des regrets inutiles, et troubler le calme de sa nouvelle fortune ?

L ambition est pour les grands esprits la seule consolation possible contre les douleurs d^amour. Quand on a vu s'éveiller dans son âme cette passion nouvelle qui distrait de toutes les autres, son joug est un esclavage dont il n'est pas facile de s'affranchir, mais qui procure à Tâme des jouissances morales bien autrement profondes que les jouissances incertaines et mesquines de Tamour.

Le morceau intitulé Elisa nous a paru un des plus touchants de ce recueil intéressant. Il y a de bien beaux vers dans la pièce les Regrets, dédiée à M. de Chateaubriand.

Une pen^e triste, mais pleine de philosophie, termine ce morceau :

Mais le rayon s'éteint, Toisean fuit la cité ; La fleur se fane et meurt sur mon sein agité ; Et quand le soir renaît, hélas I je pleure encore, Et je demande à Dieu l'oubli de mon bonheur :

Car tbol ce qui le rend an nxMnent àmon cceur Passe ou se décolore (1).

La Grand^mh-e malade est d*an style charmant de fratcbeur et de délicatesse. Le portrait de cet enfant qui prie pour sa grand^mère dçnt il craint de troubler le sommeil est d*un effet vraiment poétique.

Le morceau intitulé la Vendée est fort remarquable, bien que Fauteur y dise « qu'il sépare For de ton alliage^ et la fidélité du meurtre et du pillage. » II est probable que le jugement émis dans ces beaux vers n'aura pas été du goût des enragés de la chouannerie.

Mais les auteurs qui estiment que l'art est quelque chose auquel on doive sacrifier, sans hésiter, des succès passagers ou mal acquis, s'embarrassent peu de savoir si leurs œuvres seront bien ou mal accueillies des uns ou des autres !

Un auteur qui dit la vérité telle qu'il la voit

(1) Poésies du cœur^ par Mme Mélaoie Waldor, page 98.

est toujours digne d*éloges, et ce fut là sans nul doute Tobjet de la pièce de vers que nous avons sous les yeux.

Je n'en finirais pas, mes enfants, si je voulais rapprocher les pensées que j'ai admirées dans ce charmant ouvrage; je vous le confie donc, emportez-le, mais ayez-en bien soin, car je veux qu'il occupe un des premiers rayons de la bibliothèque de la pie Bas-Bleu.

J'ajouterai pourtant à ce qui précède, que j'ai lu avec le plus grand plaisir la pièce de vers intitulée : le Retour^ et la romance mise en musique par cette reine, belle-fille et mère d'empereurs, dont le nom est resté si populaire en France.

Je vous recommande également les morceaux suivants : Coulez^ mes jours; Anna^ et Glissez, giissezj ma barque. Ils justifient pleinement le titre de Poésies du cœur donné à ce recueil, car on y devine à chaque vers un cœur qui a beaucoup souffert, c'est-à-dire beaucoup aim<^.

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