SCENE VI
GODEFROY, JEANNIC.
JEANNIC (à part).
C'est étrange! maintenant que je suis près de lui, je n'ose lui demander ce que je désirais tant connaître.
GODEFROY (à part.) Ils onl, ma foi, deviné mon sccrcl ; seulement ils me croient plus heureux que je ne le suis.
JEANNIC (à part.) Qui mieux que lui pourrait m'apprendrc...
GODEFROY
Comment lui dire que je l'aime ?
JEANNIC.
. Il faut pourtant parler-, car je brûle de m'inslruirc...
GODEFROY
Il faut pourtant savoir si je puis espérer.
DUO
JEANNIC.
Allons, voici riiislaiil.
GODEFROY
Dieu! quel monieiil !
Quelle crainte !
Ah ! je tremble.
GODEFROY
Près de moi i
JEANNIC.
tas! iPnie semble ,
Mon cœur bat ])lus vivement.
Ménestrel savant et sag«! ,
Près de vous tout m'encourage ;
Me tromper serait dommage ,
(^-ar je n'ai d'espoir qu'en vous.
Donnez-moi le secret si doux De trouver un aim>able époux ;
Savant clerc que l'on révère ,
Quel est le secret de plaire ?
GODEFROY
C'est à moi?...
JEANNIC.
Tant (le savoir.
De bonté !;..
(;Or)EFUOY (à part.) Quel doux espoir !
JEANNIC.
▼oui m'apprendrez...
GODEFKOY.
Mais puis-je encore- Enseigner ce que j'ignore ? — Pour plaire il n'est pas besoin d'art.
Vos doux yeux, votre sourire.
Celte grâce qu'on admire , Des cœurs vous donnent l'empire ^ Ah ! soyez toujours sans fard ; Que vous faut-il , gente amie , Vous si sage , si jolie , Pour enchaîner notre vie?
Un seul mot, un doux regard.
JEANNIC (à part.) Quoi ! je puis tout par un regard !
GODEFROY
Mais votre ame candide et tendre Connaît donc le besoin d'aimer?
JEANNIC.
J'ai seize ans, c'est assez attendre ^ Pourriez-vous ici me blâmer?
GODEFROY
Patience , Espérance..
JEANNIC.
Ah ! pour charmer Suffit-il de savoir aimer?
Non ! — cédez à ma prière , — Savant clerc que Ton révère , Quel est le secret de plaire ?
GODEFROY
Ke vous l'ai dit ;
Pour enchaîner notre vie.
Il ne vous faut qu'un regard»
.»5™.LE. . jj,^j,jj,^
<Quoi ! je puis tout par un regard-
GODEFROY
A mon lour je veux plaire , Et je crains...
JEANNIC.
Moi , j'espère , Si j'en juge d'après mon cœur, Que vous serez vainqueur.
E>SEMnLE.
JEANNIC. GODEFROY.
A l'espérance , Douce assurance ,
Croyez J'avance , Mon cœur s'élance ,
Celte assurance En espérance
Est clans mon cœur. Vers le bonheur.
JEANNIC.
Si votre cœur veut plaire ,
S'il est tendre et sincère ,
D'un avis salutaire
Je vous fais le présent :
Il faut à votre amie ,
Qui doit être jolie ,
Offrir, mais pour la vie ,
Cet amour si constant.
GODEFROY
Oui , je brûle de plaire , Et mon ame est sincère ; Mais, hélas! comment faire ?
Je le dis en tremblant :
Je donne et pour la vie Mon cœur à mon amie.
EMSEMBLK.
JEANNIC. GODEFROY.
Donnez à votre amie, Je donne à mon amie ,
'^Jui doit être jolie , Si douce et si jolie ,
Mais pour toute la vie , Oui , pour toute la vie ,
Ce cœur tendre et constant. Mon cœur tendre et constant.
JEANNIC.
Mais comment la connaître?
GODEFROY
Ah ! la nommer peut-être Détruirait mon boidieur.
.lEANNIC.
<)ii()i ! n'cles-vou» pus luailnr Du secret de son cœur?
GODEFROY
AFi! parlez donc...
.lEANNIG.
Qu eiiteuds-je ? c'est à moi Que V0U3 offrez voire foi !
Oui!...
JEANNIC. GODEFROY.
Donnez à votre amie, etc. .le donne à mon amie, etc.
GODEFROY
Et maintenant, Jeannic, ce bonheur cpie vous ignoriez, il s'offre à vous ; vous êtes aimée, vous l'étiez depuis longtemps , et cet époux, l'objet de vos innocens désirs...
JEANNIC.
Je l'ai trouvé... si ma maîtresse le permet; car, vous le savez , je suis orpheline , et je dois tout à ma bonne ' prolectrice. Elle aussi veut le bonheur de la pauvre Jeannic... Mais j'oublie qu'il faut que j'aille chercher son cher enfant pour vous l'amener, sire ménestrel ; car c'est vous qui lui enseignez déjà ces choses merveilleuses que vous seul et notre châtelaine connaissez ici. —Je cours à mon devoir.
(Elle sort.)