CONCLUSION
Ainsi la région landaise triomphe des sarcasmes qu'on lui adressait autrefois: Les plus riches contrées agricoles envient son revenu; et même quand d’autres régions boisées sont en souffrance, la forêt landaise conserve son impassible fécondité.
M. Marlio dans une assez récente thèse constate avec regret que le commerce des bois en Bourgogne subit une crise tout le long du XIXe siècle. Dans les Landes, au contraire, le propriétaire, qui au début de ce même siècle vendait son pin Ofr. 50; le vend aujourd’hui à la scierie mécanique 15 fr., 18 fr., et même quelquefois 20 et 22 fr.
Mais devant un tel prix ne doit-on pas s'inquiéter et se demander si le propriétaire, rendu avide par la somme qu’il va retirer de la vente de ses pins, ne va pas commettre la faute tant redoutée qui s’appelle le « déboisement». Ce déboisement, dont avec M. Marcel Prévost, nous avons fait le dur procès, ne va-t-il pas apparaître néfaste et dévastateur? Et notre belle forêt landaise ne risque-t-elle pas de redevenir lande: en un mot ces scieries mécaniques, qui sont devenues une grande industrie, ne vont-elles pas ab-
sorber tout le bois?
Eh bien! non; le pin est un arbre à ce point merveilleux que les diverses exploitations auxquelles il donne lieu s’harmonisent de la façon la plus heureuse, Nous aurions pu le prouver déjà à propos des pins d’éclaircissage (faisonnats, poteaux de mine) ; mais cette preuve saute aux yeux, car ces pins, malgré le revenu qu’en donne la vente, ne sont coupés que dans la proportion nécessaire à la constitution de la véritable forêt résinière; et quand celle-ci est en exploitation, le danger des scieries n’est pas davantage à craindre. Le propriétaire n’a aucun intérêt à vendre son pin, tant que celui-ci donne de la résine, dont nous savons la valeur; et il est bon de ne tuer la poule aux œufs d’or que lorsqu'elle ne pond plus.
Mais disons plus: non seulement la scierie ne poussera pas au déboisement, mais elle incitera au contraire à la conservation de la forêt; car le pin risque précisément d’avoir un autre ennemi que le bûcheron, c’est le résinier trop cupide. Les saignées que Pon fait à l'arbre pourraient être plus hautes, plus profondes, plus nombreuses, el elles seraient en effet ainsi si le propriétaire n'escomptait la vente future de son arbre; elles seraient ainsi, parce qu’on obtiendrait plus de résine; mais on abîmerait l'arbre; le bois n'aurait plus de valeur. Alors à force d’abimer ainsi les arbres, on détruirait aussi sûrement la forêt que la hache et la cognée. Et ce danger serail inévitable si l'industriel n’était pas là pour dire au propriétaire: « N'oubliez pas que grâce à
mes scieries, votre bois à 60 ans, aura une grande
raleur, mais à la condition que vous n'allériez pas sa: qualité ».
Voilà pourquoi nous avons raison d'être un peu oplimiste en face de la concurrence résinifère des Etats-Unis; car dans ce pays, où le bois de pin n'est pas, cu presque pas utilisé, on saigne l'arbre à outrance pour lui faire rendre toute la résine qu'il peut donner, et petit à petit, on le tue.
ll y a donc chez nous, entre l’industrie de la résine et l'industrie des scieries, un équilibre des plus admirables qui assurera à la Lande une prospérité, peut-être sans fin et qui fait que le propriétaire, contrairement à une règle assez générale, y est un sage administrateur.
Notre éminent maître M. Cauwès, doyen de la Faculté de Droit de Paris, dans son remarquable cours d’éconsmie politique, a écrit, en effet, à propos des forêts: « L'Etat et les communes sont ordinairement
les seuls propriétaires assez riches pour ne pas céder
à la tentation de réaliser le matériel de bois. » (1).
Cette affirmation est malheureusement trop vraie pour les autres essences; mais soyons heureux de constater que la forêt landaise échappe à cette règle; les richesses multiples du pin, et l'équilibre qui existe entre ses diverses exploitations, font que tout propriélaire des Landes est aussi bon administrateur que l'Etat et les Communes (2).
(1) Cauwès. Cours d'Economie Politique. 3me édition, tome I. page 535, (2) Les Produits du Domaine donnent à l'Etat, pour les
L'opinion même, à l'heure actuelle chez les gens du pays, est que l'Etat est moins bon administrateur que les particuliers.
Prenons un exemple: L'Etat laisse l'exploitation de la résine de ses pins à des adjudicataires. Naturellement il ne leur a pas laissé toute latitude et nous ne voulons pas prouver qu'il est mauvais administrateur, bien au contraire. Et plus soucieux que les Américains de conserver ses arbres, il oblige (ses adjudicalaires à ne pas dépasser dans une quarre
les hauteurs suivantes :
jre année 0 m. 65
2 — 0 m. 75 Je — Om. 75 4 — 0 m. 75 De. 0 m. 80
ce qui fait une hauteur totale au bout de 5 ans de 3m. 70.
Eh bien! presque tous les propriétaires se montreront encore plus réservés, car ils commenceront généralement à 0 m.50 ‘pour ne guère dépasser 3 m.
Les particuliers sauront donc aussi bien que l'E-
tal assurer l’avenir économique de la Lande; mais
Landes: 33.981 fr. (domaine non forestier), 915.195 fr. domaine forestier); pour la Gironde: 509.195 fr. (domaine non forestier), 557.573 fr. (domaine forestier). (Annuaire statistique
de la France 1908.)
Sn LP
de même qu'à propos des ouvriers nous ne faisions pas de thèse antisyndicaliste, nous ne faisons ici qu'une simple constatation que nous permet un cas particulier: la générosité abondante du pin. C’est surtout le but de notre étude et M. Cauwès ne sere cerles pas mécontent de cette brèche que nous ne pouvions que faire à sa règle, bien trop vraie, pour tous les autres cas.
Cependant si nous englobons d'un regard cet exposé économique, nous y trouvons plus qu'une étude, une véritable thèse, mais qui, précisément est conforme à l’enseignement qui nous a été donné.
Cet Etat dont nous avons comparé la méthode d’exploitation à celle des particuliers, nous ne pouvons pas nier son action utile sur la richesse de ces mêmes particuliers. C’est en partie, grâce à son intervention, que 12 pays landais s’est si heureusement transformé: Ce sont les agents et ingénieurs de l'Etat, Brémontier, Baron d'Haussez, Chambrelent, qui ont apporté leurs idées et leur action; ce sont les lois et décrets'de-1702 de 1793 dé anse de Ererx
1806, de 1810, de 1857, qui ont aidé l’homme à vain-
, de cre l'infertilité apparente du sol.
El en étudiant l'économie régionale des Landes de Gascogne nous avons présenté une parcelle de notre Eccnemie Nationale; non seulement les Landes sont une partie de la France, et par là, elles intéressent l'Economie Nationale, mais la lutte heureuse qu’elles ont entreprise, contre l'importation des bois, touche
à l'intérêt général du pays. Le progrès économique
que nous avons admiré, C’est 1e progrès d'ensemble d’une région, c’est la richesse d’un coin de la Fran-
ce, dont doit s’enorgueillir la France entière,
Vu : Le Président de la thèse, P. CAUWÉS.
Vu: Le Doyen, P. CAUWÉS.
Vu et permis d'imprimer :
Le vice-recteur de l'Académie de Paris.
Pour le vice-recleur.
l'Inspecleur de l’Académie :
FONTENÉ.
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5 fl0 es
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