BATARDE
Qu’importait alors sa beauté, ses agréments physiques ! que faisaient alors ses vertus, son éducation, ses rares qualités intellectuelles!
C’est à dire que le monde la rejetait de son sein ; que son amant, à cet aveu allait fuir épouvanté et qu’il lui faudrait à elle inhumer la honte de ses parents dans un couvent, où même elle ne serait peut-être pasentièrementà l'abri des préventions du vul gairel
Mon Dieu! pourquoi donc nous avez-vous inoculé le virus de l’affliction dès notre origine! Serait-ce parce que, de même que toute douleur physique est un pas vers la mort, toute douleur morale est un pas vers la vertu? ou serait-ce parce que l’humanité est éternellement destinée à souffrir dans sa lutte entre le cylindre du passé et le cylindre de l'avenir ?
Effroyable problème !
Angèle, tombée à genoux devant une image de la Vierge, priait.
Rien n’est plus propre à raffermir la foi religieuse que l’amour qui en est la base. L’amour répugne autant à l’athéisme que la sensitive au souffle glacial de l'hiver.
La prière de la jolie fille du faubourg Québec dura longtemps ; et, lorsqu'elle se releva, la sérénité brillait sur son visage. Telle, après une tempête, une rose se redresse uoucement sur sa tige, pour saluer le retour d’un soleil vivifiant. Encore perlée par les gouttes de pluie, la reine des fleurs rayonne d’un plus bel incarnat, parfume l'air de plus doux arômes.
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Ayant jeté sur ses épaules une mantille et posé sur sa tête nn petit chapeau de paille, Angèle se rendit chez Pierre Morlaix.
Ce fut d'un pas léger qu’elle fit le trajet de la rue du Loup à la rue des Voltigeurs.
Cependant, en approchant de la demeure du charretier, sa démarche se ralentit insensiblement, et lorsqu'elle arriva à la maison de briques, aux contrevents verts, où s'était écoulée la plus grande partie de son enfance, elle tremblait comme la feuille d'érable agitée par les vents d'automne.
Les palpitations augmentèrent encore quand elle mit le pied sur le seuil de la porte et s’accrurent bientôt à ce point qu’elle fut obligée de s'appuyer au mur pour ne pas tomber.
Pauvre, pauvre Angèle, que méchant est ce monde qui vous cause tant de douleurs !
Après une minute de rEPOS pour comprimer les battements désordonnés de son sein et mettre de l’ordre dans son esprit, Angèle entra.
La mère Morlaix était seule dans la salle, occupée à brunir sa batterie de cuisine.
— Jésus seigneur! te vlà, mon enfant, dit-elle, en quittant Son travail pour embrasser Angèle ; mais d’où est-ce que tu r'sous, comme Ça? y a au moins un siècle qu'on n’ta vu; J'créyais, quasiment qu't'étais malade.
— Malade ! non ma bonne mère, répliqua la jeune fille, ébauchant un sourire contraint. J'ai eu beaucoup d'ouvrage cette gemaine et... ;
— Et tu es fatignée, c’est-y pas honteux ! j'vous demande un peu, si c’est pas tannant d’s'échigner comme Sa, quand tu pourrais rester cheux nous, ousqu’ on ne te refuse rien.
— C'est vrai...
— Vrai, Angèle, oui, ben vrai, car c’est pas pour dire, on faime ici, plus que tes père-z-et mère ne t'on jamais aimée,
Ces derniers mots, prononcés sans mauvaise intention, avi- 9 *
vèrent toutes les plaies d'Angèle: deux larmes brûlantes brillèrent au coin de ses paupières.
— Bon v'la-t-y pas que tu vas geindre, à c’t'heure, poursuivit la vieille. Qu'est-ce que t'as, tu n’es plus toi, ma fille... jadis si gaie, si riante; maintenant...
— Pierre est-il ici ? interrompit Angèle, pour couper court à cette intempérance de langue qui la gênait.
— Pierre y va-t-arriver prendre son diner. T'as-t-y quèque chose de particulier à lui dire ?
Un bruit de voiture résonna en ce moment au dehors.
. C'était le charretier.
La jolie fille courut à sa rencontre.
— Mon ami, lui dit Angèle, je désirerais vous parler.
— Aussitôt que j'aurai remisé ma calèche.
—— Non, tout de suite, c'est très important.
