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INTRODUCTION

Etat des connaissances hydrographiques sur les côtes du Brésil jusqu’en 1819. — Armement de deux bâtimens de guerre français destinés à etendre ces connaissances. — Exposition sommaire des méthodes suivies dans la campagne de ces bâtimens. Avertissement sur la nature et

ï etendue des détails offerts par les cartes, plans et instructions résultant de cette campagne.

Lorsque, au commencement de 1821, le Gouvernement publia mon Mémoire sur la navigation aux côtes du Brésil, j annonçai que cet écrit n était que l’extrait d’un ouvrage où je me proposais de donner tous les documens nautiques recueillis pendant la campagne hydrographique que je venais de faire au Brésil par ordre du Roi.

Les ti avaux de rédaction et de gravure des cartes et des plans produits par cette campagne , une nouvelle mission de trois ans, dont je fus chargé immédiatement après mon retour, suspendirent 1 exécution de cet ouvrage; et ce fut pour en tenir lieu momentanément, et afin de ne pas priver trop longtemps les navigateurs d’une partie des fruits d’un travail entrepris dans leur seul intérêt, que je donnai, avant de partir, quelques Notes sur les principaux ports du Brésil.

Aujourd’hui, ces motifs de retard ont cessé, et la totalité des cartes est terminée. Un nouveau séjour au Brésil, quoiqu’il n’ait pas eu l’hydrographie pour objet spécial, m’a mis en état de vérifier et d’accroître mes premières observations, et je puis publier la présente instruction. J’ose espérer, d’après les efforts que j’ai faits pour la rendre utile, quelle fournira aux navigateurs un ensemble de renseignemens qui leur avait manqué jusqu’ici.

Ce n’est pas que les côtes du Brésil aient donné lieu à un moins grand nombre de cartes et d’instructions qu’aucune autre partie du monde. Depuis vingt ans, sur-tout, que ce pays est plus généralement fréquenté, il s’en est publié plusieurs descriptions , principalement en Angleterre , où l’activité de la navigation fait du commerce des cartes marines une spéculation très-lucrative.

Mais, dans la quantité de ces documens, on ne peut en citer aucun de fondé sur un système d’opérations tel que les méthodes actuelles peuvent en produire.

État Les Portugais , premiers possesseurs du Brésil , sont aussi

de 1 hydrographie

avanfrexpîdition *es Premiers «F* donnèrent quelques connaissances de ses côtes. Mais ces notions ne commencèrent à offrir quelque exactitude qu’à dater du dix-septième siècle; jusque-là, et pendant tout le temps que, dirigés par les grandes vues des Sébastien et des Emmanuel , les Portugais prirent la plus glorieuse part à l’exploration du globe, ils ne s’occupèrent point de décrire leurs conquêtes ; bornés d’ailleurs à l’usage d’instrumens imparfaits et à des méthodes insuffisantes, ils ne pouvaient faire que des cartes fautives, dont l’emploi fut souvent funeste.

Les Hollandais, pendant les trente années (l) de gu ee (1) De 1G24 à 1G54.

qu’ils soutinrent pour ravir le Brésil aux Portugais, donnèrent des renseignemens plus détaillés sur les portions du pays qu’ils occupèrent. Ces renseignemens furent aussi moins défectueux que les précédens, parce qu’ils furent successivement obtenus par des moyens qui commençaient à s’améliorer. Mais ils n’embrassèrent que la partie de terrain adjacente au rivage , sans s’étendre à la description de la côte proprement dite et des dangers situés au large, objet principal de l’intérêt des navigateurs.

Ce ne fut que plus tard, à des époques rares et assez éloignées ies unes des autres, que des améliorations importantes purent être remarquées dans ies cartes des côtes du Brésil.

Dalrympïe , en 1779 et 1788, avec i’aide des journaux des marins de son pays et des renseignemens obtenus de plusieurs pilotes et hydrographes portugais, introduisit, dans cette partie des connaissances hydrographiques , quelques rectifications avantageuses : elles furent ensuite copiées sur toutes ies cartes modernes ; mais elles participèrent encore de i’inexactitude des observations astronomiques de ce temps.

La fixation des limites des possessions espagnoles et portugaises en Amérique donna iieu, en 1780, de former une commission , composée d’astronomes et de géographes des deux puissances. Cette commission fit un travail d’oii résulta ia détermination exacte de plusieurs points importans. Les commissaires portugais levèrent ensuite une carte de la côte, depuis fe Rio- Grande de San- Pedro jusqu’à file de Sainte- Catherine , c’est-à-dire , sur une étendue d’environ cent vingt lieues; mais cette carte, que les Portugais prétendent même avoir prolongée plus au Nord par la suite , n’a jamais été rendue publique , et elle est pour nous comme si elle n’existait pas. On n’en connaît, tout au plus, que des imitations

LE PILOTE DU BRÉSIL, infidèles, si l’on en juge par les différences considérables que présentent plusieurs des positions quelles donnent, comparées à celles des mêmes lieux, résultant d’observations plus récentes et d’une précision reconnue.

Ces cartes ont servi de base à celles que publia Portugal , cosmographe portugais, dont les compatriotes louent l’exactitude dans quelques détails, mais dont la précision géographique ne peut, toutefois, être justifiée.

Je n’ai pas cité, en parlant des ouvrages portugais sur le Brésil, celui du cosmographe Pimentel. Le livre de ce Portugais, intitulé Arte de navegar e Roteiro do Brazil, Guine , Angola , &c., ne traite que très-incidemment du Brésil; et, publié en 1699, on n’y trouve que quelques renseignemens sur un petit nombre de points, tant du Brésil que de la route pour s’y rendre, sans aucune indication des sources où il a puisé pour se procurer ces renseignemens, et par conséquent pour motiver la confiance dans leur exactitude.

C’est, à très-peu près, aux documens que je viens de rappeler que se bornent les connaissances hydrographiques sur le Brésil jusqu’à la fin du dernier siècle ; et les tentatives faites jusqu’en 1819 les ont peu augmentées à la connaissance ou au profit du public.

