‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 79 sur 107 · LA 1'° ARMÉE ALLEMANDE PENDANT LA JOURNÉE DU Ÿ SEPTEMPRE · texte numérisé non relu

LA 1'° ARMÉE ALLEMANDE PENDANT LA JOURNÉE DU Ÿ SEPTEMPRE

Dans la nuit du 6 au 7 septembre, on avait reçu au

quartier général de la I" armée d'assez mauvaises nouvelles de la plupart des unités engagées au nord de la Marne, dont on avait confié le commandement d'ensemble au général von Linsingen ‘. Sans doute le combat s'était ter-

1. Le général von Linsingen commandait organiquement le Ifs C. A,

DrrE tr 4 2 AS Ts à EN) . v C d > ni EE LS TS

mine dans la soirée sans que l'ennemi eût pu entamer ou

déborder le front allemand, mais les divisions de la gauche . et du centre se prétendaient à bout de souffle et deman- . daient à être relevées ou, au moins, renforcées. Kluek consentit, après de longues hésitations, à leur envoyer en soutien une des divisions du IV° C. A., qui accourait du sud-est 1. FH fallait que les objurgations du général von . Linsingen fussent pressantes pour arracher celte décision

. à son chef, car la manœuvre dont il attendait le salut, l’en- . veloppement de la gauche française, paraissait maintenant compromise. Au lieu d’un corps d'armée entier, il n’aurait plus qu'une division à.y consacrer. Linsingen promeltait bien, avec les renforts qu’on amènerait à son centre, non . seulement d'y tenir, mais encore d'y prendre l'offensive. à Cette perspective ne consolait guère le commandant de la 1° armée, ear il estimait avec raison à peu dechose le bénéfice qu'on peut tirer d'une attaque de front contre une ligne ennemie en position depuis toute une journée et ne comptait comme réellement efficace, au cours de la bataille, que les actions de flanc dépassant largement une des ailes de l'adversaire avec des eflectifs importants.

Le 7 septembre, Kluek arrive à 7 heures à son nouveau quartier général de Vendrest et y attend fébrilement les comptes rendus de ses unités. Sur tout le front au nord de la Marne la bataille s’est rallumée. Les Français reprennent leurs attaques. Entre la Marne et la Thérouane, La 45° D.T., -qui n’a pas encore vu le feu, vient de relever la 55° D.R.

et se porte en avant avec toute l’ardeur d’une troupe brave et novice. La ligne allemande résiste, mais diffieilement.

u Le INC, à: (général Sixt von Arnim) se composait des VIT: ef VITE D. 1. Ce fut la VIII D, I. qu'on dirigea sur Frocy pour renforcer le centre de bataille,

Du nord arrivent des nouvelles beaucoup plus alarmantes. Les aviateurs ont aperçu un grand nombre de trains débarquant des troupes à Nanteuil-le-Haudoin. Toute la région au delà de Betz fourmille de cavalerie. Dans ces conditions, que va devenir l'offensive de la division du IV° C. A. (VIF D. [.) qui a mission de déborder l'ennemi. Il semble bien qu’elle va trouver de nouvelles forces françaises pour lui barrer la route, comme cela est arrivé la veille à la IV° D. EL. à Etavigny. Peut-être sera-telle prise elle-même en flanc. |

Mais Kluck n'est pas homme à abandonner le plan qu’il a conçu parce que l'ennemi s'efforce de le contrecarrer. Après la IV° D. L., la VIT D. I. ne suffit pas à l’aile droite; on en trouvera d’autres. Quelles autres? La [”° armée n’a plus un bataillon disponible. Organiquement elle compte encore deux corps d'armée, les TE et IX°, mais elle les a, de sa propre initiative, cédés à la IT° armée. Il faudrait les reprendre à Bülow, alors qu'il compte sur eux pour caler son flanc droit que la [°* armée a déjà découvert en faisant repasser la Marne au IT° et au IV*° C. A. II est possible qu'il les ait engagés, ce qui l’empêcherait de les restituer, même s’il le désirait. Il faut s’en assurer sur Le champ. On télégraphie à la If armée à 10 h. 40 : « Où sont IF et IX° C. A.? Quelle situation de ce côté? Prière répondre urgence. » Bülow n'a pas engagé les deux corps d'armée. Il les a laissés se conformer aux instructions que Kluck leur a données et ils sont en marche vers le Petit Morin, mais le IX° C. À. vient à peine de quitter Esternay, où son arrière-garde a encore livré combat le matin même.

