CHAPITRE PREMIER
Aspect général des côtes du Brésil ; leur structure et leurs approches ; température , saisons , vents et courans qui y régnent.
L’aspect des côtes du Brésil n’est pas le même sur toute leur étendue. Depuis I île S anta-Catarina [Sainte-Catherine] jusqu’à environ soixante lieues au Nord du cap F no , les terres sont très-élevées, couvertes de forêts, et elles peuvent être aperçues de dix-huit lieues de distance , par un beau temps :
Aspect general
des
côtes du Brésil.
Du secours qu’on peut tirer de la sonde pour connaître la distance à laquelle on se trouve des
côtes du Brésil.
D es côtes situées entre l’île
Sainte - Catherine et le cap Frio.
il n’y a donc que des précautions ordinaires à prendre pour les approcher en venant de la mer.
Mais il n en est pas de meme par-tout ailleurs : sur plusieurs points, on ne voit la terre que d’une médiocre distance, et lattérage exige plus de précautions. Telles sont les parties comprises entre Espirito-Santo et le Monte-Pascocil [ Mont Pascal ] • entre Porto-S éguro et la baie de Tous les Saints ; entre la Torre de Garcia de Avila, et le cap Saint- Augustin ; et ensuite, presque sans exception, depuis Olinda jusqu’à file Maranhao £ Maranhan J. Sur tout ce développement, les terres sont basses ou de médiocre élévation ; et elles n’offrent que çà et là quelques montagnes d’un ordre inférieur, ou trop reculées dans l’intérieur du pays pour qu’on puisse les apercevoir aisément du large.
Les avertissemens qu’on peut retirer de la sonde, sur h* proximité à laquelle on se trouve de ce continent, dépendent de la position où l’on est par rapport à lui. Ces avertissemens ne peuvent être que d’un faible secours sur toute la côte orientale, principalement depuis file de Sainte-Catherine jusqu’à la pointe d Olinda , à cause des grandes profondeurs qui régnent à une petite distance du rivage ( le parallèle des Abrolhos étant excepté ).
La sonde rapporte soixante-dix brasses à dix-huit lieues sur le parallèle de I île de Sainte-Catherine y quarante brasses à douze lieues de Paranagna ; cinquante brasses à douze lieues dans I Est de I île Saint-Sébastien ; trente-cinq brasses encore à cinq lieues seulement dans le Sud-Est de la pointe Joatingua, soixante et dix-huit brasses à dix-huit lieues dans le Sud-Est de l’entrée de Rio - Janeiro ; enfin, plus de soixante brasses encore à sept lieues seulement du cap Frio .
Une carte espagnole, de 1777, marque quelques sondes
de vingt brasses, à dix ou douze lieues dans le Sud-Sud-Est de ce cap ; mais nous ne les avons pas retrouvées.
Les profondeurs ne sont pas moindres dans le Nord-Est du n es cotes
A # comprises
cap F vio. On n’a déjà plus de fond à cent vingt brasses, à entre le cap Fr in
1 ’ 1 u et la baie
trente lieues dans ï’Est ^ Sud-Est du cap San-Thomé. Les de Tous les Saints-
sondes s’étendent davantage à l’Est et au Sud-Est Aes Abrolhos ; mais on ne peut guère en avoir à l’Est du méridien de 39° 10', situé à trente-six lieues dans l’Est de ces îlots ; et si l’on trouve encore le fond au large de ce méridien par le travers des Abrolhos , ce n’est qu accidentellement , sans qu’on y puisse compter, et rarement par une profondeur de moins de cent brasses.
On n’a pas trouvé le fond à deux cents brasses, à huit lieues seulement dans le Sud-Est du cap Saut- Antonio de Bahia , ni même à douze rndles au Sud de ce cap, bien qua quatre milles plus à l’Ouest et au Nord, il n’y ait que vingt brasses d’eau ; enfin , à neuf lieues , sur le parallèle et à vue par l’Est du cap ou morro San-Paulo , on na pas eu le fond non plus avec une ligne de cent vingt brasses.
De Bahia à Olinda, la côte n’est pas moins accore. A neuf Des côtes situëes
' 1 entre liahia
lieues dans l’Est de la Torre de Garcia de Avila , la profon- k pointeeLd,OWa
deur est déjà de cent quatre-vingts brasses; à la même distance
dans l’Est de la petite embouchure ou barra de Itapicuru ,
elle est aussi de plus de deux cents brasses ; elle excède cent
quatre-vingt dix brasses, à vingt lieues de Rio Real et de Rio
Sergipe; et l’on trouve cinquante brasses, à dix lieues dans
l’Est de l’embouchure du Rio San-Francisco ; enfin, sur
toute la côte qui s’étend au Nord , jusque proche de Pernani-
buco , on ne trouve pas moins de trente a quarante brasses à
neuf ou dix lieues du rivage; et à moins du double de cette
distance, sur les parallèles de Pernambuco et A Olinda, on
n’a pas le fond à cent vingt brasses.
Des cites situées La profondeur est comparativement un peu moindre sur la
entre
de Maranhan.