En 1817, Faden, géographe anglais, a publié une carte très-détaillée du littoral de la capitainerie de San-Paulo , rectifiée sur des levés faits sous les ordres de l’amiral Campbell. Les détails de cette carte sont assez exacts; mais les gisemens des côtes y sont très-défectueux, et l’on n’y trouve pas plusieurs dangers portés sur des cartes anciennes et qui existent réellement. Cette carte est donc encore d’un usage dangereux, comme celles qui l’ont précédée, et dont elle ne diffère qu’en ce qu’elle présente la réunion de plusieurs plans de baies ou

d’entrées de rivières levés à part et intercalés entre des positions supposées déterminées antérieurement.

M. Hewett , lieutenant de la marine anglaise, ayant obtenu, par des observations et des chronomètres , la position géographique de Ciara , Fernando de Noronha, Pcrnambuco , des caps de Saint- Augustin et S anto- Antonio de Bahia , des îlots Abrolhos, du cap Frio et de Rio- Janeiro , en a fait les bases d’une carte qu'il a publiée en 1818 ; mais comme il a pris les détails de la côte dans les cartes inexactes qui ont précédé la sienne, et notamment dans celle de Dalrymple, il a participé à des erreurs graves, qu’il aurait sans doute évitées s’il ne s’en était rapporté qu a lui seul.

Enfin, une instruction nautique, qui est en grande partie le fruit des observations de M. Hewett, a été publiée pour accompagner sa carte. Elle contient de bons renseignemens ; mais elle n’embrasse qu’une partie de la côte du Brésil, et laisse d’ailleurs à desirer une foule de détails dont la connaissance est indispensable aux navigateurs.

C’est dans cet état de connaissances hydrographiques sur les côtes du Brésil, que le dépôt de la marine de France, sentant la nécessité d’une carte exacte de ces côtes , et ne pouvant trouver dans les travaux dont nous venons de parler, ni dans les renseignemens recueillis par les navigateurs français, les matériaux nécessaires à sa construction , sollicita du Gouvernement une expédition destinée a les procurer.

Des vues aussi utiles ne pouvaient manquer d etre accueillies par le Roi de France. S. M. Louis XVIII, de vénérable mémoire, les honora de son approbation, et ordonna 1 armement de deux de ses bâtimens pour faire I hydrographie du Brésil.

La corvette la Baïadere , avec laquelle je venais de faire, en 18 17 et 1818, la reconnaissance d’une partie de la côte

Une

reconnaissance

des

côtes du Bre'siï est jugée nécessaire.

Deux bâtimeus du Roi sont armés pour faire

cette

reconnaissance.

occidentale d Afrique, et le brig le Favori , furent destines à

cette mission , dont fe commandement me fut donné. La plupart des officiers qui m avaient suivi avec distinction dans les campagnes précédentes, firent encore partie de celle-ci; et, au premier rang d’entre eux, M. Givry, ingénieur hydrographe de troisième classe, des plus estimés du dépôt général de la marine, continua de m’accompagner sur la Baïadere, et de déployer les talens dont il avait déjà fait preuve. Un autre ingénieur du dépôt, M. Gressier, fut également adjoint a i expédition, et embarqué sur le brig le Favori , commandé par M. Letourneur, lieutenant de vaisseau.

ix bàtimens. Les deux bàtimens, partis, l’un de Rochefort, ie 14 février 1819, I autre de Brest , le 3 mars , se trouvèrent réunis ie 16 mars a Sainte -Croix de Ténériffe, où j’avais assigné le rendez-vous, pour vérifier ia marche des montres marines et faire plusieurs observations relatives à la mission.

Nous reprîmes ia mer ie 1 8 pour nous rendre à i’île de Sainte-Catherine, limite méridionale désignée pour ie début de nos travaux. Peu de jours de navigation suffirent pour me faire connaître les mauvaises qualités du brig; sa marche était inferieure d’un tiers à celle de ia corvette; et, forcé d’arriver dans les premiers jours de mai, pour 'profiter de l’opportunité de plusieurs observations qui s’offraient à cette époque , je fus obligé de lui retirer ma remorque et de me séparer de lui.

tZiére JamVai Ie 10 mai à Sainte-Catherine, avec la fâcheuse cer-

Catherine. qUe j6 serais Pres(Iue entièrement privé de la coopéra-

tion de ce bâtiment.

Cette première relâche au Brésil était importante nrmr

Des communications diplomatiques avaient été faites a M. l’ambassadeur de Portugal à Paris, sup 1 objet de 1 expédition ; mais il était douteux quelles eussent eu le temps de parvenir à la cour de Rio-Janeiro (l). Notre arrivée à Sainte- Catherine pouvait donc n etre pas prévue dans cette île , et nous ne pouvions rien préjuger sur l’initiative qu auraient à y prendre les autorités a notre sujet.

Cette initiative nous fut aussi favorable que nous pouvions le desirer. D. José Tovar d’Aïbuquerque , gouverneur, et D. Miguel de Souza e Aîvim , intendant de la province, étaient des officiers capables d’apprécier le caractère dune entreprise du genre de la nôtre, et de croire à la loyauté de ses auteurs. Ils devinèrent les intentions de leur souverain ; et, nous accueillant avec une honorable confiance, ils favorisèrent de tout leur pouvoir nos travaux , dont iis se plurent à reconnaître linteret general. J oserai dire que je n en ai point abusé, et que je m’appliquai, dans tout le cours de mon séjour sur les côtes du Brésil , à renfermer niés démarches dans les limites d’une discrétion d’autant plus recommandée à ma délicatesse, qu’aucun avis, aucune marque de défiance, ne m’ont jamais rappelé quelle fût nécessaire. Je paierai avec d’autant plus de plaisir le tribut que je dois à cette libéralité de deux officiers distingués, et je leur exprime ici ma reconnaissance à tous deux, pour la faveur que 1 expédition en a reçue dans la circonstance décisive de son début. Je liai pas revuM. d’Aïbuquerque depuis cette époque ; mais les marques d’estime, et j’oserai dire d’amitié, que j’ai reçues de M. de Souza, dans tous mes autres passages à Sainte-Catherine, lui ont acquis de ma part un sincère et inaltérable attachement , dont je le prie d’agréer ici l’assurance.

fl) A cette époque, le roi de Portugal résidait au Biés>il.

dumltderpdavHfon J °ktins c,e bienveillance de ces deux Messieurs l’usage

du fort Santa-Cruz (Jn fort Jp p T • , ' I Uitdge

l’ÎIot Anhatomirim pour ^ ^ P*** ^ ^UtOmirim (l),

iepremie^meridien ^ °S °bservatl0»s astronomiques. Plusieurs voya-

de »o5 cru,,, geurs, occupes de recherches semblables aux nôtres, avaient

de, à observé sur ce point, et ce fut le mât de pavillon du fort que nous primes pour premier méridien de nos cartes.

