‹ Le placenta des rongeursChapitre 55 sur 88 · AN OT EE · texte numérisé non relu

AN OT EE

vraie (decidua vera) ‘ dérive de ce tissu qui primitivement forme l'intumescence destinée à recueillir l'œuf et à l’encapsuler. Après la première moitié de la gestation, elle paraît constituée en grande partie comme la sérotine, mais elle a dès lors l’aspect d’une membrane propre, indépendante, isolable de l'utérus et de la surface de l'œuf. Elle a acquis cette disposition par suite de l'accroissement de l'œuf, et ses éléments cellulaires se présentent écartés les uns des autres, car, s'ils ont augmenté de volume, ils ont diminué en nombre, la plupart d’entre eux s'étant peu à peu détruits pour former le lait utérin. Dans cette caduque vraie nous devons recon-

Fig. LXXVII. — (Tafani, pl. V, fig. 2.) Légende de Tafani : Placenta du Mus decumanus. Coupe médiane comprenant tout le placenta, la sérotine et la partie correspondante de l'utérus. (Les vaisseaux dessinés en noir sont les vaisseaux allantoïdiens; ceux figurés

par des hachures sont les vaisseaux maternels.) — A, chorion ; — B, ses villosilés dans lesquelles arrivent les vaisseaux omphalo-mésentériques; — C, restes de la caduque vraie; — D, portion vasculaire (spongieuse) du placenta ; —E, sérotine; — F, parois de l'utérus.

naître les restes de cette tuméfaction qui, au début, a formé une loge à l’ovule fécondé. Ses éléments constituants sont des cellules volumineuses allongées dans le sens de la surface, munies de noyaux très gros, el disposées de manière à former une sorte de reticulum dans les mailles duquel sont primitivement des vaisseaux, puis des globules rouges contenus dans les espaces intercellulaires et en voie de destruction. Dans cette membrane, enveloppant tout l'œuf, d'autant plus mince qu'on l’examine à une époque plus avancée de

1. Encore une fois il s’agit ici de la caduque réfléchie formant à l'œuf une capsule complète, doublée en dedans par l’ectoderme distal; on verra que Tafani confond, comme toujours, les éléments de cet ectoderme distal avec ceux de la caduque, et qu'il n’a pas saisi la véritable origine de la cuticule ectodermique.

la gestation, nous trouvons un tel complexus de formes histologiques que nous devons penser que pendant une longue durée elle donne, par sa fonte et sa destruction, naissance au lait utérin. En un mot on voit en elle tous les caractères qui accompagnent une fonte cellulaire destinée à produire un liquide nutritif. Dans chaque compartiment utérin on ne trouve pas trace de glandes, et le faux chorion n’est pas en contact avec la muqueuse utérine. Il se produit donc ici une simple modification topographique dans le mode de production du lait ou liquide nutritif du fœtus. Ce liquide, ne pouvant être sécrété par des glandes, se produit par la fonte des éléments de la caduque.. Cette fonte a lieu plus activement dans la récion opposée au bord mésométrique, c'est-à-dire du côté non placentaire. Déjà après le premier tiers de la gestation on voit que la caduque est devenue plus mince en cette région. Le produit de la fonte cellulaire ne se trouve plus en contact immédiat avec le faux chorion, car il en est séparé par une mince membrane anhiste, dont on distingue bien le double contour.

«Il est vraiment singulier et remarquable de trouver ainsi, entre le faux chorion qui fonctionne comme surface absorbante, et la caduque vraie qui en se détruisant joue le rôle d’organe glandulaire, de trouver une cloison complète, quoique mince et anhiste. Gette fine membrane, qui, sur les préparations faites avant les derniers stades de la gestation, se montre nettement étendue sur toute la surface interne de la caduque vraie, se forme dès le début aux dépens de cette caduque, et est destinée à se rompre et à se rétracter vers les bords du placenta, où, vers la fin de la gestation, on en retrouve les derniers restes dans ce filament replié que nous avons précédemment décrit... Sa formation a lieu aux dépens des couches les plus internes de la caduque vraie, couches dans lesquelles, peut-être par suite de la compression produite par l’augmentation du volume de l'œuf, les cellules s’aplatissent, s’amincissent et finalement se soudent entre elles. Peut-être cette cloison, ainsi formée, a-t-elle pour usage de régler les échanges osmotiques qui se font à ce niveau, de la mère au fœtus. Elle persiste tant que la caduque vraie n’est pas complètement détruite dans la région du pôle opposé au placenta. Je n'ai pu reconnaître exactement dans quel point se fait sa rupture; mais, à en juger d’après ses débris rétractés sur les bords du placenta, elle doit se rompre dans sa région moyenne. »

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