‹ Le pithecanthropus erectusChapitre 4 sur 7 · CONCLUSIONS REL.'^TIVES AUX DENTS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS REL.'^TIVES AUX DENTS

Les deux molaires de Java présentent les caractères de la surface triturante de l’homme; elles s’éloignent tout à fait de la surface cuspidaire des anthropoïdes et surtout des gibbons.

Le volume considérable de la couronne est identique à celui des molaires de Spy.

La divergence des racines ne peut être invoquée, puisque j’ai constaté la même divergence sur une dent humaine dont la couronne est plus petite.

Les deux molaires ont appartenu à un homme de race inférieure fort rapprochée de notre première race quaternaire (Spy, Neanderthal, Naulette, Ghancelade).

LE PITHECANTHROPES ERECTUS.

Aucune dent ne présente autant de variations dans ses cuspides, son volume, ses racines, sa position, que la troisième molaire.

Calotte crânienne . — • Si la plupart des savants sont d’accord pour admettre que le fémur est humain, les divergences se révèlent à propos de la diagnose de la calotte crânienne ; celle-ci, cependant, par ses caractères morphologiques et ses dimensions se rattache nettement à l’homme, tandis qu’il faut recourir à toute une série d’hypothèses pour dire qu’il s’agit d’un anthropoïde ou d’un être intermédiaire.

Avant de passer à la description, nous allons examiner avec soin la surface de la calotte qui a été séparée de la base du crâne avant d’être recouverte par la couche qui lui sert de gangue.

Le frontal a une surface très inégale; il présente une fracture de l’apophyse orbitaire externe droite ainsi qu’une cassure du bord externe de l’apophyse orbitaire du côté gauche. Les inégalités et les bosselures sont plus accusées sur la moitié droite; â gauche de la glabelle existent une perte de substance et une fente qui se dirige vers la racine de l’apophyse orbitaire gauche.

Deux rayures parallèles existent â la région latéro-antérieure du pariétal droit et se prolongent jusqu’au frontal. La ligne médiofrontale est saillante; la région bregmatique est proéminente et présente des inégalités. La partie supérieure des pariétaux est plus lisse et l’on voit nettement que la surface exocrânienne a été peu entamée par l’action mécanique.

Si nous retournons la calotte et que nous l’examinions par sa face inférieure, nous constatons que la région ptérique droite a subi une pression assez considérable pour subir un enfoncement manifeste.

A la partie postérieure, au moment oiï la courbe pariéto-occipitale se brise brusquement pour devenir inféro-postérieure, les inégalités exocrâniennes reparaissent, et sur la ligne médiane, il y a une fossette (F, fig. III) représentant une largeur maximum de 24 millimètres et une profondeur de 6 millimètres. On dirait qu’au lieu de la surface exocrânienne on aperçoit le moulage endocrânien; cette fossette serait alors la protubérance occipitale interne mise à nu par les mêmes causes mécaniques que celles qui ont agi sur le frontal et la fosse temporale droite; ce qui justifie cette manière de voir,

LE PITHECANTHROPES ERECTUS.

c’est la minceur de l’os, qui semble réduit à une simple pellicule adhérente à la matière compacte qui remplit l’endocràne.

Quoi qu’il en soit, cette fossette profonde, s’il s’agit delà surface exocrànienne, est une anomalie et ne se rencontre pas chez les anthropoïdes. Le crâne n° 1 de Spy présente une dépression signalée par M. J, Fraipont; elle remplace la protubérance occipitale externe ; cette dépression est presque nulle sur le crâne n° 2 de Spy.

Après ces considérations préliminaires, nous abordons la description de la calotte de Trinil.

Fig. III, norma supérieure, 1/2 grandeur : 1, Pithecanthropus; 2, crâne n<> 1 de Spy.

La figure III ci-jointe donne la norma supérieure de Trinil superposée â celle du crâne n° 1 de Spy; notre ami M. J. Fraipont a bien voulu nous envoyer le diagramme pris au stéréographe de Broca ; celui de Trinil a été relevé au moyen de l’appareil dioptrique de Lucae, par M. L. De Pauw.

