‹ Le placenta des rongeursChapitre 22 sur 88 · Notre zone résiduelle · texte numérisé non relu

Notre zone résiduelle

à la nutrition du fœtus. » (Nuove Ricerche sulla Placenta nei pesci cartilaginosi e nei mammiferi, p. 173.) De même Tafani (Condizioni Uteroplacentari, 1886), qui se sert cependant de l'expression de faux chorion; mais, tout en distinguant bien ce que nous appelons la zone inter-ombilico-placentaire, quant à l’origine de sa vascularisation, il la considère comme de même nature que tout le reste dit faux chorion (p. 71) : « Chez les rongeurs l’allantoïde ne porte pas en général le sang ailleurs que dans le placenta, le faux chorion élant vascularisé par les vaisseaux omphaloïdes qui le pénètrent, le sac vitellin disparaissant comme organe distinct. Cependant chez le lapin, une zone étroite périplacentaire est vas-

Fig. XXXI. — (Slavjansky, 1873, PI. I, fig. 3.) Etat réticulé des cellules de l'enveloppe séreuse; il n'y a plus de ligne de séparation entre chaque territoire cel!ulaire.

cularisée encore par les vaisseaux allantoïdiens. » Quant à la nature de ce faux chorion (p. 85), « il est produit par la membrane subzonale de l’œuf confondue avec le sac vitellin qui s'applique à elle étroitement et se confond avec elle environ sur les deux tiers de sa face interne. Ce chorion est donc riche en vaisseaux, mais qui proviennent des omphalo-mésentériques. » Et plus loin (p. 89) : « Le lapin montre cette particularité que quelques ramuscules des vaisseaux allantoïdiens se distribuent sur leur faux chorion. » Or précisément cette zone inter-ombilico-placentaire, qui recoit ses ramuscules allantoïdiens, ne mérite pas le nom de faux chorion. Et cependant, revenant plus loin (p. 92 et 93) sur ces dispositions chez le lapin, Tafani montre qu'il a constaté les différences entre lépithélium du faux chorion proprement dit (entoderme de la vésicule ombilicale) et l’épithélium de la zone inter-ombilico-placentaire (vrai chorion, cellules ectodermiques) : « Au contact de la surface 13°

utérine arrive le faux chorion, qui ne se comporte pas chez le lapin d’une manière bien différente que chez les autres rongeurs... Quelques fins vaisseaux allantoïdiens, arrivés jusqu’au bord du placenta, se jettent sur la partie correspondante du chorion, et s'y terminent en un réseau qui ne s’anastomose pas avec le réseau limitrophe des vaisseaux omphalo-mésentériques.… A cette particularité il faut ajouter que là le chorion est revêtu d’un épithélium à cellules cubiques, landis qu'ailleurs ses cellules sont cylindriques. »

De même Minot observe des villosités à épithélium cylindrique

Fig. XXXII. — (Ed. van Beneden et Ch. Julin, 1884, PI. XXIV, fig. 7.) Stade du développement où le proamnios est considérablement réduit : — CB, cavité blastodermique considérablement réduite, présentant à la coupe la forme d'un croissant; — S7, sinus terminal; — EEP, épaississements épiblastiques de la zone placentaire de la séreuse de von Baër, limite virtuelle entre le placenta maternel et le placenta fœtal; — CAZ, cavité de l'allantoïde ; — CC, portion extra-embryonnäire du cœlome; — BE, bourgeons épiblastiques de l'hémisphère inférieur du blastocyste.

dans la région de la vésicule ombilicale, mais il les considère comme de nature ectodermique (p. 37) : « Sur le sac vitellin, l’ectoderme s'est transformé en épithélium cylindrique, dont la surface est irrégulière, une cellule dépassant plus ou moins le niveau de sa voisine... »

