‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 13 sur 21 · REA · texte numérisé non relu

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D'abord, le landais qui n’avait autrefois que la ressource de cultiver de maigres champs ou d’être berger, augmente forcément son petit pécule par les divers travaux auxque's l’appe'le la forêt. Les dist'Ileries de gemme, les scieries mécaniques ont créé des métiers. Enfin les lignes de chemins de fer, dont nous avons dit le développement, ont amené un nouveau contingent d'employés et ouvriers qui ont grossi la population. Û

Mais il y a plus: non seuleinent le métayer a plus

d'activité à dépenser qu'autrefois, mais son revenu

augmente à mesure qu'augmente la richesse du pays. Nous savons, en effet, qu’il est rétribué par la moitié des produits qu'il procure et à mesure que la propriété qu'il exploite. produit davantage, son salaire grossit. Alors, à côté de la conséquence inévitable el indirecte de la richesse de quelques-uns sur lactivité générale du pays, se produit une conséquence antérieure et immédiate: c'est l'enrichissement du peuple campagnard landais, qui est surtout métayer, et à l'heure actuelle résinier.

Et préc'sément, les grèves dernières qui ont tant surpris dans ce pays éloigné des grandes villes industrielles, surtout dans un milieu essentiellement rural, ces grèves se sont produites non pas dans tout le pays landais, mais dans cette partie de la Grande Lande et du Marensin où le résinier n’est pas métayer. Le résinier est Ià un simple ouvrier que lon paie en argent, non à la journée, mais à un taux autrefois

fixé d'avance et invariable, généralement 25 francs

par barrique. Or, tandis que la barrique de gemme passait de 45 francs en 1895 à plus de 100 francs de 1900 à 1908, que le propriétaire doublait par conséquent ses revenus habituels, le résinier de cette contrée n'avait toujours droit qu'au même salaire.

On comprend facilement le geste initial des résiniers. Ils assistaient autour d'eux à une évolution générale à laquelle ils ne participaient pas. Ils formèrent des syndicats et firent grève (). Il y avait évidemment là une faute des propriétaires, qui firent preuve d’un peu trop de cupidité. Par la suite, les résiniers porièrent leurs revendications jusqu’à l’exagéralion et, la politique aidant, ils gagnèrent à leurs causes quelques résiniers-métayers qui non contenis de leurs jolis revenus, demandèrent la participation des 2/3.

Nous n’entrerons pas en détail dans cette question des grèves et des syndicats landais — qu’il était nécessaire cependant de signaler — car ces détails sorliraient du cadre de notre étude. D'ailleurs nous ne pourrions rien dire doriginal après les intéressantes thèses de M. Roumégous et de M. Desbordes, dont nous conseillons la lecture. Quoiqu'il en soit, le conflit

(1) Dans les Landes, d’après l'Annuaire statistique de 190$, on compte: 17 syndicais patronaux . comprenant 1.052 Membres; 26 syndicats ouvriers comprenant 3.551 membres; 2 syndicats jmixtes comprenant 261 membres; 23 syndicats agricoles comprenant 6.185 membres. Total: 78 syndicats com-

prenant 11.023 membres.

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semble à peu près terminé et l’aléa des grèves n’est sans doute plus à craindre, car la participation du résinier pour la moitié des produits est bientôt générale dans toute la lande. Aussi, l’évolution économique de la forêt a sa répercussion dans toutes les classes de la société. On le reconnait à des marques extérieures, bien plus probantes chez le paysan généralement simple, que chez l'habitant des villes. Eh bien, il n'y a pas le moindre fils de mélaver qui à l'heure actuelle n'ait sa bicyclette; et l’ancienne tenue austère de la femme a fait place chez la jeune fille d’aujourd'hui à une coquetterie très significative.

Le propriétaire divise généralement ses métairies de telle sorte que chaque ménage (car la femme travaille avec l’homme) exploite à peu près 20 barriques par an. Or ses champs lui fournissent les céréales de sa consommation; le logement et le chauffage ne lui coûtent rien; et nous verrons dans notre troi-

sième partie qu'il a encore d’autres bénéfices.

