CHAPITRE V
Description de la côte comprise entre Rio-Janeiro et la baie de Tous les Saints. — Attérages sur les ports de Espirito-Santo , Porto-Seguro , &c. , et sur les caps Frio, San-Thomé, San-Paulo et Sant-Antonio. — Description des bancs et des îlots Abrolhos.
En quittant la baie de Rio-Janeiro , pour aller dans l’Est , dc on rencontre, à quatorze milles dans l’Est 15° Sud du Pain deCRia0llJ^^.fro de Sucre, les deux îles Maricas , situées à environ une lieue IIe3 Maricas de la côte; elles sont d’une hauteur médiocre, accores dans la partie du Sud , et elles peuvent être approchées sans danger.
Quatorze milles plus loin dans le Nord 77° Est de ces îles, on rencontre le cap Negro [ Noir ] , formé par une colline peu cap Negr0. élevée, mais adossée aux plus hautes montagnes qu’il y ait de Rio-Janeiro au cap Frio : cette circonstance , jointe à la verdure noirâtre dont le cap Negro est couvert , et à laquelle il doit son nom, le fait aisément reconnaître ; on peut aussi l’approcher. A trois milles de lui, la profondeur est encore de vingt à trente brasses , fond de vase molle.
La côte , jusqu’au cap Frio, à partir de Rio-Janeiro , est basse et sablonneuse au rivage; les montagnes, qui se détachent des groupes qui environnent cette haie , rentrent dans l’intérieur du pays, en se dirigeant à l’Est-Nord-Est, jusque sur le méridien du cap Negro , et de là au Nord-Est , de manière à laisser un terrain plat de plus de dix lieues entre elles et le Cap Frio , et à ne pouvoir être aperçues de la mer que de très-beau temps.
Plage
de Macambaba.
Des sondes aux environs de Rio- Janeiro.
L’abaissement du terrain est sur-tout remarquable entre le cap Negro et le cap Frio; il n’offre çà et là, à la côte, que de petits groupes de collines, sur une plage de sable parsemée de broussailles. L’une de ces collines se distingue par une église bâtie sur son sommet, et dédiée à Notre-Dame de Nazareth ; elle est à environ trois lieues dans l’Est-Nord-Est du cap Negro. Toute cette plage, jusqu’au cap Frio , prend le nom de Praya de Macambaba ; elle rentre un peu, et sa courbure est remplie , selon les pratiques du pays , par un paracel de sable et de roches , dont plusieurs points paraissent hors de l’eau et que les caboteurs recommandent d’éviter : mais nous n’avons pas eu occasion de vérifier la justesse de ces craintes. A la distance de deux lieues, à laquelle nous nous sommes tenus de la côte, dans cette partie, la profondeur est encore de trente ou quarante brasses , sur un bon fond de vase , et le brassiage augmente aussitôt qu’on s’éloigne ; à dix lieues , il est de soixante-seize à quatre-vingt-dix brasses, fond mélangé de gros sable , de roche et de vase.
En dedans de la plage de Macambaba , on voit une lagune qui prolonge le rivage sur une longueur de près de huit lieues ; cette lagune communique avec la mer par quelques points, mais sans avantages apparens pour la navigation.
La sonde, aux approches de Rio-Janeiro, peut s’obtenir à une certaine distance de terre ; mais la profondeur y est grande; de dix à quinze lieues, elle varie de soixante-dix à quatre-vingtdix brasses, et monte graduellement jusqu’à la côte : les fonds sont mélangés de sable, gravier, coquilles brisées, roches et vase. Nous avons dit que quelques cartes avaient marqué des sondes de vingt à vingt-cinq brasses, à dix ou douze lieues dans le Sud-Sud-Est du cap Frio, et que nous ne les avions
pas trouvées; il serait désirable que les navigateurs du Brésil s’occupassent de rechercher ces petits fonds.
Le cap Frio [ Froid ] est la pointe Sud d’une île située Description au coude du continent, à l’extrémité orientale de la plage de " C P Maçambaba. Cette île, où la roche domine, est inégalement couverte d’arbres , et offre plusieurs parties dépouillées de verdure ; elle peut être aperçue de quinze lieues dans des circonstances favorables.
Relevée à l’Est et à l’Ouest, l’île du cap Frio offre deux monts distincts l’un de l’autre , dont le plus méridional est le plus petit en hauteur et en largeur : celui-ci porte un petit appendice qui semble s’en séparer.
Relevés au Nord-Nord-Est et au Sud-Sud-Ouest, ces deux monts ne forment qu’une seule masse à double sommet, présentant deux petites pointes ; on remarque enfin un petit îlot conique , à une ou deux encablures dans l’Est-Sud-Est de l’île du cap Frio.
Toute cette terre est si accore, qua un mille de distance, dans toutes les directions, depuis le Nord jusqu a l’Ouest-Sud- Ouest par le Sud, on trouve de trente à cinquante brasses d’eau , presque toujours fond de vase.
L’île du cap Frio forme avec le continent un passage pour Passage
à i’O. du cap Frio.
les petits bâtimens , et un mouillage pour ceux de toutes grandeurs.
Ce passage gît Nord-Est et Sud-Ouest : il est peu fréquenté, à cause du défaut de largeur de son issue méridionale ; mais la profondeur y est suffisante pour les grands navires. Il n’y aurait d’ailleurs qu’un médiocre avantage à ce qu’il pût être plus facilement pratiqué , le contour du cap , par le large , n’alongeant la route que de deux ou trois lieues.
L’entrée Nord de ce canal , beaucoup plus spacieuse que le
Position du cap Frio.
canal lui-même, forme une baie commode et sûre contre tous les vents, excepté ceux du Nord-Est; encore peut-on s’en garantir en s’approchant de la petite île dos Porcos , placée au Nord de cette entrée. Ce mouillage , où le fond est de bonne tenue, est utile aux caboteurs, qui, pouvant sortir par les deux passes , selon leur destination pour le Nord ou pour le Sud, viennent y attendre la fin des vents qui leur sont contraires. En temps de guerre, ils y trouvent aussi d’utiles renseignemens , au moyen du poste de signaux placé sur un mondrain voisin à I Ouest du cap, et qui, communiquant avec Rio-Janeiro, leur annonce ce qui se passe devant ce port.
Le cap Frio est dans la position suivante :
Pointe Sud, latitude . 23° T 18" S.
longitude . . . 44. 23. 34. O.
Description La déclinaison de l’aiguille y a été observée de 2° 3' N. E.
de la côte ° J
au Nord au mois de juillet 1819.
du cap Frio. 9
La côte et les îles immédiatement situées au Nord du cap Frio, gisent d’abord entre elles au N. 3 5° E. jusqu’aux îles Ancorcis , avec lesquelles elles forment une baie assez profonde, dont une partie est bordée d’un rivage de sable blanc. Le fond de cette baie est occupé par les îlots Papagaios, dont plusieurs, par leur élévation, leur position par rapport aux vents les plus fréquens , et la netteté des fonds qui les environnent, peuvent offrir de bons abris en cas de vents forcés contre lesquels on ne voudrait pas lutter.
Des îles Ancoras. Les îles Ancoras sont à quatre milles dans l’Est ~ Sud-Est
du cap Buzios ; la plus orientale du groupe a la forme d’un chapeau de cardinal. Les petits bâtimens peuvent, dit-on, passer à terre de ces îlots ; la grande profondeur qu’on trouve près d’eux, du côté du large, porte à croire que tout bâtiment
LE PILOTE DU BRÉSIL, pourrait y passer également, et c’est en effet l’avis des pratiques.
