CHAPITRE VI
Les débouchés
Pour que le revenu de la lande soit tel que nous lavons dit, il faut que les produits de la forêt trouvent des débouchés. Or, on peut être évidemment surpris de penser que ces produits qui nous apparaissent censidérables aient pu trouver écoulement alors qu'il y a un demi-siècle, ils n'existaient pas et que l’on s’en passait facilement.
J1 faut d’abord citer, comme facteur, le développement des sciences industrielles qui ont ouvert de nombreuses applications à la résine.
Les chemins de fer que l’on a multipliés, nous l'avons vu, par suite de cette rénovation sylvicole, apportent à leur tour leur influence considérable sur le mouvement des affaires qu'ils facilitent, sur le progrès économique qu'ils accentuent. EL ce ne sont pas seulement les chemins de fer des Landes, mais toutes les voies de communication du monde entier
se dévelcppant chaque jour, qui jouent un rôle ici,
car elles ont ouvert l'exportation à nos produits forestiers.
Enfin, les nouveaux produits des Landes possèdent d'excellentes qualités qui leur ont permis d'entrer en concurrence avec des produits jadis en faveur et de triompher à leur tour.
Nous allons jeter un regard sur le mouvement
global de ces divers débouchés.
SECTION 1 Les Pins d'Eclaircissage
Nous avons dit que pendant 20 ans, le capital de la forêt, non seulement était improduclif, mais augmentait. Nous avons été un peu sévère pour ne pas trop exagérer le revenu si remarquable que nous avions l'intention de prouver. Mais nous pouvons dire que les frais de ces émondages et nettoyages peuvent être compensés par l'utilisation des jeunes pins coupés.
Si les premières tiges abattues sont de trop minime grosseur pour un service de long usage, elles peuvent toujours être employées comme petit bois de chauffage et si le propriétaire les dédaigne, elles serviront au métayer, à l'habitant des campagnes, qui trouvera là un bon feu gratuit pour sa cuisine.
La coupe qui se fait à 10 ans trouve souvent emploi. Nous avons dit que les échalas pour la vigne, taillés à 15 ans ont été remplacés par le fil de fer;
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mais pour soutenir les jeunes vignes avant l'emploi du fil de fer, on se sert souvent de tuteurs en bois qui sont fournis par ces jeunes pins de 10 ans. On les emploie souvent aussi comme chauffage dans les briqueteries qui sont assez nombreuses dans les Lan- HésEtl)
Le pin d'éclaircissage de 15 ans, dont on faisait autrefois les échalas, est transformé aujourd’hui en manche à balai, et c’est là un intéressant débouché.
Cependant, toutes ces applications ne sont pas suffisantes pour constituer un intérêt, mais elles sont une compensation d'assez nombreux frais, et elles ne doivent pas passer inaperçues.
Bois de chauffage. — Mais à vingt ans, la forêt devient productive. La coupe des 350 pins que l’on débite en faisonnats, ou que l’on divise en bûches, dont on utilise aussi les croûtes et le branchage, donne, nous l'avons vu, une assez jolie somme au propriétaire. Et il est évident qu'il y a là, à cause des boulangeries, un revenu permanent, le pain se faisant tous les jours, et constituant la base de notre alimentation; De plus les commerçants qui vont acheter les pins des futurs éclaircissages, pour en faire des poteaux de mine, débiteront la cime, le branchage, également comme bois de chauffage. Nous devons aussi anticiper sur la troisième section de ce chapitre, pour
dire que les cimes des pins de place seront vendues
(1) Le Recensement de 1901 en évalue le chiffre à 115
par les industriels acheteurs, encore sous la forme de bois de chauffage. Ce bois est vendu aux particuliers sous le nom de « bois de mètre » ou aux charbonniers, qui le transforment en charbons, lequel fait une assez jolie concurrence au charbon de chêne.
Et tout cela est d’un excellent rendement. Dans le journal du «Commerce des Bois » du 16 janvier 1907, nous relevons ces lignes :
Ce qui se paye incontestablement le plus cher, comparativement dans le pin, c’est le bois de chauffage sous quelque forme qu'il soit. Pour citer un exemple, prenons la bûche de 1 m. dénommée escail. Elle vaut couramment 18 à 19 fr. le ka. (130 bûches représentant 2 stères), soit 9 à9 fr. 50 le stère, en avance de l’fr25 Surile-chèénesLesteroûtes te tMleeDrate chage qui valent beaucoup moins au point de vue du rendement calorique, se payent aussi cher toutes proportions gardées. En un mot, tout est enlevé d’assaut, au fur et à mesure de la confection, charbon, bûches, croûtes et branchages. »
Or, ces prix sont les mêmes aujourd'hui, et jusque sur le marché de Paris, le pin des Landes vient en concurrence avec les bois de la Sologne, de la Bretagne et de l'Est, pour le chauffage des boulangeries.
Poteaux de mine. — Un des gros commerces de la région landaise est celui des poteaux de mine ou étais de mine, que l’en fait avec des pins de 25 à 30 ans.
La multiplication des voies ferrées a beaucoup développé ce commerce, que favorisent aussi les cours
d’eau sur lesquels on les expédie en radeaux. Les pays
étrangers sont maintenant tribulaires de notre région. D’après Chambrelent, l'Angleterre et l'Espagne achetèrent en, 1886, 249.571 tonnes d’étais de mine bruits, qui furent expédiés à Cardiff, Swansea et Bilbao (1). Et à l'heure actuelle, ces chiffres sont bien dépassés.
Pour ne citer que l'Angleterre, les départements des Landes et de la Gironde livrent annuellement dans les charbonnages du Royaume Uni, plus de 650.060 tonnes de poteaux de mine, représentant une valeur supérieure à 6 millions de francs.
Nos ports de Bordeaux, de Bayonne et d'Arcachon, pour le chargement des poteaux bruts reçoivent par an plus de 400 navires. Ces navires nous apportent des charbons ang'ais, et repartent chargés de poteaux. Bordeaux seul a expédié à destination de l’Angleterre jusqu’à 500.000 tonnes de poteaux de mine pour une année.
Le développement de la forêt a donc une répercussion importante sur le trafic de nos ports. L'embarquement des poteaux de mine nécessite une dépense d'à peu près 1.100.000 fr. par an (1 fr. 60 par tonne) dont 800.000 représentent la main-d'œuvre. De plus, le droit de chaque navire qui touche ces ports, est, en moyenne, de 2 francs par lonneau de jauge, ce qui pour les 400 navires représente un revenu de 1.200.000 frs. Cela nous donne un total de 2.300.000 frs., que
(1) Chambrelent, « Les Landes de Gascogne ». chapitre VIT.
le commerce des poteaux de mine est venu apporter au mouvement des ports de Bordeaux, d'Arcachon et de Bayonne.
Notre région expédie aussi des poteaux de mine pelés et des poteaux télégraphiques. La Grèce, l'Algérie, la Tunisie, le Sénégal, l'Amérique du Sud, l’île Maurice s’y approvisionnent en poteaux télégraphiques. Chambrelent en 1886, en évalue le chiffre à 74500; comme pour les poteaux bruts, ce chiffre a plus que triplé. Pour la Belgique et la France seulement, les poteaux télégraphiques et les poteaux de mine pelés expédiés par les Landes, atteignent une valeur annuelle de 2.300.000 francs.