Les deux contours superposés se rapprochent très nettement, comme l’ontdéjà signalé M. Rudolf Martin et d’autres. Les apophyses

LE PITHECRANTHROPUS ERECTUS.

orbitaires externes sont plus saillantes sur le crâne de Spy, mais sur l’original elles paraissent moins accusées à cause du diamètre frontal minimum qui est plus grand que celui de Trinil.

Le crâne de Spy déborde le crâne Java par sa région postérieure.

Quoique Trinil soit moins développé antéro-postérieurement, il serait difficile de trouver deux contours aussi peu différents.

La figure 1, est la vue latérale gauche de Spy, la figure 2 celle de Trinil. Disons immédiatement pourquoi nous donnons les deux crânes séparément : nous nous refusons à suivre M. Dubois et les auteurs qui l’ont imité en superposant les courbes antéro-postérieures. Le crâne de Java ne peut être orienté puisque les points de repère sont invisibles.

Le profil de Spy est orienté selon le plan de Hamy glabello-lambdoïdien G L. Dans le travail paru dans les Internationale Monatsschrift, M. Dubois oriente ses crânes d’après une ligne qui part de la glabelle pour aller se rendre â l’opisthion.

Toutes les superpositions données dans ses différents mémoires par M. Dubois sont arbitraires et fantaisistes. Dans le premier travail, M. Dubois superpose les profils du Pithecanthropus, de l’Hylobates agilis, de l’Hylobates syndactilus et d’un Européen. En supposant même que l’orientation soit possible, il a choisi les contours favorables â sa thèse, au lieu de prendre un Australien ou un crâne quaternaire. Pourquoi? Dans les Internationale Monatsschrift , il nous dit que s’il a omis de comparer le Pithecanthropus avec Neanderthal et Spy, c’est parce que Virchow les considère comme pathologiques. S’il avait lu le Bulletin de la Société d’anthropologie de Bruxelles, il aurait vu que notre savant collègue, M. le professeur Julien Fraipont, s’est chargé de répondre magistralement et victorieusement â la tlièse insoutenable du savant berlinois.

La vue latérale de la calotte de Trinil montre des arcades sourcilières si proéminentes qu’elles ont pu être comparées à une visière. La courbe antéro-postérieure dans sa partie frontale est presque identique à celle de Spy n® 1, et la ressemblance serait plus grande si une partie de la surface exocrânienne de Trinil n’avait été endommagée, entamée par l’usure; dans sa partie pariétale elle est moins bombée, plus aplatie que celle de Sj)y.

Les trois figures sont 1/2 grandeur.

Fig. 1, profil gauche du no 1 de Spy; G L est !a ligne glabello-lambdoïdienne qui donne le plan de Hamy.

Fig. 2, profil gauche du Pithecanthropus ; A, glabelle; B, point occipital maximum.

Fig. 3, vue postéro-inférieure du Pithecanthropus; B, point occipital maximum; DE, diamètre transversal maximum; F, fossette qui pourrait être le moulage endocranien de la protubérance occipitale interne.

La courbe sagittale s’arrête brusquement à angle obtus pour devenir inféro-postérieure.

Dans son ensemble, la courbe médiane dénote une platycéphalio plus accusée que celle des deux crânes de Spy et du crâne de Neanderthal. Mais il ne faut pas oublier qu’il se trouve des crânes néanderthaloïdes dont l’aplatissement est plus considérable encore.

Dans les Crania ethnica de de Quatrefages et Hamy, ces auteurs rappellent que Carter Blake a signalé un crâne irlandais plus platycéphale que Neanderthal (p. 29), que C. Vogt a décrit le crâne néandertlialoïde de Berne aux arcades énormes (p. 492). Les mêmes auteurs signalent encore le crâne australien de Bondi (p. 311) qui présente une platycéphalie plus accusée et des arcades plus proéminentes que Neanderthal.

Mensurations . — J’ai pris les mensurations sur le moulage fait par M. Flandinette, ce qui est une garantie d’exactitude.

Millimotres.

Diamètre antéro-postérieur maximum 181

Diamètre transversal maximum 135

Diamètre frontal minimum 88

Circonférence horizontale maxima 480

Indice céphalique 74,58

Indice frontal ou fronto-pariétal 65,25

Ces mesures ne présentent rien d’exceptionnel, et c’est parce que M. Duboismanquait, â Java, de matériel de comparaison qu’il a considéré le crâne comme anormalement petit.

