Les Rayons et les Ombres, 1v
Ce sentiment poétique, d’une magnifique sérénité ou d’une gravité émue, donne au pittoresque des Rayons et des Ombres une mesure et un équilibre tout classiques, en même temps qu'on y trouve une probité et une impartialité d'observation qui avec l’atténuation de couleur précédemment signalée font penser aux Velasquez du musée de Madrid. Il semble qu'ici Victor Hugo, contrairement à la tendance prédominante de son génie, s'attache à rechercher le beau plutôt que le sublime, ou, comme dans le passage suivant, s'élève au sublime par le développement progressif et continu du beau :
Le soir, tout rayonnait de lumière et de fête. Regorgeant de soldats, de princes, de valets, Saint-Cloud joyeux et vert, autour du fier palais, Dont la Seine en fuyant reflète les beaux marbres, Semblait avec amour presser sa touffe d'arbres. L’arc de triomphe orné de victoires d’airain,
Le Louvre étincelant, fleurdelysé, serein
Lui répondaient de loin du milieu de la ville; Tout ce royal ensemble avait un air tranquille, Et dans Le calme aspect d’un repos solennel,
Je ne sais quoi de grand qui semblait éternel !.
Nous retrouverons cette ascension calme et sûre du beau vers le sublime dans Stella des Chätiments.
Ce que nous devons noter avant tout, c'est le caractère classique de la peinture : le pittoresque est poétique, il n'est pas encore lyrique ; l’art du poète s'élève au sublime, mais par l'effet d'un développement progressif. En outre poétique et sublime se dégagent ici du pittoresque : ils s'y surajoutent, mais ne le produisent pas Le pittoresque est encore dominé par la vision objective des choses. Plus tard ce sera l'inverse. Au lieu d'aller de l'élément sensible à l'élément spirituel de l’art, le poète ira de l'élément spirituel à l'élément sensible. Un léger progrès dans ce sens est marqué par les Châtiments.
Mais avant d'étudier les ouvrages qui forment comme une