‹ Le Pittoresque: Dans le Lyrisme et dans l'ÉpopéeChapitre 36 sur 138 · Ibid., V,xxv : & Rêves · texte numérisé non relu

Ibid., V,xxv : & Rêves

3. Les Orientales, V : &Navarin ». Cf. tbid., xxvn : € Nourmabhal la rousse ».

4. Comme peintre animalier, Hugo égale Leconte de Lisle, dont il a été d'ailleurs le précurseur, son talent en ce genre étant arrivé très vite à la perfection. Il diffère de celui-ci, en ce qu'il nous restitue l'animal dans ses attitudes et dans ses poses les plus naturelles, tandis que Leconte de Lisle cherche de préférence en lui l'attitude violente, la volonté toujours tendue, et pour parler le langage de Schopenhauer qu'il rappelle par plus d’un point « le vouloir-vivre affamé ». D'autre part, Hugo, exception faite pour la Méridienne du Lion des Chansons des rues et des bois, ne s’adonne pas aussi volontiers que son émule à la poésie zoologique. S'il parle de l'animal avec quelque détail, c'est pour lui prêter des sentiments humains,

Deux chevaux près de lui du pied battaient la terre, Et vides, sur leurs flancs, sonnaient les étriers !.

Avec les Voix intérieures au contraire l'animal est pris sur le vif, copié avec exactitude, exprimé dans ses attitudes les plus naturelles et ses traits les plus caractéristiques. Le beau poème de la Vache nous offre un premier exemple de ce que donne la faculté d'observation du poète lorsqu'elle s'applique au monde animal :

Devant la blanche ferme où parfois, vers midi,

Le vieillard vient s'asseoir sur le seuil attiédi,

Où cent poules, gaiement, mêlent leurs crêtes rouges, Où gardiens du sommeil, les dogues, dans leurs bouges, Ecoutent les chansons du gardien du réveil,

Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,

Une vache était là tout à l'heure arrêtée, Superbe, énorme, rousse, et de blanc tachetée 2...

Il nous montre un peu plus loin la vache faisant frémir à peine son beau flanc plus ombre qu’un flanc de léopard. Dans un autre poème, il fait serpenter «la vipère au front plat, au regard éclatant », sculpte la lionne abritant « le groupe monstrueux des lionceaux sans yeux qui fouillent sous son ventre fauve ? ». Il s'écrie dans un style digne de Virgile :

Que le chevreau gourmand, lascif et plein de grâces,

De quelque arbre incliné mordant les feuilles basses, Fasse accourir le chevrier ‘ !

comme dans les Lions ou encore dans le Crapaud (La Légende des siècles, 11 et Li.) Autrement, il est d’une extrême concision : La vipère au front plat, au regard éclatant.

(Les Voix int., iv : A l’arc de triomphe », 6.) L’aspic à l'œil de braise agitant ses paupières, Passe sa tête plate aux crevasses des pierres. (Les Rayons et les Ombres, x.)

La chèvre aux fauves yeux qui rôde aux flancs des monts. (La Lég des siècles, Lvn : « Petit Paul ».

1. Les Orientales, xvi : « la bataille perdue ». 2. Les Voix intérieures, xv : « la Vache ».

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