‹ Le pin maritime et l'évolution économique des Landes de GascogneChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le Pin maritime est originaire en Gascogne

Au commencement du dix-neuvième siècle, Ia majeure partie de notre région était une vaste solitude; on rencontrait constamment dans ces plaines de sable, la lande rase: sur un s2l plat, sans aucune ondulation, croissaient de grandes bruyères, de hautes fougères, des genêts, des ajoncs, des touffes de joncs et de carex. En certains endroits, les eaux s’accumulaient, elles s’étalaient en larges marécages au moment des grandes piuies; pour franchir ces marécages pour échapper aux piqûres des genêts, el pour surveiller ses brebis qui se glissaient à travers les ltouffes d'ajoncs dans les brandes, le berger landais cireulait monté sur des échasses de quatre ou cinq pieds.

Aujourd'hui, cette immense étendue es! recouverte de forêts de pins. Bientôt l’échassier ne sera plus qu'un mythe; les fièvres paludéennes ont disparu; et, là où on ne voyait autrefois que des êtres chétifs, malades, on trouve aujourd’hui une population vigou-

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Le grand facteur de ce changement, nous l'avons déjà dit, c’est le pin. Mais est-ce, comme beaucoup le croient, par l'introduction du pin maritime que celte transformation s’est opérée, ou n'est-ce pas plutôt par sa réapparition ?

La faveur dont le pin maritime a toujours joui dans les Landes s'explique par ce fait qu'il est, en somme, là, dans l’élément climatérique qui lui convient. On en a eu la preuve, à plusieurs reprises, à l’occasion de phénomènes météorologiques accidentels.

En 1870-71, par exemple, l’hiver très rigoureux, détruisit une grande quantité d'arbres verts; les pins des Landes eurent à ce moment, à subir des froids de plus de vingt degrés: aucun n'y succomba.

On a planté des pins maritimes dans une région humide du centre de la France, la Sologne, qui, par la nature de son terrain présentait des ressemblances avec les Landes. Les plantations y ont d’abord bien réussi, mais, e1 1879-1889, est survenu un hiver {rès rigoureux: 70 G0) hectares de forêts de pins marit mes furent détruits en Sologne par suite de l’abaissement de la température. Dans les forêts des Landes, à la même époque, aucun arbre n’était atteint.

Nous pouvons donc affirmer que le pin maritime est

originaire en: Gascogne (1) Mais comment se fait-il

(1) Nous verrons cependant que le si tristement célèbre hiver de 1709, n’épargna pas les pins des Landes. Mais cette

date confirme notre opinion.

alors qu’on ait été obligé de le planter et que la forêt actuelle ait été faite par La volonté de l’homme?

On sait déjà — et nous le verrons plus loin — que l’idée de planter des pins dans cette région vint à l'ingénieur Brémontier, dans le but d'arrêter l’envahissement de la terre landaise par la marche des dunes de sable qui bordent la mer. La réussite parfaite de sa tentative fit généraliser son procédé, et bientôt toute la région fut couverte de cette bienfaisante végélalion.

De là, on à cru que Rrémontier avait presque — qu'on nous pardonne le mot — inventé le pin maritime pour la Lande; et, tout dernièrement encore, au cours de nos investigations dans le pays, nous avons rencontré beaucoup de personnes notables, industriels de la résine et du bois, qui croient que le pin maritime date dans la Lande depuis Brémontier.

Nous ne voulons certes pas enlever au savant ingénieur, la gloire qui lui revient; et nous ne partagerons pas l’ingratitude de ceux qui, à l’heure actuelle, à l’encontre de l'opinion commune, veulent lui ravir toute ia part d'initiative qu'il a apportée dans celte œuvre admirable. Bien au contraire, et nous fixerons plus loin l’axe de cette discussion.

Mais, quoiqu'il en soit, pour avoir l’idée d'employer à son dessein les semences du pin maritime, Brémontier devait savoir que le pin avait quelques chances de réussite. Il avait, en effet, comme exemples, l'aspect de quelques vallées et l’histoire. Nous allons nous expliquer.

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La vieille forêt gasconne

Quand les sylviculteurs landais ont, au dix-neuvième siècle, arrêté leur choix sur le pin maritime, ils ne faisaient qu'obéir à une tradition de leur pays: aussi loin que l’histoire permet de remonter, elle montre que les habitants des Landes, les « Lanusquets » s’occupaient de la culture du pin maritime.

