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partie de la côte

Varie'te's des courans dans

l’espace de mer compris

entre le continent et la vigie

de Manoel-Luiz.

gner un peu clans l’Est , en gouvernant au plus près, tribord

amures.

Un seul point cle la côte septentrionale du Brésil exige qu’il soit pris, en le quittant, quelques précautions avant de gouverner définitivement au plus près tribord avec les vents généraux. Ces précautions sont commandées par l’existence de la vigie de Manoel-Luiz, écueil dangereux situé aux environs de Maranhan, et dont nous avons donné la description et la position au chapitre précédent.

On a vu que cette vigie est à soixante-dix-sept milles dans le Nord 8° Est du morro Itacolomi (page 20 1). Cette donnée, dont nous garantissons l’exactitude , suffirait pour déterminer la direction qu’on doit suivre pour éviter le danger, si aucun courant ne devait altérer la route, ou si elle ne devait être modifiée que par des courans de nature à se détruire réciproquement , par une exacte compensation de force , de durée et de direction; mais il n’en est pas ainsi.

Outre le courant général cpii transporte presque toujours les eaux de l’Est à l’Ouest sur la côte Nord du Brésil, elles sont encore déplacées, plus ou moins régulièrement, par des marées ; et le conflit de ces divers mouvemens produit souvent des résultats si variés qu’on ne peut les prévoir pour s’en garantir ou pour s’en défier.

C’est ce qui arrive sans cesse dans l’espace de mer compris entre la vigie de Manoel-Luiz et les côtes du continent dans le Sud et dans l’Ouest de ce danger.

Notre mouillage de trente heures au pied de cette vigie nous a prouvé que les marées y régnent et y sont régulières ; que le flot y dure six heures et porte au Sud - Ouest ; que le jusant y dure également six heures et porte au Nord-Est avec la même force et la même durée ; enfin que la mer monte et

descend sur ces rochers d’environ douze pieds, dans l'intervalle d’une marée. Une seconde observation, faite en 18 26 par un bâtiment du Roi (l) qui a navigué dans ie parage de la vigie, sur nos directions, a rapporté les memes renseignemens sur les marées.

Nous avons également reconnu l’existence de ce système de marées dans la baie de Saint-Marc , ainsi que sur la côte qui précède cette baie dans l’Est. Il semble donc qu’on devrait supposer qu’il en est de même sur l’espace de mer situé entre la vigie et la côte du continent ; car cet espace est trop étroit pour qu’on doive s’attendre à y observer des phénomènes différens, au moins sous le rapport des marées.

Nous nous sommes cependant convaincus du contraire dans les routes nombreuses que nous avons faites sur cet espace de mer, durant la recherche de la vigie. Ces recherches nous ont démontré l’existence d’un courant souvent dominant de l’Est à l’Ouest, entre Maranhan et ie groupe de Manoel- Luiz.

S’il y a quelques rapports entre ce mouvement général des eaux et celui des marées , c’est ce que nous n’avons pas pu découvrir; et la quantité de naufrages causés par la rencontre imprévue des rochers porte jusqu’à l’évidence la supposition qu’il n’existe aucun de ces rapports sur lesquels il soit possible de compter, ou bien qu’ils ont toujours été inconnus.

(1) La goélette la Lyonnaise , commandée par le lieutenant de vaisseau Lartigue, étant mouillée très-près des rochers de Manoel-Luiz , le 5 janvier 182G, a observé des courans alternatifs de plus d’un mille à l’heure, du Nord- Nord-Est a l’Ouest-Sud-Ouest. La veille, au mouillage sous la pointe Sud-Est de ï’île San-Joab, on n’avait trouvé que du courant à l’Ouest-Sud-Ouest : dans le trajet d’un mouillage à l’autre, les courans furent faibles, variables et presque insensibles.

ROanciSennenmentes ^vant 9ue nous eussions trouvé et placé astronomiquement éviter 'i^vigie écueil, les pilotes de la baie Saint -Marc conseillaient aux deenqukta"ntUlz batimens clui Panaient leur point de départ de trois ou quatre de Maranhan. lieues à i Est du morro Itacolomi , « de gouverner au Nord ^ » Nord-Ouest et d’y faire vingt lieues avant de changer de route.»