L de de Sainte -Catherine, assignée pour point de départ de nos reconnaissances, était, sous plusieurs rapports, désavantageusement choisie. Sa position sur le globe n’était pas encore fixée avec la précision désirable, et l’on ne devait pas attendre, des moyens mis à notre disposition et de la promptitude qu, nous était imposée, des observât, ons de longitude absolue, dune importance suffisante pour faire cesser entièrement cette incertitude. En embrassant seulement deux cents mues de plus au Sud, et en partant de Maldonado, on se serait appuyé sur une position exactement déterminée par les

Espagnols (2), et il ne serait resté aucune lacune entre leur travail et le nôtre.

Instrumens t

embarques ^es mstrumens d’astronomie et de navip-atînn nioo ' * de reddition, bord de la Baïadère , consistaient, l.° en un cercle répétiteur à deux lunettes de Lenoir; 2.» une lunette astronomique pourvue dun micromètre de Carrochez; 3.» plusieurs cercles a i eflexion et horizons artificiels; 4.» un cercle azimuthal pour mesurer es angles a terre; 5.° deux montres marines (n.os 56 et 99) de feu Louis Berthoud.

Le Favori avait aussi trois cercles de réflexion et deux montres marines de feu Louis Berthoud.

Pour obtenir de ces divers instrumens des résultats décisifs sous le rapport des longitudes absolues, il aurait fallu pouvoir

(1) Tête de petit singe (en brésilien ).

(2) D. José Varela et Malaspina, de 1782 à 1794.

employer beaucoup plus de temps que nous ne devions en avoir à notre disposition.

Dans l’espace de dix mois, « nous devions reconnaître et » sonder toutes les baies, l’entrée de tous les ports et des » principales rivières; assigner la position géographique des » points remarquables du rivage , et celle des écueils et dan- » gers de toute espèce , sur la totalité des côtes comprises » entre file Sainte - Catherine et l’embouchure de la rivière » des Amazones , c’est-à-dire , sur une étendue de près de » neuf cents lieues. Nous devions aussi étudier la direction » et la force des vents et des courans dans les diverses saisons ,

» le mouvement des marées à terre et au large, la déclinaison » de l’aiguille aimantée; indiquer, d’après ces élémens, les » routes à suivre pour attérir sur ces côtes , pour naviguer à » leur vue et pour s’en éloigner; en un mot, recueillir tous » les documens nécessaires pour construire une carte exacte » du littoral entier du Brésil. » ( Dépêche ministérielle du 23 novembre 1848. )

Le temps accordé pour accomplir ce travail était peu proportionné à l’entreprise. Nous nous proposâmes de n’en pas perdre un seul instant; et, afin d’en tirer le plus d utilité possible , je crus devoir modifier le plan sur lequel la campagne avait d’abord été conçue.

La détermination géographique qu’on s’était proposée des principaux points de la côte , aurait eu cet inconvénient, commun à tous les périples faits au moyen des seules observations astronomiques exécutées à la mer, que chaque position étant le résultat d’observations isolées et sans liaison entre elles, l’ensemble de ces positions ne peut donner que trèséventuellement la figure exacte du rivage ; en sorte qu il est rarement possible de placer entre deux points déterminés de

Objet détaillé de l’expédition.

Modification que j’apporte au plan

de la campagne.

Les raisons de

cette modification.

mmmm

cette manière, la portion cle la côte intermédiaire , lorsque, plus tard, on vient à la lever. Cela provient de ce qu’à la mer, les observations astronomiques ne pouvant pas toujours être faites dans des circonstances favorables à leur exactitude,

elles ne peuvent pas non plus donner toujours des résultats précis.

D après cette opinion, confirmée pour moi par l’expérience de mes campagnes sur la côte d’Afrique (où néanmoins j’oserai rappeler que nos observations astronomiques atteignirent un degré de précision digne d’être remarqué) (l), nous nous résolûmes, M. Givry et moi, à ajouter au travail d’abord projeté, un second travail propre à en démontrer sur-le-champ 1 exactitude , ou à en corriger les erreurs.

Nous nous décidâmes à lever entièrement la côte, c’està-dire, à en lier tous les points remarquables par des relèvemens, et à les embrasser ainsi dans un réseau continu de triangles, en meme temps que nous les assujettirions à celles de nos observations astronomiques dont les circonstances, le choix et la concordance sur un même point, nous auraient prouvé l’exactitude.

De cette manière, deux moyens, souvent indépendans 1 un de lautre, marchant de front, devaient se contrôler et se corriger mutuellement. Cette méthode était indispensable dans le commencement de notre travail, où, d’après la saison régnante et le gisement de la côte, jusqu’au cap Frio, nous allions nous trouver dans l'impossibilité d’obtenir des latitudes par la hauteur directe du soleil, et réduits à recourir à des hauteurs supplémentaires , déjà trop grandes pour pouvoir être employées avec succès; mais nous l’appliquâmes, par

(1) Voyez mon Mémoire sur la navigation aux côtes d'Afrique; Paris ,

conviction de ses avantages, à tout le reste des opérations de la campagne.

C’est donc ainsi , c est par le concours d une suite non interrompue de relevemens et des observations astronomiques , que nous avons obtenu les élémens des cartes de

la côte du Brésil.

Tous les relevemens ont été faits avec des instrumens à réflexion, et avec l’assiduité nécessaire pour en assurer la

continuité.

