D. ANT. POST. MAX
D. TRANSV. MAX.
D. AHT. POST. MAX.
2e molaire supérieure gauclie.
3<> molaire supérieure droite.
Les mesures comparées démontrent que les dimensions de la deuxième molaire de Java sont identiques à celles de la deuxième molaire du n“ 2 de Spy.
La troisième molaire de Spy a une longueur identique à celle de Trinil; la largeur de celle-ci est supérieure à celle de Spy de 3 dizièmes de millimètre! Franchement, est-il possible d’interpréter le volume dans le sens simien quand on se rappelle que plusieurs mâchoires quaternaires, Naulette, Chancelade, ont des troisièmes molaires volumineuses; nous savons de plus que de la première à la troisième molaire il y a gradation de volume à Spy, Naulette et Chancelade. Cette gradation ascendante n’est pas rare dans les races inférieures (néo-Calédoniens, Nègres, Australiens).
J’ai reçu les mesures corrigées de M. Julien Fraipont, le 23 janvier 1896; comment se fait-il que M. Dubois ait publié, dans son article paru dans Internationale Monatsschrift f. Anat. u. Phys., les mesures non corrigées qui lui permettent de dire encore que le volume est exceptionnel?
Le nombre des dents quaternaires étudiées est très restreint et si, dans ce nombre, on a pu trouver des dimensions aussi grandes, il est permis d’affirmer que si l’on se trouvait en présence d’une série nombreuse, on rencontrerait des dents aussi volumineuses et peut être plus volumineuses que celles de Trinil.
M. Dubois, mieux informé, n’est donc plus autorisé à dire qu’on n’a jamais trouvé de dents humaines aussi grandes.
Quant à l’écartement considérable des racines qui fait dire à M. Manouvrier que la troisième molaire s’éloigne trop des molaires humaines pour qu’elle puisse être attribuée à un homme, il ne doit
LE PITHECANTHROPES ERECTUS.
pas être si exceptionnel : je possède une dent arrachée récemment à un infirmier de mon service à l’hôpital Saint-Jean, dent dont la divergence des racines se traduit par un écart de 17 millimètres ; or, c’est exactement le même chiffre que je relève sur la dent de Trinil figurée en grandeur naturelle dans le premier mémoire de M. Dubois.
La divergence est bien plus remarquable sur la molaire de Bruxelles car sa couronne ne mesure que 11 millimètres dans le sens transversal et dans le sens sagittal.
J’examine la denture de tous les malades qui entrent dans mon service hospitalier et j’ai constaté depuis longtemps que les variétés sont si nombreuses que je repousse absolument le mot atypique qu’emploie M. Manouvrier à propos de la troisième molaire [Bull. SoC: Anthrop. de Paris, 1896, fasc. 5, p. 581).
Il dit “ qu’elle présente une sorte de grande cuspide circulaire à surface lisse qui occupe le pourtour de la couronne et circonscrit une dépression centrale offrant un aspect analogue à celui d’une troisième molaire imparfaitement développée ”.
Voici mon opinion ; la surface cuspidaire est circonscrite, non par une sorte de cuspide circulaire mais par la couronne qui borde la surface triturante amoindrie et atrophiée, comme cela' est souvent constaté. On distingue très nettement quatre cuspides tout à fait aplaties comme des organes qui ne servent pas. Et je répète ici ce que j’ai dit en 1893 dans la discussion qui a eu lieu à la Société d’Antb.ropologie de Bruxelles, sur les effets du régime alimentaire [Bull, de la 8oc. cV Anthrop. de B7m,xelles, t, XII, 1893-1894, séance du 31 juillet) :
« Le volume des dents varie dans les races humaines ; les recherches de Flower prouvent manifestement que les molaires sont plus grandes dans les races inférieures, où elles peuvent occuper sur l’arcade alvéolaire la même largeur que chez le Chimpanzé.
“ Ce sont les Européens modernes qui sont le plus microdontes. Dans les races inférieures, la troisième molaire est souvent aussi grosse que les autres; il y a en arrière de la dernière molaire un espace capable de loger une dent surnuméraire. «
Les observations que j’ai faites sur l’homme et sur le chien m’ont appris que les variations du régime entraînent des changements
LE PITIIECANTHROPUS ERECTUS.
considérables; la domesticité enlève aux molaires du chien le caractère carnivore, les cuspides s’effacent, le nombre des dents diminue, les maxillaires s’atrophient.
L’usure dentaire, dont parle M. Manouvrier à propos de la deuxième molaire de Trinil, est aussi fréquente et aussi accusée de nos jours qu’à l’époque néolithique ; c’est une question de régime. La classe ouvrière présente souvent une usure dentaire considérable; les cuspides des molaires non seulement ont souvent disparu, mais la couronne elle même est fort entamée. Les incisives sont quelquefois réduites à une hauteur de 2 millimètres. C’est dans l’élément rural qui fréquente les hôpitaux que j’ai trouvé le maximum d’usure ; celle-ci est due à des aliments grossiers ou mal préparés qui nécessitent des efforts de broiement et de mastication. L’habitude de croquer des fruits à coque dure et l’usage que font de leurs dents les gens du peuple comme appareil de préhension contribuent à augmenter l’usure.
Dans l’article des Internationale Monatsschrift cité plus haut, M. Duhois discute la disposition des cuspides de l’homme comparées à celles des singes; il dit que la cuspide antéro-interne fonctionne moins chez l’homme ; j’ai fréquemment constaté le contraire ; l’usure est du reste si variable, qu’il est prudent de ne pas être aussi absolu dans les caractères que l’on assigne.