Le diamètre frontal minimum qui a paru si faible, est supérieur de huit millimètres â celui de certains Parisiens mesurés par Broca ; il est le même que celui de deux Javanaises modernes des Crania ethnica.

La circonférence horizontale totale de 480 millimètres est supérieure â la moyenne des deux Javanaises citées plus haut et chez lesquelles de Quatrefages et Hamy ont trouvé 474 millimètres.

L’indice céphalique moyen des Javanais actuels est brachycéphale, mais les indices de 72 et 74 ne sont pas rares [Cran^i ethnica).

L’indice céphalique du crâne de Trinil 74,58 est à peu près le même que l’indice du n° 2 de Spy 74,80 dont il a l’allure générale.

M. Manouvrier a signalé, dans son premier mémoire, le caractère pithécoïde du renflement de la partie inféro-postérieure de la région pariétale, renflement qui se continue concurremment avec la crête occipitale supérieure et en avant avec la crête sus-mastoïdienne. Dans ses mémoires postérieurs à celui de M. Manouvrier, M. Dubois insiste sur cette particularité dont l’importance est tout tout à fait annihilée par l’état d’altération posthume de ces régions.

Dans le profil qu’il donne du crâne de Java, M. Manouvrier place arbitrairement et hypothétiquement le basion en continuant la courbe sous-occipitale; beaucoup de crânes présentent en cette région une série de saillies, de renflements successifs souvent très proéminents et qui viennent naturellement accroître le diamètre vertical et, partant, la capacité crânienne.

Le basion de M. Manouvrier (1®*' mémoire) est aussi fantaisiste que l’opisthion de M. Dubois ; on sait qu’il a orienté ses crânes d’après une ligne allant de la glabelle â l’opisthion !

M. Manouvrier (p. 10 du 1®'’), en parlant de l’énorme saillie susorbitaire du crâne de Java et du crâne de Neanderthal dit : “ Il n’est pas nécessaire de voir le fémur ou le tibia de l’homme de Neanderthal pour être certain que cet homme présentait une masse squelettique considérable. »

M. Manouvrier a donc perdu de vue que l’homme de Neanderthal et que l’homme de Spy étaient de petite taille? C’est cependant dans le mémoire de Rabon (Recherches sur les ossements humains anciens et préhistoriques en vue de la reconstitution de la taille. Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 2® série, t. IV, p. 415) qui s’est servi de la méthode de M. Manouvrier lui-même, que la taille de l’homme de Neanderthal est évaluée â l'",613 et celle de Spy â l'",590.

Dans toutes les recherches que j’ai faites, j’ai constaté que ce sont les petites tailles qui présentent le plus grand nombre d’individus vigoureux ; loin de présenter une masse squelettique considérable, ils ne sont que trapus, ont un périmètre thoracique relativement plus grand que les individus de haute taille ; ils ont des saillies osseuses plus accusées que les sujets de haute stature â poitrine insuffisante, à charpente grêle et â reliefs peu marqués.

Quand M. Manouvrier dit qu’une forte saillie sur-orbitaire accompagne une charpente vigoureuse, il est beaucoup trop absolu ; un de nos savants les plus distingués présente des arcades sourcilières énormes, un front plus aplati que Neandertlial ; il a les membres d’une gracilité excessive et n’atteint pas 1"',55!

M. Manouvrier dit plus loin, p. 33 ; “ Si l’on attribue le sexe féminin au crâne de Java, c’est alors la visière frontale qui, alors, deviendra étonnante. «

M. Manouvrier perd de vue que dans les races inférieures, les caractères sexuels sont souvent très peu accusés; Broca a noté cette tendance chez les préhistoriques.

Sur une série d’Australiens vivants que j’ai étudiés avec mon excellent ami le D‘" Victor Jacques [Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles, t. III, 1884-1885, p. 53), il y avait deux sujets sur six qui présentaient le type platydolichocéphale avec d’énormes arcades sourcilières; si M. Manouvrier veut revoir la phototypie de profil (pl. III de notre travail), il constatera que c’est une femme qui présente le maximum de visière frontale; la saillie surplombe le nasion enfoncé, c’est cette même femme qui a une hauteur de cuisse de 44, une charpente grêle et qui n’a qu’une taille de l‘”,54 !

