‹ Le Pifferaro, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 2 sur 16 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BONSORBET ET CASCARIN.

CASCARIN, s’agitant.

L’homme qui a la science pour point d’appui ne trébuche jamais!..,.

BONSORBET, s'éveille en sursaut sur le bruit de la porte fermée.

Entrez!... (Se frottant les yeux et regardant avec étonnement autour de lui.) Tiens!... tiens ! .. tiens !... dis donc, Cascarin, qu’estce que tu fais-là ?... nous avons dormi là toute la nuit !...

CASCARIN, qui s'est laissé cheoir h terre, se frottant les ycur.

C’est pourtant vrai !... j’en aurai une courbature...

BONSORBET, se levant.

C’est de ta faute... tu es d’un entêtement...

CASCARIN, de môme.

C’est ta doctrine qui est absurde....

BONSORBET.

Et la tienne , done !... prétendre qu’il n’y a pas de bonheur parfait!.... c’est à faire bondir!.... heureusement que je sais me contenir.... (Posant un principe.) a Possède-toi toi* même, a dit Cicéron....

CASCARIN.

Sénèque prétend.... Sénèque....

BONSORBET, criant très-fort.

Sénèque.... ça n’est que des bêtises que tu vas dire.... tu m’ennuies... (Se reprenant et d'une voix douce et mielleuse.) Tu m’ennuies... vois-tu comme je me possède!...

CASCARIN. haussant les épaules.

Laisse-moi donc tranquille... tu me fais de la peine...

BONSORBET, doucement.

Tiens, Cascarin, ne nous fâchons pas... nous sommes deux amis d’enfance... tu es venu passer une quinzaine chez moi à „ Choisy-le-Roi... Je t’ai donné la plus belle chambre de la maison.... tu m’as demandé pour ton neveu Polydore, arrivé d’hier ici, lajmain de ma fille unique, je te l’ai accordée... Ne me taquine pas et faisons la paix !... en philosophes !...

CASCARIN.

Je ne demande pas mieux.... causons d’amitié...

BONSORBET, relevant les livres.

C’est ça!... et ramassons nos armes...

CASCARIN, do même.

Ramassons... tu as raison... (Toutcn ramassant les livres.) C’est qu’aussi, tu me pousses à bout !... (Lui prenant un livre.) C’est à moi, celui-là... c’est mon Sénèque... (Continuant.) Que diable! mon cher, j’ai appris à juger les hommes... j’ai voyagé... j'ai vu l’Espagne, l’ADgleterre, l'Italie.. . .

BONSORBET, vivement.

L’Italie! je t’arrête-là ! (Lui prenant un livre.) Rends-moi donc ça... c’est mon Caton... Ex librius Bonsurbeti. (Continuant.)

Avec ça que tu t-y es bien conduit en Italie... Ce ne sont pas les hommes que tu y as étudiés, ce sont les femmes , car j’ai eu de tes nouvelles, mon bon, quand il y a deux ans je suis allé, avec ma fille, visiter la patrie de Virgile, des Doges de Venise et du Lion de Florence!... on se souvient encore de toi , mon gaillard!...

CASCARIN.

C’est vrai... j’ai eu de ce côté quelques aventures... avec balcon... (Soupirant.) Moôlleux souvenirs!... oh! les romaines, les napolitaines, les vénitiennes surtout... que veux-tu?... il y a vingt-cinq ans, j’étais jeune alors, et Itomanina était si belle!...

BONSORBET.

Oui, c’était une patricienne... Tu t’étais fait passer près d’elle pour un fils de grande famille...

CASCARIN.

Et je signais mes billets doux : An ténor de Pontsablél... . (Soupirant.) Moèlleux souveuirl...

BONSORBET.

Ça n’empêche pas qu’un beau malin tu es parti sans même lui laisser un mot d’adieu !...

CASCARIN.

Sans doute... car cette intrigne pouvait avoir des suites.

Des suites I... Raison de plus... ton devoir alors était de l’épouser... de la rendre heureuse.

CASCARIN.

Impossible... puisque ma doctrine s’y oppose... le bonheur n’est pas de ce monde* .

BONSORBET, avec force.

Mais ani... (Se reprenant d’une voix douce et mielleuse.) (Avec orgueil.) Vois- tu comme je me possède!... mais animal que tu es!...

CASCARIN.

Si tu as raison, prouve-le... Comme le dit Descartes, la conviction s’acquiert par la preuve... donne-moi une preuve...

Je ne demande que ça... montre moi un homme parfaitement heureux pendant vingt-quatre heures seulement et je me déclarerai battu...

. BONSORBET.

Mais comment veux-tu?...

CASCARIN.

Qu’est-ce qui t’embarrasse... si tu n’en vois pas autour de toi, fais-en un!... Tu es riche... très-riche... essaie!... Tu voix que je te mets au pied du mur...

BONSORBET.

Je n’y resterai pas longtemps!... (avec force.) Eh bien !... oui, j’en ferai un !...

CASCARIN.

Jamais!... Tu ne réussiras pas !.

BONSORBET, exaspéré.

Je ne réussirai pas... Crisli !... c’est ce que nous verrons...

Et si j’avais là sous la main un homme, bien misérable, bien...

(On entend au dehors les sons de la musette.) Ilein?... (Ecoutant.) Qu’esl-ce que j’entends-là?... (Uva à la fenêtre de gauche.) * (Regardant. Un pilferaro !... c’est mon affaire!... (Criant.) Ici, bonhomme !... oui, là, ici...

CASCARIN.

Comment ! tu vas prendre un homme des rues...

BONSORBET, revenant en scène.

Tu ne diras pas que c’est un sujet préparé, celui-là... Eh Bonsorb. Cascar.

bien!... je veux qu’avant vingt-quatre heures... il te dise : Je suis un homme heureux !... Je ne désire plus rien !...

CASCARIN.

Vingt-quatre heures?... soit!... que parions-nous.

BONSORBET.

L’honneur 1

CASCARIN.

Ce n’est pas assez !... ajoutons-y dix francs.

Dix francs!... ça va !... (Voix d' Antonio en dehors, Antonio parait au fond.) Le voilà !... Laisse-moi faire !...

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