Ia Petïes banc3nda c°te au ^ord d’Olinda; mais elle est encore trop grande à du cap SamuRoch. petite distance de terre , pour que la sonde puisse être considérée comme un moyen facile et suffisant de sécurité à fattérage. Bien qu’on trouve de six à neuf brasses seulement , à deux ou trois milles du Cap Blanc , devant l’embouchure du Rio Parahyba, devant le fort clos Reis Magos [des Rois Mages ] ou embouchure du Potangi , de meme qu à quatre milles au large du cap Saint-Roch , on passe promptement à quarante brasses, si Ion s éloigné de dix à douze lieues de la côte.
Des côtes Dans le Nord du grand coude formé par la côte proche le
comprises m 1 *
duTa^iïïn/ïocA CaP Saint-Roch, les terres qui se prolongent sur ia direceti’î,e tion de i’Oucst-Nord-Ouest jusqu’à file de Maranhan, étant très-basses et composées de dunes de sable presque sans relief au - dessus de la mer, présentent l’indice d’une eau peu profonde dans leur voisinage; cet indice est justifié, et les sondes sont médiocres à une assez grande distance au large de la côte, depuis le cap Saint-Roch jusqu’à l’île de Maranhan.
Depuis le petit mont Melancia jusqu’au village AAlmufedas, on ne trouve que quinze brasses jusqu’à douze ou quinze lieues de la côte, et le fond monte progressivement jusqu’à terre. Il y a proportionnellement un peu plus d’eau au mouillage, à trois milles au Nord de la Barra de Ciara , et l’on y est par dix brasses. Mais le fond diminue peu après en allant dans l’Ouest; et en général, celui de dix brasses ne se trouve qu’à dix ou douze milles au large, sur cette partie septentrionale de la côte du 'Brésil.
Entre Almufedas et Jericacoara , et vis-à-vis le petit village de Caracu , il y a une certaine étendue de côte que les
grands bâtimens ne doivent pas approcher de plus de dix milles; ils éviteront par-là le banc de Caracu , sur lequel on ne trouve que de quatre à vingt-cinq pieds d’eau sur une étendue de trois lieues du Nord au Sud : la profondeur augmente après l’avoir passé, et l’on peut se rapprocher à cinq ou six milles de la côte ; mais elle reste assez faible jusque sur le méridien de Maranhan , pour que , d’une à vingt lieues de terre , on ne trouve que de quatre à trente brasses d’eau, et, par conséquent, pour que la sonde puisse indiquer très-utilement le voisinage de la côte.
Telle est donc la différence qui caractérise la côte orientale et la côte septentrionale du Brésil. Je compléterai tout ce qui est relatif aux profondeurs de la mer sur ces deux côtes, en faisant la description des lieux en particulier; et je me borne à établir ici que , sur la plus grande partie du littoral compris entre file de Sainte-Catherine et le cap Saint-Roch , les profondeurs sont en général trop grandes et quelles ne peuvent être obtenues facilement assez loin de terre, pour qu’on puisse considérer la sonde comme un moyen suffisant de corriger l’estime de la route.
Si la navigation date de quinze ou vingt jours , et si l’on est parti d’un point situé dans l’Est, il est probable que cette route sera altérée de plus de trente lieues , dont le bâtimént sera plus à 1 Ouest que ne le suppose l’estime; et comme on ne peut généralement compter sur des sondes régulières et réellement concluantes, à trente lieues de la côte orientale du Brésil, il faut prendre d’autres précautions pour rectifier le point.
On ne doit pas conclure de ce qui précède qu’il est inutile de sonder aux approches de cette côte, mais qu’il ne faut accorder à la sonde qu’une confiance limitée; et nous éten-
Diflerence entre la côte orientale et la côte septentrionale du Brésil, relativement à la profondeur de la mer.
Particularité remarquable sur
. les
eAtes du Brésil.
Lisière de roches qui accompagne le rivage.
dons cet avis à ce qui est relatif à la côte du Nord, où, quoique les profondeurs soient généralement moindres à des distances pareilles, les fonds sont assez irréguliers pour qu’on ne doive pas se fier aveuglement aux indications de la sonde.
La côte du Brésil, depuis l’île Sainte-Catherine jusqu a celle de Maranhan , présente une particularité qui mérite d’ètre remarquée.
Cette côte est comme enveloppée de deux ceintures de hauts-fonds qui, sauf quelques intervalles, se prolongent sur toute son étendue, et semblent avoir pour objet de la garantir de l’impétuosité des vagues dont son rivage est sans cesse frappé.
L’un de ces contreforts , adjacent à la plage , est une lisière de roches, dont elle est pour ainsi dire ourlée, principalement depuis le cap Frio jusqu’à file de Maranhan.
Souvent de niveau avec la pleine mer, quelquefois la surmontant d’un à dix pieds, plus ordinairement submergé par elle, ce récif forme, par ses coupures, la plupart des embouchures ou barres des rivières de presque tous les ports et de toutes les criques qui découpent la côte.
Les ports de Espirito-Scinto , Porto-Seguro , os I/heos , Camcimu, Rio-Una , Itapicuru , Rio-Real, Rio-Vasa-Baris , Rio San-Francisco , Santa- Anna das Alagoas , Porto- Francez , Porto-Jaragua , Rio S anto- Antonio , Cammaragipe , Barra- Grande y Porlo-Tamandaré , Santo-Aleixo , Pernambuco y Rio Ay , les deux barras de Tamara ca , Rio Capibarim y Parahyba , Maman gape , Bahia de Traçai i , Rio Grande , Ciara , J ericacoara , et beaucoup d’autres encore , ne sont que des brèches de ce récif, dont on retrouve les traces sur toute la côte jusqu’à Maranhan.
