AVANT-PROPOS
Nous avons indiqué, dans un précédent travail (1), à quelles causes devait se rattacher le désastre subi parla Sologne durant le rigoureux hiver de 1879-80. Une vaste région, comprise entre le Cher et la Loire, terrains incultes qu'on avait imprudemment tenté de reconstituer à Taide de plantations ou de semis de Pin maritime, a vu ses cultures détruites par une période de froids dont cette essence, insuffisamment acclimatéei n'avait pu supporter la rigueur. Des travaux longs et dispendieux se trouvent ainsi perdus et bien des espérances sont mises à néant.
Le premier moment de stupeur passé, tout le monde s'était mis à Tœuvre; remplacer le Pin maritime par une essence plus robuste, plus résistante, plus acclimatée, paraissait chose facile. . Dé nombreux propriétaires, encouragés par le service forestier, qui concédait gracieusement les graines et les plants nécessaires, avaient tenté des reboisements étendus à Taide du Pin sylvestre naturellement désigné pour combler les vides causés par la mort des Pins maritimes. Le résultat n'a pas été à la hauteur du zèle et du bon vouloir; la réussite fut souvent nulle, presque toujours mauvaise. Aujourd'hui les pertes antérieures se trouvent aggravées encore par les frais d'une culture infructueuse. De nouveau l'incertitude et le découragement étreignent
(1) Revt^. des Eaux et Forêts, — Septembre 1881.
*:M y: '•.• '::./; >*. .-i^ pin sylvestre le sylviculteur, la plantation du Pin sylvestre se trouve sur beaucoup de points déjà très-discutée ; on pense à recourir ai semis, moins onéreux il est vrai, mais bien plus aléatoire? encore; et de nouveau surtout semble s'affirmer unetendanc€ à revenir au Pin maritime. C'est courir au devant de nouvelles déceptions.
En matière forestière, nous ne sommes qu'insuffisamment outillés pour faire face, dans un but d'intérêt général, à un événement imprévu, à un fléau étendant ses ravages sur toute une contrée. Le service forestier avec un personnel instruit et dévoué, dont les travaux et les efforts suffiraient, en toute autre condition, à lui donner une des premières places, est fatalement, par suite de notre organisation même, resté bien au-dessous de ce que réclame de la sylviculture TËtat moderne forcé de soutenir une concurrétice incessante, sur le terrain économique, avec des voisins laborieux, bien préparés, en éveil continuel pour l'amélioration des méthodes et le perfectionnement des procédés.
L'école de Nancy, fondée en 1824 sur le modèle des institutions existant alors en Allemagne, et qui depuis ont été modifiées, est demeurée presque stationnaire sans qu'il ait été tenu suffisamment compte des progrès de la science, des nombreuses découvertes qui, en moins d'un demi-siècle, influant sur les relations de peuple à peuple, modifiant les lois de ToS're et de la demande, changeaient les conditions essentielles de la •production. Aujourd'hui, plus que jamais, une seule école est insuffisante pour répondre, dans un grand Ëtat comme la France, aux cultures si diverses qu'imposent les différences de sol, de situation, de climat; ponr satisfaire aux nécessités d'une industrie infinie dans pon développement aussi bien qu'aux légitimes exigences du commercé. — Le nombre des élèves qu'on y reçoit est de beaucoup trop restreint ; uniquement calculé d'après les besoins des forêts administrées par l'État. C'est aussi au point de vue de la gestion de ces mêmes forêts que renseignement est presque inclusivement dirigé. On forme ainsi d'excellents administrateurs, des fonctionnaires dévoués,