SECTION If

Les Incendies

Un danger bien plus grand pour la Lande, que les grèves el très redouté, est celui des incendies. Nous avons dit, dans notre première partie, qu'ils avaient été une des causes de la destruction de l’ancienne forêt, qu'ils avaient changée en lande. ET depuis îes

nouvelles plantations de pins, leur fréquence et leur

importance ont causé souvent de véritables désastres.

A l’époque des grandes chaleurs, le feu prend facilement sur cet arbre sec et résineux; une cigarette jetée au hasard et non éteinte suffit pour cela; et les sous-bois, fougères et ajoncs ne font qu’'aider à la propagation du fléau. Or rien n’est si difficile que d'arrêter un incendie dans les pins. La flamme bondit d'un arbre à l’autre avec une rapidité qui égale quelquefois celle d'un cheval au galop. En 1870 plus de 40.000 hectares furent brûlés. Depuis 1873, jusqu’à 1900, les années ont été rares où il n'y a pas eu un ou plusieurs incendies considérables. En 1993 le feu traversa deux fois le chemin de fer Bordeaux-Bayonne et dura trois jours.

L'eau n'a sur lui aucune puissance. On ne combat l'incendie que par le pare-feu et le contre-feu. On appelle pare-feu, de longs espaces vides de us bois, de toute matière inflammable, destinés à arrêter le feu qui ne peut plus faire de dégâts faute d'éléments à brûler. Le contre-feu est un amas de branchages et de pins qu’on allume de façon à faire aller ce nouveau foyer au devant du foyer déjà existant, de le rencontrer et de le forcer à s’éteindre par suite du défaut d'éléments à consumer. Mais quelle que soit l'efficacité — forcément très relative — de ces moyens, un incendie est un dégât considérable, un engloutissement de capitaux. |

Eh bien, nous pouvons dire que ce fléau se produit de plus en plus rarement. La population entière sait

trop ce qu'elle doit attendre du pin pour veiller ja-

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lousement à sa conservation. A la moindre alerte, toute l’activité des communes prochaines est arrêtée, et tout le monde part au feu: hommes, femmes et enfants, riches et pauvres, patrons et ouvriers; et rien n'est si beau — si sinistrement beau, devrionsnous dire — que l’harmonie de toutes ces forces fraternelles qui luttent d’un même cœur contre l’élément farouche, sublime et terrifiant. C’est le plus bel exemple de solidarisme que nous ayons jamais vu, et nous sommes heureux d'y avoir été mêlé plusieurs fois.

De plus, les précautions sont prises, non seulement pour arrêter rapidement l'incendie, mais pour le prévenir: un Jlandais ne jettera jamais une allumette ov une cigarette non éteinte dans le bois. On a réglementé les « charbonnières », c’est-à-dire les fabriques de charbons de bois en plein air: il est défendu de carboniser pendant la saison d'été.

On pratique aussi des pare-feux permanents. On a soin également de bien nettoyer ies sous-bois et on peut d'autant mieux le faire qu'ils sont utilisables. Chambrelent avait proposé de les exporter pour remplacer la paille comme litière et après les avoir comprimés. Cette idée d'exportation n'a pas eu de suite, mais l’emploi des sous-bois comme litière se fait dans toutes les métairies des Landes et avec succès.

Enfin, un des gros facteurs de l'incendie a été de tout temps la malveillance et dans cette malveillance, il faut voir rarement la vengeance, mais bien plus

souvent l'intérêt.

ET rpues

Nous avons déjà signalé dans les temps anciens. la main criminelle des bergers. Ce sont eux, en effet, qui ont allumé le plus d’incendies, autrefois comme aujourd'hui, car la forêt est l’ennemie du pâturage, et le troupeau aime les lieux brûlés. C’est le danger que redoutait M. Dromart, en s’élevant contre la destruction des pâturages, et certains faits lui ont quelquefois donné raison. Eh bien, à l’heure actuelle, ce danger disparaît aussi, parce que le pasteur, membre de la famille du métayer et du résinier, se résigne à priver son troupeau des herbes tendres qui poussent sur les lieux brûlés, pour bénéficier avec les siens des avantages autrement considérables que procure

l'exploitation de la forêt en résine.

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