‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 11 sur 21 · de rorets · texte numérisé non relu

de rorets

Ces chiffres sont significatifs; mais si nous allons dans la vraie grande lande, où presque rien n'était boisé avant 1857, la progression est certainement plus étonnante. (2.)

Nous pouvons donc conclure que la loi de 1857

(1) Archives de la commune de $St-Symphorien.

(2) Nous avons vu que la commune de Labouheyre n'avait conservé que 408 hectares de landes, après 1857. Eh bien en 1880, elle avait tout reboisé. Voici les chiffres que nous commnaique la maiie de Labouhéyre; hectares reboisés en 1863, 439 hectares; 1867, 72 hectares: 1869, 72 hectares: 1875, d108 hectares; 1880, 17 hectares. Total: 408 hectares,

quoiqu’on en ait pu penser au début, était conforme à l'intérêt du pays. Et l’absence de bras que redoutait M. Dromart, n’est pas à craindre. Cette immense forêt occupe pour son exploitation plus de 10.000 hommes. D’après le recensement professionnel de 1901, la population forestière active du département des Landes comprenait 6.419 personnes dont 4574 hommes et 1.845 femmes, et celle du département de la Gironde 2758 personnes dont 2.643 hommes et 115 femmes (1) Or les ouvriers des industries qui se rapportent au pin ne sont pas compris dans ces chiffres!

A l'extraction de la résine, il faut en effet ajouter les distilleries de gemme, les scieries mécaniques, le commerce des poteaux de mine, qui tous sont les facteurs d’une activité féconde dont nous allons appré-

cier les résultats.

€1) Résultats statistiques du recensement général de da population effectué le 24 Mars 1901 (publié par le ministère

du Commerce, tome I.) .

CEA PTER EP OETI

La culture du pin

Avant de présenter les chiffres qui peuvent édiiter sur les progrès économiques, il faut nous inquiéter de la façon dent le pin naît, prospère et est exploité.

Dans certains terrains où l’allios est profond, la semence du pin réussit toute seule. À certains endroits, même, après qu'on a rasé la forêt, le pin repousse sans la moindre semence, les graines tombées des pins précédents, étant suffisantes. Mais le plus souvent et surtout dans la Grande Lande, il faut d'abord labourer la terre, puis on sème Ia graine de pin.

Les pins poussent si serrés qu’on ne peut les compter à l’hectare, et qu'ils nécessitent de nombreux éclaircissages, pour permettre à ceux que l’on croit les plus robustes et que l’on veut conserver, de mieux se développer. On abat donc à plusieurs reprises une grande partie de ces jeunes pins. On fait également des coupes de soutrage, consistant à détruire les bruvères et chardons qui forment déjà le sous-

bois à la place des premiers pins coupés.

La forêt ne produit donc rien au début; elle nécessite au contraire des dépenses. Cependant, entre la dixième et la quinzième année, les jeunes pins coupés peuvent servir à la fabrication des manches à balai; mais c’est un revenu si minime qu'il ne peut arrêter le grossissement du capital engagé; on les employait aussi, il n'y a pas longtemps, comme échalas pour tuteurs de vigne, mais cette dernière utilisation a disparu devant l'emploi généralisé du tibide fer:

A 15 ans, il reste à peu près 750 pins à l’hectare; on fait un nouvel éclaircissage vers la vingtième année; on coupe alors environ 350 pins, qui seront débités en faisceaux vendus sous le nom de faisonnats ou bois de boulanger.

Cette coupe importante faite au « pignada » a encore peur but de donner de l'air et de l’espace aux arbres que l’on veut conserver, en supprimant ceux dont l’allure générale laisse prévoir pour les années à venir un moins bon rendement.

Mais la forêt subira deux ou trois autres éclaircissages; puis une dernière élimination vers l’âge de 30 ans. Les arbres que l’on abat alors, appelés « pétards » produisent déjà de la « gemme » ou « résine» depuis 4 à 6 années. Ils sont vendus sur place et sont débités, soit en planches, soit en bois de chauffage dit « bois de corde» mais surtout en poteaux de mine. Gette dernière sélection faite, il ne reste plus sur pied que les sujets les plus beaux, les

plus robustes, les plus droits, les plus riches en

gemme, Ceux-ci deviennent espacés d'environ 8 à 10 mètres et sont appelés «pins de place». Leur nombre peut varier suivant leur grosseur entre 70 et 300 à l’hectare; mais le plus normalement on en compte 150.

La forêt ainsi constituée, on pratique le gemmage.

