CO ND
Par là, Hugo peut être dit réaliste, maïs en un tout autre sens qu’au début, réaliste par l'observation sincère de la nature, par la vérité dela peinture.
De cette alliance de réalisme et de lyrisme naît un pittoresque nouveau très savoureux. A la clarté du dessin se joint l’'emportement de l’action, la verve, Fivresse de la vie, et parfois même l’enthousiasme sacré du prophète. Le tout est d’une grande fraîcheur poétique, unique en son genre. Dans l’ensemble, c’est la tendance lyrique qui l'emporte. Il en résulte, au point de vue du fond, que l'élan inspirateur domine, que le sentiment, au lieu de disparaître sous la peinture, se donne au contraire pleine carrière, en sorte que le plus souvent il se sert de l’image comme d'un moyen, et s'exprime à travers une succession d'images dont chacune forme tableau, mais qui ne concordent pas entre elles. Ainsi, tandis que dans les Orientales, par exemple, chaque trait pittoresque est subordonné à une vision d'ensemble, dans les Chansons, il ne l’est plus qu'au sentiment inspirateur.
Phtas, la sibylle thébaine, Voyait près de Phygalé Danser des formes d'ébène Sur l'horizon étoilé.
Eschyle érrait à la brune En Sicile, et s’enivrait Des flûtes du clair de lune Qu'on entend dans la forêt.
Pline, oubliant toutes choses Pour les nymphes de Milet Epiait leurs jambes roses Quand leur robe s’envolait !….
Il n'en va pas autrement dans le poème qui ouvre le livre. La précision réaliste du détail, en somme assez rare,
apparaît, à la vérité, dès la première strophe :