Dans le Nord du cap Buzios , on trouve d’abord la petite île Branca [ Blanche ] ; ensuite une plage de sable que termine le Morro San-Joao ou San-Joam ; deux ou trois petites rivières et la petite île do Ferro [ du Fer], passé laquelle, la côte, qui courait à-peu-près au Nord, s’étend presque à l’Est jusque vers le cap San-Thomé. Cette espèce de golfe formé par la côte, entre le cap Buzios et le cap San-Thomé, a près de trente lieues de développement. Au milieu de ce golfe, et à environ trois lieues et demie de la côte, on trouve les îles Sainte- Anne , que nous décrirons plus bas.
Le Morro San-Joao est facde à reconnaître par son isolement sur le rivage, les ondulations de son sommet, et sa distance de la chaîne de montagnes très-heurtées de l'intérieur. Sa latitude est de 22° 32' 26" Sud, et sa longitude de 44° 26' 34" Ouest. A vingt milles dans le Nord ~ Ouest de ce morro , on voit un autre morne très-élevé, surmonté d’un piton, et remarquable par sa chute à pic du côté du Nord ; ce piton , situé par 22° 12; 2" de latitude Sud et 44 °29' 24" de longitude Ouest, est le F rade [Moine] de Macayë ou Macahé .
Les îles Sainte- Anne sont au nombre de trois ; vues du Sud-Sud-Ouest et du Nord-Nord-Est, elles paraissent réunies. Celle du Sud est élevée et assez considérable ; la plus orientale est la plus basse. Selon les pratiques, le mouillage est si sûr dans le chenal quelles forment avec le continent , qu’on peut y réparer toute sorte d’avaries et meme y caréner; on y trouve, d’ailleurs, de l’eau et du bois. La profondeur, entre ces îles et les îles Ancoras, jusqu’à quatre ou cinq milles de terre, est de trente à dix-neuf brasses, sur le meilleur fond de vase.
Du
Morro San-Joao.
Sa position.
Du F rade de Macahé.
Des îles Sainte-Anne.
Quelques navigateurs, se destinant pour Rio-Janeiro, ont prétendu avoir été trompés, dans leur attérage, par la ressem-
Objection oontrela possibilité d’une méprise sur cette partie de la côte.
Description
de
la cèle suivante.
Cap San-Thome.
blance des côtes au Nord du cap Frio, avec celles qui forment l’entrée de Rio- Janeiro. Une telle erreur nous paraît peu vraisemblable. Le gisement des terres qu’il s’agit de comparer ici, doit préserver de toute méprise. L’angle au sommet duquel est l’entrée de Rio-Janeiro, formé par des côtes dont les unes courent à l’Est ^ Nord-Est, et les autres à l’Ouest-Sud-Ouest, est si ouvert, que leur aspect général présente sensiblement une ligne droite dirigée à-peu-près Est et Ouest. Les terres , au Nord du cap Frio, au contraire, s’offrent dans un sens perpendiculaire à celui-là, puisque, sur une étendue de quinze lieues, c’est-à-dire, du cap Frio jusqu’à la rivière San-Joaô, la masse de la côte gît Nord et Sud. Comment donc serait-il possible de confondre deux aspects aussi différens , et de conserver , en les apercevant, le moindre doute sur la position du bâtiment? Dans le premier cas, la route à l’Ouest prolongera à-peu-près la côte ; dans le second , elle l’attaquera de bout au corps : il ne peut y avoir la moindre incertitude. Et nous ne parlons même pas de la ressource que doit donner la latitude sur cette côte Nord et Sud ; si on l’a observée seulement la veille du jour de l’attérage, il est difficile de supposer, dans cet élément de la route , une erreur assez grande pour rendre fort douteuse la position du bâtiment.
Depuis le parallèle des îles Sainte-Anne , jusqu a celui de la pointe de Benevente , qui est par 20° 53' 50" Sud, le rivage s’écarte considérablement de la chaîne de montagnes de l’intérieur, et il laisse entre elle et lui un terrain plat, très- bas, dont la largeur, Est et Ouest, va, sur quelques parties, jusqu’à treize lieues. C’est à cette distance des montagnes que se trouve le coude du rivage qu’on nomme cap San-Thome.
Cette partie de la côte du Brésil est presque au niveau de la mer ; on n’y aperçoit que quelques arbres et de petites buttes de
terre , qui semblent noyées quand on ies observe de la distance à laquelle la prudence prescrit de se tenir dans un grand batiment. Cette plage, en s’étendant sous l’eau, forme ce qu’on appelle dans le pays les Bancs du cap San-Thomé.
Les caboteurs du Brésil circonscrivent ces bancs dans le sens Nord et Sud, entre les points de la côte que nous rapportons aux parallèles de 22° 12' 2" et de 21° 3 7' 0", dont le premier est celui du Frade de Macahc , et le second celui de l’embouchure de la petite rivière San-Joaô : quant à leur étendue en longitude, elle est moins précise dans le pays; mais nous avons des motifs de croire quelle n’est pas non plus très-considérable, ainsi qu’on peut en juger sur notre carte par nos sondes.
Les profondeurs de douze à quarante brasses que nous avons trouvées de cinq à trente milles de terre et qui vont toujours en augmentant du côté du large, ne permettent pas de supposer des hauts-fonds en dehors de cette dernière distance; et nous sommes meme portés à penser qu’en la diminuant de près de moitié , c est-à-dire , en se tenant à quinze ou dix-huit milles de la côte, tant que l’on est entre les parallèles que nous venons d indiquer, on ne courra aucun danger avec un bâtiment de douze à quinze pieds de tirant d’eau.
Nos routes, autour du cap de San-Thomé, laissent un petit espace non exploré, comme cela ne peut guère manquer d’arriver, malgré tous les soins possibles, dans une navigation sur une côte basse , qu’on ne voit pas assez constamment pour pouvoir corriger toutes les parties de la route de l’effet des courans. Il se pourrait donc que, dans cette étroite lacune, on trouvât des profondeurs moindres que celles que nous avons obtenues sur ses limites : ce n’était pas l’opinion du pratique que j’avais avec moi sur cette partie de la côte ; mais , dans
Bancs
du même nom.
iii J
tous les cas, d’après nos sondes que nous pouvons garantir, il y a peu d apparence que ces points élevés du fond , s’il en existe, puissent se rencontrer à plus de trois ou quatre milles à l’Est du méridien de 43°.
Or, ce méridien n’étant qu’à six lieues d’une des parties les plus basses des cotes du Brésil, la plus simple prudence engage à ne pas en passer à l’Ouest, et même à ne pas l’atteindre, tant qu’on est entre les parallèles de 22° 1 2' 2" et 2 1° 3 7; que nous avons asssignés aux bancs du cap San-Thomé.
L’opinion que quelques points de ces bancs ne conservent que deux ou trois brasses d’eau et qu’ils brisent quelquefois de mauvais temps, a aussi des partisans dans le pays : notre pratique ne la partageait pas- et ceux qui l’émettent, disent d’ailleurs que ces points sont à une très-petite distance du rivage. Nous n’avons pas vu de brisans; et nous croyons qu’en se tenant à six ou sept lieues au large du cap San-Thomé , les plus grands bâtimens trouveront toute la profondeur suffisante.
