LE PREMIER PLAN DE CAMPAGNE DE SCHLIEFFEN
Le plan de campagne de 1879 ne subit aucun changement jusqu'à la retraite de Moltke. Son successeur, le comte Waldersee n’y apporta, pendant les trois années qu'il resta en fonctions, que des modifications d'ordre secondaire. La principale consistait à reporter plus à l'est la zone de concentration du groupe d’armées allemand chargé d’envahir la Pologne russe. On la fit glisser de la ligne Hohensalza-Ortelsburg à la ligne Ortelsburg-Lyck. L'objectif de l'offensive initiale se déplaçait parallèlement à la base de départ et visait désormais le cours supérieur de la Narew au lieu de son coursinférieur. Ce remaniement avait pour but de pousser l'aile gauche de la masse d’attaque jusqu'à lui faire toucher l'aile droite du groupe de défense de la Prusse Orientale, grâce à quoi celui-ei pourraii exécuter, lui aussi, une mission offensive. Waldersee le lançait vers le Niémen en même temps que le groupe principal marchaït sur la Narew. Il faisait donc attaquer à la fois toutes les forces allemandes du front oriental, qui comprenaient 7 corps d'armée actifs avec les unités de réserve et de landwehr correspondantes. Le reste des. troupes mobilisées, soit 13 corps d'armée actifs et les :
éléments de seconde ligne des mêmes circonscriptions de recrutement, devait tenir en respect les Français jusqu'au moment où on transporterait d'est en ouest les armées rendues libres par les défaites infligées aux Russes.
Tel était le plan que le comte Schieffen trouva en vigueur quand il assuma les fonctions de chef d’étaimajor en 1891. La formule de la manœuvre de Varsovie était bien faite pour lui plaire, puisqu'elle tendait à l’encerclement d’une armée russe, à une bataille d’anéantissement rappelant celle de Cannes. Mais c'était un diminutif bien réduit de la victoire d’Annibal, aboutissant à la destruction d’une partie seulement des forces militaires de la Russie, une partie minime, à peine plus qu'un gros détachement. Il n’y avait là guère’ de quoi satisfaire le goût de Schlieffen pour les solutions rapides et cependant aucun moyen ne s’offrait de faire mieux et plus vite sur le théâtre d'opérations oriental.
Pour qu’on püût obtenir à la première bataille un résultat décisif sur un des deux adversaires, il fallait que celui-ci s y présentàt toutes forces réunies et les Russes en étaient incapables avant une assez longue période de temps. Au contraire les Français rassembleraient certainement en moins de quinze jours l’ensemble de leurs troupes de choc sur la frontière: il était donc possible d'engager avec eux une action générale et, si on savait s’y prendre, de leur porter le coup fatal. |
D’autres raisons militaient alors en faveur de ce renversement du plan de campagne. La marche ascendante de la réorganisation de notre armée avait continué sans interruption. La loi militaire de 1889, en supprimant la deuxième portion du contingent, qui ne recevait pas d’instruction militaire, faisait passer tous les hommes valides sous les drapeaux. L’infanterie française était dotée, la première de toutes, d’un fusil à répétition de petit calibre,
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On améliorait le réseau des voies ferrées conduisant à la frontière de l'est; on cuirassait et on bétonnait les œuvres vives des forts pour leur donner la résistance qu'exigeait l'emploi des nouveaux obus brisants. Enfin le commandement, sentant que l’ère des tâtonnements était passée, que l’armée était devenue un instrument homogène et fort, avait repris de l’assurance et s’orientait de plus èn plus vers une stratégie et une tactique offensives. | Dans ces conditions, la défensive pied à pied imaginée par Moltke sur le front occidental présentait bien des périls. La première position, où il comptait attendre l’ennemi, entre Forbach et Sarre-Union, devenait manifestement trop peu étendue pour jouer le rôle qui lui était dévolu. L'armée française plus nombreuse, mieux armée, plus manœuvrière n'aurait aucune peine à la faire tomber : et à précipiter la retraite des unités qui l’oceuperaient. Sur l'autre front, la manœuvre de Varsovie, de la réussite de laquelle dépendait le succès du plan de campagne, se heurtait à des difficultés imprévues. Les Russes construisaient toute une série de forteresses le long de la Narew et de son affluent le Bobr. Ces cours d’eau aux bords marécageux forment déjà par eux-mêmes un obstacle presque linfranchissable après la fonte des neiges el pendant les pluies d'automne. Waldersee les considérait comme inabordables en avril, mai et novembre, se réservani d'apporter une variante à son plan de campagne au cas où la guerre éclaterait pendant un de ces mois. Après l'achèvement des défenses d'Ossowietz, Lomza, Ostrolenka, Rozan, Pultusk et Nowo-Giorgiewsk, le passage rapide de la ligne de la Narew apparaissait comme une impossibilité. Ainsi les données du problème avaient complètement changé et cela au moment où l'alliance franco-russe devenait une réalité. C’est pourquoi, après avoir conservé quelque temps le plan qu’il tenait de ses devanciers, le
nouveau Chef d'état-major résolut en 1894 de l'abandonner ét d'en élaborér un autre qui mettait d’abord tous les moyens en œuvre contre les Français, en n’opposant aux Russes que de très faibles effectifs.
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