Les observations astronomiques, portées à un très-grand nombre, ont été faites, autant que possible, dans toutes les circonstances favorables, et leurs résultats ont subi toutes les

rectifications qui peuvent compléter leur exactitude.

J’ai eu soin de distribuer les relâches des bâtimens à des distances assez rapprochées les unes des autres pour que nous ayons pu faire , à terre , plusieurs observations que le séjoui à bord n’aurait pas permises , ou qui y auraient été faites avec moins de précision. Ces observations ont eu la plus heureuse influence sur l’ensemble du travail, comme on en pourra juger par cet extrait d’un mémoire inséré dans la Connaissance des temps de 1825 , par M. Givry.

Il y fait le rapprochement suivant de nos observations pour déterminer la longitude de Rio-Janeiro , avec celles qui ont été faites antérieurement dans le meme but.

Longitude du Pain de Sucre [P ad de Açucar] à l’entrée

de la baie de Rio-Janeiro :

Rapprochement

de

nos observations astronomiques au Brésil, avec celles qui ont été faites ante'rieurement.

« Moyenne de 892 distances lunaires, partagées en » 332 séries, que nous avons observées, tant a » Rio-Janeiro , que sur divers points situés au Nord >, et au Sud de cette baie , et rapportées au méridien du Pain de Sucre , au moyen des montres

» marines .

n LE PILOTE DU BRÉSIL.

«Longitude, par la montre marine n.° 56, embarquée sur la Baïadère, d’après la différence » trouvée entre le méridien d’Anhatomirim et

» celui du Pain de Sucre . 45o 34- 43, y Q

” Longitude , par l’immersion du premier satellite de » Jupiter, observée ïe 1 7 mai 1 820 , par M. Givry,

»sur Anhatomirim . 45. 32 22

"Longitude, par les observations de Louis Godin,

«astronome français, en 1751 . ’ 45 9 5Q

«Longitude, par 11 distances lunaires observées

«dans la même année par la Caille et d’Après. . 44. 57. 30.

» Longitude , par les astronomes portugais , en 1 783,

» d’une part . .’ 45. 38. 0.

"De I autre, par les mêmes . 45 37 ^

"Longitude, par des observations du capitaine anglais Haywood , cité par Horsburg . 45. 31 3Ü

"Longitude, par les observations du capitaine de

» Freycinet, dans son Voyage autour du monde. 45. 36. 22. "Longitude, par les observations du lieutenant He-

» wett, pour 1 de Ratos ( baie de Rio-Janeiro . 45. 26 38 "Longitude, parles observations du général Bris- "bane, à bord du vaisseau anglais le Royal-

» Georges , près du cap Frio , en 1 8 1 1 . 45. 3l 18>

« Enfin, par des observations chronométriques faites ,

» en 1821 , à bord de la frégate de Sa Majesté la » Cl ovin de , commandée par M. le capitaine de «vaisseau de Mackau , à vue du cap Frio, et " rapportée au Pain de Sucre . 45 33 54

” Un teI accorc[ entre résultats des observations des as-

r£kurnt”rn°meSP0rtUSaiS’ <|U caPitaine Haywood, du lieutenant iWdtud. ” Hewett, du capitaine Freycinet, du général Brisbane, de la

observations. ’> frégate /« Clorinde , et les nôtres, doit faire présumer que

»la longitude de Rio-Janeiro neprouvera désormais que de

» légers changemens par suite des observations qu’on pourra » faire clans ce lieu.

En rapportant cette détermination, je ne veux pas attrimer aux opérations de ma campagne au Brésil un mérite

Présomption résultant

ce ra

en faveur de l’exactitude

de nos

LE PILOTE DE BRÉSIL, auquel il n était pas de son objet de prétendre. Probablement la longitude de Rio- Janeiro ne paraîtra définitivement fixée que lorsqu’un observatoire aura été établi depuis quelque temps sur ce point ; ce sera le sentiment des astronomes , et nous ne voulons pas en appeler. Nous ne nous proposions, dans notre voyage, que de déterminer des positions relatives, des différences en longitudes d’un point à un autre , au moyen des montres marines; mais on conviendra peut-être, cependant, que ce que nous avons pu y ajouter, avance la solution d’une question plus importante, et augmente au moins le nombre des probabilités obtenues jusqu’ici sur la longitude de Rio-Janeiro.

J’ai dit plus haut que le mât de pavillon du fort Santa- Cruz d’Anhatomirim avait été pris pour premier méridien de nos cartes.

Au moyen d’un grand nombre d’observations , de la préci- ^ i)o^tsÿe°"epirt sion desquelles nous croyons pouvoir répondre, à très -peu reco^sances de secondes près , nous lui avons assigné la latitude de 27° ^graphiques.

25' 31", 9 Sud.

Sa longitude, par la montre n.° 56, en employant une marche diurne moyenne entre celles qui ont été observées à Ténériffe et à l’île Anhatomirim, est de 51° l' 18" Ouest de l’observatoire royal de Paris (l).

C’est de cette position que nous avons compté les longitudes de tous les points de la côte jusqu’à Maranhaô ; en sorte que toutes ces longitudes forment un ensemble invariable-

(1) Cette longitude , conclue de la différence que nous avons trouvée entre les méridiens du môle de Sainte-Croix de Ténériffe , et du foi t Santa- Cruz d’Anhatomirim, est, en outre, basée sur la longitude que nous avons assignée, en 1817 et 1818, à ce premier point, laquelle est 18° 33 30" a l’Ouest de Paris. ( Voyez mon Mémoire sur mes Reconnaissances hydrographiques à la côte d’Afrique, Paris, 1819.)

Exposition

sommaire

ment lie; et quêtant en fonctions les unes des autres, si ( ce qui nous paraît douteux ) des observations subséquentes prouvaient que la côte orientale d’Amérique doit être portée, d’une quantité quelconque, a lEst ou a i Ouest du point que nous lui assignons, il lien résulterait aucun changement dans les positions respectives des lieux, et la correction ne porterait

que sur leur ensemble; ce qui ne serait d’aucune importance pour la navigation.

