SCÈNE VIII
LES MÊMES, ANTONIO, tenant un arrosoir à chaque main.
ANTONIO *, venant du fond.
Hi ! hi (il pleure.)
BONSORBET.
Eh ! mais, qu’as-lu donc, mon garçon 7.., il arrose ses arrosoirs.
ANTONIO
Hi I hi I... Ah je suis bien malheureux, signor.
CASCARIN, riant.
Allons! bon, bien !...
BONSORBET.
Malheureux?... et pourquoi?...
ANTONIO
Dam !.... que voulez-vous?.... je ne suis qu’un povero.... napolitain.., je n'aime que la musique et le soleil 1...
BONSORBET.
Eh bien 1,.. qui t’empêche de chanter? quant au soleil, c’est mon hôte... il se promène tous les jours dans mon jardin... tu l’y rencontreras, même à l'ombre.
Je sais bien... mais... la bonne... et le jardinier... ils m’ont fatigué....
BONSORBET.
Cependant ils ne se fatiguent guère.
ANTONIO
Tirer de l’eau... dans le puits... arracher des herbes, monter du bois... ça me pèse... les bûches, signor, ça me pèse !... et arroser !... ça ne me va pas!... (Il pose ses arrosoirs qui se renversent sur Bon3orbet.)
CASCARIN, à part.
Ah ! bien!...
ANTONIO
O, ma muselle... ô la liberté... et le soleil... oh! le soleil ! j’aime mieux m’en aller! (il remonte.)
BONSORBET**, à Cascarin.
Il a raison !••• un instant... (Il a pris les arrosoirs et les donne à Cascarin.)
ANTONIO, revenant.
Voyez-vous, signor, faire le lézard, quand le soleil il est bien chaud... voilà le bonheur 1
BONSORBET.
Tu es dans le vrai !.... c'est moi qui me trompais !.... An-
* Case. Ant. Bons.
** Case. Bons. Ant.
lonio!.,. j’ai eu tort... et pour tout réparer, je vais t’oQrir autre chose...
ANTONIO
Autre chose l
CASCARIN.
Ah! oui... qu’est-ce que tu pourrais donc bien lui offrir?..
(U prend les arrosoirs.)
BONSORBET.
Je ne te parie pas, à toi !... Antonio !... Veux-tu être mon factotum!... (Vivement à Cascarin.) Ne l'influence pas!
CASCARIN, déposant les arrosoirs dans le coin à gauche.
Je ue dis rien.
ANTONIO
Votre factotum?
BONSORBET.
Ça ne le va pas!.., passons à autre chose. (Cascarin ricane.) Ne le regarde pas, Antonio, il t’influencerait... Voyons!... (Cherchant.) Ah 1 j’y suis!... sois mon professeur!... Tu m’apprendras l’italien. .. Tu me montreras la langue du Dante...
ANTONIO
La langue du Dante ?...
Ou du Tasso... au choix... Nous piocherons la grammaire, et si je ne mords pas à la langue du Dante ou du Tasso... tu me colleras des pensum... V’ian ! en retenue le petit Bonsorbet... Hein? c’est gentil, ça!,.. Nous irons au soleil, en plein midi, faire le lézard... nous lézarderons...
ANTONIO, avec joie.
Ohé !... che gusto I
BONSORBET.
Ça n’est pas fatiguant, ça... et de plus... de plus... comme professeur d’italien, lu jouiras d’une allocation annuelle de 1,200... Je te paie un trimestre d’avance *. (u va à la table de droite et y prend de l’or. — Revenant.) Ça fait deux... presqu’un semestre, ça m’est égal... Je fais de la dépense... mais je gagnerai mon pari... ça le va-t-il?... es-tu content...
ANTONIO
Si, signor, je le suis, je retrouve ma gaieté !...
. BONSORBET, à Cascarin.
Il retrouve sa gaieté !... lu vois !
ANTONIO
Vous êtes un brave homme, per Bacco 1
Tsonsorbet.
Il m’appelle père Gâteau... (A Antonio.) Ah ! ça, maintenant que le voilà appelé à d’autres fonctions, je crois qu’il serait convenable que tu ôtasses ce tablier, insigne de la domesticité.
* Case. Ant, Bons.
ANTONIO
Oui, signor... tout de suite ! je ne demande pas mieux.
BONSORBET, à Antonio.
Va dans ce petit cabinet, il t’est destiné, va, mon ami, va!...
ANTONIO
J’y vais... mais avant, que je vous embrasse encore une fois... homme généreux, cœur d’or, (or ombrasse.)
BONSORBET.
Il est toujours aussi caressant ; mais il n’est plus ventriloque.
ANTONIO, à Cascarin.
Et vous aussi !...
CASCARIN, se débattant.
Je n’en suis pas !...
ANTONIO
Ah ! je nage dans les délices !
BONSORBET, à Cascarin.
Tu vois... il nage... je ne le lui fais pas dire.
ANTONIO
Air de Bibi-Bamban (d’Offenbacb.)
Ici l’on m’héberge, on me choie,
On me donne tout à gogo ;
Dans mon cœur je sens que la joie Vient de renaître subito.
, Ab ! pour moi quel heureux destin,
Je pourrai chanter du soir jusqu’au matin.
Ah! pour moi quel heureux destin 1 Sautez pièces d’or, frétillez dans ma main.
R’lin, tin, tin. (bis.)
Il n’est pas de plus joyeux refrain.
R lin, tin, tin.
Vire la fortune, au diable le chagrin.
(il sort à gauche, Bonsorbet le reconduit.)