— Allons, allons, je t’écoute, dit Pierre, surpris au plus haut point.
— Pas ici: montons à votre chambre.
— La bonne femme, dit le charretier, en passant dans la salle avec Angèle, ayez donc l'œil à mes chevaux, je vous prie ; l’enfant à quelque chose à me communiquer.
— Qué mystére encore? murmura madame Morlaix.
Parvenus dans la chambre du charretier Angèle lui dit résolûment :—Pierre, je vous dois tout, je le sais: votre mère et vous m'avez généreusement tenu lieu de parents, mais dites-moi, ne connaissez-vous rien de ma famille véritable ?
— De ta famille ? fit le cocher reculant d’un pas.
— Oh! je vous en supplie ?
— Tu voudrais nous quitter ; est-ce qu'on t’a fait de la peine?
— Ohi non, pleura la jeune fille; vous ne m'avez témoigné que tæop de bontés, Ma vie toute entière ne suffira point pour
aut
ous
acquitter ma dette de reconnaissance que j'ai contractée envers vous; mais...
— Hélas! je te comprends, dit Pierre ému. On t'aura reproché de n'avoir ni père ni mère, et...
— Vous vous trompez; personne ne m'a...
Les sanglots lui coupèrent la voix.
— Chère fille, bien-aimée, notr. tendresse ne te suffit donc plus? s’écria le charretier en la baïsant passionnément au front.
— Que dites-vous là, mon ami ?
— C’est que, vois-tu, Angèle, je ne sais rien, rien que ce que je t'ai déjà raconté. J'ai cherché dès lors ; aujourd'hui même je cherche, et...
— Et? répéta la jeune fille palpitante d’anxiété.
— Et, reprit Pierre en secouant tristement la tête je ne sais plus rien de plus.
Une nuit de janvier 18.. en revenant du Griffinton, je rencontrai un individu qui embarqua près de moi et se fit conduire à la rue de la Visitation. Là, il descendit, en m'ordonnant de l'attendre, mais ne reparut plus. Dans mon traîneau, il avait oublié un portefeuille en maroquin noir contenant vingt billets de cinquante piastres chacun et un chiffon de papier que j'ai perdu : je mis le tout dans ma poche et revins à la maison que nous habitions ma mère et moi, dans le faubourg St. Louis. Au coin de la rue Perthuis j'aperçus un paquet blanc déposé contre une porte ; je m'en emparai; c'était toi, mon enfant, endormie dans une couverture.
— Et, dit Angèle, avec une agitation indicible, cette couverture, les langes qui m'entouraient n'avaient aucune marque ?
— Non, repartit le charretier, aucun, si ce n'est pourtant, €eomme l'empreinte d’une main teinte en rouge. On aurait dit du sang. =
— Quel enigme! 6 mon Dieu, c'est affreux ! s'écria la jeune fille, en pressant convulsivement ses mains contre ses yeux.
— Gui, reprit le charretier comme s’il répondait à une question mentale, oui, c’est ben mystérieux, pour le certain. J'ai souvent
rôvé à cette nuit-là, C'était le bon temps où je possédais Carion et la Brune, deux bêtes... ahl enfinl.. Et il faisait un frèt que la barbe en fumait... Oh! je ne l’oublierai jamais... puis ces pressentiments... Bast! il ne faut pas y croire... les pressentiments, c'est de la bêtise.
— Des pressentiments! s’écria Angèle qui ne perdait pas un mot de ce monologue ; des pressentiments ! que vous disaient-ils ?
— Rien, rien en toute, répliqua brusquement Morlaix. D'abord les pressentiments mentent comrae les astrologues et M. le curé dit qu’il ne faut pas y ajouter foi sous peine de péché.
— Pierre, oh! pitié, fit la jeune fille affolée, pitié pour une pauvre orpheline; dévoilez-moi tout ce que vous savez, tout ce
‘que vous présumez de ma famille! C’est si cruel voyez-vous, de ne connaître ni son père, ni sa mère! Ah! mon Dieu! je ne pensais pas....
— Allons, allons, ne te désole pas comme ça, mon enfant, dit Pierre ému jusqu'aux larmes. Ça me fend le cœur de te voir pleurer. Moi qui donnerais tout au monde, jusqu'à mon dernier attelage—un attelage ben Suparbe, cependant—pour te sentir heureuse. Quelle idée subite aussi. ...