•^es opérations hydrographiques sont maintenant pratiquées hydrographiques P31' 1111 assez g™nd nombre de personnes, pour qu’il soit employées superflu d entrer dans le detail des méthodes que nous avons

dans l’expedition. I ' •* r t-.

employées. M. Beautems - Beaupré , membre de l’institut et ingénieur hydrographe en chef de la marine, en a, le premier, développé le principe dans son appendice au Voyage de d Entrecasteaux , où il a joint les meilleurs exemples aux meilleurs préceptes. Après avoir été les premiers à l’imiter dans I application de sa méthode à l’hydrographie dans la grande navigation, lors de nos campagnes sur la côte d’Afrique, nous l’avons, de nouveau, pris pour guide dans notre travail sur la côte du Brésil, et cela nous dispense de dire plus de

quelques mots sur cette méthode , devenue familière aujourd’hui.

Elle consiste, comme on sait, à déterminer successivement les diverses positions de l’observateur sur la mer, par rapport h trois points déterminés de la côte. Il en résulte une suite de triangles liés entre eux par des parties communes , à l’aide desquelles les autres parties sont déterminées à leur tour. Toute la côte que nous allons décrire a été comprise dans une pareille triangulation. Afin de 11e pas l’interrompre, je mouillais presque tous les soirs, quelque temps qu’il fit et sur quelque point de la côte que je me trouvasse ; et je ne remettais sous voiles ,

LE PILOTE DU BRÉSIL, le lendemain, qu’après avoir repris les derniers reïèvemens de la veille, pour nous assurer que nous n avions pas changé de place pendant la nuit, et qu après avoir orienté, par des reïèvemens astronomiques, la station, par i apport aux principaux point relevés à terre.

En adjoignant un second bâtiment à l’expédition, on avait eu pour objet de la rendre moins pénible, et d’augmenter le nombre des observations de toute espèce quelle avait pour but de recueillir. Le faible tirant d’eau du Favori m avait fait espérer de pouvoir l’attacher de très-près au rivage, pour en étudier les détails que la prudence ne permettrait pas à la corvette d approcher, et je me flattais, en le tenant a terre de mes routes, le long delà côte, d’abréger de moitié le temps nécessaire pour sonder, et d avoir par son moyen une double ligne de sondes à porter sur les cartes.

Ce bâtiment se trouva si dépourvu de qualités, qu’il me fallut, dès le commencement de la campagne, renoncer à eiU faire un tel usage. Je pris alors le parti de l’expédier à l’avance , sur les divers points qui méritaient une exploration détaillée, avec ordre de s’occuper de cette exploration en m attendant : ces travaux particuliers, assujettis ensuite à I échelle et aux bases du travail général exécuté sur la Baiadere f devaient venir s’y intercaler avec avantage , et accroître l’intérêt des

résultats généraux de la campagne.

Si le zèle eût suffi pour multiplier ces travaux , ils auraient

sans doute été nombreux; mais le Favori ne put arriver que deux fois assez tôt aux relâches que je lui avais prescrites, poui s’y occuper utilement avant l’apparition de la corvette ; et les plans du mouillage de Saint-Sébastien, de l’entrée de Espirito- Santo , de l’entrée de Bahia , de la rade de Pernambuco , et de l’embouchure de la rivière de Caïenne , sont les seuls auxquels

Mauvaises

qualite's

’un des bâtimens de Pexpe'dltion.

Conse'quences

qui

en résultent

LE PILOTE DU BRÉSIL, il put coopérer. Les talens dont le capitaine, l’ingénieur, et les officiers de ce bâtiment, y ont fait preuve, m’ont donné lieu

de beaucoup regretter d’avoir été si souvent privé de leur assistance.

Au surplus, nos reconnaissances de la côte du Brésil , destinées principalement à I usage de la grande navigation, ne comportaient pas une recnerche minutieuse des détails de cette côte * cette sorte d exploration n intéresse réellement que les caboteurs, et ne peut être faite que par de petits bâtimens qui seraient stationnés long-temps sur les lieux mêmes. Ceux de l’expédition ( eussent -ils possédé les qualités qu’on leur avait supposées), ïa déférence que je devais aux autorités du pays, et les bornes assignées à la durée de la mission, me prescrivaient de ne pas m’étendre au-delà des objets essentiellement importans pour le plus grand nombre des navigateurs.

Le gisement exact des côtes, l’attérage sur les ports les plus fréquentés, les routes à faire pour s’y rendre et pour les quitter, les vents, les courans qui influent sur ces routes et les dangers qu elles peuvent offrir , étant les principaux objets sur lesquels il était réellement nécessaire de procurer des renseignemens

précis, cest à eux que je m’attachai et que je consacrai tout mon temps.

J espere avoir laissé peu à desirer à cet égard. Nous avons prolongé huit cents lieues de la côte du Brésil, à une distance d un à six milles, sans préjudice des nombreuses pointes, de dix a douze lieues au large, sur tous les points importans, pour en reconnaître les approches. II est donc difficile qu’aucun danger, aucun objet digne d’intérêt nous ait échappé ; et nos cartes, présentant la côte telle qulle paraît à la distance d'une a deux lieues , nous semblent offrir tout ce qui est utile à la généralité des marins, sans tomber dans les détails

LE PILOTE DU BRÉSIL, dont la recherche n’entrait pas dans le plan de l’expédition , et qu on n obtient, en général, qu’aux dépens de la clarté, première condition d’une carte et de tout document hydrographique.

Dans cette campagne, comme dans celles qui l’ont précédée, pour le même objet, sur la côte d’Afrique, nous avons apporté tous nos soins à l’exactitude des observations astronomiques, et nous n avons rien négligé pour tirer, desinstrumens que nous possédions, tout le parti qui dépendait de nous.

