‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 4 sur 107 · RME MER · texte numérisé non relu

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aux sièges de Metz, de Soissons, de Toul et de Paris, puis à des opérations plus actives sur la Loire. C’étaient là, en somme, des états de service assez ternes, qui ne présageaient en rien sa fortune future. |

Après la guerre, le comte Schlieffen fit partie successivement de plusieurs états-majors. Il ne passa lieutenantcolonel qu’en 1876, à quarante-trois ans, et fut nommé la même année au commandement du 1°’ régiment de uhlans de la Garde, où il resta sept ans.En 1884, il entra enfin au grand état-major, où il devait servir sans interruption pendant les vingt-deux dernières années de sa carrière; il en franchit l’un après l’autre tous les échelons supérieurs et en devint le chef en 1891. En 1905,un accident de cheval l’'empêcha de se rendre aux manœuvres impériales. Comme sa "santé ne se rétablissait pas, il demanda le 1° janvier suivant à résigner ses fonctions. Il partit quelques jours plus tard, comblé d’'honneurs et emportant les regrets unanimes de ses subordonnés.

Dans la retraite, le comte Schlieffen ne se crut pas quitte envers l’armée à laquelle il avait appartenu pendant plus de cinquante ans. Encore en pleine possession de tous ses moyens intellectuels, il consacra ses loisirs à mettre par écrit les préceptes qu'il n'avait cessé d’enseigner, en employant la forme la plus propre à frapper l'esprit des lecteurs. Cette forme était celle d’études historiques. Comme Napoléon, comme Moltke, Schlieffen se montrait un partisan convaincu de la valeur éducatrice de l’histoire militaire. Il en vantait sans cesse l’utilité. On lui demandait un jour, en octobre 1910, quelles opérations offraient un intérêt suffisant pour qu'on s’en occupât : « Toutes sans exception, répondit-il, depuis le duel de Caïn et d'Abel Jusqu'à l'assaut des couvents de Lisbonne par les révolutionnaires portugais, dont les journaux de ce matin nous apportent la nouvelle ».

En 1903, le comte Schlieffen avait créé une revue militaire, rédigée sous la direction du grand état-major, où les meilleurs spécialistes traitaient toutes sortes de questions intéressant l’art de la guerre et l’organisation des armées. C’est là qu’il publia, à partir de 1909, une longue série de travaux historiques et critiques, dans lesquels il entreprit de démontrer, en s’appuyant sur des cas concrets, la valeur de son système.

Le comte Schlieffen, partageant l'erreur commune, était persuadé qu'avec des armées qui absorbaient toutes les forces vives des nations, la guerre ne pourrait être que de courte durée. D'où la nécessité d'obtenir sans retard la décision. Le devoir du chef était donc d'éviter ce que Napoléon a appelé les victoires ordinaires et de rechercher au plus tôt la « bataille d’extermination » (Vernichtungsschlacht). Cette obligation devenait encore plus impérieuse si l’on avait à combattre deux adversaires au lieu d’un seul; il fallait alors courir au plus menaçant, l’'écraser complètement, pour se retourner ensuite vers l'autre et lui faire subir le même sort.

Le principe de la bataille d'extermination ainsi posé, comment l'appliquer? Par quels procédés stratégiques et tactiques détruira-t-on l’armée ennemie? C'est précisément ce que prétend expliquer la série d’études publiées dans la revue du grand état-major et que l’auteur a intitulée « Cannes » (Cannae), du nom de la victoire d’Annibal, parce qu'elle représente à ses yeux le plus parfait modèle de bataille d'extermination que fournisse la chronologie des guerres.

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