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armées. Jamais je n’oublierai l'impression que produisait
ce champ de bataille éclairé encore par les derniers rayons du soleil. Après le fracas de la journée, un calme absolu y régnait. Le canon s'était tu; à peine percevait-on l’écho d'une fusillade lointaine; rien ne bougeait. En sortant d’un
village, on voyait une de nos batteries, abandonnée, ses
pièces alignées en position de tir, le corps d’un oîïficier gisant en travers de là crosse de l’üne d’elles. Cà et là des cadavres d'artilleurs et de fantassins. Dans un chemin creux, une grappe compacte de morts, surpris par une. rafale de 450. Sur la route de Longwy à Longuyon, des équipages brisés, des chevaux tués, une motocÿcletté en miettes à côté du cadavre d’un médecin-major, le crâne ouvert; puis des équipements, quelques fusils, une file de sacs, non pas jetés au hasard, mais rangés soigneusement, comme pour la halte horaire. Au-delà de la route, -encore des canons, du 5° corps ceux-là, à côté d’un tas de pelles et de pioches toutes neuves. C'était la cruelle image de la défaite. J'en ressentais sur le moment moins de tristesse que de rage en songeant à la joie des Allemands quand ils passeraient le lendemain devant ces témoignages matériels de leur victoire. |
Un temps de galop me fit rejoindre nos troupes qui s'étaient formées en colonne pour gagner les points de bivouac désignés. Elles marchaiént dans le meilleur ordre. Les rangs dé l'infanterie étaient éclaircis sans doute, mais chacun s’y tenait à sa place et montait allègrement la forte côté donnant accès au plateau de Revêmont. Nulle paït où n'observait le more silence qui pèse sur les armées battues. Au contraire, les hommes Causaient avec animation, présque gaiement des péripéties de la bâtaille; ils étaient contéñts de se retrouver, dé se sentir lés uns. près des autres après les épreuves et les dangers de cette
rudé journée.