L’autre défense naturelle de la côte du Brésil est un fond
varié, situé de deux à dix lieues de terre, généralement d un brassiage médiocre et irrégulier, que les habitans nomment Prcicel [ paracel ] , comme tous les fonds inégaux et mélangés , et sur lequel ils vont pécher.
On peut dire que ce paracel, non plus que le récif, n’est pas submergé dans toute son étendue; car les îlots Fi go et Castello, les îlots Quemada, les Alcatrazes entourés de rochers, les Abrolhos , la vigie de Manoel-Luiz meme et ses annexes, quoique assez éloignés de terre, semblent être autant de points appartenant à la meme chaîne de hauts-fonds ; c’est au moins par-tout la même espèce de roche. Tous ces points sont, en outre, presque sans interruption, liés entre eux par des fonds de même nature, dont l’inégale hauteur et les anfractuosités rompent efficacement la mer , bien que la profondeur y soit par-tout assez grande pour n’intéresser nulle part la navigation.
Sans prétendre vouloir expliquer la formation de cette espèce de parvis du rivage, peut-être ne serait-ce pas sans raison qu’on l’attribuerait en partie au ressac des eaux de la mer.
Le Brésil, situé dans la zone des vents généraux de l’Est, a sa cote orientale constamment en butte aux efforts d’une mer toujours chassée dans la même direction. On conçoit que les vagues, repoussées par une côte élevée, où elles ne peuvent pas s’étendre, sont refoulées sur elles-mêmes, avec les débris du rivage qu’elles ont pu ébranler; mais ce mouvement de répulsion ne doit pas tarder à être détruit par la pression contraire de la masse de l’océan; et il doit en résulter une sorte de stagnation des eaux à une certaine distance de la côte, et, sur ce point de repos, le dépôt des matières entraînées (l).
(1) Sans doute cette hypothèse ne peut expliquer la formation de ceux des îîots que je viens de citer, qui s’e'Ièvent au-dessus de la mer; mais elle
Haut-fond qui règne à une certaine distance de la côte.
Cause probable de la formation du paracel»
Des
vigies
sur
Quoi qu’il en soit;, il est certain que les Brésiliens reconnaissent, sur la plus grande partie de leurs côtes, un paraceï ou haut-fond inégal et mélangé sur lequel ils vont pécher pendant presque toute l’année, et dans l’Est duquel la profondeur s’accroît promptement. Cette élévation du fond contribue à la tranquillité des eaux proche du rivage; et ses parties les plus éloignées les unes des autres, ont assez d’analogie entre elles et avec plusieurs des rochers que j’ai cités tout-à-I’heure , pour qu’on soit porté à les rapporter à la même origine.
Les recherches que j’ai faites dans le pays, parmi les marins les côtes du Brésil. famihers avec les mers qui l’environnent, n’ont pu m’annoncer l’existence que de deux vigies , dont l’une est au moins probable , et l’autre certaine.
La première, m’a-t-on dit, est à trente-cinq lieues dans le Sud Sud-Est de la pointe Sud-Est de l’île Saint-Sébastien , et à soixante-douze lieues dans l’Est 29° Nord de la pointe Nord-Est de l’île Sainte-Catherine, ce qui correspond à 25° 4 1' 20" de latitude Sud, et à 47° 19' de longitude Ouest de Paris, sur la première feuille des cartes provenant de nos reconnaissances hydrographiques.
Cette vigie est marquée à-peu-près dans cette position sur deux anciennes cartes manuscrites portugaises que je possède, et elle me paraît devoir être rétablie sur toutes.
Elle a été revue le 13 février 1811 par le nommé Manoel Medeiros , patron portugais, que j’ai eu pendant un mois à bord de la Baïadere ; il l’a presque contournée à un demimille de distance, dans un très-petit bâtiment; et, bien qu’ayant sondé plusieurs fois, il n ait pas eu le fond à cent brasses , il m’a affirmé qu’il n’avait pas le moindre doute sur la réalité de
Vigie
dont l’existence est probable.
n’est peut-être pas de'pourvue de vraisemblance relativement à la formation des hauts-fonds qui lient ces îlots entre eux.
LE PILOTE DU BRESIL, cette vigie. « C’est, m’a-t-il dit, une roche ronde, nue et assez » élevée sur la mer pour être souvent couverte par la houle. »
son existence; mais le témoignage de Medeiros sur-tout mérite d’entraîner ïa conviction sur ce point i aucun homme de sa classe ne m’a paru mériter la confiance autant que lui.
La seconde vigie marquée sur nos cartes du Brésil , est celle de Manoel-Luiz , située presque directement sur le méridien du fort S auto- Antonio da Barra , à Maranhan. Indubitable pour tous les navigateurs du pays, d’après les naufrages multipliés qu’elle occasionnait chaque année, sa position leur était néanmoins inconnue, et n’était, pour ainsi dire, mentionnée sur les cartes que pour mémoire. Nous l’avons fixée avec précision à la suite des recherches que nous avons faites dans ce dessein , et dont je rendrai compte au chapitre de Maranhan , en meme temps que de la nouvelle découverte que le hasard vient de procurer, par la rencontre d’un second groupe de rochers, à environ sept lieues au Nord de ceux que nous avons reconnus et dont nous avons déterminé la position. Je me bornerai à dire ici que cette position a été fixée de manière à mériter la plus entière confiance.