Ce conseil , qui n était plus fondé que sur des traditions depuis qu’on avait perdu le souvenir de la position de la vigie, serait encore sans danger, et nous le donnerions à très-peu pies nous - memes aujourd hui , comme conforme à l’état exact des choses , si la direction du Nord ^ Nord-Ouest pouvait être suivie à volonté, en parcourant le canal qui sépare l’écueil du continent. Mais c’est ce qu’on ne peut admettre, d après la différence ohservee dans la destinée des hâtimens qui ont prétendu avoir fait le Nord ^ Nord-Ouest, parce qu’ils ont eu le cap à cette aire de vent de leur compas. Les uns se sont perdus sur la vigie, les autres ont passé sans accident; il est donc certain qu’ils n’ont pas tous fait la même route , quoiqu’ils aient eu en apparence le même cap , et que , livrés à des courans différens qu’ils ne connaissaient pas , leur sort

La variété des courans qui régnent autour de la vigie de Manoel-Luiz , doit rendre très-circonspect sur les calculs où ces courans pourraient entrer.

a entièrement dépendu du hasard.

Cette incertitude sur les courans doit rendre très-circonspect sur la route à faire pour se porter de la haie de Saint- Marc au Nord de la vigie de Manoel-Luiz. Les marées, durant ce tiajet, pouvant etre troublées dans plusieurs sens différens, il ne doit pas suffire de se régler sur elles ; et dans la possibilité de faire un faux calcul, il est indispensable de ne pas s’y livrer complètement.

Pimente! , cosmographe portugais , que j’ai cité comme l’auteur d’un Routier d’une partie des cotes du Brésil, publié a Lisbonne en 1699, ne parle pas de la vigie de Manoel- Luiz, dont apparemment il n’avait pas connaissance. Mais la

LE PILOTE DU BRÉSIL, route qu’il conseille pour se rendre de la baie de Saint-Marc au Para peut encore être suivie, avec des précautions, malgré l’existence de cette vigie , et elle est meme préférable à toute autre, au moins pour les bàtimens qui ne sont pas de la plus grande dimension. Il recommande de cotoyer la terre, « et de reconnaître successivement l’îïe de Scin-JoaÔ, le » morro de Gorupi , l’embouchure du Rio Caite , et quelques » autres points remarquables de la côte. » Plusieurs des parties du rivage intermédiaires a ces points étant assez basses, la nécessité de les reconnaître implique aussi celle de s’en tenir très-rapproché ; il faut donc, d’après Pimentel, se tenir à petite distance de la côte du continent, au sortir de la baie de Saint-Marc pour aller dans le Nord. Mais aux environs de cette côte, les eaux sont peu profondes, et il paraît qu’à la distance moyenne de dix milles du rivage , on ne trouve souvent que dix brasses d’eau, profondeur que les grands bàtimens ne parcourent pas sans inquiétude dans des parages de la nature de ceux-ci.

Néanmoins, il semble encore plus sûr de s’y maintenir que de chercher à l’augmenter en s’éloignant de la terre. Du côté du large , on aurait à redouter la vigie ; et les sondes supérieures à dix brasses que nous avons trouvées en nous portant au large de la côte sont trop variables et trop voisines de la vigie pour qu’il soit prudent de les aller chercher.

En suivant la côte, comme nous venons de le dire d’après Pimentel, la direction de la route, rapportée sur une carte anglaise construite depuis nos reconnaissances, par le lieutenant Georges Chrichton, de la frégate le Rhin , serait à trèspeu près le Nord-Nord-Ouest, depuis le point de la mer situé à dix milles dans l’Est de ITtacoIomi.

Si , en faisant ce trajet , on voit la terre de manière à pou-

21b LE PILOTE DU BRÉSIL,

voir corriger I influence des courans sur la route, il paraît quil n y a d autres objets d’inquiétude que les petites profondeurs, qui toutefois paraissent suffisantes pour la plupart des bâtimens.

Mais si, naviguant de nuit ou par un temps obscur, on n avait pas connaissance de la terre, comme rien n’indiquerait qu’on suit une route déterminée, il serait plus prudent de ne pas courir des chances qui peuvent être dangereuses et de prendre des précautions propres à les éviter.

La première de ces précautions, dont îe seul inconvénient pourrait être de causer un peu de retard, consiste (quand l’état du temps ne permet pas de rectifier la route par la vue des points de la côte ) à ne s’engager dans le chenal de l’Ouest de la vigie qu’avec la certitude de pouvoir en sortir avant la nuit.