Comme dans les campagnes de 1 8 1 7 et 1 8 1 8, les montres de la Baïadere avaient été suspendues dans une armoire placée un peu en arrière du grand mât dans l’entrepont ; dans cette situation , les montres ne participaient , pour ainsi dire , à aucun des mouvemens du bâtiment; elles étaient tenues sans cesse dans une température uniforme, d’environ 30° du thermomètre centigrade, au moyen d’une lampe, et jamais on ne les touchait que pour les monter; un chronomètre portatif, comparé avant et après les observations , était employé à transmettre le temps des montres, chaque fois qu’il en était besoin.

C’est sans doute en partie à ces précautions que nous avons dùde tirer des montres marines des résultats d’une exactitude, sinon supérieure à toute attente , du moins égale à tout ce qui pouvait être espéré. On en jugera par l’exemple suivant, que je prends parmi une foule d’autres que je pourrais citer. Après cinquante-cinq jours depuis notre départ de Bahia , l’accélération de la montre n.° 56 n’avait augmenté que de O 7, 4539; en sorte que la longitude qu’elle attribua au fort San - Laiz de Maranhaô , calculée avec la marche reconnue au départ, ne différait que de 3' 10" de degré de celle que nous trouvâmes définitivement, en employant la marche moyenne des deux relâches; et, ce qui doit compléter la conviction sur

Installation

des

montres marines à bord

de la Ba'iadcre.

Details

sur les longitudes obtenues pendant la campagne.

Sur

les latitudes.

l’extrême régularité de cette montre, c’est que la longitude qu elle donna à Pernambuco ( relâche intermédiaire où nous finies des observations de longitude), et calculée avec la marche de Rallia, 11e différa que de 0° U 49" de celle qui fut assignée en dernier lieu à ce point, en employant la marche moyenne du départ et de l’arrivée.

Une exactitude aussi remarquable doit inspirer une parfaite confiance dans les différences en longitude que nous assignons

aux divers points de la côte du Brésil : le soin a été poussé , relativement à cet élément de nos cartes, jusqu a recalculer tous les angles horaires, avec les latitudes corrigées des courans, toutes les fois qu’il a été reconnu que les courans avaient eu de l’influence sur la station dans laquelle la longitude avait été observée ; et l’une des conséquences les plus certaines du système de reïèvemens continus que nous avons suivi, était la connaissance précise de cette influence des courans dans l’intervalle des observations astronomiques.

Les latitudes ont été conclues de séries nombreuses de hauteurs prises avant et après le passage au méridien , toutes les fois que la hauteur de l’astre rendait cette méthode praticable. Lorsque le soleil était très-près du zénith , nous observions sa hauteur supplémentaire en meme temps que sa hauteur directe , comme je l’ai expliqué en rendant compte de mes campagnes à la côte d’Afrique, et nous partagions probablement ainsi l’erreur provenant de l’irrégularité des réfractions astronomiques, toujours si variables sous les hautes températures dans le voisinage de la terre.

Dans les parties de nos reconnaissances où le gisement des côtes s’opposait à ce que nous pussions amener les astres à l’horizon, j’ai fait des relâches plus nombreuses, afin que les observations faites à terre suppléassent, en plus grand nombre.

h celles que le séjour à bord eût rendues défectueuses. Nos latitudes alors étaient obtenues, soit par des hauteurs croisées, avec le cercle de réflexion et l’horizon artificiel, soit par des distances zénithales y avec le cercle répétiteur.

Les résulats que nous avons obtenus dans cette partie de notre travail ne sont pas moins satisfaisans que les autres, ainsi que le prouve la comparaison de nos observations de latitude avec les observations de meme espèce, faites antérieurement.

Je présenterai , sans le choisir , le rapprochement fait par M. Givry, dans le mémoire déjà cité, relativement à la Iatititude de la petite île Ratos , située dans la baie de Rio- Janeiro.

« Latitude de file Ratos, par nos observations . 22° 53' IG" S.

'Latitude du milieu de la place du Gouvernement ,

” qui est de quelques secondes plus Sud que l’îîe «Ratos, par Louis Godin , astronome français , en

» Latitude du même lieu , par la Caille et d’ Après. . . 22. 54. 0.

« Latitude du même lieu , à très-peu de secondes près ,

»par les astronomes portugais, en 1783 , d’une

”Part . 22. 54. 12.

"Latitude, par les mêmes, une seconde fois . 22. 54. 13.

"Latitude, par le lieutenant Heweft , en 1814 et

«iStâ . . 22. 53. 30.

C est, à bien peu près , une identité parfaite, et la moyenne est 22° 53' 48".

La déclinaison de l’aiguille aimantée a été déterminée avec des soins recherchés et continus , toutes les fois que le temps la permis. Chaque résultat que j’en rapporterai dans le cours de cet ouvrage, sera toujours la moyenne de trois ou quatre séries dazimuthsou d’amplitudes observés avec des compas de grands diamètres et éprouvés, en meme temps qu’ils étaient

Sur

la déclinaison de PaiguiHe aimante'e.

LE PILOTE DU BRÉSIL, toujours places au meme point clu bâtiment par rapport au compas de route. Ce que j’ai dit plus haut de la manière dont les cartes ont été levées, fait connaître que la boussole y a été fort rarement employée : nous ne nous en sommes servis pour les réïèvemens, que lorsqu’il était impossible de s’en passer.

Les sondes méritent toute la confiance des marins : à l’exception de celles des ports et des rades, elles ont toutes été faites par les bâtimens memes ; obligation laborieuse à laquelle je me suis toujours assujetti, tant pour donner aux sondes toute l’exactitude possible, que pour pouvoir garantir par ma propre expérience , et après les avoir parcourues moi-même , les routes que j’aurais à indiquer. Les marins savent combien l’idée que des bâtimens ont passé sur la route qu’ils tiennent , ajoute à leur confiance et à leur sécurité.

Nous étions parvenus à former des sondeurs capables d’avoir le fond avec certitude , à vingt brasses , par une vitesse de plus de quatre nœuds ; mais j’ai toujours eu soin de rester au* dessous de ce sillage, et de régler la vitesse sur la plus grande facilité de sonder : j’ai la conviction que, sur cent sondes portées sur nos cartes, il n’y en a peut-être pas deux de fautives.

Tous les brassiages, marqués sur la route des bâtimens, sont tels qu’ils ont été trouvés et sans aucune modification.