Tels sont, à ma connaissance, les seuls dangers quon puisse désigner sous le nom de vigies a la côte du Brésil. La plupart des cartes publiées jusqu’ici en marquent plusieurs autres dans le Nord-Est du cap Saint-Roch : quelques perquisitions que j’aie faites parmi les pratiques du pays , je n’ai pu réussir à confirmer ces indications; ils .mont tous affirmé qu ils ne connaissaient, au large des bancs du cap Saint-Roch, d autres dangers que les Roccas , groupe de rochers parfaitement connu , et que les dernières observations placent définitive-
Vigic
dont l’existence est certaine , ainsi
que sa position .
Température des côtes du Brésil
ment à vingt-cinq lieues clans l’Ouest quelques degrés Sud de i de Fernando de Noronha,
Quant à quelques autres rochers qu’on trouve sur plusieurs points des côtes du Brésil , leur proximité du rivage doit les exclure de la classe des vigies; et leur description sera comprise dans celle de la portion des côtes à laquelle ils se rapportent , et d où le plus souvent ils peuvent être aperçus.
Le Brésil , situé presque entièrement dans Ja zone torride , au Sud de 1 équateur , est soumis en général aux températures des petites latitudes ; mais la grande variété des hauteurs du sol, dans un pays aussi montagneux, ne permet pas d’étendre beaucoup en dedans des côtes, les observations thermométriques dont on voudrait comparer le résultat pour en conclure des moyennes. La température ordinaire, sur le bord de la mer, est de 1 9 à 2 0 degrés de Réaumur, de mars à septembre , et de 20 à 24 de septembre à mars ( vers midi). Mais on conçoit que, meme sur les côtes, certaines localités ajoutent à cette température, ou la diminuent; ainsi, à San-Salvador ( dans la ville haute), par exemple, la moyenne dilatation du meicure na été trouvée, de septembre à janvier, époque la plus chaude de I année, cjue de 19°, 20 le matin, de 20°, 45 a midi, et de 19°, 60 le soir. A Pernambuco, dans la même saison, le thermomètre marque de 2 2°, 5 5 à 2 2°, 6 5 vers midi, et s élève paifois jusqu à 24°; tandis qu’à Rio-Janeiro , qui est beaucoup plus éloigné de l’équateur que ces deux villes, la chaleur est souvent plus forte et va parfois jusqu à 26 et 2 7 degrés. Cela provient de 1 exposition et de la hauteur du sol qui sont si variées au Brésil, qu’on ne peut, pour ainsi dire, faire un pas sans changer de climat.
Dans h s piovinces méridionales, 1 hiver est assez rigoureux;
les gelées ne sont pas rares à Rio-Grande de San-Pedro , à Sainte-Catherine , et la neige y tombe quelquefois assez abondamment , sur-tout dans les lieux élevés ; la grêle y cause aussi parfois des ravages dans les plantations. Plus on avance dans l’intérieur du pays, plus l’élévation du terrain et l'éloignement de la mer donnent lieu au développement des phénomènes qui caractérisent 1 hiver.
On peut d’abord réduire à deux les saisons marquantes qui Saisons du Brésil, partagent l’année au Brésil : ce sont la saisoîi de la sécheresse et la saison pluvieuse , qui concordent à-peu-près avec la mousson du Nord et la mousson du Sud.
La saison sèche commence, sur toute la cote orientale du Saison sèche. Brésil , vers la fin de septembre , et se prolonge jusqu’à février.
Pendant les cinq mois quelle dure, il tonne quelquefois, mais il pleut rarement dans les orages, qui viennent presque toujours du Nord à l’Ouest; les années où il pleut sur la plupart des points de cette côte, durant ces cinq mois, sont considérées comme des exceptions.
Le reste de l’année comprend la saison pluvieuse, qui Saison pluvieuse, toutefois est loin de la remplir en entier, de manière à justifier ce nom. Les seuls mois qui le méritent, sont mai, juin , juillet, août, et quelquefois une partie de septembre, sur la côte orientale. A la côte Nord , les saisons générales s’écartent un peu de cette loi : les pluies y commencent en décembre ; la proximité de l’équateur peut en rendre raison. La principale force des pluies y répond d’ailleurs aussi aux mois de mai, juin , juillet et août.
En réduisant ainsi à deux divisions les saisons de 1 année à la côte du Brésil, je n’ai voulu que me conformer à une expression usitée , et je me suis convaincu qu il ne faut 1 envi snger que comme une généralité. La diversité des expositions,
le voisinage des montagnes, les divers degrés d élévation du sol, donnent lieu, dans plusieurs endroits, à des circonstances météorologiques qui font de fréquentes exceptions à la saison légnante. A Rio-Janeiro, par exemple, il pleut Beaucoup plus dans les derniers mois de la mousson du Nord, qui, généralement, est la saison sèche, que pendant le reste de l’année - de novembre à mars, il y a de fréquens orages le soir au coucher du soleil ; ils sont accompagnés de tonnerre et de grandes pluies , auxquels succède promptement un ciel clair et dégagé: cela est évidemment dû à la disposition des montagnes qui forment le bassin de Rio* Janeiro, et à la grande chaleur qui règne dans ce bassin à cette époque du passage du soleil au zénith.
