‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 2 sur 107 · MOLTKE L'ANCIEN · texte numérisé non relu

MOLTKE L'ANCIEN

Aux termes de la Constitution de l'Empire allemand, les forces militaires du pays étaient placées sous les ordres du souverain. Dans la pratique, celui-ci déléguait son autorité au chef du grand état-major. Les autres organes du commandement n'avaient qu'un rôle secondaire et limité; ainsi le cabinet militaire de l’empereur n'exerçait quelque influence que dans les questions relatives au personnel et le ministère de la Guerre n’était guère qu’un rouage administratif. En fait, le chef d'état-major avait la direction absolue de l’armée en temps de paix et devait la conserver à la guerre.

De 1871 à 1914, quatre généraux seulement ont rempli ces fonctions : Molike l’ancien {1871-1888), Waldersee (1888-1891), Schlietfen (1891-1906), Moltke le jeune (1906-

4914). Leur action fut très dissemblable. Tandis que

Moltke l’ancien et Schlieffen, véritables chefs d'école, M

imprimérent à l’armée la marque profonde de leur per-

sonnalité, Waldersee et le second Moltke n’ont fait que se :

conformer chacun à l'impulsion donnée par son prédécesseur immédiat.

La doctrine de Moltke l’ancien est bien connue; il est

inutile d'en parler longuement. Contentons-nous d’en

rappeler les caractères principaux. Seul de ses contemporains, Moltke a reconnu que les changements survenus

dan$ les conditions de la guerre imposaïent au commande-

ment des obligations nouvelles. Il comprit qu'avec les

armées considérables qu'il allait avoir à manier, avec la profondeur que prendrait le combat en raison des progrès de l’armement, le chef ne pourrait plus, comme auparavant, régler personnellement la marche de chaque corps

d'armée, ni conduire seul les mouvements stratégiques et. le développement de la bataille. Au lieu d'ordres strictement exécutoires, il fut amené à donner à ses lieutenants

des instructions d’un caractère plus général, des directives, comme il les appela; il leur laissait, dans ce cadre

élargi, une grande initiative. De même que Napoléon a

créé les corps d'armée, de même Moltke est le véritable initiateur de la guerre d’armées.

Ne dirigeant pas la bataille aussi étroitement que par le passé, le chef était moins capable qu’autrefois d'y intervenir constamment après qu'elle avait été engagée. Il devait prévoir à l'avance la manœuvre décisive, qui ne pouvait être par conséquent qu'un mouvement enveloppant visant l’un ou les deux flancs de l'adversaire. On marchait à l'ennemi largement déployé, les réserves dis-

ponibles suivant derrière une des ailes ou derrière les :

deux, jamais derrière le centre.

Moltke appliqua ces principes en 1866 et en 1870, avec

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d'autant plus de succès qu’il eut toujours affaire à des adversaires moins nombreux, moins bien armés et fort mal commandés. La valeur de ces théories fut consacrée par les retentissantes victoires qu'il remporta. Personne ne songea plus à les discuter.

Trois ans après la retraite du triomphateur de Sedan, les fonctions de chef d'état-major furent attribuées au comte Schlieffen, qui devait renchérir sur la doctrine de son illustre devancier et acquérir dans l’armée allemande un renom presqu égal au sien.

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