Nous donnerons, comme un renseignement qui confirme ce sentiment, l’opinion qui existe parmi tous les caboteurs de cap San-Thomc. Rio-Janeiro qui fréquentent ce parage : ils disent « qu’en par- » tant de la Barra de Campos ou San-Joaô , et gouvernant » au Sud-Est, l’espace de huit ou dix lieues, ils laissent arriver »au Sud, sans inquiétude et sans danger, et sont certains de » passer au large de tous les bancs. » Cela s’accorde avec notre propre expérience, comme le fait voir la carte qui présente nos explorations sur cette partie de la côte, et sur laquelle, bien que la position de la barre de San-Joaô , indiquée par le pilote, puisse être défectueuse de deux ou trois milles, à cause de la distance à laquelle nous apercevions alors la terre, on voit que la direction du Sud-Est doit effectivement passer suides profondeurs qui ne peuvent laisser aucune inquiétude.
Renseignemens des pratiques sur
l’etendue des bancs
On remarquera , comme une indication qui peut être utile j Nature des fonds
A aux environs
crue , dans le voisinage du cap San-Thomé , les fonds de vase , des baucs du cai» si fréquens au Sud de son parallèle , disparaissent presque entièrement, et sont remplaces par des fonds de sable blanc et de coquilles brisées : ce sont, du moins, ces qualités de fond que la sonde rapporte sur ce point de la côte, depuis le rivage jusqu a dix ou douze lieues au large. On remarquera encore que c’est à quelques lieues au Sud du parallèle de Belmonté, que commencent les fonds du tuf blanc , mêlés ou formés de madrépores broyés , qui s’étendent si loin dans le Nord , et que l’on ne trouve presque nulle part dans le Sud.
A quelque distance dans le Nord 44° Est de la pointe de Benevente, on trouve successivement la Barra de Guarapari , les îlots Calvada [ Chauve ] et Rasa , et le petit groupe des îles Guarapari.
La rivière de Guarapari débouche à la mer, entre deux col- Rivière
de Guarapari.
lines boisées : celle du Sud se distingue par quelques palmiers visibles du large , plusieurs maisons et une église surmontée d’un clocher ; l’autre est nommée dans le pays Perro de Cad.
Il nous a paru que, pour entrer dans cette petite rivière , il
fallait tenir au Nord-Ouest la plus haute montagne à vue;
c’est la montagne de Guarapari. L’église dont on vient de parler
est par 23° 43' 56" de latitude Sud, et par 42° 52' 5 7" de s* position.
longitude Ouest.
La côte environnante est de médiocre élévation, presque Description
1 de la côte
couverte de petits arbres très-rapprochés ; et elle présente, de qui suit au Nord distance à autre , des falaises jaunâtres qui ne se trouvent pas dans le Sud de la pointe de Benevente.
On voit aussi en second et en troisième plan , dans I intérieur du pays, des groupes de montagnes de formes remarquables, droites, coniques, inclinées, qui donnent à cette
partie de la côte un caractère diffèrent de celle qui la précède au Sud et la suit dans le Nord.
not Caivada. Quoique I îlot Ccilvcida ne soit qu a quatre milles de la côte , on peut passer entre elle et lui avec toute espèce de bâtimens, ainsi qu entre la côte et fes moleques de file Rasa, où l’on trouve de vingt à douze brasses d’eau.
Les petits bâtimens passent peut-être aussi à terre des îlots Guarapari ; les plus grands peuvent au moins les ranger de tres-prts du cote de ÎEst, ou la profondeur est de huit brasses. Les gens du pays disent qu’on peut faire de l’eau et du bois sur la plus Nord des îles Guarapari.
Au-delà de ces îles , la profondeur varie de douze à vingtsept biasses , jusque devant le havre d'JEspirito-Santo , en prolongeant la côte de deux à sept milles de distance. A environ les deux tiers du chemin des îles Guarapari à Espirito-Santo , on trouve tout près de terre les îlots et rochers de Jicu , et un peu plus loin, les roches Pacotes [Ballots], qui, par leur position , concourent à indiquer l’entrée de la baie d’Espirito-Santo.
d 'Espfrülsanto. ^ette kaie est en outre annoncée d’assez loin par d’autres
marques beaucoup plus apparentes : ce sont deux montagnes , dont lune, située sur la pointe Sud de la baie, se nomme Monte Moreno , et l’autre, dominant la partie Nord de la baie, porte le nom de Mestre Alvaro (que les pilotes prononcent Mestialve ).
Du mont Moreno. Le mont Moreno est conique, boisé en partie, dépouillé de verdure du côté de lEst, et il peut être aperçu de dix lieues d un beau temps. Sa base septentrionale forme la partie Sud de l’entrée de la rivière d’Espirito-Santo, et il faut la ranger de près pour entrer. A deux milles et demi dans le Sud-Est Des îfots Pacotes. sont les deux rochers d’inégale grandeur, ou îlots Pacotes , que nous venons de nommer, à terre desquels les petits bâti-
mens seuls peuvent, dit-on, passer. A environ un mille dans le Sud 60° Ouest du mont Moreno, est le morro de Nossa- Senhora da Penha, colline de roche peu boisée, au sommet de laquelle est l’église du meme nom , et qu’on peut reconnaître à la distance de cinq lieues.
L’élévation du Mestre-Alvaro , sa forme et sa position isolée Du
, . MesiroAlvara.
sur un terrain assez bas, rendent cette montagne egalement remarquable.
Deux îles , situées à petite distance dans le Nord-Nord-Ouest du mont Moreno , occupent une grande partie de la baie d’Espirito-Santo.
Quoique l’espace compris entre ces îles et le morne soit Entrée presque entièrement embarrassé par des bancs de roche et par d,Eg^™“uto les deux rochers la Bcileci [ la Baleine ] et le Cavallo , on peut cependant y passer avec un grand bâtiment pour se rendre dans la rivière ; et l’on voit sur le plan que nous donnons de cet endroit, qu’on n’y trouve pas moins de dix-huit pieds d eau.
C’est ce chenal que le pilote de la côte nous a indiqué comme préférable, et nous n’avons pas pu nous assurer du contraire.
Mais l’étroitesse de ce chenal rend ce renseignement peu digne de foi; et la profondeur que nous avons trouvée entre les deux îles que je viens de citer, ferait conjecturer qu il y a encore un passage plus au Nord : le mauvais temps que nous éprouvâmes dans cette baie , nous empêcha de nous en assurer ; et nous avons dû nous contenter des reconnaissances que piesente notre plan. Elles suffisent pour pouvoir mouiller sur plusieurs points de la baie , communiquer avec la ville , et faciliter une exploration complète en fournissant les points d appui nécessaires : ces points, exactement déterminés, sont indiqués sur le plan par un petit triangle.
Le mouillage que la Baïadere a occupé dans la baie d Es-
pirito-Santo, nest pas le meilleur de cet endroit, car il n’est qu a deux encablures dans le Sud-Sud-Est d’une roche sousmarine que nous ignorions alors, aussi bien que le pilote, et qui, ne brisant que par moment, est fort dangereuse. D’après nos sondes, ainsi que le plan le fait voir, on pourrait se placer avec avantage plus en dedans de la baie et dans le Nord de cette roche; mais si 1 on veut être tout-à-fait sans inquiétude, on doit prendre la position marquée sur le plan par une ancre; elle doit être préférée par les grands bâtimens, parce que, outre l’avantage d indiquer un fond de vase de la meilleure tenue et d’être à plus d un mille de tout danger , elle est encore sur l’alignement qu’il faut suivre pour se rendre jusqu’à la ville : cet alignement îeunit le Collège à la base septentrionale du mont Moreno.