Si Ion part du mouillage de Saint-Louis au point du jour, on arrivera sur le parallèle de l’Itacolomi avant midi dans les circonstances ordinaires. On pourra faire encore, sans inconvénient, dix ou douze lieues au Nord-Nord-Ouest, avant la fin du jour : nous conseillons alors aux grands bâtimens de mouiller par sept ou huit brasses, et d’attendre au lendemain pour parcourir le reste du chenal; c'est, à notre avis, la meilleure conduite à tenir, jusqu’à ce qu’une exploration très-détaillée ait complété la reconnaissance du plateau de la vigie de Manoel-

Luiz, et principalement le chenal qui sépare cet écueil du continent.

u apres les observations fàites les l."et 2 janvier 18 26 sur la goélette la Lyonnaise, par M. Lartigue, la pointe Sud- Est de l’île San-Joaô est située par 1° 18' 45" de latitude Sud et p ar 47° 10' 41" de longitude Ouest de Paris.

Cette position, rapportée à celle que nous avons assignée en 18 20 à la vigie de Manoel-Luiz, fixe à un peu moins de quinze

lieues la largeur du chenal, sur une direction Nord 54° Est et Sud 54° Ouest. Dans la moitié, à-peu-près, de cette largeur (celle qui est du côté de File San-Joaô), les profondeurs sont faibles et passent graduellement d’une à douze brasses.

Dans l’autre moitié, la profondeur est souvent plus grande, mais le fond est très-heurté et la sonde passe brusquement de douze à quinze, a dix-huit, vingt-cinq, vingt-sept et meme trente brasses ; on trouve encore douze et quatorze brasses, presque à toucher les roches Sud de la vigie. Cette grande variété de profondeur pouvant faire craindre l’existence de sondes moins grandesque celles qui ont été trouvées jusqu’ici, il convient de se tenir de préférence sur le côté Ouest du

chenal, ou la profondeur, quoique plus faible, est plus uniforme.

L irrégularité des fonds entre la vigie et la terre, le défaut indication de connaissance exacte de la configuration de la côte, et Fir- du?o“?M™rte régularité des courans sur ce point, devraient peut-être en- Ie Nord de ia vigi*

j . v . de Manod-Luiz,

couiagei les navigateurs a choisir une autre direction pour sg en partant

T de Maranhan.

porter au Nord de la vigie de Manoel-Luiz , en quittant la baie de Saint-Marc.

Cette loute consisterait à passer à lEst de l’écueil, au lieu fl en passeï a 1 Ouest, comme on le fait ordinairement. Il est évident que la vigie n’étant que de 21 12" plus Est que le méridien du foit Saint-Antoine et de Maranhan, sur lequel d est toujours aisé de se placer en sortant de la baie de Saint- Marc, il serait également facile de se porter à la bordée au vent à elle. Cette bordée, tribord amures, avec les vents d’Est, ne valût-elle que le Nord £ Nord-Est, porterait déjà à quinze milles dans lEst du groupe que nous avons reconnu,

et traverserait des fonds que nous avons pu suffisamment explorer.

Route à faire après être parvenu au Nord

de Manoeï-Luiz.

On trouverait sans doute à propos de s’élever davantage dans l’Est, avant de traverser le parallèle que nous avons assigné aux rochers; mais on remarquera combien, sur cette mer généraïement droite, où régnent presque toujours des vents maniables et réguliers, il serait facile de s’élever en une ou deux bordées, de manière à passer au vent, à une distance qui exclurait toute inquiétude.

Ce parti sera préféré par les navigateurs qui, chargés de la conduite de grands bâtimens , ont pour maxime de ne rien laisser au hasard de ce qu’ils peuvent lui disputer, dans une carrière toujours si aventureuse , malgré les meilleurs calculs , et dans laquelle il n’y a, comme on sait, ni demi-succès, ni demi- malheurs.

II aurait tous les avantages sans offrir aucun inconvénient ; et nous le recommanderions nous-mêmes exclusivement, si nous avions l’entière certitude qu’aucun haut-fond dangereux ne s’étend à l’Est du méridien du groupe que nous avons reconnu. Mais la rencontre qu’a faite M. da Sylva (l) d’un second groupe de roches à sept lieues dans le Nord du nôtre, peut faire présumer que le plateau de Manoeï-Luiz s’étend encore dans d’autres directions ; et il est prudent de n’en assigner les limites qu’après en avoir fait une complète reconnaissance. C’est donc encore d’une manière conjecturale (quoique la supposition nous paraisse très- vraisemblable ), que nous indiquons comme le terme des profondeurs supérieures à cinquante brasses en venant du large, le méridien passant à douze ou quinze lieues dans l’Est de la position que nous donnons à la vigie de Manoeï-Luiz.