— Pierre vous ne répondez pas à ma question, interrompit Angèle d'un ton suppliant.
— C'est vrai; mais...
— Vous voulez donc me faire mourir! s'écria-t-elle avec cet accent désespéré, dont toutes les femmes connaissent le diapason, et lequel manque rarement de vaincre l'opiniâtreté de ceux qui les aiment,
— Moi te faire mourir! est-ce que tu y penses Angèle? Je passerais au feu pour satisfaire un de tes caprices. Pour te le
prouver, je vas te dire ce que j'ai supposé quelquefois, en songeant
à cette nuit-là. Mais au moins ne dis plus que je veux te faire mourir.
— Parlez, Pierre, mon ami, mon père, oh! parlez vite, dit Angèle, en pressant les grosses mains basanées et calleuses du charretier dans ses petites mains blanches et satinées,
— Eh ben! il m’est venu à l'esprit que cet inconnu que j'avais
embarqué en sortant du Grinffinton et débarqué au coin de la rue Visitation, n’était pas étranger à...
Le charretier hésita.
— À? répèta anxieusement la jolie fille.
— À...., ma foi, je cherche le mot.
— À moi ?
— Oui, c'est pour trouver ça que je me creusais la tête.
Angèle poussa un soupir de désappointement.
— Pas étranger à moi, reprit-elle ensuite. Quel rapport ? Qui a pu vous suggérer une semblable conjecture ?
— Ah! voilà! je l’ignore moi-même. Ça m'est venu un jour dans la cervelle, puis ça y est revenu un autre jour, puis un autre, et malgré tous mes efforts, pour me débarrasser de cette imagi= nation, elle est toujours là qui me tient en souci. Mais, continua-t-il, en se frappant le front, j'ai eu tort de te parler de ça, puisque ça ne sert de rien. Il y a plus de seize ans que cette histoire est arrivée ; et maintenant qu'aucun indice n’a jnstifié mes présomptions, il aurait mieux valu me taire que de mettre, par mon bavardage, ton esprit à la torture.
— Seize ans, hélas! ce n’est que trop réel, murmura Angèle | Jamais je ne déchirerai le voile qui couvre ma naissance ; il faut renoncer aux joies de ce monde.
— Renoncer aux joies de ce monde! Qu'est-ce que j'entends, fit Pierre stupéfait. Tu déraisonnes, petite, Quoi! toi qu’on a surnommée la jolie fille du faubourg Québec ; toi quias reçu une éducation comme pas une des demoiselles les plus huppées, toi que chacun envie, toi qui pourrais, si tu-voulais, ne rien faire du matin au soir et qui hériteras, quelque beau matin, de dix mille écus, que nous t’avons amassés, ma mère et moi, toi chère enfant, tu crois au malheur, parce que...
— Oh! je me souviens de toutes vos bontés pour moi, Pierre, dit Angèle en sanglotant,—le dévouement de toute ma vie ne suffirait pas pour payer la dette de reconnaissance. .
— Chut! assez causé, interrompit le charretier en lui fermant la bouche sous un baiser. Allons, séchez-moi ces beaux yeux, mademoiselle la méchante ; nous dînerons et après, pour te dis-
traire je te mènerai assister au procès du damné brigand qui a assassiné M. Bourgeot. Il paraît qu'il s’est confessé de tous ses crimes, et qu’il y a un tas, oh ben, un tas, gros comme la montagne de Bel-Œ 11!
— Non, dit Angèle, je ne puis y aller ; des travaux pressants. .
— Encore ton travail ? qu'as-tu besoin de travailler, je te demande un peu! Tant pis; pour cette fois, je ne te lâche pas. L'ouvrage se fera comme il voudra.
— Pardon, mon ami; c’est impossible.
— Pas plus impossible que de te prendre par le bras et de te conduire comme ça.
. Joignant le geste à la parole, Pierre entraîna sa fille adoptive dans la salle.
— Un couvert de plus, la bonne femme, dit-il en entrant, L'enfant va manger la soupe avec nous.
— Non, ma mère, dit Angèle en arrêtant madame Morlaix ; excusez-moi, je n'ai pas faim.
— Bast! l'appétit visnt en mangeant.
— En vérité je ne saurais. Laissez, j'ai besoin de retourner chez moi,
— Es-tu malade ?
— Non, repartit-elle avec un sourire forcé.