Dans les plans particuliers, les sondes ont été ramenées à la basse mer du lieu ; des notes placées sur les plans en avertissent toujours, et il faut lire ces notes avec attention.

Le plomb de sonde ne pouvant indiquer que la nature de la surface du fond, nous nous sommes servis , dans tous les mouillages, de lances qui, pénétrant le sol assez prolondément , nous ont fait connaître la qualité de ses couches inférieures , leurs avantages et leurs inconvéniens pour la tenue des ancres.

L’observation des marées est la partie la moins précise de Sur i’ob scrvation

des marées.

notre travail , et il ne dépendait pas de nous de lui donner un plus grand degré d’exactitude. Ce genre d’observations s’exerçant sur un phénomène dont ies effets se combinent d’une foule de causes irrégulières et variables selon les lieux, exige un long séjour à terre , et une attention aussi suivie que minutieuse : ces conditions nous étaient refusées ; nos relâches ne pouvaient avoir la durée nécessaire pour faire un nombre suffisant d’observations; et je devais m’abstenir, en pays étranger, de démarches qui , par leur durée et leur continuité , auraient pu porter ombrage aux autorités ou aux habitans.

C’est la meme discrétion qui nous a privés des plans de l’intérieur des ports : espèce de documens qui n’entraient pas dans l’objet de ma mission, et qu’il faut attendre de la libéralité des gens du pays.

Mais nous avons remédié, autant qu’il dépendait de nous, à ces circonstances défavorables. Dans l’impossibilité d’établir à terre une échelle et un observateur de marées, je faisais sonder, de quinze en quinze minutes, à l’avant, à l’arrière, et de chaque côté du bâtiment au mouillage, avec des lignes souvent vérifiées. Comme, dans un grand nombre de ces mouillages, je faisais affourcher, et qu’à la très -petite distance ou je me plaçais de la côte, les vents ne variaient guère qu’alternativementdu large et de terre, l’évitage du bâtiment s’effectuait presque toujours sur les memes directions et sur le même terrain; en sorte que les sondes ne pouvaient manquer de retomber très-souvent sur les mêmes points du fond , et d indiquer avec assez d’exactitude les changemens successifs de la hauteur des eaux pendant toutes les périodes de leur mouvement journalier. Les résultats de ces observations ont presque toujours confirmé cette probabilité ; et les variations de la pro-

fondeur se sont accordées, avec la régularité la plus satisfaisante, aux heures correspondantes de la marée.

^ 1 d es ' c^o m'nn s 1 ° Nous avons donné ïa meme importance à l’observation des

courans. Au mouillage, nous en relevions la direction de demiheure en demi-heure , et nous mesurions en meme temps leur vitesse avec un loch fait exprès, gradué avec précision et souvent vérifié. Leur action était d ailleurs presque constamment évidente pour nous, meme quand nous étions sous voiles, au moyen des observations astronomiques, des montres marines et de la liaison de nos relèvemens, d’où résultait la fixation presque continuelle de notre position réelle.

On trouvera dans le chapitre suivant le résumé de nos observations sur les courans généraux à la côte du Brésil; et les courans particuliers, et le mouvement des marées, seront décrits à l’article de chacun des lieux auxquels ils se rapportent.

la nomem-iauirc La nomenclature employée dans nos cartes et dans la pré

Ja„smnoS°c2tc«. sente instruction, est, autant qu’il nous a été possible deia connaître, telle quelle existe dans le pays meme.

Les motifs qui m ont déterminé à la préférer à toute autre m’ont paru péremptoires. En effet, les côtes du Brésil, quoique très-mal figurées sur les cartes jusqu’ici , n’y sont pas moins présentées avec un détail de topographie qui nécessite une nomenclature fort étendue. Mais les erreurs de ces cartes ont î' ie une telle confusion dans la désignation des lieux, qu’un meme point, souvent meme un point imaginaire, est indiqué sous cinq ou six noms différens , sur autant de cartes : cela provient, tantôt de la différence de langage des auteurs des cartes, et de la difficulté qu’ils éprouvaient à prononcer et à écrire le même nom d’une même manière; tantôt, de la puérile prétention de quelques-uns, d imposer des noms nouveaux à

des objets déjà connus, décrits et nommés, afin de donner a leurs relations un vernis de découvertes.

J’ai voulu éviter ce travers, dont l’inconvénient e$t visible par la confusion qu’il a jetée si long-temps dans la géographie de beaucoup de lieux. Je me suis appliqué à recueillir les noms usités dans le pays, en les faisant, autant que possible, écrire par les habitans eux-mêmes; et à cet effet, j’ai embarqué avec moi, aussi souvent que je l’ai pu, un homme de la partie de côte que j’avais à reconnaître, sous la prononciation et la dictée duquel nous écrivions le nom de chaque point , à mesure qu’il passait sous nos yeux.

J’ajouterai un mot sur le second parti que j’ai tiré de ce s rapports avec des hommes du pays, pendant que je faisais l’exploration de la côte.

Choisis, autant que je l’ai pu, parmi les meilleurs patrons Renseignemens du cabotage, ces hommes m’ont donné des renseignemens très- pratiques du pays. intéressans sur les objets de détail que je ne pouvais pas étudier moi-même, et j’ai eu occasion de vérifier ensuite plusieurs de ces renseignemens. Néanmoins , les points placés sur nos cartes, ou indiqués dans cette instruction, d’après ce seul genre de données , sont accompagnés , sur les premières , des mots ,

Positions douteuses , et dans le cours de cet ouvrage, par les mots, Renseignemens des pratiques.

On a également différencié , sur les plans et les cartes , les Attention à avoir

o 1 en faisant usage

parties de côte que nous avons reconnues nous -mêmes, de cartes j^venant celles, en très-petite quantité, dont la figuration a été prise de ^édition, ailleurs, faute d’avoir pu les approcher suffisamment. Quoique les sources de ces emprunts aient toujours été choisies dans ce qu’on connaissait de plus exact, comme nous ne voulons garantir que ce que nous avons vu, en le présentant comme nous l’avons vu, nous avons trouvé convenable de prévenir

tous les doutes a cet egard .* c est ce que M. Givry a fait en rédigeant et dessinant les cartes ; et les marins qui en feront usage devront faire attention aux explications quelles portent sur la manière dont les diverses parties de la côte y sont rendues.

