DISPOSITIONS DE BULOW LE 20 AOUT
Comment la situation apparaît-elle aux yeux de Bülow lorsqu'il prend connaissance, à son quartier général de «
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| Jodoigne; des instructions de Moltke dans l'après-midi du
20 août?
Depuis cinq jours les troupes placées sous ses ordres exécutent le changement de direction prescrit autour de Namur et viennent de dépasser Bruxelles. Si le mouvement continue normalement, il doit les amener sur la Sambre, la I armée entre Namur et la frontière franco-
belge, la [° en amont. Les corps d’armée y arriveront
successivement, ceux de la gauche les premiers, les autres ensuiteet d'autant plus tard qu’ils sont plus éloignés du pivot. Ainsi la Garde, à l’extrême-gauche n’est qu’à quelques kilomètres de la rivière tandis que le IC. A.,
à l’autre bout de la ligne, se trouve encore à Vilvorde à
cinq étapes au moins de la haute Sambre.
Le commandement suprême signale entre Sambre et Meuse sept ou huit corps d’armées français, dont l’inten-
tion évidente est de se porter entre Namur et Bruxelles afin de donner la main à l’armée belge d'Anvers. Il est
plus que probable que cette masse française ne laissera que le strict minimum d'effectifs à la garde des passages
de la Meuse et essaiera avec la presque totalité de ses
forces de franchir la Sambre entre Maubeuge et Namur. D'autre part on ne pense avoir affaire qu'à quelques
faibles éléments britanniques dont on ne connaît pas
encore la zone d'action. Débarqués dans les ports du Pas- . de-Calais, ils peuvent marcher soit vers Gand, soit vers Lille, soit vers Maubeuge. Dans les deux premiers cas la cavalerie de Marwitz, appuyée à l’occasion par un corps
d'armée de deuxième ligne, le IV° C. A. R. par exemple,
| suffira à les masquer ; dans le troisième, ils tomberont sur
les itinéraires de la [® armée, qui n'aura aucune peine à
les mettre hors de cause.
De ces considérations il résulte que la Il armée sera
. aux prises avec des difficultés très supérieures à celles que
rencontreront ses deux voisines. Elle va se mesurer avec les concentrations les plus importantes de l'ennemi et dans des conditions défavorables. Il lui faudra traverser la vallée de la Sambre dans la partie où elle est couverte de cités ouvrières, d'usines, semée de puits de mine, dédale presque inextricable où la défense trouve tous les avantages; le cours d'eau passé, les troupes auront ensuite à s'élever sur un glacis nu, que les feux de l'adversaire pourront balayer comme celui de Saint-Privat en 1870. 1 Autre péril : l'attaque de la I° armée doit déboucher entre : les deux camps retranchés de Maubeuge et de Namur, les L flancs exposés aux entreprises des garnisons de ces : places. |
Comparée à cette rude tâche, l’action des [° et HI° | armées s'annonce infiniment moins sévère. La [* armée, | en avançant à la droite de la Il° ne trouvera presque personne sur sa route, de la cavalerie, quelques divisions … britanniques; la IE affrontera l'obstacle très sérieux de la | Meuse, mais elle y aura affaire à des forces beaucoup moins nombreuses que la Il° armée sur la basse Sambre.
Plus le général von Bülow examine les conditions dans . lesquelles va s'engager la lutte, plus il se pénètre de l’idée . que le principal de la besogne reviendra à la Il armée. | Peu à peu son attention se concentre sur l'opération dévo- | lue à celle-ci, le passage de la Sambre. Il en subit tellement l'attraction, la hantise qu'il finit par ne plus rien voir | d'autre, par oublier complètement qu'il a été investi du . commandement de l’aile droite entière, ce qui le rend res- . ponsable de la manœuvre stratégique. Au lieu de s’élargir avec ses atiributions, les vues de Bülow se rétrécissent au . contraire. Comme hypnotisé par l’action que la Il armée doit entreprendre, il ne songe qu’à l’allégeren y employants toutes les forces placées sous ses ordres et celles dont il peut demander le concours.
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Par ailleurs, en compulsant les renseignements qu'il possède sur l’armée ennemie qui lui fait face, Bülow a dis- cerné un indice rassurant. Les unités dont elle se compose ne sont pas encore réunies, mais échelonnées sur une grande profondeur, quelques-unes encore loin en arrière. D'où possibilité pour la Il° armée de mettre à profit cette dissémination pour se saisir des ponts de la Sambre avec les unités qui s’en trouvent les plus rapprochées, gagner ensuite rapidement le plateau entre Sambre et Meuse et battre les groupes adverses l’un après l’autre. C'est une . manœuvre classique, mais, dans l'occurrence, elle comporte un inconvénient majeur. Elle aboutit en effet à rejeter les Français vers le sud avant que la pression de la IIT° armée dans leur flanc droit et surtout celle de la [” armée dans leur flane gauche aient eu le temps de se faire sentir; . elle les fait échapper à l’enveloppement qui se serait produit un peu plus tard; elle rend inutile le mouvement de ne conversion de l’aile droite et s'affirme en contradiction absolue avec l'esprit du plan de campagne. N'importe! La tentation d'assurer l'avantage tactique à la [{° armée est trop forte pour son chef. Elle fait écarter toute autre considération. Bülow se décide à précipiter le mouvement sans attendre davantage et donne en conséquence ses ordres pour le lendemain 21 août.
. À Gallwitz, il demande d’accentuer encore le déplacement de ses troupes vers l’ouest, sur la rive gauche de la Sambre, de manière à protéger vers Namur le flanc de la Il armée. Il prescrit ensuite aux deux corps de gauche de la Il° armée (Garde et X° C. A.) de se porter sur la . Sambre, à ses deux corps de droite (X° C. A. R. et VIT . C. A.) ainsi qu’à la 1" armée de poursuivre la marche convergente des jours précédents.
Le 11° C. C., regroupé en entier à la droite de la ['° armée — qui perd ainsi la disposition de son unique division de
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cavalerie — explorera dans la direction de l'Escaut vers Tournai et Gand. Le [° CG. C., après avoir contourné Namur, se dirigera par Nivelles sur Mons, mais étant donné le long trajet qu'il lui faut accomplir, il aura besoin de. plusieurs jours pour dépasser le front de l'infanterie.
À la fin de l’après-midi est arrivé à Jodoigne unradio de la IIT armée donnant avis que ses têtes de colonnes ont atteint la ligne Spontin-Ciergnon et seront le lendemain sur la Meuse entre Mont et Falmignoul!. Bülow lui répond dans la soirée par les deux messages suivants : « Deux corps de la IT armée s’avanceront le 21 août jusqu’à la Sambre entre Châtelet et Jemeppe »,et : « La IT armée prie la IT de gagner d'urgence la ligne de la Meuse pour coopérer avec elle. »