Les renseignemens obtenus dans le pays tendent à établir qu’il y a quatre brasses d’eau sur la partie la moins profonde de l’entrée de la rivière ; et l’on nous a assuré que de trèsgrands bâtimens peuvent y pénétrer; mais nous ne l’avons pas épiouvé, et ce détail est au nombre de ceux que nous ne présentons que comme des probabilités.
R~Ses La rdâche d’EsPirito-Santo n’est pas sans intérêt pour les à Espirito-Santo. marins. A une lieue au-dessus de la ville de Victoria, on
trouve de tiès-bonne eau; et dans la ville même, ainsi que dans les habitations du rivage , on se procure du bois , des bestiaux et une abondance de fruits du pays, à des prix peu élevés.
Nous ne pensons pas que le climat de cette ville soit trèssain; nous lavons trouvé extrêmement humide. La hauteur des montagnes et des terres environnantes, et le profond encaissement de la rivière, sur la rive gauche de laquelle la ville est bâtie, motivent cet état de choses. A mille toises dans l Est du méridien de la ville, est un énorme rocher conique,
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nommé Paô de Açuccir , comme celui de llio-Janeiro; on Details peut gouverner sur son relèvement pour entrer dans la rivière d^c^,. aussitôt qu’on a doublé le mont Moreno.
La ville de Victoria, capitale de la province, bâtie en amphithéâtre sur le bord de la rivière, peut contenir trois ou quatre mille habitans. Si l’entrée de la rivière est aussi profonde qu’on nous l’a dit, le port d’Espirito-Santo est intéressant- car, dans l’intérieur de la barre , on trouve en plusieurs endroits cinquante à soixante pieds de profondeur.
Le mont Moreno est situé par 20° 1 9' 23" de latitude Sud, Position
du mont Moreno.
et par 42 39 40 de longitude Ouest.
Au mouillage voisin, nous avons observé 1° 2' de déclinaison Nord-Est, en juillet 1819.
La mer nous a paru monter et baisser, dans ce mouillage, d’environ quatre pieds.
Les marées ne sont régulières qu’en dedans de l’entrée, où Des mare'es. la mer a été pleine vers trois heures dans les syzygies.
Au Nord d’Espirito-Santo, la côte est basse, couverte Description
, de la côte au N.
d arbres , et le rivage , qui est de sable roux , court ( sauf quel- d’Espirito-Santo *ques inflexions) au N. 3 2° E., depuis la pointe do Tabaraô [du Requin] jusqu a la barre de Rio Doce [Rivière Douce], qui en est à environ seize lieues : de cet endroit, la côte s’étend, à très-peu-près , Nord et Sud, jusqu’à la barre de San-Matheo , distante de vingt lieues.
Mais, dans l’intérieur, les terres ne sont pas aussi basses qu’à la côte, sur la totalité de l’espace compris entre Espirito- Santo et San-Matheo, II faut en excepter les dix premières lieues, sur l’étendue desquelles des hauteurs se prolongent pareïlèlement au rivage, à peu de distance de lui; et ce n’est quà partir du parallèle de Rio Doce, que le pays, vu de la mer , parait entièrement plat : cet aspect ne change pas jusqu’au
monte P Cisco al , cest-à-dire, sur un espace de plus de cinquante lieues.
II n est donc pas plus difficile de reconnaître Espirito-Santo , en venant du Nord qu’en arrivant par le Sud. Le Mestre- Alvaro, qui succède à des terres basses dans le premier cas, ou qui termine à-peu-près des terres élevées dans le second , ne laisserait aucun doute sur la position du bâtiment , quand meme on n’aurait pas le secours de la latitude , indication précise sur une côte qui gît Nord et Sud.
Le rivage, depuis la pointe do Tubaraô jusqu’à la barre de San-Matheo , n’est interrompu que par les petites embouchures des rivières Carahype , dos Reis- Magos , Doce et Seca y qui sont toutes sans intérêt pour la grande navigation. Aucun danger n’est à redouter sur cette côte ; et à l’exception de la pointe Tubaraô, qui termine, comme on vient de le voir, la baie d’Espirito-Santo , et à sept ou huit cents toises au Sud de laquelle s’étend un brisant de roche, on peut approcher le rivage par-tout. A deux ou trois milles de distance, en allant du Sud au Nord, on trouve des profondeurs de vingt à neuf brasses, fond de sable, mélangé de gravier, de vase, de madrépores et de coquilles brisées.
Le Rio Doce s’étend, dit-on, beaucoup dans l’intérieur du pays; mais son embouchure est peu considérable et n’admet pas de grands bâtimens. Elle offre toutefois à la vue une assez grande coupure entre les arbres dont le rivage est couvert ; un banc de sable roux accompagne ses deux pointes , et l’entrée est encore obstruée par un autre banc de sable qui s’élève audessus de l’eau; mais il n’y a devant cette rivière aucune des îles qui y sont portées sur la plupart des cartes antérieures aux nôtres. La pointe Nord de cette embouchure s’avance un peu plus que l’autre, et l’on y remarque une grande maison.
L’entrée du Rio Doce est par 19° 36' 57" de latitude Sud, et Position par 42° 1 1' 3 6" de longitude occidentale. son embouchure.
La barre de Rio Seca , située à dix lieues au Nord de ia pré- Ri0 scca .
cédente, ne présente qu’une petite séparation entre les arbres de la côte : il est probable que cette rivière n’existe que dans le temps des pluies , et c’est ce que nous avons conclu des renseignemens que nous nous sommes procurés à son égard. Au Observations reste, comme je n’avais à bord personne de l’endroit, quand Ia nomenclature je reconnus cette partie de côte , je ne puis garantir ia dedcee“aec?tfie nomenclature que nous lui avons assignée depuis Espirito- Santo jusqu’à la barre de San-Matheo; nous l’avons prise des cartes les moins fautives , et nous ne garantissons que la configuration du rivage et sa position géographique.
A deux milles dans l’Est de la barre de Rio Seca, la déclinaison de l’aiguille aimantée était nulle au mois de juillet 1819.
La barre de San-Matheo est à dix lieues dans le Nord de Barre
de San-Matheo.
celle-là. Semblable à la plupart des entrées des petites rivières de la côte du Brésil, elle n’est remarquable du large que par les brisans , qui sont plus forts à son embouchure que sur la plage contiguë. Quelques mâts de bateaux qu’on aperçoit entre les arbres, peuvent encore, selon les circonstances, marquer la position de San-Matheo ; mais il faut regarder avec bien de l’attention.
On dit que, lorsque le temps est clair, « on peut aperce- Renseignemens
11 1 des pratiques.
» voir, à quelque distance dans l’intérieur et un peu au Sud » de la barre , trois petites dunes dont celle du milieu est la plus » élevée : vues du Nord et du Sud, elles sont l’une à côté de » l’autre; vues de TEst, au contraire, elles se confondent en une » seule. » Mais cet aspect n’est pas permanent, puisqu il dépend de l’état du ciel ; et le plus sûr est de ne s’en rapporter qu’à la latitude pour se diriger sur la barre de San-Matheo. Ce point,
LE PILOTE DU BRÉSIL, qui peut être considéré comme la limite méridionale des bancs qui font partie des Abrolhos, est dans ia position suivante :
Position Latitude . tfto o*/ c
de ia barre . . o O / 1U O.
de San-Matheo. Longitude. . . . . . . 42. 5 20 O
Jangadas.