Tels sont les avertissemens dont j’ai cru devoir faire précéder le Pilote du Brésil. Ces sortes d’ouvrages ne peuvent prétendre à la confiance que leur but est d’inspirer , qu autant qu ils sont faits consciencieusement et présentés avec une entieie bonne foi. J ai eu sans cesse ces deux conditions devant les yeux dans l’accomplissement de ma mission; et c’est pour achever de la remplir dans le meme esprit, que j’ai expliqué

les procédés que nous avons suivis et les méthodes que nous avons pratiquées.

J ai dit plus haut (page 1 6) que le résultat de nos reconnaissances des côtes du Brésil était de présenter ces côtes « telles ” qu elles paraissent à la distance d’une ou deux lieues de » terre. » La présente instruction s’étend aux détails que ce cadre doit naturellement comporter. Je n’ai pas méconnu la responsabilité qu’entraîne une semblable tâche; je ne me suis pas dissimulé l’inconvénient de publier une description d’une portion quelconque d’un pays rempli d’autant de personnes éclairées qu’on en distingue au Brésil ; et je sens qu’oser parler avec une sorte d étendue des lieux qu’on n’a pu étudier que pendant quelques mois, et en soumettre un tableau à des habitans si capables et si facilement à portée d’en relever les moindres inexactitudes, est une hardiesse qui doit paraître téméraire, et, presque inévitablement, exposer l’amour-propre de son auteur à de fréquentes contrariétés.

Cette considération frappante ne m’a cependant point arreté, et jose espérer que ma hardiesse ne sera pas trouvée inexcusable.

L'insuffisance et l’imperfection des documens publiés sur les côtes du Brésil ne se bornaient pas à ce qui regarde la géographie ; leurs erreurs s’étendaient à tout ce qui est relatif à la navigation sur ces côtes; et les vents, les courans, les saisons, les marées, &c. , qui y régnent, avaient été jusqu’ici peu observés ou mal définis.

Il y avait donc beaucoup à faire dans un sujet si neuf; et sans oser prétendre à remplir une aussi grande lacune , j’ai cru au moins utile de chercher à la diminuer. C’est ce qui m’a porté à entrer dans un tel détail : sacrifiant ainsi , par le désir du bien , le désagrément de me voir probablement reprocher des erreurs, à l’avantage d’exciter ceux qui me succéderont à faire mieux que moi.

Si, comme je le crois, les navigateurs trouvent dans cet ouvrage un assez grand nombre d’indications exactes, et de conseils qui leur soient profitables , j’aurai atteint mon but ; et je serai bien plus flatté de ce succès , que blessé d’avoir à corriger des fautes qu’au moins j’aurai le mérite de faire signaler, et qui, au sentiment de tout juge impartial, ne pouvaient guère être évitées dans un premier essai de cette étendue.

Le tableau que j’ai présenté de l’état de l’hydrographie du Brésil, antérieurement aux reconnaissances dont j’ai été chargé, fera sentir , comme il doit l’être , le prix du service rendu par la France à la navigation. Ce service a le caractère du plus entier et du plus noble désintéressement; et la répartition actuelle du commerce maritime entre les nations qui y participent avec la France, en est la preuve irrécusable. Les navigateurs en apprécieront d’autant mieux la générosité du Monarque éclairé dont la bienveillance s’est plue à contribuer ainsi à leur sûreté, et leur reconnaissance joindra son hommage à ceux que reçoit chaque jour sa mémoire révérée.

Je ne terminerai pas cette introduction sans acquitter une dette qui m’honore trop pour que je la puisse taire : je veux parler de mes sentimens pour les témoignages de bonté dont j ai été l’objet durant mon séjour au Brésil.

J’ai rapporté les procédés des chefs de la province de Sainte- Catherine à mon égard. S. M. le roi D. JoaÔ VI les approuva, et m’en confirma l’assurance, lorsque, le 24 juin 1819, j’eus 1 honneur d être admis à lui offrir l’hommage de mon respect : S. M. daigna « reconnaître l intérêt général de ma mission , ” en approuver le plan, et en protéger l’accomplissement, en » m’annonçant quelle voulait donner des ordres pour que je » continuasse à trouver , sur la partie de ses états qui me restait à parcourir, les mêmes facilités que j’avais trouvées » jusque-là. »

L’esprit qui avait inspiré des ordres si généreux se manifesta dans tout le cours de leur exécution , et l’accueil le plus flatteur me fut fait sur chacun des points que je visitai.

Ces dispositions ne se sont point évanouies avec le règne qui les avait vues naître. A mon second voyage au Brésil , où je me proposai d’utiliser mon séjour en ajoutant de nouveaux documens hydrographiques à ceux que j’avais déjà recueillis , S. M. l’empereur D. Pedro I, entré alors dans la glorieuse carrière qu’il parcourt aujourd’hui , se montra également favo¬

rable à ce projet. Héritier des vues élevées et de la bienveillance de son auguste père, il protégea comme lui des travaux dont il reconnut l’utilité générale, et il daigna en distinguer l’auteur.

Ces bontés ont excité ma respectueuse reconnaissance.

J’acheverai d’obéir à ce sentiment, en plaçant ici, sous les noms augustes qui précèdent, ceux des personnes éminentes dont les égards et les procédés m’ont rendu agréables mes divers séjours au Brésil ; et j’ai l’honneur de prier MM. le

comte DOS Arcos, ministre de ïa marine en 1819, le comte de Viana , vice-amiral, gentilhomme de ia chambre du roi, ie comte DE PalmA, capitaine général de ia province de Bahia, D. Luiz do Rego-Barreto , capitaine générai de ia province de Pernambuco, et D. Bernardo de Silveira Pinto de Fonseca , capitaine général de ia province de Maranhan , à ia meme époque, de recevoir l’expression de mes remerciemens.

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