Cette opération consiste à faire à l'arbre une entaille, longitudinale (ou plusieurs) de dimensions déterminées, appelée « la quarre » et à recueillir la résine qui s’en écoule dans un pot de terre, maintenu à sa partie inférieure par un clou; un -« crampon » ou «lame de zinc» en forme d’'U aplati dirigé à niveau du pol l'écoulement de la matière.

C’est du moins là le procédé du système Hugues, procédé relativement nouveau et qui donne une bien plus grande valeur aux produits résineux que l’ancienne méthode (dite du clot). Par cette dernière, on recevait la gemme dans des trous faits dans le bois au niveau du sol où elle se mélangeait avec les feuilles, les copeaux et la terre végétale qui la dépréciaient énormément. Malheureusement, Hugues eut des perfectionnements à apporter, des: procès, des dépenses et des pertes. Son idée géniale ne püt vaincre immédiatement la routine qui demande bien du temps pour disparaître. Aussi, est-il mort pauvre. Il faut espérer que. sa mémoire sera toujours présente dans le pays landais aux produits duquel il a donné une bien plus grande valeur. Car à l’heure actuelle la généralisation de son système est complète. Depuis 1873, on a commencé à l’employer sérieusement, et

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on a obtenu ainsi plus de matières, une plus grande richesse essentielle, une qualité supérieure des produits fixes après la distillation. Aussi, maintenant, la gemme a-l-elle reçu, comme nous le verrons plus loin, de grandes utilisations industrielles, et c’est pourquoi, la culture du pin est faite d’une façon si méthodique.

On peut commencer à gemimer le pin à partir de l'âge de vingt ans; même avant quelquefois. Mais c'est là, une saignée prématurée dont l'arbre souffre et qu'on ne pratique que sur les pins destinés à disparaître, c'est-à-dire ceux qui serviront surtout comme «poteaux de mine. »

L’exploitaticn rationnelle de la véritable forêt ne commence qu'avec les pins de place. L'arbre, pour être considéré comme tel doit avoir 1m. 15 de circonférence à 1m. 30 du sol; il est alors âgé de 25 à 30 ans.

C’est tous les ans que se pratique la récolte de la gemme. Dès le mois de janvier, on installe le clou, le crampon en zinc et le pot, et c’est vers la fin de février cu le début de mars, que la blessure est faite. On la commence presque au ras du sol, et toutes les semaines on fait une entaille supérieure de telle sorte que la quarre à la fin de l’année atteigne Om. 50; la seconde année on place le pot à cette hauteur; et la quarre est continuée par le même procédé vers la hauteur pendant 5 ans. Alors on pratique une autre quarre sur un autre côté du pin; mais généralement

c'est vers la troisième année de la première quarre

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qu'on commence la seconde, de telle sorte qu'il y ait deux blessures qui saignent à la fois. C’est là le gemmage normal des pins de place ou « gemmage à vie» qui produit environ deux litres par arbre et par an. D'ailleurs, le nombre des quarres faites à chaque sujet varie avec la grosseur et la vigueur de ce dernier; mais il varie surtout avec le but poursuivi; car, de même qu'il y a plusieurs périodes dans la culture du pin! il y à aussi plusieurs sortes de

gemmage :

19 Jusqu'à 20 ans le pignada est soumis aux sou- (rages, assainissements, premiers éclaircissages de telle sorte qu'il reste à peu près 400 pins à l’hectare.

Jusqu'ici, pas de gemmage.

20 Jusqu'à 30 ou 35 ans ont lieu les éclaircissages importants, et alors on fait le «gemmage épuisement à fin d’éclaircie » sur les pins appelés à disparaitre que l’on saigne autant qu'il est possible pour ne pas abîmer le bois ce qui ne donne d’ailleurs,

qu'un demi-litre par arbre et par an.

30 Il ne reste plus de 30 à 60 ans que les 150 arbres qui forment la forêt normale et adulte. Le pignada définitivement constitué se trouve alors en pleine période de « gemmage à vie». Puis apparaît le «gemmage épuisement à la coupe rase» effectué sur des pins de place ayant déjà un certain âge et qui consiste à faire rendre à l’arbre tout ce qu'il peut donner avant de raser la forêt.

Quant au « gemmage à mort », c’est une exagération

du précédent. On fait alors 4 ou 6 quarres, et l’on abat le pin au bout de 1 ou deux ans.