Un savant b'bliophile, M. le Dr Dubourg, de Saint- Symphorien (Gironde) nous a communiqué des documents authentiques, titres de famille, contrats de vente, de mariage remontant jusqu'au XVIe siècle, dans lesquels il est toujours question des propriétés de pins que les habitants exploitent avec profit, concurremment avec de maigres champs de céréales. Et même au XVIIe siècle, Colbert fit venir des ouvriers de Norvège pour apprendre aux Landais la manière d'exploiter leurs pins et d'en tirer le goudron.

Mais déjà à cette époque les hauteurs seules étaient

cultivées, et aussi les vallées qui restèrent toujours

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boisées; or, nous pouvons affirmer que, bien avant, tout le pays landais n'était qu'une immense forêt; mais une forêt déjà exploitée, puisqu'on à découvert en plusieurs points, sous des couches épaisses de tourbes, des troncs de pins entaillés pour l’extraction de la résine. Et cela permet de remonter jusqu’à la préhistoire. Aussi, il est à peu près certain que les Phéniciens, ces intrépides navigateurs, sont venus sur la côte landaise s’approvisionner de poix et de résine.

Enfin, nous avons les témoignages des Romains, que nous ne sommes pas les premiers à citer, même dans une étude de ce genre, puisque dans sa récente thèse

sur les « Résiniers des Landes », notre excellent con-

#) frère et ami M. Roumégous empruntant cette phrase, à l’histoire locale de Mimizan, de Delest, écrit: « Elias » Vinetus nous dit que la partie de FAquitaine qui tou- » che la mer, est une forêt presque impénétrable dont » les arbres produisent de la résine et de la poix, » et dont le sol sablonneux produit fort peu d’autres » fruits, excepté du seigle et du millet. »

Il n’est pas douteux, en effet, qu'avant le moyenâge, toutes les dunes du littoral étaient couvertes de boïs. Dans les Landes comme en Espagne, le nom de mont s'applique à la fois aux collines de sable et aux arbres qu’elles portent; or, nous trouvons ce mot encore en usage dans Mont-de-Marsan par exemple. On peut en conclure que toutes les hauteurs devenues mobiles plus tard, étaient jadis uniformément boisées et par conséquent non moins stables que les falaises

des Pyrénées qui les continuent au Sud. D'ailleurs,

il reste encore sur les dunes quelques déb'is des anciennes forêts; non loin de l'étang de Cazaux, au sud du bassin d'Arcachon, le voyageur peut s'égarer dans une solitude où se dressent des pins gigantesques sans rivaux en France et des chênes de plus de dix mètres de tour.

Depuis les temps les plus anciens, le pin s'était donc montré merveilleusement adapté au climat et au sol du littoral.

Le fameux incendie du « pignada » du Marensin signalé par l’intendant d'Etigny en 1755 aurait à lui seul consumé plus de 50.000 hectares. ;

Mais précisément les incendies de ce genre furent trop nombreux, car la malveillance des bergers n’y élait pas étrangère: les bois ne laissaient pas assez de place pour leurs pâturages. Puis il y eut aussi une exploitation inconsidérée de la forêt par des propriétaires imprévoyants, qui vint ajouter son action néfaste à celle des incendies.

Et voilà pourquoi, sans doute, à la fin du dix-huiième siècle, cette merveilleuse végétation avait fait place à une lande rase et pauvre. Le pays devint celui que nous avons déjà décrit, un pays malsain et misérable. Il ne restait plus que 200.000 hectares de terres cultivées (seigle, millet) contre 700.009 hectares incultes, abandonnés à la libre paisson des troupeaux.

Mais il restait cependant encore (et cela est important, parce que c’est ignoré même de beaucoup de Landais), 100.000 hectares de vieilles forêts, le long de quelques vallées, comme celles de la Levre et du

Ciron; et ces forêts se composaient de chênes et de pins maritimes.

Enfin, il faut ajouter 100.000 hectares de dunes le long de la mer. Or c’était là un danger nouveau à côté de la pauvreté et de l’insalubrité de ce pays. Ces montagnes mobiles marchaient vers l’intérieur des terres. Mais leur danger au contraire fut salutaire. Car c’est pour lutter contre la menace continuelle des sables que fut prise la première initiative qui devait régénérer une région tout entière.

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