Ainsi les unités dont Kluck a besoin sont disponibles. Que va-t-il faire? Les laissera-t-il à Bülow? Les rappellera-t-il pour exécuter la manœuvre que la IV° D. I. n’a pu accomplir le 6 et que la VIT D. T. sera probablement inca-

fn

: 2 x CR à a F ; Dr F sat - DRE de x dl er de. à z 27 TN UE PPT NT LT I PT RS Le FT RE TRE CORTE SEE

BATAILLE fe LA MARNE. TEL PREMIÈRE PÉRIODE 253

pable de mener à bonne fin le 7? L'heure est grave, la : décision d'importance capitale.

Si les deux corps d'armée quittent la droite de la [l° armée, ils la mettent en situation difficile. Qu'opposera-t-elle en effet, à l’ouest de Montmirail, à la masse de la 5° armée française, que les IIE et IX° C. À. viennent d’avoir tant de peine à contenir? Il ne lui reste plus que le VIT C. À. et il n'est pas au complet. Une de ses divisions, la XIII D. E., a laissé la moitié de son effectif devant Maubeuge au corps de siège. L'autre division, la XIV° D. [., est intacte, mais Bülow l’a placée derrière le centre de son

armée en réserve générale et il va être contraint à bref

délai de l'intercaler dans la première ligne, aux marais de Saint-Gond, pour combler un vide qui s’est produit entre le X° C. A. et la Garde. Ce serait donc la XIII D. E., réduite à une brigade, qui devrait se charger de l’impos-

sible besogne d'arrêter une dizaine de divisions françaises

avec le seul concours d’une division de cavalerie, la V°, qui précisément est celle qu'on n’a pas dotée d’un soutien d'infanterie légère.

Voilà ce qui attend la Il° armée si on lui enlève les deux corps d'armée qu'on lui a donnés quelques heures auparavant. Kluck, il est vrai, ne s’embarrasse pas outre mesure des difficultés de son collègue, auquel il n’a pas. pardonné d’avoir fait échouer sa première manœuvre sur la Sambre, au mois d'août. Mais ne sera-t-il pas lui-même victime de la situation où il placera la [Il° armée en lui retirant les II[° et IX° C. A.?

\ En effet, si la gauche et le centre de la 5° armée française trouvent devant elles la voie libre et avancent rapi-

dement, ce mouvement peut avoir sa répercussion sur

celui de l’armée britannique et accélérer son allure. Jusqu'à présent les Anglais ont marché avec une extrême lenteur. Marwitz vient de confirmer à 6 heures et à

9 héurés par s deu À messages que leurs Aantarlé n l'ont même pas atteint le Grand Morin. Pourtant si Freneh est rassuré sur sa droite, il se montrera peut-être moins timoré. On n’a pas grand chose à lui opposer etletemps passe. On a perdu sur l’Oureq la journée du 6 et celle duT

va l'être également. EH est cependant nécessaire d'y liqui-

der la situation avant que les Anglais aient pu franchir |

la Marne et prendre à revers, même à dos, la ligne de 1 l° armée,

Le même problème se pose que le 6, mais avec beaucoup

plus d’acuité, car les Anglais sont déjà uu peu plus près el l'élément de manœuvre allemand encore beaucoup plus loin qu'il y a vingt-quatre heures. Celui-ci peut-il arriver à temps? D'Esternay, que vient d’évacuer le IX° 0. À., au plateau de Betz, où il doit intervenir avec le Hf C. À., ïl y a 60 kilomètres à vol d'oiseau et au moins 80 par les itinéraires sinueux qui y conduisent, soit deux fortes étapes. 11 est donc impossible, quelque diligence qu’on fasse, que ces renforts entrent en action avant le 8 au soir

et plus probablement le 9. Puis on doit compter qu'il fau-. À

dra toute la journée du 9, au minimum, pour rejeter défi-

nitivement larmée Maunoury sur Paris. Pourra-t-on

arrêter les Anglais jusque-là, c'est-à-dire pendant trois

Jours pleins?

