‹ Le Pifferaro, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 3 sur 16 · SCÈNE III Les Mêmes, ANTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les Mêmes, ANTONIO

(Antonio vêtu en Pifféraro parait au fond et regarde avec admiration autour de lui. Il a une musette suspendu à son cou.)

ANTONIO, s'avançant et saluant.

Salut aux illustres signori...

BONSORBET, à Cascarin.

Nous sommes illustres!... avec les pifferari on est illustre tout de suite... (a Antonio.) Approche, mon ami, parle sans crainte... lu es musicien?...

ANTONIO, avec volubilité.

Si je suis musicien. Excellence !... nous autres italiens, nous sommes tous musiciens...

BONSORBET.

Ou fumistes...

ANTONIO

Nous chantons avant de savoir parler... mon premier cri fut un si-bémol... à six ans, je transposais à première vue et à huit ans je composais toutes sortes de petits airs que je chantais sur la piazza del popolo... si bien qu’un soir un célèbre maèstro, qui passait par là, me dit en me tapant sur l’épaule: marche toujours, bambino, et tu iras loin!...

BONSORBET.

Et il avait raison... puisque te voilà à Choisy... mais écoulemoi...

ANTONIO, l’interrompant et continuant avec volubilité.

Oui, nous autres artistes, il faut que nous voyagions... nous ne pouvons pas-rester en place, nous avons la lave de notre Vésuve dans les veines... Comme le rossignol, il nous faut l’espace pour y déployer nos ailes et les trésors de notre gosier... Càr, pour nous, chanter, c’est vivre !... et quand le temps il est dur et que nous n’avons pas de pain au bissac ,

* Bons. Ant. Case.

nous déjeunons d'une romance et nous dinong d’une canzonnetta... (Chantant.) Tra, la, la, la, la... voilà le premier service!... Tra, la, la, la, la... et voilà le desserti...

CASCARIN.

C’est joli !...*

BONSORBET.

Mais ça n’est pas très-nourrissant... du reste, il ne s’agit pas de ça, et je t’ai fait monter pour...

ANTONIO, vivement.

Je comprends... je comprends... et je suis aux ordres des illuslrussimes excellences... Je vais vous chanter la chanson del Ptfferaro...

BONSORBET.

Mais...

ANTONIO, sans l’écouter.

Paroles et musique de votre serviteur... je commence...

CASCARIN, sur la ritournelle.

Il va chanter !... ça me rappellera Venise... Laisse-Ie donc chanter, si lu le contraries comment veux-tu qu’il soit heureux.

Air nouveau de Gevaèrt.

Dans les villes de l’Italie,

Au doux son de la zampagna,

Il faut que l’on danse, qu’on rie,

Qu’on mange, qu’on boive, car à Frascati, Trapani, Pagani, Napoli, l'.boli, Portici, Pompéi, Napoli Et tous les pays en I,

Les Boni Pifferari Répètent tous à l’envl La devise que voici s Bon vin et macaroni.

Tra, la, la 1...

(Imitant le son de la musette.)

Vous allez voir le second couplet.

Dans les villes de l’Italie,

Quand on voit une signora.

Qu’elle est jeune, qu’elle est jolie,

On l’adore à l’instant, carà !

Milano, Turbigo, Albano, Tumbigo,

Arrezo, Longano, Piombino, Spoleto Et tous les pays en O,

Les Boni Pifferari Répètent tous à l’eu vi

La devise que voici :

Amour et macaroni - Tra la la !

(Même jeu. Bonsorbet qui a cherché d’oti provenaient les sons du refrain, lui retire l’embouchure de la cornemuse de la bouche, et voit que c’est aussi sa voix qui produit les sons. Cascarin et lui rient de ce stratagème.)

BONSORBET, h Antonio avec. réserve.

Maintenant que tu as fini, voudrais-tu me laisser placer un mot?... rien qu’un mot...

ANTONIO

Parlez... je ne dis plus rien... Je suis suspendu aux lèvres d’il sigrior Padrone...

BONSORBET.

C’est ça, reste suspendu et réponds-moi avec la plus grande franchise... Es-tu satisfait de ton sort?.,.

Vous voulez de la franchise ?...

BONSORBET.

J’en désire le plus possible...

ANTONIO

Eh bien ! signor, non, je ne suis pas satisfait du tout... Je trouve que le sort il me moleste... Coucher sur le bord des routes avec une pierre pour oreiller, c’est dur; ne manger que du pain à tous ses repas, c’est sec... Être exposé au vent, à la pluie, tantôt trempé comme une soupe, tantôt ballotté comme une girouette, c’est monotone et malsain...

BONSORBET, sc frottant Tes mains.

Bon! bon !... Pourtant, tu disais tout à l’heure... tu sais... (Chantant.) Tralala... ton dessert!...

ANTONIO

Oh! excellence! on dit cela devant le monde... c’est notre état de rire... de chanter et d’amuser la société... mais la nature elle est la même pour tout un chacun... et on a beau être un grand artiste, quand l’estomac il est creux, il dit au gosier : Veux-tu te taire, bavard !...

BONSORBET, enchanté.

Parfait 1... parfait!... alors, lu es plus malheureux qu’un petit caillou...

ANTONIO

O himé !... cent fois plus malheureux !...

BONSORBET, avec expansion.

Mon ami, tu ne pouvais pas me dire quelque chose de plus agréable * (Il passe à Cascarin.)

* Ant. Bons. Case.

BONSORBET, à Casc&rin.

Je l'aurais commandé exprès qu’on n’aurait pas pu me livrer un article plus réussi !

CASCARIN, ricanant.

Oui, mais tu perdras ton temps !...

BONSORBET.

Et toi, tu perdras tes dix francs !... mais ne m’agaces pas et va-t-en... tu me gênerais...

CASCARIN.

Volontiers... (S’ en allant.) Bonne chance!...

BONSORBET, au fond.

J’en ferai un !...

CASCARIN. sortant.

Jamais !...

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