Par des motifs en partie analogues, il en est de même à Sainte-Catherine , où des orages et de grandes pluies ont également lieu pendant quelques mois de la saison sèche; mais ces anomalies sont particulières à certains lieux, et n’empêchent
pas que, sur la côte en général, les saisons n’aient le caractère que nous leur avons assigné.
Ainsi on peut dire qu’au Brésil, comme en Europe , l’état du temps dépend de la position du soleil : en général le temps est beau quand le soleil est dans l’hémisphère du lieu ; la cause contraire produit l’effet opposé.
Les mauvais mois de la saison pluvieuse sont marqués par des brumes fréquentes, une humidité extrême et continuelle, et des pluies qui durent quelquefois dix ou douze jours consécutifs , avec une grande abondance.
On remarque, pendant la saison pluvieuse, que le temps est plus mauvais et qu’il pleut davantage dans les nouvelles et pleines lunes que dans les autres phases de cette planète.
Cest à cette portion de 1 année que se rapportent plusieurs maladies occasionnées par l’humidité; les chaleurs qui suc-
LE PILOTE DU BRÉSIL, cèdent en favorisent le développement au lieu de l’atténuer; et l’on a observé que les maladies sont d’autant plus graves qu’il y a moins de tonnerre lors du passage du soleil à l’équinoxe. Elles consistent principalement, dans les baies et sur les côtes, en dysenteries, en flux de mauvais caractère, qui, étant négligés, s’ils ne conduisent pas toujours à la mort, dégénèrent en obstructions, en tumeurs indolentes, ou autres affections chroniques des viscères, dont on ne peut se guérir qu’en changeant de climat.
Comme les chaleurs compliquent souvent ces maladies, de Maiadi es propres
à la saison
fièvres bilieuses, de rhumes opiniâtres ( constipaçaos ) (l), pluvieuse, on considère , dans quelques endroits, la saison sèche comme la plus nuisible à la santé; mais, à l’exception des contrées très-voisines de l’équateur, cela n’est vrai que parce que cette saison succède à des circonstances de température opposées, et que, dans les climats très-chauds, toute transition trop brusque de cette espèce est dangereuse : quand on a franchi la saison pluvieuse sans maladies , il est rare qu’on en éprouve dans la saison sèche; celle-ci en détermine bien quelquesunes qui lui sont propres, mais elles sont peu dangereuses, et aucune n’est aussi redoutable que la dysenterie.
Ce que j’ai dit de cette maladie dans le Mémoire oh le présent ouvrage a été annoncé, a trouvé un contradicteur à Rio -Janeiro : lors de mon dernier séjour en 18 22, il m’adressa , dans un journal (2) , une réclamation en faveur de la salubrité du Brésil, qu’il trouvait que j’avais calomniée.
Je lui répondis qu’en pareille matière, il n’est guère possible d’avoir une opinion systématique, et que celle qu’é-
(1) Constipaçaô , suppression de transpiration, resserrement des pores^ courbature.
(1) O Espelho ; Rio-Janeiro 12 novembre 1822.
mettent les voyageurs sur la salubrité ou l’insalubrité d’un pays, est ordinairement fondée sur ce quils ont observé euxtnémes, ou recueilli des personnes memes du lieu. Ce sont, en effet, ces deux espèces d’informations auxquelles j’ai eu recours. La Baïadere a eu constamment le quart de son équipage atteint de la dysenterie, pendant les quatre mois de la saison pluvieuse qu’elle a passés sur la côte : cette maladie régnait alors à Sainte- Catherine , où j’étais au mois de mai 1 8 1 9 ; elle régnait également à Espirito-Santo , quand je m’y présentai en juillet; et l’on m’y confirma quelle y était toujours fréquente dans cette saison; enfin, elle ne disparut du batiment qu à dater de ma relâche à Bahia , en septembre et octobre, ou nous éprouvâmes l’influence salutaire de la saison sèche. Il est impossible de révoquer en doute de pareilles données, et difficile de n’en pas conclure, comme je l’ai fait, que, pendant le temps des pluies, il existe dans la constitution de lair, sur les côtes du Brésil, une prédisposition aux maladies inflammatoires des intestins, qui dégénèrent souvent en dysenterie.
J ai eu de nouveau l’occasion de me confirmer dans cette opinion, pendant le second séjour que j’ai fait au Brésil, en 18 22 et 18 23 ; non-seulement les équipages de ma division ont été atteints de dysenterie, mais il en était de meme des
équipages des autres bâtimens, comme nos médecins l’ont constaté.
Au reste, il ne faut que s’entendre avec l’apologiste de la salubrité du Brésil, et cela ne me paraît pas impossible. J’affirme avec lui, et avec tous les voyageurs qui ont vu ce magnifique pays, qu il est un des plus sains de toutes les contrées qu’emb lasse la zone torride en Amérique; la fièvre jaune n’y est pas connue ; et je conviens que les maladies qui lui sont
propres, même celles que j’ai signalées, n’ont point, à beaucoup près, le caractère effrayant et dévastateur de ce fléau, qui semble tendre à exclure les Européens de la plus grande partie du Nouveau-Monde. Mais il n’en n’est pas moins vrai Maladies propres aussi aue le climat du Brésil offre quelques maladies qui lui toutes les époques
1 ii 1 de l annee.
sont particulières (l); et ces dangers pouvant atteindre les équipages, j’ai dû ne pas les laisser ignorer aux navigateurs, dans un livre consacré à signaler ce qui peut intéresser leur sûreté.