. Après quelques nouvelles instances des braves gens qui l’avaient recueillie, Angèle put regagner son domicile.
Tandis qu’elle descendait la rue des Voltigeurs, Pierre la suivit du regard en marmottant :
— Ou je me trompe fort, ou la petite n’est pas dans son assiette ordinaire. Faudra que je la surveille.
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Arrivée à son domicile, Angèle relut la lettre d’Alphonse, et, s’approchant ensuite d’un pupitre en palissandre, cadeau de M. Jobinet, commença une réponse. Mais à peine les premières lignes étaient-elles écrites, que la jeune fille, mécontente sans doute d'elle-même, déchira le papier qui les renfermait. Une seconde
tentative épistolaire eut le même sort, la troisième fut plus heu+ reuse, car, après vingt minutes de travail, notre héroïne déposa la plume d'un air satisfait et parcourut des yeux sa missive.
Elle était ainsi conçue :
# Montréal,,..
& Je vous remercie bien de votre lettre, monsieur; la nouvelle que votre santé est bonne m'a fait grand plaisir, car je craignais que tant d'émotions diverses, supportées en si peude jours, jointes aux fatigues d’un long voyage n’eussent altéré votre constitution, Grâces à Dieu, il n’en est rien; ma sainte patronne a exaucé les vœux que je n'ai cessé de faire pour vous ; je la prierai encore, afin qu'elle vous continue sa protection. C’est si bon de prier quand l’on est inquiète ou chagrinel Moi, voyez-vous, monsieur, je suis une pauvre fille, toute simple, et je vous avouerai franchement que je ne comprends rien à toutes vos subtilités philosophiques, plus propres, à mon sens, à obscurcir le jugement qu’à l'éclairer. Sans doute, il ne serait pas séyant que je me permisse de vous donner un conseil ; vous avez tant appris dans les livres que vous ririez de mon ignorance, si elle prétendait indiquer une direction à votre savoir, mais il me semble, monsieur, que vous cherchez à débrouiller des énigmes trop au-dessus de notre faible ‘entendement.
& Pourquoi donc doutez-vous ? et de quoi doutez-vous ?
& La Providence ne vous a-t-elle pas montré assez qu'elle prê-, tait son appuià ceux qui souffrent injustement? Enfin, serait-il croyable, que, sans l'aide de notre divin Sauveur, vous eussiez échappé à tant d’ennemis conjurés pour votre perte ? Non, cela ne peutêtre. Un aveugle ne nierait pas des faits aussi palpables ; conséquemment vous, qui avez l'intelligence pour vous illuminer, la raison pour guider vos appréciations, vous ne devez pas discuter semblable évidence. Du moins, c’est de cette façon que je comprends les choses. Au cas où vous croiriez que je suis dans l'erreur, ne tentez pas de me désabuser; vous n'y parviendriez pas. Je souhaiterais sincèrement que vous eussiez la foi qui m’anime, car vous seriez heureux dans vos malheurs, monsieur, oui bien heureux!
Ne voilà-t-il pas que je tombe dans le même travers que vous ? Pourtant, de ma part, ce travers est doublement excusable, N'avez-vous point provoqué et ne suis-i’ pas tenue par mes principes mêmes et ma foi à condamner, par conséquent, à combattre ce qui motive vos tristes incertitudes ?
‘© Mais je ne veux point, cependant, prolonger une discussion qui répugne à mon caractère, et dans laquelle vous obtiendriez encore l'avantage sur moi,
‘ Maintenant, vous ne serez peut-être pas fâché de recevoir quelques nouvelles de votre famille et du pays. J'en sais qui ne Mmanqueront pas sans doute de vous intéresser.
‘# D'abord, si vous avez Conçu quelques inquiétudes sur la santé de votre bonne mère et de vos frères et sœurs, rassurez-vous, monsieur ; je suis à même de vous dire qu’ils se portent tous bien et prient, chaque soir et matin, le Tout-Puissant de veiller à votre bonheur sur cette terre. Votre mère, monsieur, à fait écrire, à mon père adoptif.... Si vous saviez combien elle témoigne de sollicituce pour tout ce qui vous concerne! Pauvre femme, affigée, vous avez bien raison de l'aimer | Ça doit être si bon d'aimer sa mère! celle qui nous a donné le jour, qui nous a inculqué sa propre vie, son âme, dans le luit dont elle nourrissait nos jeunes
ans !