Limites méridionales des fonds des Abrolhos .
Iï n y a presque aucune ressource à attendre d une relâche devant ia barre de San-Matheo; les difficultés de rentrée, où i on ne trouve que quatre pieds huit pouces d’eau dans les hautes marées ordinaires et le doubïe dans les syzygies, n’en permettent I accès qua de tres-petites embarcations ; et les brisans qui régnent toujours à son embouchure y rendent la navigation dangereuse, meme pour de simples canots. Les gens du pays ne franchissent ces sortes de passages que dans des bateaux pontés, d’un faible tirant d’eau, ou sur des radeaux formés par l’assemblage de quatre ou cinq pièces de bois flottant, surmontés dune voile de coton, et qu’ils nomment jangadas.
Les communications entre ia mer et l’intérieur du Brésil, par la plupart des rivières , sont en général fort difficiles ; et il serait particulièrement très -pénible pour un bâtiment de Lire meme son eau dans la rivière de San-Matheo, ainsi que dans un très-grand nombre d’autres rivières qui lui ressemblent et dont nous aurons successivement occasion de parler en décrivant la côte.
« La livière de San-Matheo tourne au Nord, au-dessus de ” son embouchure ; après quoi elle fait plusieurs sinuosités : »ïe bourg qui porte son nom est à sept lieues de l’entrée; on M ne s y procure guère, avec un peu d’abondance, que queï- » ques vivres du pays. » (Renseignemens des pratiques.)
C’est à quatre ou cinq lieues au Nord de San-Matheo que la sonde commence à annoncer les fonds des Abrolhos , si
l’on se tient à trois on quatre lieues Je terre. Ces bancs S 0" Limites
septentrionales
’à deux ou des
. 7 même3 fonda.
trois lieues au Sud de la villa Prado , située par 17° 21' ; c’est-à-dire, sur une longueur Nord et Sud de dix-huit ou vingt lieues.
Leur étendue en longitude n’est pas moindre. En circons- Limites orientales crivant ces bancs, les îlots et les hauts-fonds qui les accom- mêmes fonds, pagnent, dans les profondeurs au-dessous de vingt brasses, on doit assigner à l’ensemble au moins vingt lieues de largeur Est et Ouest; et l’on doit conclure qu’à moins d’avoir une destination spéciale pour les Abrolhos memes , ou pour des points de la côte qui les avoisinent, un grand bâtiment ne doit jamais atteindre le méridien de 40° Ouest, tant qu’il sera entre les deux parallèles que nous venons d’indiquer.
En citant le méridien de 40° comme la limite orientale des fonds qui offrent des dangers pour la grande navigation dans le voisinage des Abrolhos, nous ne voulons pas dire qu’il soit la limite de tout indice quelconque du paracel qui accompagne ces îlots. On trouve, au contraire, ce paracel à douze milles plus dans l’Est; et en suivant, du Nord au S^d, le méridien de 39° 48', depuis le parallèle de 17°40' jusqu’à celui de 18° 10', on rencontre encore des sauts de sonde de 120 à 2 7 brasses fond de roches , annonces au moins très-probables de profondeurs encore plus faibles : mais nous n’avons pas la preuve qu’on ait atteint le fond, quelques milles plus Est, avec des sondes ordinaires ; et , comme nous l’avons dit page 59, il nous paraît certain que, sur le méridien de 38°, on ne trouve plus aucune trace du paracel des Abrolhos.
Les îlots Abrolhos (l), ou de Sayita-Barbara , sont au Description
' ' des îlots Abrolhos.
(1) Abrolho [brisant], ou, peut-être, réunion et contraction des deux mots portugais abrir [ouvrir] et olho [œil], ouvrir ï’œil.
tendent depuis le parallèle de 18° 15' Sud, jusqu
LE PILOTE DU BRÉSIL, nombre de quatre, non compris deux ou trois pâtés de roche, dont le plus considérable et le plus élevé est à cent cinquante toises au Nord de Pilot le plus grand et le plus oriental.
Ces îlots forment entre eux un trapèze d’environ trois mille toises sur ses plus grandes dimensions. Les deux plus Nord sont les plus grands et les plus élevés; celui de l’Ouest a cent trente pieds et l’autre cent quinze pieds de hauteur ; le groupe ne peut être aperçu que de vingt-deux milles, des hunes d’une frégate, par un temps clair.
Les îlots Abrolhos sont formés d’une roche tendre et blanchâtre que l’air détruit, mais qui se durcit dans l’eau de mer. Cette roche est de même nature que celle dont se composent les îlots Castello , Figo , les Alcatrazes et la presque totalité des autres îlots ou rochers répandus sur la côte du Brésil ; et c’est cette ressemblance qui me paraît motiver la remarque qu’on a trouvée à la page 3 5 .
La stérilité des Abrolhos est complète ; et l’on ne trouve de végétation sur ces îlots que quelques joncs , quelques cactus , un pourpier sauvage, et, sur un seul rocher presque à fleur d’eau, ui^ bouquet de petits arbustes dont l’existence au milieu de cet amas de rochers n’est pas sans singularité.
D’innombrables oiseaux de mer habitent ces îlots et les couvrent de leurs œufs et de leurs nids ; mais aucun de ces oiseaux n’est mangeable. On y trouve encore quelquefois de la tortue, mais bien moins que la solitude du lieu ne le fait supposer; du sel marin, parfaitement cristallisé, se montre aussi sur divers points ; et quelques gouttes d’eau douce filtrent au bas des rochers, sur la pointe Nord de l’îlot le plus Nord du groupe.
En juillet 1819, nous pêchâmes peu de poisson aux Abrolhos; mais cela vient sans doute de ce que la saison n était pas
favorable; car ces îlots sont la pêcherie ordinaire de la plus grande partie des habitans de la côte voisine : « Ceux de » Porto-Seguro , principalement, y envoient cinquante bâti- » mens chaque année , pendant la mousson du Nord ; ils y font » des cargaisons d’un poisson de bonne qualité, qu’ils nom- » ment garoivpas, qu’ils font sécher, et qui compose la prin- » cipale nourriture du peuple et des esclaves. Les voyages de » ces bâtimens de pèche durent ordinairement six semaines. »
( Renseignemens des pratiques. )
C’est donc à ce seul objet que se bornent les ressources Ressources
qu’on peut se pro-
qu’un bâtiment peut espérer de trouver aux Abrolhos ; et en- curer core ne doit-on y compter, comme on voit, que pendant une partie de l’année : mais à cette époque, une relâche en cet endroit pourrait convenir, pour rafraîchir un équipage fatigué de la mer, ou pour réparer une avarie, à la suite d’un mauvais temps ou d’un combat.
Le plateau qui sert de base aux Abrolhos , n’offre pas Une Description
1 1 des approches des
surface unie dans toute son étendue ; sur toutes les directions , Abrolhos. au contraire, les profondeurs sont très-cahotées, et elles varient quelquefois , sur de très-petits espaces, de plusieurs pieds, même de plusieurs brasses.