Kiuck ne met pas longiemps à faire ses calculs et à en

tirer la conclusion. À 40h. 10 il a demandé des rensei-

gnements à Bülow; à 11 h.15 il lui envoie déjà le message par lequel il lui fait connaitre la résolution prise : « Inter-

vention [H° et IX’ C. À. sur l'Oureq s'impose d'urgence.

Ennemi se renforce sensiblement. Prière mettre en marche corps en direction la Ferté-Milon et Crouy. »

Ce télégramme de quelques mots devait déterminer M

l'issue de la bataille en rendant le surlendemain la position de Bülow intenable au sud de la Marne et en l’obligeant à

1 retraite, qui entraînerait une à une les autres armées

di allemandes.

Éusngn la bataille continué à faire rage sur Îles plateaux à l’ouest de l'Ourcq.

À la droite française, la 45° D. L., après quelques progrès

au delà de Barcy est arrêtée. Plus au nord la 56° D. E. se lance à l'assaut d’Etrépilly; un de ses régiments y pénètre

et réussit d'abord à s'y maintenir. Un peu après midi le général von Linsingen à porté en ligne l'artillerie et une

des brigades d'infanterie de la VIE D. E. ; grâcé à ce ren-

| forl il prend l'offensive. La 56° D. I. perd Etrépilly; à sa

gauche la 63° D. R. commence à plier, mais sous les

rafales de nos baïteries la contre-attaque allemande perd

son élan et bientôt les lignes des deux partis se retrouvent à la même hauteur que dans la matinée. Aucun changement appréciable non plus dans la région de la Gergogne, où sé font face la 14° D. I. française ét la IV°D. I. prussiénné.

Au nord!, sur le plateau qui s'étend entre la coupure de la Gérgogne et celle de la Guivelle, doit se développer le mouvement tournant de la VIF D. FE. Là, Kluck a vu juste. La

manœuvre débordante échoue par suite de l'entrée en ligne

| de nouvelles forces françaises. A peine la VIF D. EL. s’estelle déployée à hauteur d'Etavigny qu'elle voit se dresser

devant elleune ligne ennemie. C'est la 61° D.R. (du groupe Ebener) qu'on a transportée en partie par chemin de fer

à jusqu'à Nanteuil-le-Haudoin et qui cherche, elle aussi, le

flanc de l'adversaire. Les deux opéralions enveloppantes

se neutralisent. Le combat s'engage de front ét ne tarde

pas à tourner à Favantage des Allemands. La 61° D. I. à

. d’abordenlevé le bois de Montrollesavecunde ses régiments,

; mais au débouché, cette unité, quin a pas pris letemps de se

4, Voir le croquis page 288,

256 LE PLAN DE CAMPAGNE ALLEMAND DE Agig is

remettre en ordre, est surprise par le feu de onrblols elle … ne peut se reformer, reflue à travers le bois, vivement poursuivie par l'infanterie allemande; ce mouvement entraine le reste de. la division, qui recule jusqu'au delà de

Villers-Saint-Genesi. À ce moment apparaissent au nord du ruisseau de Betz, sur le flanc droit de la VII° D. FE. victorieuse des masses de cavalerie française.

Le corps de cavalerie Sordet ‘, ramené d’abord au sud : de la Seine aux environs de Versailles, en est reparti le 6 |

par le chemin de fer (5° D. C.)}et par laroute (1° et 3° D. C.), se dirigeant sur la gauche de l’armée Maunoury. Dans la nuit du 6 au 7, la division provisoire Cornulier-Lucinière, quittant la vallée de la Marne, a passé derrière le front tenu par cette armée et a rallié le corps de cavalerie; elle a été alors dissoute et ses éléments ont repris leur place normale. Dans la journée du 7, les trois divisions reconstituées battent le pays entre le ravin de Betz et la forêt de

Villers-Cotterets, où elles rencontrent la IV° D. C. qui leur tient tête et enlève même à l’une d'’elles un canon et

quelques caissons dans un chemin creux près d’Autheuilen-Valois. Le bruit du combat qui se livre ainsi derrière sa droite impressionne la VII D. 1. qui, non seulement ne poursuit pas son avantage, mais évacue le bois de Mon-

trolles. La cavalerie française, de son côté, revient à « Nanteuil-le-Haudoin etla IV° D. C. allemande à la Villeneuve,

où elle avait passé la nuit précédente.

