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Le Pin A Crochets Spontané Dans Les Cévennes

Les Flores et Catalogues n’ont signalé jusqu’ici la présence d’aucune des formes de Pinus montana Duroi, dans le Plateau Central et les Cévennes.

Il en existe cependant au moins un massif spontané dans les monts du Forez, sur la commune deChalmazel, prèsBoën (Loire).

Isolé dans un vaste désert de bruyère, à 1850 mètres d’altitude, sur roches granitiques, dans le bassin de réception du ruisseau torrentiel de Cluzel, — l une des branches du Lignon, — est un petit bois communal de 12 hectares environ. La moitié supérieure, sur un versant à pente assez raide au sud-est, est peuplée de Sapin et de Hêtre ; on trouve le Pin à crochets pur au-dessous, où commence une tourbière très étendue, au parcours pénible et dangereux.

Ce Pin à crochets est le Pinus montana Duroi var. uncinala Ham. subvar. data F. Gérard (in Magnier). Il est identique à la plante assez répandue dans les tourbières du Jura (Fresne, etc.) et des Vosges (Gérardmer, etc.) (i).

Les arbres sont bien venants, atteignent 0 ou 7 mètres de hauteur et se régénèrent parfaitement. Ils forment un massif clair, puis des bouquets semés sur la lisière et aux bords du ruisseau.

Ce massif est désigné par les habitants sons le nom de La Pigne ,

(I) Cf. Exsicc. Soc. Hochet ., n°

rardmer.

F. Gérard, au tîeiilard,

d’alverny.

dont on reconnaît aisément l’étymologie (. Pinea ). Or on ne nomme jamais ainsi les peuplements de Pin silveslre, nombreux dans la région. L’autreJ'in avait donc été remarqué : singulier en effet, à une altitude où tous les bois sont de Sapin et Hêtre, et où le Pin silveslre ne vit plus.

Dans ces pâturages, dont le déboisement a fait un désert pelé ou couvert de bruyère, la permanence de ce massif, d’ailleurs peu dégradé, est remarquable. L’éloignement de toute habitation, même des jasseries (chalets-fromageries), l’a préservé du pillage des hommes ; le danger de la tourbière a empêché aussi, dans une certaine mesure, les dégâts des troupeaux.

Le Pin à crochets, employé avec grand succès dans les reboisements de la Lozère et du Gard, était donc aussi spontané dans les Gévennes. Il faudra voir là une précieuse indication forestière, et c’est à ce litre que nous [avons un peu insisté sur cette petite découverte.

Mais ce fait éveille aussi des remarques intéressantes en botanique pure.

Le Pinus monlana Duroi (1771), nettement caractérisé dans sa forme typique et très distinct des autres espèces du genre, par son port, son habitat et sa distribution géographique aussi bien que par ses caractères morphologiques, présente au moins trois formes importantes, jadis considérées comme espèces. Rattachées avec raison au type de l’espèce de Duroi, ces variétés n’en ont pas

moins un grand intérêt botanique.

Le P. monlana var. uncinala (P. uncinala Ilamond) est la seule Conifère subalpine spontanée aux Pyrénées; on ne peut, en effet, considérer comme telle le P. silvestris qui s’élève parfois dans les forêts subalpines, mais qui descend surtout vers les zones inférieures des montagnes, jusqu’à 000 mètres et au-dessous. Le Pin à crochets, comme le nomment les forestiers, forme toutes les forêts supérieures de la Cerdagne et du Capsir (jusque vers -300 mètres), des Pyrénées catalanes et aragonaises (Lqguna).

H est aussi la seule essence subalpine du Ventoux, promontoire

des Alpes au voisinage du*Rhône.

Dans le massif des Alpes occidentales, il est partout subordonné

au Mélèze ou à l’Épicea, suivant les cas, formant un peu partout

des bois, de peu d’étendue^en général.

Assez répandu, mais toujours en mélange dans les Alpes cen-

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