Ce plateau paraît se développer par des ondulations qui suivent sensiblement le gisement général de la côte voisine, c’est-à-dire, ïa ligne Nord et Sud. Un chenal , propre seulement aux caboteurs, le sépare d’abord du rivage; le fond s’élève ensuite sur une largeur moyenne de cinq ou six lieues, dont plusieurs parties sont au niveau de la mer et brisent de mauvais temps : un nouveau sillon succède; puis viennent les îlots, et enfin leurs accores, qui s’étendent à plus de trente lieues au large , si l'on y comprend tout l’espace de mer environnant où l’on trouve des profondeurs irrégulières.
Nous avons déjà fait remarquer plus haut que toute cette surface nest pas interdite à la navigation : il résulte de nos reconnaissances que, depuis l’Est-Sud-Est jusqu’au Sud par le Nord et par l’Ouest, des bâtimens assez grands peuvent, avec des précautions, approcher jusqu’à la vue des îlots, et même mouiller d un à huit milles de distance depuis le Nord-Ouest jusqu’au Sud par l’Ouest.
II il y a donc que la partie de mer comprise entre le Sud et l’Est-Sud-Est, sur laquelle il reste de l’incertitude; mais nous voyons par les renseignemens qui ont précédé nos reconnaissances, que cette partie n’est pas beaucoup plus dangereuse que les autres. Le cosmographe portugais Pimentel, que j’ai cité, en rendant compte d’une exploration faite des Abrolhos en 1605, par deux caravelles qui y furent envoyées, dit « quelles annoncèrent que plusieurs rochers, dont queï- » ques-uns découvrent dans les grandes marées, existaient dans »Ia direction du Sud-Est des îles, sur un espace d’environ » trois lieues. » En admettant ce renseignement comme exact, on voit, d’abord, que dans la seule partie que nous n’avons pas pu visiter, les dangers ne s’étendent pas beaucoup plus au Sud-Est des îlots que dans les autres directions ; et nous ajouterons qu’il se pourrait même qu’ils s’y étendissent encore moins qu’on ne le dit ici : c’est ce que sembleraient nous autoriser à croire nos stations de plusieurs jours sur les points les plus élevés des îlots, d’où nous avons observé, du temps le plus clair et dans toutes les circonstances de la marée, et nos recherches au large, à bord d’un grand batiment, où, malgré la plus grande attention, nous n’avons découvert ni rochers, ni brisans, dans toute l’étendue de notre horizon.
Néanmoins, nous ne donnons ceci que comme une conjecture, et la gravité du sujet exige que la prudence ne s’v
arrête pas. Jusqua l’entière exploration des approches du Sud- Est des Abrolhos , nous conseillons donc de n’approcher les îlots, à quatre lieues dans le Sud-Est, qu’avec beaucoup de circonspection.
Nous venons de dire que de grands bâtimens peuvent mouiller d’un à huit milles de distance dans l’Ouest des îlots ; on trouve effectivement, sur cette partie du paracel, un chenal où, à 1 exception dun petit nombre de points sur lesquels la sonde ne rapporte que huit brasses, la profondeur se maintient généralement de quinze à dix brasses. La direction sur laquelle il y a le plus d’eau est à-peu-près le Sud-Sud-Est et le Nord- Nord-Ouest, en passant à deux milles à l’Ouest des îlots : c’est ce chenal que nous appelons Canal des Abrolhos. Quoiqu’il ait à-peu-près trois lieues de largeur, il est, comme on le voit par la carte, de très-peu d’importance pour la grande navigation, et il na réellement d interet que pour les bâtimens de cabotage ou pour la pèche.
Le côté occidental de ce chenal est forme par des hautsfonds très-dangereux , parce qu’ils s’élèvent brusquement du fond de la mer, sans s annoncer par des diminutions graduelles de profondeur ; ils sont si accores, que les Portugais les nomment Paredes [murs]. Malgré l’abri que leur procurent les îlots a tene desquels ils sont places, on dit que de mauvais temps la mer brise sur plusieurs points de ces hauts-fonds.
De leur pied et même du milieu du canal, on aperçoit la côte vis-à-vis, lorsque le ciel est clair. Cette côte plate est couverte d’arbres qui, de cette distance, paraissent presque noyés ; son peu d’élévation ne permet pas de supposer quelle soit à plus de huit ou neuf lieues de l’accore orientale des Paredes. Ainsi, les îlots Abrolhos, qui sont à huit ou neuf milles de ces dangers, sont à-peu-près à onze ou douze lieues de terre;
Canal
des Abrolhos,
Des Paredes,
fl
Position
«les flots Abroihos.
Des marées aux Abroihos.
Qualité' du fond autour
des Abroihos.
nous disons à-peu-près , parce que nous n’avons pu qu’approximativement placer la côte dans cette partie, et’seuîement d’après les renseignemens que nous pûmes recueillir d’un pratique à San-Matheo. Notre bâtiment n’ëtait pas de nature
à pouvoir s’approcher d’assez près d’un tel rivage; mais il reste peu d’incertitude sur sa position réelle; et il n’en reste aucune sur celle des îlots , non plus que sur celle de la presque totalité de leurs approches par le large ; seules choses véritablement importantes ici.
D’après nos observations, faites sur les îlots mêmes, le sommet le plus oriental du groupe est par 17° 57' 44 " de latitude Sud, et par 41° 2' 9" de longitude Ouest; la déclinaison de l’aiguille aimantée y était, au mois d’août 1819, de
Les marées sont irrégulières dans le voisinage des Abrollios; les courans suivent la direction des vents régnans, et leur vitesse ne nous a pas paru excéder 1,3 de mille à l’heure ; la différence de niveau , entre les basses et les hautes mers , peut être évaluée à cinq pieds , à l’époque des syzygies.
On trouve rarement de la vase sur aucun des points du paracel des Abroihos où la sonde peut atteindre le fond ; et l’on pourrait dire que la présence de la vase dans les sondes est un indice presque certain qu’on est hors du paracel; nous n’en avons trouvé nulle part, si ce n’est fort mélangée de sable et de madrépores broyés , et dans le canal intérieur seulement. La qualité de fond la plus commune autour des Abroihos est un tuf blanchâtre, composé ou abondamment mêlé de débris de madrépores réduits en poudre , et qui n’offre d’autre variété que sa plus ou moins grande consistance. Quelquefois ce tuf est très-ferme, et il se combine de sable et de roches, principalement dans le Nord-Est des îlots ;
plus près de ceux-ci, sur-tout du Sud-Sud-Ouest au Nord-Est par 1 Ouest, le fond a la consistance d’un mortier blanc, dans lequel 1 ancre pénètre peu, mais tient fortement.
Nous n’avons pas de notions exactes sur l’intérieur des Pa~ redes, non plus que sur la côte qu’ils prolongent; cette partie de la mer et du rivage ne peut être explorée en détail que par de très-petites embarcations, et elle n’intéresse quelles. Les renseignemens que nous avons recueillis à son égard établissent qu un petit chenal , navigable pour les seuls caboteurs conduits par des gens du pays , se trouve entre la côte et les Paredes, dont quelques points, nous a-t-on dit, s’élèvent au dessus de l’eau. Ce parage ne peut être pratiqué que par des pilotes très-expérimentés.
D’après les mêmes renseignemens, nous comprenons les Limites deS bancs des Paredes entre la barre de Portalegre , que nous dVr^iefj’iote.. plaçons provisoirement par 18° 6' 0" Sud, et le parrallèle de 27° 19' 0" Sud, qui passe à quelques milles au Nord de la petite ville d’Alcobaça. La côte comprise entre ces deux parrallèles est occupée par les villes ou bourgs de Portalegre , Villa-Viçosa , Caravellas et Alcobaea , dont chacune communique avec la mer par une rivière ouverte au cabotage.