Comme aucun des moyens propres à conserver la santé des hommes n’avait été négligé dans les bâtimens que je commandais au Brésil , je ne sais ce qu’il faudrait ajouter à ces moyens, pour être plus heureux que je ne l’ai été sous ce rapport.
Tant que l’intérêt de nos travaux m’a retenu sur la côte, le nombre des malades n’a pas diminué, et leur état a présenté le même état de gravité* mais aussitôt que je pouvais faire au large une navigation de quelques jours, ils éprouvaient un soulagement marqué. Le brig le Favori , que j’ai dû tenir presque toujours hors de vue de terre, n’a point eu de malades; la Baïaclere , toujous attachée à la côte, en a eu beaucoup. Je ne doute pas, d’après cela, que le bon état des équipages, à la côte du Brésil, dans la saison des pluies, n’exige qu’on n’y prolonge pas trop leur station, et qu’ils ne doivent tirer un grand avantage de quelques pointes assez grandes et assez fréquemment faites au large, pour pouvoir soustraire les bâtimens à l’humidité qui règne alors près de terre.
En se renfermant toujours dans les généralités , on pourra
(t) Entre autres, on doit encore distinguer la maladie de peau connue dans le Brésil sous le nom de sarna.
Des moussons du Brésil.
du g que la saison pluvieuse , au Brésil, comprend à-peu-près ce qu en Europe nous nommons le printemps et l’été, et que l automne et Y hiver occupent la duree de la saison sèche. Mais ce rapprochement n’aura quelque justesse que dans les provinces les plus méridionales , et au Sud de Rio -Janeiro seulement : depuis ce port jusqu’au cap Saint-Roch, ia végétation est presque toujours également active ; le printemps , I été ^ I automne et I hiver diffèrent peu entre eux; le froid se fait peu sentir , et les mois de pluies et de brumes sont réellement les seuls qui rappellent lidee que nous nous formons de l’hiver.
Les limites des moussons, au Brésil, sont également déterminées par les équinoxes. La mousson du Sud règne de mars à septembre; celle du Nord s’étend de septembre à mars: telle est du moins la classification adoptée , à cet égard , dans le pays, et par tous ies voyageurs qui en ont traité.
Les vents généraux attribués à la première mousson, sont à chaque mousson, de ï’Est-Sud-Est au Sud-Sud-Est ; ceux de la seconde sont de 1 Est-Nord-Est au Nord-Nord-Est : mais mes observations ne m’ont pas confirmé ces annonces; j’ai trouvé les vents les plus variables dans les deux saisons. Peut-être sont- ils au large tels qu’on l’a prétendu; mais je puis certifier que, sur la côte, et jusqu à la distance de six à sept lieues au moins, les variétés sont on ne peut pas plus fréquentes : par exemple, sur cinq mois de la mousson du Sud, je n’ai pas eu quarante jours de vents de l’Est-Sud -Est au Sud-Sud-Est; et, d’un autre côté , il est certain que les navigateurs familiers avec ces parages, comptent toujours bien plus sur des vents d’Est que sur d’autres, dans les mois d’octobre, novembre et décembre, quoique ces mois appartiennent à la mousson du Nord : j’ai éprouvé moi-meme combien cette opinion est fondée. Le
Des vents propres
JKLt
résumé suivant de deux tableaux des vents que j ai éprouvés pendant près d’une année de navigation sur les côtes du Brésil, achèvera de faire voir quelle est I instabilité des moussons dans ce pays. Chacun de ces tableaux, qui font partie de mon Rapport général sur ma mission , présente les vents d’une saison , en les partageant en quatre classes seulement , pour abréger leur nomenclature.
Par le premier tableau, renfermant les observations de cent treize jours de la mousson du Sud , et qui commence au 20 mai 1819, on voit qu’il n’y a eu que trente-cinq jours de vents du Sud à l’Est, c’est-à-dire tels que la saison les faisait espérer, d’après l’opinion établie; que, pendant trentehuit jours, il a régné des vents du Nord à l’Est, qui semblaient n’appartenir qu’à la mousson opposée ; et qu’enfin il y a eu seize jours de vents du Nord à l’Ouest, et vingt -trois jours de vents de l’Ouest au Sud.
Par le second tableau, consacré aux observations de cent cinquante-trois jours de la mousson du Nord, commençant le 1 .er septembre , on trouve soixante-quinze jours de vents du Sud à l’Est, sept jours de vents du Nord à l’Ouest, six jours et un quart de vents du Sud à l’Ouest, et seulement soixantedeux jours de vents du Nord à l’Est, tels que, d’après l’opinion dominante , on devait les attendre dans cette saison : le reste s’est passé en calme. Il est impossible que de pareils faits n’affaiblissent pas l’idée qu’on se formait de la régularité de deux moussons à la côte du Brésil.
