‹ Le Pifferaro, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 4 sur 16 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BONSORBET, ANTONIO.

BONSORBET.

Jamais?... (Fermant les portes.) Et ça De va pas être long I ANTONIO, le regardant avec Inquiétude.

Il ferme les portes !...

BONSORBET, venant h Antonio.

Mon garçon, je ne veux pas«te prendre en traître... je vais te porter un grand coup!...

ANTONIO, s’éloignant vivement.

Un grand coup ! et perché, signor... qu’est-ce que j’ai fait?

BONSORBET.

Ne crains rien !... c’est une métaphore... une figure !...

antonio. .

Sur ma figure!...

BONSORBET.

Mais, non, une figure de rhétorique.. Voyons, en place de ta couche abrupte, aimerais-tu un bon lit, avec de bons matelas et un bon petit oreiller de plumes?...

ANTONIO, ouvrant de grands yeux.

Un lit!... comme j’enfoncerais!... comme je me dorloterais!... comme je m’étendrais là-dedans !... un oreiller de plumes!... c’est une volupté à laquelle je n’ose pas même songer!...

BONSORBET.

Bon !... et au lieu de ton pain sec, qu’est-ce que tu penserais de trois bons repas par jour, avec du macaroni à discrétion ?...

ANTONIO

Du macaroni!... Oh! excellence! ne me dites pas de ces choses-là... c’est un trop beau rêve, et comme il ne peut pas se réaliser...

BONSORBET.

Mais si... prépare-toi à recevoir le coup... (Sur son geste, Antonio se recule avec frayeur.) Tu y es? bon I... (Très-fort.) Je te donne tout cela...

0 ANTONIO, avec éclat.

A moi!... vous me donnez..;

BONSORBET.

Ça t’étonne !... et je le conçois... mais vois-tu, c’est une expérience que je veux faire... Les savants ont l’habitude d’opérer sur des lapins, des canards et autres quadrupèdes... Tu seras mon canard... Comprends-tu?...

ANTONIO

Non !...

BONSORBET.

Ça ne fait rien... tu n’as pas besoin de comprendre... et pourvu que tu sois satisfait..

ANTONIO

Satisfait... ça dépend de ce que j’aurai à faire pour mériter vos bienfaits !... parceque ma délicatesse...

Tu veux faire quelque chose!... (A part.) Ne le contrarions pas. (Haui.) Eh bien, soit, tu te rendras utile dans la maison...

A la campagne, il y a tant d'occasions d’être utile Et je

t’alloue six cents francs de fixe et la paîlle... Ça te va-t-il ?...

ANTONIO

Six cents -francs!... mais c’est un rêve !... Ah! à propos... Vous dites que je vous serai utile... à quoi !... Je ne sais que chanter!... et puis je suis si maladroit!...

BONSORBET.

Ça ne fait rien... je réponds de la casse !

ANTONIO

Ça tombe bien !... moi qui ai la main malheureuse...

BONSORBET.

Et je te paye un trimestre d’avance (n va à la table l et pian à droite, et prend de l’or dans le tiroir.) C’est là que je mets mon argent... J’ai confiance en toi... (A part.) Je ferai mettre une serrure.

ANTONIO, ébloui.

De l’or J... *

BONSORBET.

Et tu feras de la musique lé soir... quand je n’y serai pas... j’aime autant ça!... Voyons, es-tu content?

ANTONIO

Si Je suis content?... (L’étreignant avec force.) O mon bienfaiteur !... mio padre ! (En le pressant contre lui, sa cornemuse

fait entendre un son prolongé. )

* Ant. Bon».

BONSORBET.

Il est ventriloque I... mais il est caressant... Désires-tu encore quelque chose?... Ne te gène pas... fais la carte... c'est moi qui paye l’addition...

ANTONIO

Et qu’est-ce que vous voulez donc que je désire?..... Mais . c’est le paradis que vous m’offrez 1...

BONSORBET, à part.

Le paradis ! je ne le lui fais pas dire !... Allons, il n’est pas exigeant! (Haut.) Eh bien, va-t’en là-bas. (il lui désigne la droite.) Tu y trouveras la cuisinière et le jardinier... Tu t’occuperas avec eux. Va, mon ami, va l *

ANTONIO, qui passe et revient se jeter dans les bras de Bonsorbet.

O mon bienfaiteur! 6 mio padre 1 (Même jeu de la cornemuse.) BONSORBET.

Décidément, il est ventriloque, mais très-caressant. (Le

poussant vers le cabinet.) Va !

ANTONIO

Ah ! que je suis content !...

Air jlc Bibi-Bamban (Oflcnbach).

J’ai de l’argent dans ma pochette;

Quel avenir, quel doux espoir 1 Chaque jour est un jour de fête • Et je sais où coucher ce soir.

Ah ! pour moi quel heureux destin !

Je pourrai dormir du soir jusqu’au matin.

Ah ! pour moi quel heureux destin !

Sautez pièces d’or, frétillez dans ma main.

R’lin, tin, tin.

Il n’est pas de plus doux refrain.

R’lin, tin, tin.

Vive la fortune, au diable le chagrin !

(11 sort à droite.)

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