Les embouchures de ces rivières sont marquées par le signe Position douteuse , sur nos cartes, parce que nous ne les avons pas reconnues nous-mêmes.
Sur le parallèle de 17° 31' 0" Sud, c’est-à-dire, à environ ueiaviiie
huit milles plus Nord que la pointe Nord des Paredes, on Prado. trouve encore la petite ville de Prado , située à l’entrée de la petite rivière de Jucurucu , qui forme sur le rivage une coupure fort apparente parmi les arbres dont la côte est couverte.
On peut approcher de cette embouchure ; à la distance de trois milles, on trouve de dix à quatorze brasses d’eau fond de
«au**, -
LE PILOTE DU BRÉSIL, sable et de vase; et cette profondeur se maintient en prolongeant le rivage, jusqua une lieue au Nord du petit hameau de Columbiana , situé dans l’Est-Sud-Est du mont Pascal , montagne remarquable qu’on aperçoit en remontant des Abrolhos vers le Nord.
A partir de ce relèvement du mont Pascal , sur une longueur de onze milles du Sud au Nord, et sur une distance de quatre à dix milles de la côte, on trouve des fonds élevés, inégaux, parsemés de rochers et de bancs de sable, dont quelques-uns découvrent de mer basse: ces dangers se nomment Itacolornis .
Ces Itacolornis s’étendent depuis l’Est-Sud-Est du mont Pascal jusqu a son parallèle. On peut naviguer et mouiller à terre d’eux, sur une bonne tenue, entre la moitié de leur longueur, à partir de leur extrémité Sud; mais leur pointe Nord est jointe au rivage par un banc de sable étroit, qui ne laisse, dit-on, aucun passage. En se tenant, à treize milles au large de la côte, on est en dehors de tous dangers, et l’on trouve de onze à vingt brasses d’eau : douze milles plus à l’Est , on n’a déjà plus de fond à quatre-vingt-dix brasses. Aussitôt qu’on est au Nord du parallèle du mont Pascal, on peut se rapprocher de terre et la prolonger à trois milles de distance , la profondeur est de onze à vingt-quatre brasses, sur une grande partie de la côte, en allant du Sud au Nord.
Le mont Pascal est, comme nous venons de le dire, la première montagne remarquable qui se présente à vue , de la mer, en venant des Abrolhos; il fait partie d’un groupe de collines dirigées à-peu-près Sud-Est et Nord-Ouest, dont la plus méridionale offre , à son extrémité Nord , un piton de la forme d’une grosse tour carrée, qu’on ne peut pas méconnaître.
Vu de l’Est, le mont Pascal est conique; placé à cinq lieues seulement du rivag'e , il se distingue aisément , par son élévation , des hauteurs qui l’environnent , et il peut être vu de fort loin. Il sert d’objet de direction pour le cabotage, dans beaucoup de localités de la côte adjacente; et à ce titre, nous en donnerons la position d’après nos observations :
Latitude. .
Longitude
Position du mont Fascal.
La déclinaison de l’aiguille, sur son parallèle, à dix lieues de distance, a été observée de 0° 50/ N. O. le w2 août 1819.
C’est a la vue du mont Pascal que Pedro Alvarès Cabrai se trouva le jour de Pâque , dans l’année 1500, où il découvrit le Brésil.
La côte devant le mont Pascal et depuis la villa Prado , , Description
1 de la côte au Nord
court au Nord 10° Est ; elle continue d’étre basse, boisée, et du mont Pastaluniforme comme dans le Sud; mais elle s’en distingue par des falaises de tuf d’un jaune rougeâtre, qui forment le rivage : les hauteurs, en petit nombre, qu’on remarque dans l’intérieur du pays, sont moins élevées que le mont Pascal, et moins près que lui de la mer.
A mesure qu’on approche de Porlo-Seguro , en venant du Sud, les falaises deviennent plus rouges; elles s’élèvent davantage , et les arbres dont elles sont couronnées se mélangent de cocotiers , espèce d’arbres qu’on aperçoit peu jusque-là. En prolongeant cette côte, on passe successivement devant les barres, à peine visibles à quatre milles de distance, de Cramimuam, de Joasima , do Frade , la petite baie de Trancoso , et la chapelle de Nossa-Senhora da Judea, à deux milles dans le Nord de laquelle est Porto-Seguro.
Ce port est situé daus une échancrure du rivage abritée par Po rto-Segur »,
le récil ou quai de rochers dont nous avons parlé plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage; une coupure de ce récif forme 1 entrée du port ; la chapelle de Nossci-Senhora da Judea , qui le domine, est remarquable par ses murs, dont la blancheur tranche au milieu des arbres.
Une petite rivière descend dans le port de Porto-Seguro. “ H y a dix-huit pieds deau, de mer haute, sur sa barre; ” mais on n’en trouve que onze en dedans; en sorte quelle ne » peut recevoir que des bâtimens de médiocre grandeur : plusieurs bancs, d’ailleurs, s’étendent au large et il ne faut s’ap- » procher de cette embouchure qu’à la distance de deux lieues ,
» quand on n a pas de pilote. » ( Renseignemens des pratiques.) A cette distance, on a dix brasses d eau.
La ville de Porto-Seguro est bâtie sur le côté Nord du port: ce terrain est escarpé, et l’on parvient au haut de la ville par un chemin tournant, que sa couleur rouge fait remarquer d’assez loin en venant du large. La ville contient plusieurs grands édifices; mais elle est néanmoins assez peu considérable, quoiqu’elle soit la capitale de la province qui porte son nom. Au pied de la côte et dans le port meme, on voit un grand village habité par les pécheurs, dont la préparation du poisson qu ils prennent aux Abrolhos est la principale occupation.
Position du clocher de la cathédrale de Porto-Seguro.
Latitude de Porto-Seguro
Longitude .
Re pr°“Senet,eq“° La fertillté ctu P3}’8 circon voisin offre beaucoup de ressources
Porto-Seguro. aux bâtimens qui peuvent fréquenter Porto-Seguro ; ils s’y
procurent aisément de l’eau , du bois , des bestiaux , et tous ies rafraîchissemens ordinaires aux climats situés entre les tropiques.
De Porto-Seguro à Rio Grande , la distance est de douze
LE PILOTE DU BRÉSIL lieues deux tiers, et la côte gît au N. 14° E.; elle est couverte Description
0 de la côte au Nord
d’arbres, s’abaisse graduellement en allant du Sud au Nord , de Porto-Segu™. et elle est bordée , jusqu’à une distance d’environ trois milles au large , de bancs de sable et de hauts-fonds , dont plusieurs découvrent de mer basse et qu’il ne faut approcher qu’avec un pilote de l’endroit : ces bancs sont séparés par des coupures devant Santa-Cruz , Coroa-Vermelha , et Sant-Antonio , petits établissemens sur la côte, accessibles seulement poulies caboteurs, et sans aucun intérêt pour les grands bàtimens.
Une ville nouvelle, nommée Belmonte , commencée sur la Belmonte .
pointe Sud de l’embouchure du Rio Grande, fait remarquer cette embouchure, qui est masquée par des brisans plus animés qu’au rivage de droite et de gauche. Rio Grande, qu’on dit être une rivière du second ordre dans l’intérieur du Brésil, n’a que deux brasses d’eau sur sa barre , de pleine mer.