Au milieu de ces variétés , on distingue encore certains vents particuliers , les uns accidentels , les autres périodiques , qui semblent se rattacher à quelques phénomènes spontanés, ou être propres à certaines positions des lieux.
Au rang des premiers, on doit mettre les bourrasques de Vents
accidentels.
Sud-Ouest, qui soufflent assez souvent pendant la saison pluvieuse, aux époques des nouvelles et pleines lunes. Les Brésiliens les nomment rebojos , et ils durent trois ou quatre jours : modérés , quand ils sont accompagnés de pluie , ils acquièrent de la force quand le ciel est dégagé.
Les autres vents accidentels sont d une espèce particulière, et de la nature des grains. On les éprouve principalement aux environs des Abroïhos, et ils sont pour cette raison nommés grains des Abroïhos. Ils sont le plus fréquens dans les mois de mai, juin, juillet et août, quand f année est très-pluvieuse; et ils soufflent de la partie de l’Est- Sud- Est. « Ils » sortent, dit-on, de nuages blancs et ronds de peu d’appa- » rence, et éclatent avec une force dont il faut se défier. » ( Renseignemens des pratiques.) Je n’ai pas eu occasion de faire I expérience de ces grains, quoique je me sois trouvé sui les Abroïhos au mois de juillet ; mais les renseignemens qui précèdent ne sont pas contredits dans le pays.
Les brises de terre sont à-peu-près régulièrement périodiques sur la côte du Brésil , et elles se font sentir toutes les nuits pendant presque tout le cours de l’année.
Ces brises régnent sur tous les points de la côte, depuis 1 île Sainte-Catherine jusqu’à f île de Maranhan ; mais elles ont plus ou moins de force et de régularité selon les saisons et les lieux. Plus on approche de l’équateur , plus elles sont marquées. A Rio -Janeiro, elles sont déjà, à très -peu près, journalières , et manquent rarement de s’élever vers neuf heures du soir , pour ne finir entièrement que dans la matinée du lendemain; il en est de meme à Espirito - Santo , Porto- Seguro, Bahia , Pernambuco et les autres expositions semblables.
Dans la mousson du Nord , les brises de terre sont plus
régulières que dans l’autre mousson ; elles sont aussi plus fortes, parce qu’alors les vents du large venant plus directement et plus constamment frapper la côte, la réaction causée par la fraîcheur des nuits à terre, doit produire aussi des effets plus forts et plus réguliers.
Dans la mousson du Sud , les vents étant plus souvent variables vers le Sud et le Sud-Ouest, les brises de terre se confondent avec eux , et ne s’en distinguent pas.
Plus la brise du large a été forte, plus celle de terre l’est aussi. C’est l’effet des vapeurs élevées de la terre et amoncelées sur elle en plus grande quantité pendant le jour; condensées ensuite par la fraîcheur des nuits, elles retombent et déterminent l’air à se répandre au large avec plus de force.
A l’aide des brises de terre, les bâtimens peuvent donc presque toujours sortir, au jour fixé, de tous les ports du Brésil.
En général, plus on avance dans le Sud en suivant la côte , Pampeiros, plus on trouve que les vents s’approchent aussi du Sud et de l’Ouest, dans la saison des pluies. Dans cette partie de l’année, depuis Alagôa dos Patos [le lac des Canards], jusqu’au cap Frio, ils soufflent quelquefois violemment du Sud-Est au Sud- Ouest, et meme jusqu’au Nord-Ouest; ce sont alors de véritables ouragans ; on les nomme pampeiros dans la rivière de la Plata , et ils sont très redoutables. Leurs pronostics sont les mêmes que ceux des coups de vent en Europe. Si le soleil se couche environné de nuages très-brumeux, si les terres sont fort apparentes, et semblent, en s’éclaircissant, se rapprocher du spectateur , on peut s’attendre que les vents souffleront du Sud au Sud-Ouest, et qu’ils y éclateront. Heureusement la durée de ces coups de vent est d’autant moins grande que leur force l’est davantage : quand ils sont furieux, il est rare qu’ils
LE PILOTE DU BRÉSIL, durent plus de vingt-quatre ou trente heures ; leur force et leur durée diminuent à mesure qu’on se rapproche de I équateur. Quand les vents du Sud-Est au Sud-Ouest de la mousson du Sud sont modérés, ils liaient le large, c’est-à-dire l’Est, pendant le jour, et ils se rapprochent de l’Ouest pendant la nuit.
Aussitôt que le vent se rapproche de l’Est, le temps s’ embellit toujours. C est le contraire quand il tourne vers l’Ouest : la brume alors devient de plus en plus épaisse. Les vents de la partie de I Est sont l’état ordinaire dans toutes les mers tropicales : ce sont les vents réellement généraux, le cours naturel de l’air; les interruptions qui arrivent dans cet ordre de choses ne sont que des crises passagères sur lesquelles le mouvement général tend sans cesse à prendre le dessus; c’est un équilibre rompu qui tend toujours à se rétablir.
De tout ce que j’ai observé et recueilli sur les vents qui régnent au Brésil, on peut conclure que la séparation des moussons et l’espèce de vents propre à chacune d’elles, ne sont pas à beaucoup près aussi tranchées qu’on le suppose communément. Cette dernière opinion peut être trouvée exacte à quelque distance de la côte ; mais sur la côte même , et jusqu’à sept ou huit lieues au large, il est certain que les vents sont variables dans les deux moussons.
