AVANT:PROPOS
Les loisirs que le traité de Versailles procure au corps d'officiers allemand ont favorisé l'éclosion d'une abondante littérature relative à la dernière querre. Des quatre hommes qui ont présidé à la direction d'ensemble des armées, les trois surnivants, Falkenhayn, Hindenburg et Ludendorff ont écrit leurs mémoires. Plusieurs anciens commandants et chefs d'état-major d’armée ont suivi leur exemple. Enfin, de nombreuses études critiques, dues à des - officiers de grade moins élevé, mais bien placés pour connaître et apprécier les événements, ont vu le jour depuis l’armistice.
La controverse est rarement absente de ces ouvrages. La publication de presque chaque volume a suscité celle d’un ou deux autres en réponse aux conclusions qu'il contient. Si, comme le veut le proverbe, la lumière naît de la discussion, les lecteurs disposent aujourd'hui de tout ce qu'il leur faut pour être éclairés.
- Des diverses périodes de la querre aucune n’a fourni le thème de polémiques plus acharnées que celle du début. Cela s'explique aisément. En 1914, dans l'armée allemande, on se croyait sûr de remporter une victoire foudroyante sur la France en attaquant à revers, par la Belgique, nos forces rassemblées en Lorraine. La conception de cette manœuvre remontail à une quinzaine d'années et était due au comte Schlieffen, alors chef du grand état-major. On la jugeait infaillible. Préparée minutieusement, exécutée avec vigueur, elle parut d'abord devoir justifier cette confiance. Le
VIT: ÿ AVANT-PROPOS
premer choc donna l'avantage aux armées germaniques d’un bout à l'autre de la ligne de bataille. La déconvenue n'en fut que plus crueile lorsque, quelques jours plus tard, elles durent partout recuier au moment où on était persuadé qu’elles touchaient au but. Qu'on n'oublie pas qu’elles élaient parvenues à quelques kulométres de Paris, et que, des plateaux de l'Ourcgq, les soldats Prussiens avaient vu la tour Eiffel!
Longtemps on essaya de cacher l'importance du revers, qui équvalait à la ruine du plan de campagne, de tout le travail du temps de paix, de l'espoir de terminer rapidement la guerre. On s’abstint d’en parler, encore plus d'en écrire. Le renversement du réqune impérial et le bouleversement que subit l’organisation de l’armee après l'armistice délièrent les langues quatre ans plus tard. |
Nous possédons maintenant des documents de première valeur sur celle phase des hostilités, car on y trouve in extenso (les instructions et ordres donnés par le commandement suprême ainsi que par les commandants des armées de l'aile droite, qui constituatent l'élément de manœuvre de la masse allemande. Ces sources nous renseignent avec exactitude sur l’activité du commandement ennemi; grâce à elles nous pouvons revivre dans une certaine mesure son existence au cours de la préparation et de la conduite des opérations qui aboutirent à la bataille de la Marne.
Le but du présent ouvrage est d'exposer la genèse du plan de campagne allemand, les modifications dont il a été l'objet, enfin l'application qu'on en a fait jusqu'à la retraite de l'aile marchante de nos adversaires, le 9 septembre. Il ne saurait s'agir, bien entendu, d'un historique complet englobant le détail des opérations tactiques. On ne trouvera ici que le compte rendu des situations stratégiques successives et l'examen des solutions choisies par le commandement allemand pour y faire face.
RÉGINALD KANN
Mai 1993.