‹ Le plan pangermaniste démasquéChapitre 10 sur 81 · I.K PLAN l'.\N<iKHMAMSrK · texte numérisé non relu

I.K PLAN l'.\N<iKHMAMSrK

«le la (irundo-IJrelaj^^ne de jtarlioiper sans délai à la lulle n'a lenu qu'à un (il, mais ce (il a été rompu. Si l'Angleterre avait tardé, ne fût-ce que de quelques jours^ des déharquemenls allemands fie seraient produits dans le Colenlin, en Brelajjne et justjue près dt» Bordeaux. La France étant ainsi rapidement réduite de toutes parts à l'impuissance, l'intervention anglaise eût été ensuite inefficace, et tout le plan pangermaniste de 11)11 se serait alors réalisé intégralement. Mais en entrant en guerre au moment qu'il fallait et en barrant ainsi la mer, la Grande-Bretaj^ne, tout en se sauvant elle-même, a vraiment donné à l'humanité civilisée les moyens d'éviter le joui? prussien. L'intervention anglaise, succédant au premier répit résultant de la magnifique résistance armée de la Belgique, a bouleversé, en effet, le plan allemand initial.

Mais les Allemands sont habiles, tenaces et retors. S'adaptant aux circonstances nouvelles qui se sont imposées à eux, ils n'ont pas encore renoncé à tirer de la guerre un énorme profit. Il faut donc savoir quels procédés ils ont imatiiné pour tâcher de réaliser encore la presque totalité du plan pangermaniste de 1911.

Afin que les responsabilités de l'Allemagne soient bien nettement établies aux yeux des neutres, — dont beaucoup ont été trompés par la propagande allemande, — il importe de montrer clairement l*e mécanisme de réalisation du plan pangermaniste tel qu'il apparaît k travers les faits.

De 1892 jusqu'à la guerre, c'est-à-dire pendant vingt-deux ans, le ?nouvement pangermaniste s'est développé avec une intensité croissante. Afin de diffuser dans le peuple allemand les désirs d'annexion et ainsi le préparer à la lutte par l'appât du butin, les pangermanistes ont exposé le /jlan pangermaniste dans tous ses détails dans une multitude de publications. Deux sont particulièrement importantes. La brocliure, publiée sous l'égide de V Alldeiitscher Verband, Grossdeutschland iind Mittelenropa um das Jahr 1950. — La Grande Allemagne et r Europe cejitrale en 1950, éditée par Tbormann et Goestch S. W. Dessel Strasse, 17. Berlin en 1895, donne le plan pangermaniste de 1893. Le livre d'Otto Richard Tannenberg : Gross-Deutschland die Arheit des 20 Jalirhunderts. — La Grande Allemagne, Vœucre du XX" siècle, qui a paru chez Bruno

LR IM.AN PANf.EHMANISTK 47

Volj*er àLeipzi^-Golilis en 11)! I, fournil presque tous les renseijînenienls (h'siraMcs sur le plan (le IIHI

Mallieureusement, bien cju»' celle lilléralure panjjernianisle fùl très considérable, fort savamment documentée et répandue dans les masses à un nombre d'exemplaires énorme par des sociétés extrémem«'nl puissantes, patronnées par les plus baules auloiitt'js de l'Empire, bien rares furent ceux liors d'Allemaj^ne qui voulurent croire à son extrême importance. Mais maintenant, celle-ci est démontrée par les faits. La réalité, l'élendue et les étapes de réalisation du plan pangermaniste de 1911 sont établies par :

l" La (lircclion donnée par l'Allemag^ne depuis le 1" août 11)14 à ses opérations politiques et militaires qui ont eu pour objectif, non pas comme beaucoup l'ont cru, de prendre des gages, mais ilo s'emparer des territoires à annexer k peu près exactement selon le plan de 1911 tel qu'il est exposé dans le livre de Tannenberg".

2^* Le mémoire remis, le 20 mai 19 Ki, aucban- - elier de l'Empire allemand par la Ligue des agriculteurs, la Ligue des paysans alleniauds, le Groupement provisoire des associations chrétiennes de paysans allemands, actuellement Association des paysans tvestphaliens, l'Union cen-

48 LE PLAN l'ANGERMANISTE

traie des i?idiistriels allemands, la Ligne des industriels et l'Union des classes moyennes de l'Empire. (V. Le Temps, 12 août 1915). L'importance de ce document ne saurait être exagérée. En etFet, il émane des associations les plus puissantes de l'empire qui groupent tous les éléments influents du peuple allemand, notamment les agrariens^ et les néfastes hobereaux prussiens. Or, ce mémoire a eu pour objet, comme on le constatera, de réclamer des annexions aussi exactement conformes au plan pangermaniste de 1911 que l'a permis le développement des opérations militaires. Pour quiconque connaît l'Allemagne, il est difficile de douter que ce mémoire a été remis à M. de Bethmann Holweg après entente préalable avec celui-ci. On a voulu sans doute que ce document pariit constituer une pression de l'opinion publique allemande dominante sur le gouvernement de Guillaume II. Mais si les idées exprimées dans ce mémoire reflètent incontestablement les volontés des cercles les plus influents outre-Rhin, elles correspondent, en outre, fort nettement, au programme d'extension dont Guillaume II a préparé progressivement la réalisation depuis plus de vingt ans.