‘© Quel plaisir, dites, de prouver sa reconnaissance à celle qui
s’est tant et si souvent sacrifiée pour nous! Oh! il me semble que je n'aurais pas assez de jours pour m'acquitter, vis-à-vis de ma mère, de la dette originelle que j'ai contractée en venant au monde |
‘ Une mère! il faut n'avoir jamais connu la sienne propre, pour savoir ce qu’il y a de douceur ou d’amertume indicible dans ces mots : Une mère!
‘ Ah! monsieur, vous paraissez aimer tendrement, passionnément votre mère ; mais aimez la encore davantage, car cet amour est le plus sacré des devoirs, la plus inexprimable des jouissances, le plus beau des amours.
voyais ma mère!
BT. LAURENT, 161
N'est-ce pas, monsieur, qu'il n’y a point ici bas, d'affection plus charmarte, plus grande que celle d’une mère? une mère pour laquelle on n’a point de secrets; une mère qui nous connaît mieux que nous-mêmes, qui sait et nos qualités et nos défauts ; qui, après nous avoir gratifié de la vie physique, s'occupe à nous insuffler la vie morale ; qui lit dans nos pensées, étouffe le germe des mauvaises, féconde la semence des bonnes! une mère!
‘ Ah! monsieur, il leur est défendu de jamais se plaindre à ceux qui ont une mère. Qu'est-ce que la souffrance, qu'est-ce que l'exil, qu'est-ce que toutes ces petites misères qui escortent notre court passage sur cette planète, quand nous avons une mère près de nous ou que nous espérons retrouver un jour!
‘ Notre Seigneur et Sauveur du monde, Jésus, n’était-il pas soutenu par la présence de sa mère, la bonne et sainte Marie, en montant la Croix au calvaire de ses tortures ?
“Et puis, quand au penser de sa mère on peut joindre celui d'un pèrel—Seuls, les orphelins comprennent combien est dure la privation de ces êtres sacrés !
‘ Aux orphelins toutes les tristesses, tous les dégoûts, toutes les insultes, tous les déboires! à eux le droit de gémir et d’envisagor la mort comme un bienfait : à eux les plaintes dérobées, les larmes secrètes, les désespoirs étouffés |
‘Il y a encore une classe de malheureux plus désolés que les orphelins!.. .
‘A mon tour, monsieur, de faire appel à votre indulgence, Je m’oublie dans mon égoïsme, au lieu de vous raconter les choses capables de vous intéresser.
‘ Vous souvenez-vous de ces gens qui nous ont arrêtés sur la lisière du bois, quand nous allions chez notre excellent ami, monsieur Jobinet ? eh bien, il paraîtrait que ces scélérats attendaient là, un citoyen très respectable de notre ville, qu’ils l’ont assassiné et dépouillé d’une grosse somme d'or. Leur procès est commencé. Aujourd’hui, on dit qu’il y aura de curieuses révélations de la part d’un Irlandais, un nommé Mike, celui, si je ne me trompe pas, qui s'est évadé de prison avec vous. Je me souviens do ia figure de ce bandit et je frémis rien qu'en songeant à ce type ignoble de dégradation.
‘© Egorger son semblable Pour quelques louis! est-ce bien possible ! se vouer à un horrible supplice, et se damner éternellement ! Mon Dieu! tout cela m'étonne si fort que j'ai peine à y croire.
‘ M. Bourgeot—l’hcmme assassiné—a un beau-fils, Penseriez- Vous que, Jacques, —c’est le nom de ce fils, —a dit que la mort de son père était méritée? Mais qu'est-ce donc que le monde! je n'aurais jamais cru à cela si je l’avais entendu de mes propres oreilles, oui monsieur, devant moi, le fils a diten parlant de son beau-père :
‘—Bast, après tout, il était assez vieux pour faire 1n mort!
# Oh! mais c'est épouvantable ; je n’en reviens pas. Moi qui détestait déjà ce Jacques Bourgeot, je vous demande un peu si, depuis, je l'ai pris en amitié!
‘“ Ma lettre est déjà bien trop longue, il est temps que je terluine, Bon courage donc, monsieur. Espérons que votre mauvaise étoile s’éelipsera pour faire, de nouveau place, à la bonne, et qu’un jour vous serez rendu à vos parents et à ceux qui vous aiment,
‘* En attendant, croyez-moi, ‘ Monsieur, ‘Votre servante,