CHAPITRE VII
Le 20 août, Moltke fit établir un bulletin de renseigne ments et adressa aux armées de l’aile droite et du centre un nouvel ordre, le premier depuis celui du 17. Le bulletin de renseignements représentait la situation .à la gauche adverse de la manière suivante. Sur la Meuse, “entre Namur et Givet, les 1”, 2° et peut-être le 10° C. A. français. Au sud de la Sambre, entre Namur et Charleroi, “un corps d'armée, deux au plus, s’approchant de la rivière. À l'ouest de la ligne Charleroi-Fumay, plusieurs colonnes de la valeur totale de deux ou trois corps d'armée environ; des divisions de réserve en faisaient probablement partie. Ces colonnes ne paraissaient pas avoir encore dépassé la ligne Philippeville-Avesnes. Le bulletin ajoutait qu'il fallait tenir compte de débarquements possibles de troupes
nettement les exécutants sur la manière dont ils devaient |
anglaises à le et de leur interve les en nes de Lille. Cependant on était sous l'impression que des débar-
“quemenis importants. n avaient pas encore eu lieu.
Ce bulletin est riche d'informations sur la région entre Sambre et Meuse et donne une idée assez juste de ce qui. s'y passait, mais il ne fournit aucun éclaircissement sur le . terrain s'étendant au nord de la Sambre jusqu'à la mer du Nord. On n’y trouve à ce sujet qu’une simple indication et elle est fausse. Pourtant c'était dans cette partie du théâtré | d'opérations que devait se dérouler la manœuvre enveloppante. [ importait particulièrement de savoir quelles ; chances on avait d'y rencontrer des forces ennemies. On | ne possédait done aucune donnée sérieuse sur le point ; capital. :
Le haut commandement allemand eût sans doute mieux conpu la situation s’il n'avait pas doté si parcimonieusement de cavalerie son aile droite et même sicette cavalerie | avait fait preuve de plus d'esprit d'entreprise. Depuis le débouché de la He armée au nord de la Meuse, le corps Marwitz était resté collé à l'infanterie sans chercher à prendre du champ dans la direction de l’ouest et du nord-\ ouest. Aussi l'énigme britannique restait entière. Cette. 1 ignorance aurait dû inciter Moltke à orienter d'autant plus
conduire le mouvement débordant. Or voici les instructions qu'il leur envoya dans l'après-midi du 20 août : 4
« Sa Majesté prescrit : Les [°° et II° armées devront ser rer sur la ligne atteinte le 20 août, en se gardant du côtés d'Anvers. L'attaque de Namur commencera aussitôt que. possible. L'attaque imminente contre l’ennemi qui se trouve à l’ouest de Namur s’exécutera de concert avec l'attaque de la ILI° armée contre la ligne de la Meuse entré Namur et Givet; l'entente à établir à ce sujet doit être. laissée aux dant d'armée intéressés. ‘4
Te
BATAILLE DE BÉLAIQRE M 4/
La D ions ultérieures de l’a ni droite demandent l'emploi d’une forte cavalerie à l’ouest de la Meuse. En conséquence, le Ie" C. C., après en avoir informé les IT et [V° armées, dégagera le front de ces armées et se portera au nord de Namur en contournant la place. À son arrivée sur la rive nord de la Meuse, le [" C. C. passera sous les ordres du général commandant la Il° armée. Le Ie" C. C. » sera avisé des présentes dispositions par les soins de la . IIT° armée ».
| Voilà tout ce que le général en chef trouve à dire au | moment où vase produire le choc en vue duquel Schlieffen | a préparé l’armée allemande pendant de si longues années . avec tant d'ardeur et de persévérance. On est à la veille de la bataille d’extermination, de la nouvelle bataille de . Cannes, dont rêve depuis quinze ans tout le corps d'officiers. Elle est imminente. Le commandement suprême le sait; il Pannonce explicitement dans son ordre. Quelles mesures . prend-il pour rendre inévitable l’encerciement de la gauche . ennemie? On les cherche vainement. Il ne rappelle pas par un seul mot la manœuvre vers laquelle doivent tendre toutes les volontés. Il n'indique pas davantage comment : ses lieutenants adapteront le principe théorique de l’enve- . loppement aux circonstances concrètes dans lesquelles ils “ii se trouver. Jusqu'où l'aile marchante étendra-t-elle . son action vers la droite? À quelle hauteur faudra-t-il que la T° armée soit parvenue pour que la If° et la II° partent à l'attaque? Ces questions devaient se poser naturellement . à l’esprit de chacun. L'ordre du 20 août ne répond ni à
re
l’une ni à l’autre.
4 La seule instruction précise contenue dans cet ordre se rapporte au mouvement de la IIl° armée, qu’elle oriente “sur la ligne Namur-Givet, orientation qui n’est pas très . heureuse. En effet, si la IH° armée franchit la Meuse entre ces deux villes pendant que Bülow passe la Sambre, les
118 LE PLAN DE CAMPAGNE ALLEMAND DE AE ir
deux offensives dirigées la première d'est en ouest, à je
seconde de nord-ouest en sud-est viendront se heurter
l'une à l'autre. Il en résultera fatalement, dans l'angle des deux cours d’eau, un encombrement analogue à celui dont
furent victimes les troupes de Frédéric-Charles lorsqu'elles débouchèrent des monts de Lusace sur Reichenberg en 1866. Schlieffen n'avait cessé de mettre ses disciples en garde contre les manœuvres concentriques à l'excès et la confusion qu'elles produisent. Son successeur ne tient nul compte de ces avertissements. |
En dehors de la désignation du secteur d'attaque de la IT: armée, Moltke ne prend aucune disposition ferme. Il ne s'adresse aux exécutanis que pour remettre ses pouvoirs entre leurs mains et abandonne la direction des opérations à l'instant précis où l’action générale est sur le point de commencer. L'histoire des guerres n'offre pas d'exemple d’une pareille faillite. On a vu des commandemenis s'effondrer à la suite d’une défaite, jamais s’effacer d'eux-mêmes avant la première bataille.
Les généraux subordonnés sont donc laissés à leur propre inspiration. L'initiative des décisions passe à Bülow et à Hausen, à Bülow surtout, qui réunit sous son autorité les deux armées principales et toute la cavalerie. Le rôle de
Hausen, placé au milieu de la ligne et réduit à trois corps :
d'armée, devient secondaire par rapport à celui de son voisin de droite.