En voyant le crâne et le fémur de cette femme, M. Manouvrier aurait dit creme masculin, taille élevée, masse squeleltique considérable. Dans la même série, trois hommes présentèrent des crânes féminins et une taille élevée.

Capacité crànieyine. — C’est surtout la capacité crânienne qui a fait l’objet desdi.scussions, et je dois avouer que je suis étonné que les auteurs perdent leur temps â évaluer le volume d’un corps qui n’a pas de forme géométrique et dont ils n’ont qu’un fragment incomplet.

M. Dubois lui-même, p. 18 des Internationale Monatsschrift , dit que Huxley donnait au crâne de Neanderthal une capacité probable de 1230 centimètres cubes, et que d’autres auteurs auxquels il se rallie lui accordent 300 centimètres cubes de plus.

Un écart de 300 centimètres cubes prouve que j’ai raison de repousser toute évaluation.

Dans ce même mémoire, M. Dubois dit qu’il tâchera de débar-.

LE PITHBCANTHROPUS ERECTUS.

passer l’intérieur de la calotte de Trinil de la gangue interne afin de pouvoir cuber par le procédé de M. Virchow pour les calvaria. J’estime qu’il aurait tort de s’exposer à briser cette remarquable pièce pour procéder au cubage qui ne prouverait pas plus que le calcul ; il serait toujours obligé de recourir à celui-ci pour remplacer les parties absentes.

Le cubage d’une calotte crânienne ne peut être assimilé en aucun cas au cubage d’un crâne complet; dans celui-ci, l’écoulement des grains de plomb, le tassement ainsi que le bourrage ne peuvent être comparables â l’acte de verser dans une calotte ; la capacité de cette dernière serait tout â fait au-dessous de ce qu’elle doit être dans un crâne non fragmentaire.

Quant à nous, nous nous refusons à sortir du domaine des faits et nous restons fidèle â la méthode exacte comme de Quatrefages et Hamy qui, parlant d’une calotte crânienne d’Adélaïde très platycéphale, ont préféré dire : « L’aplatissement vertical ne peut se mesurer, la base faisant complètement défaut. » [Crania ethnica, p. 41.)

On sait que M. Dubois et après lui d’autres auteurs ont admis pour le crâne de Java une capacité de 1000 centimètres cubes.

M. Manouvrier est arrivé au même résultat par la méthode de l’indice cubique modifiée, qui est excellente quand on possède les dimensions nécessaires, mais qui n’a aucune valeur pour le crâne fragmentaire de Trinil.

Admettant un cubage de 1000 centimètres cubes et reconstituant la taille d’une manière inadmissible (voir Fémur), M. Manouvrier tire des déductions physiologiques qui ne peuvent être acceptées. Il dit, page 9 de son premier mémoire, après avoir parlé de faible capacité crânienne : “ Et ces individus sont toujours, soit de très petite taille, soit des faibles d’esprit. Avec une taille moyenne et une capacité crânienne aussi minime, un homme ne pourrait être qu’un imbécile d’après tout ce que nous savons sur ce sujet. »

Je ne puis partager cette opinion : nous rencontrons chaque jour jusque dans nos sociétés savantes, à Paris aussi bien qu’â Bruxelles, des hommes distingués qui sont des exemples en opposition flagrante avec pareille allégation. L’un est submicrocéphale avec une taille de l'",85; il professe d’une manière brillante et a publié de nombreuses éludes originales qu’a lues avec intérêt M. Manouvrier. Un

autre, mort depuis quelques années, avait une tête toute petite et une taille de 1"',90, ce qui ne l’empêche pas d’avoir laissé dans une des branches de la zoologie des œuvres qui ne périront pas.

Du reste, en admettant la capacité de 1000 centimètres cubes, celle-ci est loin d’être exceptionnelle. Les recherches de W. Turner ont établi que, sur 24 hommes australiens la moyenne est de 1286 centimètres cubes, et sur 12 femmes la moyenne est de 1106 centimètres cubes. Un crâne masculin donne un minimum de 1044 centimètres cubes. Sur les 12 féminins, 5 ont une capacité inférieure à 1100 et 3 vont de 998 à 930 centimètres cubes. Parmi ces crânes de faible capacité, W. Turner en a trouvé un certain nombre très rapprochés du crâne de Java par la courbe sagittale et la faible hauteur.