Parvenus au Nord de cet écueil, les bâtimens qui quittent Maranhan n’ont plus à vaincre que les difficultés ordinaires à

(1) Voyez page 204.

la grande navigation. Sauf la zone qui sépare les vents généraux de i hémisphère Sud de ceux de l’hémisphère Nord, et qui est le plus souvent assez étroite sur les méridiens à l’Ouest du trentième degré , les bâtimens qui font leur retour du Brésil, trouveront, jusqu’aux approches des îles Açores, des vents connus et constans, à l’aide desquels ils calculeront, presque à jour fixe, leur arrivée sur le parallèle de 30° Nord.

Arrivés par cette latitude , sur laquelle se terminent ordinairement les vents alizés, les bâtimens, après des alternatives de calmes et de brises de peu de durée, gagneront la région des vents variables, dont les plus communs soufflent de la partie de l’Ouest. A l’aide de ces vents, soit que l’on passe dans les canaux, ou dans l’Est des Açores, il sera facile de diriger le reste de la route d’après la destination qu’on se sera proposé d’atteindre, en gouvernant le plus directement possible sur le point fixé pour l’attérage.

Nous avons dit au chapitre II, page 58, de cet ouvrage, que les vents alizés de l’hémisphère Nord s’avancent d’autant plus vers le Sud que le soleil est plus élevé dans 1 hémisphère austral ; et nous avons dû en conclure que le temps de l’année le plus favorable pour passer de France au Brésil est depuis le mois de septembre jusqua celui de mars.

Nous ferons une remarque analogue relativement à l’autre moitié de l’année. Pendant sa durée, le soleil étant dans l’hémisphère Nord, on observe que, non-seulement les vents généraux de l’hémisphère Sud arrivent jusqu a l’équateur, mais que souvent meme ils régnent encore à quelques degrés plus au Nord. Ces vents étant favorables au retour du Brésil, la meilleure saison, pour effectuer ce voyage, est donc de mars à septembre.

Telles sont les remarques confirmées par l’expérience. Elles

LE PILOTE DU BRÉSIL, n infirment point un principe general, qui est de regarder comme constante la facilité des trajets de France au Brésil et du Brésil en France : ces trajets sont faciles en toute saison , et il est peu de navigations assujetties à moins d’incertitudes. Cependant on voit que, outre les facilités ordinaires, on peut encore s assurer quelques chances plus avantageuses à une époque de l’année que dans les autres.

La distance totale a parcourir, pour se rendre par la route que nous venons d indiquer, de Bahia ( point à-peu-près milieu de l’ensemble des côtes du Brésil ) à Brest , est d’environ deux mille cent lieues : la durée moyenne de cette traversée doit donc rarement dépasser cinquante - cinq ou soixante jours.

Un tableau, placé à la fin de cet ouvrage, fait connaître la sene des vents quon a trouves et des variations de l’aiguille aimantée qui ont été observées sur différens points de cette route, du mois de septembre au mois de décembre 18 23.

Ces sortes de tableaux, en réunissant des faits prouvés par 1 expérience , sont les documens les plus propres à compléter promptement la connaissance des mers qui couvrent le globe, et qu une population de plus en plus nombreuse parcourt aujourd hui. II reste maintenant peu de découvertes géographiques à faire; et sous ce rapport, les voyages maritimes ne sont plus l’objet du meme intérêt qu’autrefois. Mais si les gens du monde ont désormais peu de chose à en attendre, et s’ils tiennent généralement peu compte des détails nautiques qu’on peut y trouver, il n’en est pas de même des navigateurs. La promptitude de leurs trajets, leur sécurité même, dépendent d une multitude de petits faits de localités, qu’il leur est essentiel de connaître, et qu’ils n’apprennent qu’à force de temps et souvent à leurs dépens. 11 y a plus de chances dangereuses

clans la rencontre du moindre rocher, dans l'ignorance d’un courant, ou d’une des nombreuses causes qui peuvent influer sur la route , qu’il n’y en a dans la rencontre inopinée d’un continent : il y a, entre ces deux espèces de dangers, la différence d’un ennemi qui se cache à un ennemi qui se déclare. Ce serait donc rendre un service considérable aux navigateurs que de les faire profiter de l’expérience entière du passé , en réunissant sous leurs yeux tous les renseignemens positifs sur les vents, les courans, la température, la déclinaison magnétique, les profondeurs de la mer, &c. &c. , observés sur un grand nombre de trajets, dans toutes les navigations, quelque répétées qu elles aient été. Des tableaux de la nature de ceux cjue nous plaçons à la fin du Pilote du Brésil rempliraient ce but : nous faisons des vœux pour que cet exemple engage les marins à les multiplier.

( Voir les tableaux ci-après. )

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