xL : « Cæruleum mare
3. Voyez, par exemple, le mouvement communiqué aux arbres dépouillés dans le dessin qu'il intitule le Soir (Musée Victor Hugo) reproduit dans le livre d’Arsène Alexandre, la Maison de Victor Hugo, p. 41.
INFLUENCE DE L'HYLOZOISME 131
Le paysage obscur prend les veines des marbres ; Ces hydres que le jour on appelle des arbres Se tordent dans la nuit !.
Par ses oppositions de blanc et de noir, par la déformation qu'elle fait subir aux objets, par la vie étrange qu'elle met dans les choses, cette brève esquisse rappelle plus fortement encore que les vers précédents les dessins à la plume de Victor Hugo. Un art analogue se révèle dans le poème des Quatre Vents de l'Esprit intitulé En marchant la nuit dans un bois. C’est un dessin blanc et noir, où la tendance à déformer la réalité par la vie même que le poète met en elle est particulièrement visible :
Un fagot sur une vieille Passe en agitant les bras.
Passants hideux, clartés blanches.
Il semble en ces noirs chemins Que les hommes ont des branches, Que les arbres ont des mains.
L'étang, miroir, rit aux femmes Qui sortent des nénuphars…
.… L'arbre en frissonnant s'incline ; L'eau sent les joncs se dresser ;
Le buisson sur la colline
Grimpe pour le voir passer ?.
La vie que le poète met dans les choses lui fournit ainsi des effets pittoresques originaux. Mais déjà, dans la citation précédente, le poète tend à assimiler des formes différentes en attribuant des branches aux hommes et des mains aux arbres. Cette assimilation est dans la logique même de son hylozoïsme.
Pour lui, en effet, la vie est partout. Comparaisons, métaphores, sont dès lors autre chose qu’un ornement poétique. Elles expriment à leur manière une réalité profonde. Lorsque Sirius « comme un sinistre émir — donne un
1. Les Contemplations, VI, vi : « Pleurs dans la nuit ». 2. Livre lyrique, xxi : « En marchant la nuit dans un bois ».
signal de marche aux étoiles sans nombre » ?, quand les flots « glissent, vertes couleuvres »?, quand la clairière aride boit avidement le sang des combattants, et « consent joyeusement à l’horrible rosée » ?, la vie intime de la matière transparaît réellement dans l’image, la métaphore ou la comparaison poétique. Non sans doute que Victor Hugo en arrive à croire littéralement au miracle dont il parle, mais parce que sa représentation poétique de la vie des choses est un équivalent de leur vie réelle qui nous demeure cachée, une manière de nous la rendre sensible. Aussi le rôle de l’image, de la métaphore et de la comparaison devient-il prépondérant dans l’œuvre de Hugo à mesure que le sentiment des forces cosmiques et de la vie universelle devient plus profond, à mesure que l'intuition l'emporte davantage chez lui sur l’intelligence. Le sentiment de la vie universelle et de la réalité des forces cosmiques partout agissantes, implique en effet l'analogie universelle des êtres, la force étant toujours semblable à elle-même dans tous les êtres, d’abord en tant que force, et ensuite parce que nécessairement conçue sur le modèle de la volonté humaine. Or, de l’analogie universelle, de la réalité d'une vie commune à tous les êtres, résulte que l'emploi de la métaphore est légitime non seulement dans l'intérêt de la poésie, mais encore dans celui de la vérité. Aussi le poète met-il à vérifier l'exactitude de la ressemblance qu'il percoit une persévérance singulière : il poursuit souvent dans le détail ses comparaisons et ses métaphores, avec une logique qui lui est propre. | Le vieux burg est resté triomphal et superbe ; Il est comme un pontife au cœur du bois profond ;
Sa tour lui met trois rangs de créneaux sur le front; Il a pour trône un roc.
. La Légende des siècles, v : «la Ville disparue ». . Ibid., zu : « les Pauvres gens », 2.
. Jbid., xv : (le Petit roi de Galice », 9.
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Quatre monts.
Soutiennent au-dessus de sa tiare énorme, Les nuages, ce dais livide de la nuit !.
Mais, par là même, il est souvent entrainé à déformer 4% + + . . .
l'apparence visible pour rendre sensible la vie qui est en elle.
Là, tout tremble; au-dessus de la ronce hagarde, Le mont, ce grand témoin se soulève et regarde ;
La nuit, les hauts sommets, moyés dans la vapeur, Les antres froids, ouvrant la bouche avec stupeur, Les blocs, ces durs profils, les rochers, ces visages, Avec qui l'ombre voit dialoguer les sages,
Guettent le grand secret, muets, le cou tendu;
L'œil des montagnes s'ouvre et contemple, éperdu ?...
En oùtre, en.raison de l’analogie universelle, toute forme a le droit d’être rapprochée d’une forme semblable, et partiellement identifiée à elle, animée d’une même vie. « Pour les esprits pensifs, écrivait déjà Victor Hugo en 1843, toutes les parties de la nature, même les plus disparates au premier coup d'œil, se rattachent entre elles par une foule d’harmonies secrètes. qui font du grand tout un inextricable réseau, vivant d'une seule vie, nourri d’une seule sève, un dans la variété ?. »
La pensée qu'il exprime ainsi sous une forme abstraite, sa poésie devait se charger de la traduire sous une forme concrète et vivante :
Ce qu’on prend pour un mont est une hydre ; ces arbres
Sont des bêtes ; ces rocs hurlent avec fureur ; Le feu chante ; le sang coule aux veines des marbres {...
Le sentiment panthéistique de la nature, l’idée confuse que tout est dans tout, aboutità la pénétration des éléments,