Moi-même j’ai étudié cinq ciTines australiens d’Adélaïde du Musée royal d’histoire naturelle de Belgique; ils sont publiés dans le t. III du Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles^ 1884-1885, p. 311 ; deux de ces crânes présentaient la forme néandertbalienne signalée d’abord par Huxley, puis par de Quatrefages et Hamy. Ces deux crânes platydolicbocépbales avaient des bourrelets orbitaires énormes, malgré leur sexe féminin, et n’avaient qu’une capacité de 1070 et de 1145 centimètres cubes.

On voit donc que, pour les Australiens au moins, les capacités très faibles ne sont pas exceptionnelles, puisque Turner a pu trouver un crâne masculin et deux féminins inférieurs à 1000 centimètres cubes.

Sur une série de 5 crânes seulement, provenant d’Adélaïde, j’ai trouvé un crâne avec une capacité de 1070. 20 pour cent de très faibles cubages! C’est beaucoup.

Or, si dans les séries peu nombreuses de types inférieurs, nous relevons une proportion d’un cinquième de capacités très faibles, nous pouvons inférer que si les séries étaient aussi nombreuses que celles des Européens, nous aurions certainement un certain nombre de capacités de 1000 centimètres cubes. Ce cubage peut être taxé de limite inférieure humaine, mais non de caractère -limite, celui-ci signifiant une sorte de continuité avec la capacité crânienne des singes. Les plus hautes capacités individuelles simiennes sont encore séparées des plus faibles capacités humaines par 400 centi-

mètres cubes! On ne peut donc, même en présence d’un cubage de 1000 centimètres cubes, taxer cette capacité, comme le fait M. Manouvrier, de caractère-limite.

J’admets, avec la plupart des auteurs et avec M. Manouvrier, auquel nous devons des recherches remarquables sur ce sujet, j’admets, dis-je, que la capacité crânienne est une présomption de capacité intellectuelle, mais je me garderais bien de dire, à la vue d’un crâne même submicrocéphale, qu’il a abrité le cerveau d’un imbécile ou d’un crétin, si je ne possède aucun renseignement sur la vie du sujet. Ce qui m’impose cette réserve, c’est que j’ai rencontré plusieurs microcéphales qui étaient intelligents et qui avaient une taille au-dessus de la moyenne.

Du reste, les recherches histologiques qui ont été faites sur le système nerveux, depuis l’introduction de la méthode de Golgi, nous donnent une explication satisfaisante sur le rapport qui existe entre une faible capacité crânienne et une intelligence au-dessus de la moyenne. Les travaux de R.Cajal, von Lenliossek, Golgi, Kolliker, G. Retzius, Laclii, Van Gehuchten, Azoulay et d’autres encore, ont permis de dégager les considérations suivantes : dans l’évolution progressive des éléments nerveux, la cellule pyramidale ou corpuscule psychique se complique en émettant un plus grand nombre d’expansions protoplasmiques, somatiques et collatérales ; le degré d’évolution de la cellule nerveuse va quelquefois de pair avec son volume, mais souvent il en est indépendant. C’est chez l’homme que les éléments psychiques offrent le maximum d’écartement, qu’ils présentent les arborisations les plus nombreuses ; la trame névroglique est plus abondante chez les vertébrés supérieurs, permettant ainsi aux cellules nerveuses le développement d’expansions protoplasmiques et des connexions intercorticales nouvelles, plus étendues et plus intimes. “ Ces particularités histologiques «, dit R. Cajal, « expliquent la coexistence d’un talent de marque et même d’un génie avec des cerveaux de volume moyen ou même inférieurs à la dimension et au poids normaux. « (R. Cajal, Nouvelles idées sur la slructure du système nerveux chez l'homme et les vertébrés, traduction Azoulay, Paris, 1894, p. 79.)

Il est donc certain qu’on peut ne pas être imbécile avec une faible capacité crânienne.

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