‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 12 sur 107 · LA VIOLATION DU TERRITOIRE BELGE · texte numérisé non relu

LA VIOLATION DU TERRITOIRE BELGE

Sans aucun doute, Schliefflen n'a adopté son premier

plan de campagne que de mauvaise grâce et parce qu’il ne réussit pas à en imposer un meilleur au gouvernement impérial. Comment expliquer autrement une pareille déro- . gation à sa doctrine? La manœuvre d’encerclement, dont il était si féru, ne pouvait se développer à l’aise qu’en terrain libre, en évitant la zone fortifiée qui défendait, de notre côté, la frontière franco-allemande.

Schlieffen a donc certainement songé, du jour où il a résolu de chercher une rapide décision sur le front occidental, à faire passer la plus grande partie de ses armées en dehors de la frontière commune, par un territoire neutre. Il n'a pas apparemment obtenu gain de cause auprès du chancelier alors en fonctions, le prince von Hohenlohe, et c’est ce qui l’a obligé à se rabattre sur un projet si défectueux, si contraire à ses idées.

En 1900, le comte Bülow prit le pouvoir; c'était un ‘homme d'État moins timoré ou moins serupuleux que son prédécesseur; il se laissa convaincre par le chef d’étatmajor et se rallia d'autant plus facilement à ses vues que la situation générale de l’Europe semblait alors fort avantageuse pour l’Allemagne. La Russie s’engageait à corps perdu dans son aventure d’Extrême-Orient et l'Angleterre voyait toutes ses ressources absorbées par la guerre sudafricaine. On ne courait par conséquent pas grand risque

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à violer, lé cas échéant, les accords internationaux. Deux solutions se présentaient : entrer en France par la 5 Suisse, au sud, ou par la Belgique, au nord. La première semblait moins profitable. Les milices suisses jouissaient : d’une excellente réputation; animées au plus haut degré : de l'esprit de discipline et de dévouement, aussi bien armées et outillées que les meilleures armées, on s'accordait à juger leur entraînement remarquable, malgré la brièveté de l'instruction, et leurs fantassins passaient pour les plus adroits tireurs de l'Europe. En cas d'invasion, l’armée suisse se serait concentrée dans sa citadelle inexpugnable des Alpes, où elle se serait trouvée admirablement placée pour agir contre l’aile marchante de la ligne allemande, puis contre ses communications. Le mouvement de conversion à travers le territoire helvétique aurait pris beaucoup plus de temps à cause de la longueur du trajet ainsi que de la pénurie de voies ferrées et laissé aux armées françaises le loisir de regrouper leurs forces pour faire front, soit sur le Jura, soit sur le plateau de Langres, : contre l’agresseur exténué par un détour démesuré. ie La plupart de ces inconvénients n’existaient pas ou se ni. trouvaient sensiblement réduits, si on passait par le Luxembourg et la Belgique. Un coup d'œil sur le croquis ci-contre montre qu’à travers ces pays s'ouvre la voie d'accès la plus courte vers Paris pour la majorité des corps d'armée allemands. Aucun obstacle naturel dans les vallées commodes de la Meuse, de la Sambre et del’Oise,qui tracent l'axe de la marche. Les forteresses de Liége, Namur, Maubeuge, l’interceptent, il est vrai, en trois endroits, mais ces places isolées, sans lien entre elles, n'étaient pas comparables, comme capacité de résistance, à nos barrières de l’est. L'armée belge, depuis longtemps l'enjeu des luttes politiques du royaume, paraissait peu redoutable; : elle ne comptait que quelques faibles unités actives et ses

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