‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 29 sur 107 · DS À · texte numérisé non relu

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MOLTKE DÉCIDE D'EXPLOITER LE SUQCÈS | pa

La victoire du prince Rupprecht posait au grand quartier général un problème nouveau. Fallait-il, conformément aux prévisions du temps de paix, arrêter l'offensive et en profiter pour retirer de Lorraine des corps d'armée qu'on enverrait à l’aile droite? Devait-on, au contraire, exploiter à fond les avantages obtenus et poursuivre AG TOUtEr ses forces l’ennemi en retraite ? \

La première solution était l'application du projet de Schlieffen. Après le succès qui mettait pour un certain temps les Français hors d'état de reprendre une attaque générale entre Metz et les Vosges, rien ne s’opposait à ce qu'on diminuât la densité du front de trois corps d'armée au moins, par exemple le XXI° C. A., le C. À. R. Bavarois et le XIV°C. À. R.; mais arriveraient-ils à temps en Belgique? Ce jour même, la [*° armée annonçait qu’elle avait dépassé Bruxelles, la Il° armée, qu'elle atteindrait le lendemain la rive nord de la Sambre, après avoir contourné la place de Namur; des forces françaises importantes étaient signalées en marche vers le nord dans l’angle formé par la Meuse et la Sambre. La rencontre était donc imminente. Dans deux ou trois jours, quatre au plus tard, la bataille serait engagée. Il semblait done peu probable que des troupes mises en route d’Alsace-Lorraine après le 21 août fussent rendues à destination assez tôt pour y PERTE part.

Si On se prononçait pour la deuxième solution et qu'on continuât l'offensive en Lorraine, la situation tactique

allait s’y trouver renversée. En effet, le 20 août, la ligne française affectait un tracé convexe, convexité très légère, il est vrai; cependant, en cette journée, s’il y avait eu

possibilité de manœuvre débordante, cela eut été en faveur

des Allemands. Or, en se mettant à la poursuite de nos armées vers le sud, ces mêmes Allemands se verraient obligés de défiler par leur droite devant le Grand Couronné de Nancy, place d'armes naturellement solide et renforcée par des ouvrages de campagne. À la gauche allemande, les Français, s'ils abandonnaient le Donon, ce qui paraissait certain, se replieraient sans aueun doute le long de la crête des Vosges, qui formerait comme un pivot mobile pour leur aile droite. Les vainqueurs, contraints de s’en-

foncer entre le Grand Couronné et les Vosges, leur ligne

de concave qu’elle était à la première bataille, deviendrait convexe à son tour. Îl n'y aurait certes pas grand chose à craindre du côté des montagnes, où l'adversaire aurait peine à grouper des forces importantes; en revanche, il lui serait facile d'en concentrer à l'abri du Grand Couronné, de les en faire déboucher au moment opportun en prenant à revers la droite allemande. En admettant que le Grand Couronné tombäât, la forêt de Haye entre Nancy et Toul jouerait le même rôle, puis le camp retranché de Toul s’en acquitterait encore mieux. De même, dans les Vosges, au

cas où on s’emparerait de tous les sommets, on n’en vien-

drait pas moins donner contre les défenses d’'Epinal, qu'il y aurait péril à longer et à dépasser en les laissant intactes.

L'exploitation des avantages remportés, en exposant les deux flanes de la ligne de bataïile, se présentait comme la négation du principe fondamental de Schlieffen, dont Moltke se proclamait le continuateur. Une seule circonstance aurait pu la justifier : la désorganisation complète de l’armée vaincue, sa fuite éperdue rendant impraticable tout redressement en vue d’une résistance ultérieure.

mer. es Ad Vi capturé SU | bataille, aux termes de leur communiqué officiel, 10.000 : hommes et 50 canons. Si l’on remarque que nous avions mis en ligne environ 400.000 combattants et un millier de pièces. de campagne, Îa proportion des prises ne révèle vraiment pas un désarroi tel qu'on püt en songiure à la mise hors de cause de l’armée française. | Moltke décida pourtant de poursuivre. le mouvement. | Son apologiste Tappen explique en ces termes les motifs de sa détermination : « Si les troupes victorieuses des VE. et VII armées réussissaient, en talonnant l’adversaire battu, à percer la ligne des forts d'arrêt français sur la naute Moselle — et cela ne paraissait pas si invraisemblable, étant donnée la déconsidération qui s'attachait à ce genre d'ouvrages depuis la chute rapide des forts de Liége — on aurait réalisé, en combinaison avec le mouvement de l'aile droite, un encerelement de grand style des armées ennemies. L’exécution heureuse de ces opérations, telle qu'on la concevait alors, eût amené à bref délai la fin de la guerre ». | au Ces quelques lignes suffisent à mèttre en luriiére les ' étranges illusions du commandant en chef, A supposer que l'ennemi eût été jeté dans un complet désordre le 20 août, il pouvait néanmoins recevoir des renforts avec lesquels il faudrait compter. C'est d’ailleurs ce qui se produisit, puisque, en outre d'une partie du 9° C. A., non encore engagée, nos forces de Lorraine virent arriver bientôt les 64*et 74° D.R., unités toutes fraîches venues des Alpes, ainsi que la 44° D. I. prélevée sur l'armée d'Alsace, où elle venait de se distinguer aux environs de Mulhouse. La suité des événements devait montrer combien le commandement allemand avait faussement apprécié l’état matérielet moral de son adversaire. Sans doute, le21, notre

re actes fut serrée de près; le recul de la 2° armée et du 8° C. À. la laissait très en flèche. Un de ses corps d'armée eut beaucoup de peine à se décrocher et perdit une partie de son artillerie; le Donon dut être promptement abandonné. Mais sur le reste du front les troupes françaises

avaient rompu le contact et repris la liberté de leurs

mouvements, grâce à quoi on put procéder sans trop de précipitation à un regroupement et préparer la manœuvre à laquelle invitait la témérité de l'adversaire. Le centre de notre dispositif se creusait volontairement, passant l’une après l’autre la Vezouse, la Meurthe, la Mortagne et même l’Euron, atteignant presque la Moselle, tandis que la gauche s'installait sur le Grand Couronné, les hauteurs de Saffais et de Belchamp, prête à repartir à l’attaque

dans le flanc droit de l'ennemi, aussitôt que celui-ci aurait

… pénétré assez loin dans l’angle presque droit que dessinaient les nouvelles positions de la 2° et de la 1"° armées. N'est-ce

pas là le figuré exact de la manœuvre d’Annibal à Cannes, que Moltke n'avait pas su faire exécuter à la première

rencontre et dont il donnait l’occasion au parti opposé

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d’user contre lui à la seconde?

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