Donc après l’âge de 60 ans, les pins sont abattus: mais ils n’ont pas fini d’être utiles: {andis que leurs cimes feront d’excellent bois de chauffage appelé «bois de mètre », leurs tiges vont être transformées dans les scieries mécaniques en une foule de produits

que nous étudierons dans notre troisième partie.

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Revenu d’un hectare

On comprend qu’un arbre aussi généreux ait transformé l’économie de ce pays. Les chiffres vont nous le prouver amplement.

Vers 1850, un hectare de landes se vendait une cinquantaine de francs. Mis en culture le fonds vaut actuellement environ 800 francs, et les arbres qui le couvrent ont une valeur supérieure encore à celle du fonds: 2.700 francs en moyenne. Nous allons décomposer ces chiffres et nous verrons ainsi quel est l’intérêt du propriétaire des Landes.

Un hectare de lande rase non semé qui, nous venons de le dire, valait 50 francs il y a un demisiècle, ne peut évidemment avoir beaucoup augmenté aujourd'hui. On pourra s’en rendre acquéreur, suivant la région de la lande, suivant la plus ou moins grande proximité de la voie ferrée, pour un prix de 100 à 200 frs.

Nous savons que jusque vers la vinglième année,

ce terrain ne rapportera rien; au contraire le capital va devoir être augmenté; il va falloir labourer, émonder, soutrer, nettoyer; et toutes ces sommes improductives représenteront une valeur presque triple de leur chiffre, car il faut évidemment y ajouter les intérêts composés pendant 29 ans, que nous pouvons calculer à 4 %. Si l’on additionne à ce capital le prix d'achat des pots Hugues, dont on va bientôt se servir, on arrive à la somme d'environ 800 fr. qui représentent, comme nous l'avons dit, la valeur à l’hectare du fonds de landes en cultures.

Mais, à 20 ans, les dépenses vont cesser, et le revenu va apparaître. On abat, en effet, 350 jeunes pins qui vont servir surtout de bois de boulanger. Ce bois, déduction faite des frais, peut être évalué à Ofr. 30 par pin; cela nous donne un produit de 105 francs.

Puis le gemmage commence; il reste 400 pins à l’hectare; on laisse les 159 plus beaux, qui deviendront les pins de place et on saigne les autres, soit 250, destinés à fournir des poteaux de mine. On ne les saigne pas tous en même temps; on commence par en saigner 125; puis, deux ans après 150; 5 ans après on débitera les 125 premiers, en poteaux de mine et on commencera le gemmage des 60 autres. Enfin au bout de 19 ans, c’est-à-dire à la trentième année, ces 250 pins auront donné leur maximum de gemme, et seront vendus. Pour faciliter notre calcul, nous pouvons prendre comme moyenne le nombre de 125

pins gemmés par année dans cette période.

Nous avons dit que le « gemmage épuisement à fin d’éclaircie » que l’on pratique sur eux, donnait à peu près un demi-litre par arbre et par an.

Pour évaluer le rendement, nous allons prendre tout le long de ce chapitre, les cours de 1909, qui sont d'un chiffre raisonnable entre les dépréciations et les exagérations constatées au cours des années.

Or, en 1909, le prix moyen de la gemme payé par le distillateur au propriétaire a été de O0 fr. 20 lettre:

125 arbres gemmés donnant 62 litres 500, ont rapporté 12 fr. 59; mais il faut déduire la part du résinier lequel est payé par la moitié du produit, soit 6 fr. 25.

Le propriétaire a donc par hectare, dès la vingtième année un revenu annuel moyen de 6 fr. 25. C’est peu et cela donne au bout de cette période de 10 ans une somme totale de 62 fr. 50. Mais à la trentième année, tous ces pins sont déjà vendus, aux négociants de p°teaux de mine, au prix de 1 fr. 59 sur Lied, ce qui donne au propriétaire un revenu net de 375 francs, car le métayér n’a ici aucun droit.

Or, il faut ajouter ces 375 francs aux 62 fr. 50 de gemme; ce qui nous donne 437 fr. 59 de revenu pour un capital de 890 francs, pendant 10 ans. Cela fait un taux de 5 12 %. C’est déjà joli.

Il ne reste plus que les 150 pins de place qu'on va exploiter, jusqu'à 60 ans.

De 30 à 50 ans, on leur fait subir le gemmage à vie, qui donne deux litres par arbre et par an,

soit 300 litres à l’hectare; cela fait pour le propriétaire

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un revenu annuel de 30 francs, soit un taux de 3,75 %. Le revenu total de cette période atteint 600 francs.

