LA RETRAITE DE L'AILE GAUCHE DES ALLIÉS
Passons maintenant dans le camp opposé, chezles Alliés.
On a vu que le lendemain même de la défaite de Bel- ‘ gique, le 25 août, le général Joffre avait résolu de reprendre É l'offensive dès qu’il le pourrait et en manœuvrant par sa | gauche avec une nouvelle armée. Comme nous l'avons dit, on ne pouvait se procurer les éléments de cette nouvelle « armée que dans l’est. Il fallait les relever dans les secteurs À où ils étaient engagés, les acheminer versles gares d'em-. barquement, les transporter d’un bout à l’autre du théâtre des opérations, enfin les grouper dans la région désignée ÿ pour leur concentration. Ces multiples mouvements exi- à geaient du temps et pendant ce temps il ne fallait pas, sur. | le front, se laisser accrocher par l'ennemi. Si tout allait bien, on espérait pouvoir repasser à l'attaque à hauteur | de la Somme, le 2 septembre.
Malheureusement le lendemain du Jour où ces id tions avaient été arrêtées, l’accrochage se produisit et au. point le plus dangereux, à l’extrème gauche, où le géné=h ral Smith Dorrien fut rejoint entre le Cateau et Cambrai
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PRÉLIMINAIRES DE LA BATAILLE DE LA MARNE 213 pâr les troupes de Kluck. Cette affaire eut des conséquences
néfastes; elle rendit très difficile la retraite ultérieure
. de l'aile exposée et nuisit à la cordialité des rapports
| “entre Anglais et Français. Pour ramener la confiance chez nos Alliés, le général Joffre se vit contraint de faire intervenir prématurément les divisions qui devaient constituer Ja nouvelle armée de manœuvre, la 6° armée.
Le plan du 25 août se trouva déjà sérieusement compromis par ces événements. La marche rapide de la I" armée
allemande fit le reste. Le 28 et Le 29 août, notre 6° armée
était dispersée avant même d'avoir achevé son rassemble- … ment. Elle se vit obligée de se souder tant bien que mal
en même temps quelle rétrogradait, dure épreuve qui 4 allait fatalement exercer une fächeuse influence sur sa valeur.
Le 31 août, par bonheur, Kluck RU la pour- … suite des forces du général Maunoury et obliquait au sudest. Cette orientation nouvelle des colonnes ennemies pro- curait à notre 0° armée un double avantage. D'abord elle . lui donnait du répit, lui permettait de se ressaisir et de se | reformer sans être talonnée à chaque instant; ensuite elle la plaçait automatiquement en position débordante par
rapport au front allemand et la mettait ainsi en mesure de jouer le rôle qui lui était dévolu dans le plan du 25 août.
Le général Maunoury ne s’y trompa pas. Fort bien renseipen par ses reconnaissances sur le mouvement de l’ad- | . versaire, il en rendit aussitôt compte au général en chef | et lui demanda s’il ne convenait pas d'en profiter pour altaquer en flanc l'aile droite allemande.
| Une pareille manœuvre répondait parfaitement aux projets du général Joffre, mais, pour qu’elle réussit, il eût fallu qu'on reprit en même temps l'offensive sur tout le front jusqu'à la Meuse. En restant isolée, l’atlaque de la 6° armée n’eût rien obtenu de décisif. Or, à ce moment,
une action générale n "était pas posais à cause de la rapide retraite des Anglais, qui créait une brèche dans la
ligne des Alliés. Aussi le général Joffre se vit-il obligé de À
remettre à plus tard l'exécution de son plan. El en avisa son subordonné par la réponse suivante :
« Vous appréciez très nettement la situation. Mais, en raison de la distance qui vous sépare de la 5° armée, votre intervention risquerait d’être inefficace. Votre rôle con-
siste à couvrir Paris. En conséquence, repliez-vous sur .
la capitale et mettez-vous dès maintenant en relations avec le gouvernenr militaire. »
D'ailleurs, dès le 1* septembre, l’occasion, entrevue la veille, se perdit. La [° armée allemande, après avoir traversé l'Oise, ne poussait plus au sud-est, mais reprenait sa marche vers le sud, qu’elle continua pendant toute la
journée du 2. La 6° armée française, de son côté, exécutant
les instructions du général en chef, s’était rapprochée de la capitale, le 7° C. A. restant encore sur la rive droite de l'Oise, tandis que le groupe Lamaze s'était porté sur la rive gauche, où il s’alignait de Creil à Senlis. Sa droite (56° D. R.) entra en contact à Senlis avec le II° C. À. allemand et eut quelque peine à rompre l'engagement.
À eette date du 2 septembre, la 6° armée fut incorporée
dans les armées de Paris, commandées par le général Gal- .
liéni. Sur l’ordre de son nouveau chef, le général Maunoury
déplaça ses troupes le lendemain de manière à préparer : l'occupation du secteur qui lui était assigné pour la défense :
du camp retranché entre la route de Paris à Senlis et la Marne. Le 3, la 6° armée était articulée comme suit : Brigade marocaine (Ditie)! Dammartin.
1. La Brigade Marocaine se composait de 5 bataillons de fantassins «
marocains, alors que la Division du Maroc, qui faisait partie du 9° C.A.,
ne comprenait que des troupes francaises ou algériennes prélevées sur le
corps expéditionnaire du Maroc.
50° D. R. Dammartin.
00° D. R. | Moussy-le-Neuf, 44 D. L. Louvres.
09% D. R. Ecouen.
Le dispositif était ainsi complètement orienté vers le nord, face à la région boisée constituée par les forêts d'Ermenonville et de Chantilly, de laquelle on s'attendait à voir déboucher d’un instant à l’autre les masses ennemies. La droite française se trouvait très en l'air du fait du repli des Anglais derrière la Marne. Pour maintenir la liaison avec la gauche du maréchal French il eût fallu une nombreuse cavalerie. Or le corps Sordet (1, 3 et 5° D. C.), primitivement rattaché à la 6° armée, avait été tellement épuisé pendant la retraite que, quelques jours auparavant, on l'avait ramené à l’arrière pour qu'il püt se refaire dans la région de Versailles ; il ne laissa sur le front qu’une division de cavalerie provisoire, forméede seséléments lesmoins éprouvés et placée sous le commandement du général de Cornulier-Lucinière. En revanche, le général Galliéni avait renforcé la 6° armée d'une brigade de cavalerie prélevée sur la défense mobile de Paris (brigade Gillet); cette unité, composée de réservistes, couvrait la droite de la 6° armée. Les premiers renseignements de la matinée du 3 Septembre avaient d’abord fait croire que l'ennemi allait franchir la région boisée pour apparaître devant le secteur nord de Paris, mais la journée se passa sans qu'aucune troupe allemande se montrât au sud des forêts. Au coniraire, les reconnaissances aériennes aussi bien que les patrouilles de cavalerie et des observateurs en automobile signalèrent la marche de fortes colonnes partant de la région à l’est de la forêt d'Ermenonville et se dirigeant sur la Marne en amont de Meaux.
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