Cest aussi lavis des pratiques du pays; mais ils n’en conviennent que depuis assez peu de temps. Ils disent qu’autrefois les saisons étaient plus marquées; ils en donnent pour preuve que jadis on regardait comme impossibles , ou du moins comme bien difficiles, certaines navigations sur la côte pendant certains temps de l’année , tandis qu’aujourd’hui les caboteurs luttent avec succès contre presque toutes les contrariétés du temps. Sans examiner à quel point cette remarque, qui
11 est pas particulière au Brésil , est fondée , on peut croire que les perfectionnemens survenus dans la navigation ont diï beaucoup étendre sa carrière , et qu’il est arrivé moins de changemens dans la marche des élémens que dans les moyens de les vaincre. Quoi qu’il en soit, on peut regarder comme certain qu’immédiatement sur la côte du Brésil, les vents, en toute saison de l’année, permettent à un bâtiment qui a quelques qualités et qui mettra à profit les variétés plus ou moins périodiques des brises (variétés aisément connues après quelque temps d’observation), d’entreprendre avec succès toutes ies * navigations et tous les trajets.
Ce que les vents permettent a la navigation sur ces côtes, Des courans. y est également permis par les courans. Je ne les ai trouvés ni aussi forts ni aussi invariables dans chaque saison que je m’y étais attendu d’après l’opinion existante. Les courans suivent les vents, à qui seuls, dans ces parages, iis doivent leur force et leur direction; car aucune rivière, depuis i’îïe Sainte-Catherine jusqu’à celle de Maranhan, n’est assez puissante à son embouchure, pour imprimer à la mer un mouvement sensible, au-delà d’une ou deux lieues de distance de la côte. Les vents étant souvent variables, les courans ne le sont pas moins; leurs changemens sont d’autant plus prompts, que, dans ces mers chaudes, les eaux étant fort légères, elles obéissent à la première impulsion qui leur est donnée : au bout de vingt-quatre heures d une brise un peu forte , on peut remarquer un courant dans la même direction.
D’après une suite presque infinie d’observations sur les courans, nous avons évalué leur vitesse moyenne sur la côte, depuis file Sainte-Catherine jusqu’à Pernambuco, à 0,6 de mille par heure dans les deux moussons; elle est souvent audessous de cette quantité , rarement au-dessus , quelquefois
5o LE PILOTE DU BRÉSIL,
nulle : le second cas arrive seulement aux environs des parties de côte qui font saillie , telles que I île Saint-Sébastien , le cap Frio, les environs d’Olinda, le cap Saint-Roch , et autres semblables.
La vitesse des courans est un peu plus considérable dans la mousson du Sud que dans celle du Nord, parce que la force des vents de la première est plus grande que dans la seconde.
Cette vitesse n’est pas non plus exactement la même sur toutes les parties de la côte. Depuis le parallèle de I île Sainte- Catherine, jusqu’à celui de dix-huit degrés, et , de deux a dix lieues de terre , le courant est presque insensible en toute saison; du dix-huitième au onzième degré, les eaux portent au Nord-Ouest pendant la mousson du Sud ; du onzième au neuvième degré, elles vont au Nord-Est en augmentant de mouvement ; passé le neuvième degré, en allant vers le Nord , les eaux se portent au Nord avec plus de force; leur vitesse est quelquefois de trente-six milles par vingt-quatre heures , et rarement moindre de vingt milles ; enfin, elle atteint parfois quarante-huit milles au Nord-Ouest du cap Samt-Roch , et les eaux se portent au Ouest-Nord-Ouest dans la direction de la côte.
Ce n’est donc guère qu’à partir de Pernambuco, et en suivant la terre dans le Nord, que les courans dus aux moussons peuvent avoir une influence réelle sur la navigation : dans le Sud , ils sont d’un effet peu sensible, et il n’y a à considérer que les marées ; encore celles-ci n ont-elles de véritable importance qu’à petite distance de terre, et pour les bâtimens qui fréquentent les petits ports ou criques de la côte. Presque tous les grands ports, quoique assujettis à des marées régulières, en sont indépendans par leur profondeur. On traitera des
marees qui sont propres à ces ports, aux articles consacrés à leur description.
D’après ce qui vient d etre dit des vents et des courans sur la côte du Brésil, il faut conclure, l.° que depuis file Sainte- Catherine jusqua la pointe d’OIinda, il n’y a presque pas d obstacles pei maliens contre la navigation; et que la recommandation qu on faisait autrefois dattenr au vent du lieu pour lequel on se destinait, est plutôt une affaire de précaution pour se conserver toutes les chances, quelle n’est d’une îéelle nécessité; 2. que, depuis la pointe d’OIinda, mais sur-tout depuis le cap Saint-Roch jusqu a File de Maranhan , la prudence exige au contraire de se tenir à l’Est du point où Fon veut arriver, afin de compenser dans la route l’effet des courans portant au Ouest-Nord-Ouest. On trouvera, à la description de chaque port principal du Brésil, la désignation des points ou il convient d attenr dans les deux moussons , pour avoir toutes les garanties possibles d’une prompte et facile arrivée au lieu de destination.
Précautions à prendre dans
le commencement de la traversée.