La côte, au Nord de Belmonte, court au Nord 5° Ouest jusqu’au fort Saint-Georges dos llheos [des Ilots], et la distance intermédiaire est de vingt-une lieues. Cette côte est droite, accore, uniformément boisée, et l’on peut l’approcher de très-près: d’un à cinq milles du rivage, on trouve de sept à vingt brasses d’eau sur des fonds où la vase et les madrépores broyés prédominent. A environ dix lieues au Nord de Belmonte, on trouve les Se?mas de Itaraca, groupe de mon- Serras de Itaraca. tagnes terminant les terres basses qui suivent le mont Pascal du côté du Nord ; les plus méridionales de ce groupe sont les Morros de Commandatuba , d’où sort la petite rivière du meme nom. A partir du parallèle de ces montagnes, la côte, entrecoupée de collines couvertes de bois et de petites vallées cultivées, offre l’aspect le plus varié et le plus agréable, jusqu’aux approches de la Baie de Tous les Sam (s.
Saint-Georges dos Ilheos.
Position des Ilheos.
Description de la côte au Nord de ces îlots.
Rio de Contas.
Pointe
dos Castelhanos.
Le fort Saint-Georges dos Ilheos est situé sur la partie Sud de la baie de ce nom, et il fait partie d’une petite ville sans apparence, qui est la capitale de la province ; deux îlots , places a petite distance dans l’Est, forment avec le rivage un abri pour les bâtimens de côte qui fréquentent ce mouillage : le plus Nord de ces îlots nest qu’un pâté de roches que la mer couvre presque toujours de ses brisans ; l’autre est couvert de touffes d’arbres, et séparé en deux parties disposées suivant une direction Nord-Est et Sud-Ouest; la latitude de cet îlot est de 14° 47' 23" Ouest. A trois milles dans l’Est de lui. la profondeur est de vingt brasses , fond de vase.
Immédiatement au Nord de la pointe de Saint-Georges dos Ilheos, la côte se courbe un peu dans l’Ouest en formant une petite baie; puis elle se dirige au Nord quelques degrés Est jusqu à la pointe dos Castelhanos, éloignée de dix-neuf lieues. Toute cette côte est parfaitement saine, et les plus grands bâtimens peuvent la prolonger à deux milles de distance. Plusieurs petites criques ou embouchures de ruisseaux coupent son rivage; mais la barre du Rio de Contas est la seule qui ait quelque importance, même pour le cabotage.
L embouchure de cette rivière est assez apparente quand on vient du large. Sa pointe Sud est élevée et couverte d arbres; et dans 1 enfoncement de la côte, on voit une petite ville qui semble plus considérable que celle dos Ilheos. Les pratiques disentqu’une roche , qu’ils nomment Pedra Branca, est placée devant l’entrée du port et doit être évitée.
La pointe dos Castelhanos fait partie d'une terre élevée qui se termine, du côté du Nord, par une partie basse nommée Pontade Muta, laquelle est accompagnée, sur son prolongement, par la petite île Quiepc.
Cette île, la pointe de Muta et la côte voisine, forment
LE PILOTE DU BRÉSIL, entre elles un petit bassin dans lequel la rivière (XAcarahi vient se jeter proche de la petite ville de Camamu. Les brisans qui embarrassent les en liées de cette baie n’en permettent l'accès qu’aux petits bàtimens.
De ce point, la côte semble se diviser sur son prolongement et elle présente l’apparence de deux îles : ce sont de petites collines séparées l’une de l’autre par des terres basses. Cet aspect est le même jusqu’au cap ou Morro San-Pciulo , espèce de promontoire, sur lequel on attérit ordinairement, quand on va chercher la baie de Tous les Saints pendant la mousson du Sud , et dont, pour cette raison, nous ferons connaître l’apparence et nous donnerons la position.
Le Morro San-Pciulo forme la pointe orientale de la barre de Rio Unha; il est assez remarquable, quoiqu’il soit peu élevé, il est adossé et suivi dans le Nord par des terres plus basses que lui, et il porte en outre , sur son extrémité Nord, cinq ou six cocotiers séparés en deux groupes et très-apparens relativement à ce qui est aux environs.
Vu de près, le mamelon qui termine le Morro San-Paulo dans le Nord, présente, du côté du large, de grandes taches blanches qui tranchent bien sur la verdure de l’ensemble, et qui peuvent être aperçues de huit lieues, de beau temps. A deux milles sur son parallèle, on peut mouiller par dix-sept brasses d’eau, sur un excellent fond de vase; à six lieues dans la même direction, on n’a déjà plus de fond à quatre-vingts brasses.
Le morro Saint-Paul est dans la position suivante :
Latitude . 13° 21' 53" S.
Longitude . 41. 14. 23. O.
A deux milles dans l’Est, la déclinaison a été trouvée de 1° 5<y Nord-Ouest, dans le mois d’août 1 8 1 0 .
Description de la côte jusqu’au Morro San-Paulo
Du Morro San- Paulo.
Position du morro Saint-Paul.
Description de la côte au Nord du morro Saint-Paul.
Dans le Nord du morro Saint-Paul, la cote est basse, sablonneuse et bordëe de récifs; elle forme une anse profonde, après quoi elle revient au Nord-Est, se joindre, au moins en apparence, avec les terres plus élevées de l’île Itaporica , qui forme la rive occidendale de la principale entrée de la baie de Tous les Saints, vulgairement appelée Bahia.
La séparation entre la côte Ouest de cette île et le continent forme ce qu’on appelle la fausse barre ou fausse entrée de Bahia. Cette passe est fort étroite, sinueuse, peu profonde, et on ne l’aperçoit que d’une petite distance : elle ne peut recevoir que de très -faibles embarcations; et les caboteurs
memes ne s’y engagent que quand ils ont affaire sur quelque point du littoral intérieur de ce passage, ou lorsque le vent ne leur permet pas d’atteindre la principale entrée.
Du morro Saint-Paul au cap Sant-Antonio la distance est de dix lieues, et la direction le Nord 46° Est; de beau temps, ces deux points sont a vue lun de l’autre.
On peut, sans danger , parcourir cette direction ; on y trouvera de trente-quatre à douze brasses d’eau fond de vase , de sable, de gravier et de madrépores, et l’on passera à la distance convenable entre les accores du Sud de l’île Itaporica , et la basse du cap Saint-Antoine. Un grand batiment qui fait ce trajet ne doit pas, en général, se porter au Nord-Ouest de cette ligne, tant qu’il est dans le Sud d’ Itaporica; et si le vent battait fortement en côte , la prudence exigerait meme qu’il se tînt un peu plus au large, jusqu’à ce qu’il fût sur le méridien de la pointe la plus Est de cette île, et qu’il se conservât par des profondeurs supérieures à douze brasses.
La distance du Pain de Sucre (à l’entrée de Rio Janeiro) au cap Frio , est de 65 milles l/2 ; et la direction de ce premier point à l’autre, l’Est 4" 3 0' Sud.
La distance du cap Frio au cap San-Thomé est de 79 milles; et ia direction d’un point à i autre, le Nord 46° Est.
La distance du cap San-Thomé au groupe des Ahrolhos est de 272 milles; et la direction intermédiaire, le Nord 28° Est.
La distance des Alhrolhos au cap Saint-Antoine de Bahia est de 300 milles ; et la direction, le Nord 2° Est.
La distance totale de Rio Janeiro à Baliia, par la route la plus courte, est donc de 716 ou 720 milles.