Tandis que, dans la partie nord du champ de bataille, le à combat cesse par le repli simultané des deux adversaires, « au sud, la bataille se ranime dans la soirée. Les 56° et 45° divi- . sions combinent une seconde offensive sur Etrépilly, tandis « que la brigade marocaine attaque à l'extrême droite par la .

1. Le général Sordet sera remplacé le 8 par le général Bridoux à Ia

tête du corps de cavalerie.

be de Meaux à Varreddes. Cette dernière attaque échoue 0 complètement. Au contraire, le mouvement sur Etrépilly est - d'abord couronné de succès. Un régiment de la 45° D. L ' dépasse même la localité dans la direction de Trocy. Une contre-attaque oblige les zouaves à abandonner leur . conquête, mais des deux côtés on est si épuisé qu'Etrépilly reste vide pendant la nuit.

. La bataille de l’Oureq} le 7 septembre, voit l'échec des

| tentatives d'enveloppement, comme la veille, et a été limi- tée pendant toute cette seconde journée à une lutte de front qui n’a donné d’autre résultat que d’user les armées en présence. Cette usure 8e complique, chezles Allemands, d'un mélange complet des unités. Le IV° C. À. R., les IV° et IE C. A. combattent enchevêtrés, ce qui rend l’exercice du commandement des plus difficiles, malgré la précaution qu’on a prise de former des groupements provisoires sur le terrain.

Alors qu'au nord de la Marne une bataille furieuse s’est livrée de l’aube à la nuit, au sud de la rivière, sur l’ancien front de la I armée, à peine tire-t-on quelques coups de canon. Les événements qui se déroulent dans hce secteur le 7 septembre semblent justifier l’optimisme de Kluck.

. L'armée britannique n’aborde que dans la soirée le cours du Grand Morin, dont l'ennemi s’esl retiré sans essayer de le défendre; elle passe la nuit protégée par des avantpostes passant par la Haute-Maison, Aulnoy, Jouy-sur- Morin. L'artillerie du corps Marwitz s’est bornée à tirer quelques salves à grandedistance sur les colonnes anglaises, puis ses deux divisions se sont repliées derrière la Marne, a IX° D. C. à Tancrou, la [T° D. C. à la Ferté-sous-Jouarre, ne laissant sur la rive gauche qu'une arrière-garde, à Jouarre, pour se relier au corps Richthofen. Celui-ci, après

ne esCeMbUERES avec la cavalerie anglaise, s'est

reporté derrière le Petit Morin, où il prolonge la droite de

la Il armée. Ses deux divisions se sont croisées pen< dant la retraite; c’est maintenant la V° D. C. qui tient

là droite à Ofÿ ét la D. C. de la Garde la beat à à Ha nières.

A la droite du corps expéditionnaire Britannique; les

orces françaises n’ont guère montré plus de mordant que

lui. La cavalerie du général Conneau, qui n'a pas eu à rer

un coup de carabine après avoir dépassé Courtacon, s'arrête le soir sur le Grand Morin, une seule de ses

trois divisions poussant à quelques kilometres au . à Saint-Bartliélemy. |

La gauche étle centre de la 5 armée dévaht lequé l'ennemi se replie sans combatiré mettent fort longtemp à s'en äpercevoir. On perd un témps précieux. L 18° C. À. emploie toute la journée à parcourir les di kilomètres qui séparent Sancy et Montceaux, où il s’es battu la veille, du Grand Morin; la majeure partie d corps d'armée ne prend même pas pied sur la rive nord

Le 3° C. À. n’en fait pas davantage ét bivouaque entr à Villeneuve-la-Lionne et Joiselle. Le 1" GC. A. a € ri encore à combattre le matin à Esternay l'arrière-garde. | du général von Quast; pourtant c’est le seul qui songe.

à exploiter la situation. Il poursuit sa marche jusqu'au“

plateau qui couronne, au sud, Montmirail et la vallée di Petit Morin. Son mouvement dégage le 10° G. A. qu progresse aussi et parvient à 30 ou é Kilomètres en decä de la rivière. 114

in US JS }

Page 1