Nous terminerons cette revue critique par l'indication de la manière de voir de van Beneden et Julin; comme celle de Slavjansky, elle est à moitié chemin de la vérité, car si Slavjansky montre la disparition de la couche ectodermique, van Beneden et Julin insistent sur la non-existence de la couche entodermique correspondante; sur la non-existence, et non pas sur l’atrophie et la résorption de celle couche, qui, d’après eux, ne se serait jamais développée jusque sur l'hémisphère inférieur de l'œuf. Nous savons, et nous avons

figuré (fig. XVI et XVII) que l’entoderme, au début, ne double pas toute la sphère blastodermique, dont l'hémisphère inférieur est, pendant un certain temps, monodermique, c'est-à-dire formé par le seul ectoderme; mais bientôt l’entoderme double tout l’ectoderme (schéma de la fig. XVIIT). Van Beneden et Julin, se trouvant à un stade avancé, en présence d’un hémisphère inférieur dont les éléments cellulaires sont méconnaissables, ont pensé que cet hémisphère était formé par le seul ectoderme que l’entoderme ne serait pas venu doubler. C’est ce qui est exprimé par les deux schémas

Fig. XXXILI. — (Ed. V. Beneden et Julin, &bid., fig. 8.) Embryon plus avancé dans son développement, représenté en place avec ses annexes, dans l'utérus : — CA, cavité de l’amnios; — CB, cavité blestodermique; — 2%, bourgeons épiblastiques de l'hémisphère nférieur du blastocyste; — ZEP, épaississements épiblastiques de la zone placentaire de a séreuse de von Baër, limite virtuelle entre le placenta maternel (PM) et le placenta œlal (PF). — Les autres lettres comme pour la figure précédente.

ci-joints (fig. XXXII et XXXIIT), reproduits d'après ces auteurs (ces figures résumeront de plus leurs opinions précédemment discutées sur la nature du placenta), et par les passages suivants de leur mémoire : « Au quatorzième jour,... toute la portion médiane du plancher de la vésicule vitelline est formée par l’épiblaste seul » (p. 387) ‘.…. « L'union entre la paroi de la vésicule ombilicale et la muqueuse de l'utérus se fait au moyen de bourgeons épiblastiques, qui naissent sur tout l'hémisphère inférieur de la vésicule blastodermique, à partir du huitième jour du développement... L'union avec la muqueuse de l'utérus est très lâche et la membrane épiblastique qui intervient dans la constitution de la vésicule vitelline dégénère rapidement-chez des embryons de quatorze à quinze

4. V. Beneden et Ch. Julin, Annexes fœtales (Archives de Biologie, 1884, t. V, p. 369).

Jours: elle se détache de la muqueuse, quand on ouvre la vésicule pour isoler l'embryon. Elle ne présente plus aucune résistance et se sépare par lambeaux. La dégénérescence des cellules qui, par prolifération, engendrent les bourgeons épiblastiques commence au neuvième jour. » On voit que, en fin de compte, van Beneden arrive aux mêmes résultats que nous, quoique par des conceptions différentes, car il est bien facile de comprendre qu'au delà du quinzième jour il n'aurait bientôt plus trouvé aucune trace de l'hémisphère inférieur de la vésicule vitelline, hémisphère qui, n’ayant, d’après lui, jamais possédé d’hypoblaste, aurait vu son ectoblaste s’atrophier et disparaître.

En terminant cette longue revue critique, où nous avons tenu à mettre sous les yeux du lecteur toutes les figures schématiques par lesquelles les divers auteurs ont représenté les disposilions des annexes de l’œuf, nous ferons remarquer que ces figures des divers auteurs sont de pures coupes schématiques, concues et composées d’après le résultat de dissections toujours délicates, souvent trompeuses; tandis que nos schémas sont la reproduction de coupes réelles (voir nos planches); ils ne sont pas concus et arrangés, mais reproduisent en les simplifiant les dispositions vraies, telles que les donnent les coupes d'ensemble. Pour ces questions délicates et si longtemps controversées d'embryologie, il n'y a que la méthode des coupes, et des coupes en séries, qui puisse donner des résultats positifs et incontestables.

Pour compléter entièrement cette revue critique, il nous resterait à voir ce qui a été dit relativement aux formations que nous avons décrites sous les noms d'espace inter-cotylédonaire et d'espace inter-ectoplacentaire et relativement aux éléments dits cellules géantes. Mais l'hisloire de ces parties gagnera à n'être faite qu'ultérieurement, après que nous aurons étudié les formations analogues chez les rongeurs autres que le lapin.

Explication des Planches (Placenta du lapin.)

Page 1