De 50 à 60 ans, on pratique le gemmage épuisement à la coupe rase, et le gemmage à mort qui peuvent donner jusqu’à 6 litres par arbre et par an. Ne calculons, pour être plus modestes, que sur 4 litres. Cela fait 600 litres à l’hectare, soit 60 francs pour le propriétaire; cela porte son intérêt à 7,50 % et le revenu total de cette dernière période est de 600 francs.

Alors les 150 pins sont vendus sur pied au prix de 13 francs l’un, soit 1959 francs.

Additionnons ces diverses sommes :

Fclaircissage dela: 20e: année... 105 fr.

Revenus en gemme de la 20e à la 30€

UNE Gina. LOFT ARE TE NE EEE 62'fr, 50 Vente des pins d’éclaircissage pour

DOTÉ AU DAME 22200 nercee re MO El Revenus en gemme de la 30° à la 50:

ADO Rene rie. 2 CO0 fr.

Revenus en gemmes de la 50€ à la 60e

ANéE Rires 0 MORE PRECEU PREr 600 fr.

Néntendes pins idée place.s..7"1".3 1.950 fr. Nous obtenons un total de..." 3.092 fr. 50

Ainsi donc un capital de 800 francs a rapporté dans l’espace de 60 ans un intérêt de 3.692 fr. 50. Cela

nous donne un taux de près de 8 %.

Naturellement notre tableau est approximatif. Nous avons calculé sur des chiffres moyens; tous les propriétaires ne suivent pas exactement la même marche dans l'exploitation de leur forêt. Dans la Petite Lande el sur la dune, où les pins sont très beaux parce que l’allios ne les gêne pas, on débitera peu de faisonnats pour conserver plus de poteaux de mine. Certains propriétaires ne termineront leurs éclaircissages qu'à la trente-cinquième ou quarantième année, lorsqu'ils auront des pins très droits, qu’ils destineront à être débités en poteaux télégraphiques, plutôt qu'en poteaux de mine et dont le prix sera de 5 à 6 francs. Dans certaines régions, à La Teste, par exemple, on gemme avant la vingtième année. Mais cela ne vous éloignera pas beaucoup du taux cherché. Dans tous ces exemples, au contraire, il serait augmenté.

De plus, nous aurions pu tenir compte des cours différents de la gemme. Ils ont beaucoup varié d'année en année. En 1895, la barrique de 340 litres valait 45 francs: en 1899, elle valait 105 francs. Ainsi dans l’histoire d’un hectare, telle que nous venons de le présenter, nous n'aurions pas trouvé entre deux années différentes pour un nombre égal de litres, deux chiffres égaux en francs; mais nous avons rétabli l’équilibre en prenant le chiffre de 68 francs la barrique, SO Or 20Slenttre

Si nous avions pris Comme exemple les cours actuels, c’est-à-dire, ceux de 1910, nous serions arrivés à un résuitat encore plus joli. Le cours de la gemme

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s'est, en effet maintenu toute l’année au-dessus de 0 fr. 30 le litre; les pins d'éclaircissage pour poteaux désnuneValentrentre 2 fr. et 3 fr. ;-les pinse place à 60 ans sont à 15 fr. et même à 18 fr. Et cela nous aurait été permis, car nous aurions été plus près de la moyenne actuelle. En effet, si 1908 et 1909 ont donné d'assez faibles cours, de 1900 à 1907, le prix de la barrique s'était toujours maintenu au-dessus de 100 francs; et nous voyons ce prix atteint de nouveau aujourd’hui.

Quoiqu'il en soit, ce taux de 8 % auquel le propriétaire des Landes place à peu près sûrement son capital, vient confirmer la préférence que nous avons déjà donnée à la forêt landaise sur la vigne et le froment, c’est-à-dire sur ce qui était considéré jusqu'à présent comme la véritable source de richesse naturelle.

Aussile savant'universitaire Bersot, a-t-il pu écrire: « Les hommes qui s'intéressent à la fortune publi- » que, S'ils veulent bien considérer ce qui s’est ac- » compli dans les Landes depuis un certain nombre » d'années, reconnaîlront sans doute que c’est là, » dans ce coin de terre deshérité que la richesse de » la france s’est le plus merveilleusement accrue. » Le principal artisan de cette richesse est le pin, » cet arbre rustique qui ne demande rien et qui donne » sans cesse. Informez-vous aux gens du pays et » ils vous{diront ce qu'il y a en lui de ressources iné- » puisables; aussi ont-ils fait le proverbe: Qui a pin

» a pain ».

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