3° Les déclarations faites à la séance du Reichstag du 11 décembre 1915 prouvent l'exac-

LE l'LAN PANGERMANISTE 49

lilude de cotlc constatation. Le Chancelier dr l'Kmpire a dit :

« Si nos ennemis ne veulent pas se courber maintenant, i/s seront oblige de le faire plus tard... Quand nos ennemis soumettront des propositions de paix conformes à la dignité et à la sécurité de f Allemagne, nous serons prêts à les discuter... Mais nos ennemis doivent se dire que plus ils conduiront la guerre avec acharnement, pins les garanties nécessaires augmenteront. »

M. (le lielhmann-Hohveg dont le jeu diplomatique consiste naturellement à ne démasquer que progressivement les énormes prétentions de l'Allemagne, afin de ne montrer que le plus tard possible aux neutres le monstre pangermaniste dans toute son horreur, ne pouvait alors s'exprimer plus clairement. Mais à peine avait-il fini de parler que le député Spahn fit à la tribune du Reichstag un commentaire fort précis des paroles du chancelier allemand.

« Nous attendons, dit M. Spahn, l'heure qui rendra possible les négociations de paix, sauvegardant fiTz/ne/afo/i joerma/i<?n/e et par tous les moyens, ij compris les acquisitions territoriales nécessaires, tous les intérêts militaires économiques et politiques de l'Allemagne dans toute .wîi étendue. »

50 LE PLAN l'ANGERMANISTE

Le tonnerre d'applaudissements qui accueillit ces paroles prouve qu'elles avaient l'assentiment de l'écrasante majorité des députés allemands qui croyaient encore à cette date à la possibilité pour l'Allemagne de réaliser d'énormes acquisitions.

La préparation du plan pangermaniste a nécessité, depuis plus de vingt ans, une propagande formidable dans les masses allemandes et une organisation mondiale. Gomment se fait-il que ce plan a été ignoré, dans sa réalité et son étendue, à la fois par les diplomaties de la France, de l'Angleterre et de la Russie? Il en a été cependant bien ainsi, car autrement ces trois puissances n'auraient pas été surprises par la guerre. Il y a là un fait de prime abord invraisemblable dont il convient de donner l'explication.

Les agents diplomatiques des Alliés ne sont certainement pas inférieurs personnellement aux agents diplomati(jues de Guillaume II mais l'organisation d'action extérieure totale du Kaiser comporte des instruments nouveaux d observation et d'influence dont le gouvernement de Berlin, depuis une vingtaine d'années, a flanqué

LE PLAN PANGERMANISTK 51

sa «liplomatie oflicielle sans que ces organes nouveaux aient aucun lien apparent acec elle. Or, dans aucun des pays aujourd'hui alliés, des instruments d'ohservalion cl d'aclion correspondant à ('«'S nouveaux organes j^errnaniques n'ont été créés. Il en est résulté dans les moyens d'action extérieure de l'Entente une infériorité d'équipement (|ui était considéiahle.

Le plan pan germaniste est fondé sur la connaissance très exacte acquise par les Allemand» au prix d'un travail intense qui dure depuis vingt-cinq ans, de tous les problèmes politiques, etimographiiiues, écononii(iues, sociaux, militaires et navals, non seulement de l'Europe, mais du monde entier. Or, ce travail formidable na pas été fait par la diplomatie officielle allemande. II a été effectué soit par des adiiérents de VAlldeutscher Verhand ou Union Pangernianiste, soit par des agents du service allemand secret, lequel a reçu un développement extraordinaire. Ce sont ces divers ag^ents, rouages intermédiaires entre les espions classiques et les diplomates ofliciels, — le baron de Schenk qui a opéré à Athènes en 1915-1916 est le type d'une' catégorie de ces agents, — qui ont étudié métho-

52 LE PLAN PANGKRMANISTE

diquement tous les problèmes-bases du plan pangermaiiiste, qui ont préparé les moyens de fausser l'opinion des neuties, de paralyser la révolte des Slaves de TAutriche-Hongrie, de corrompre ceux des neutres (personnes ou journaux) qui pouvaient l'être, etc. Les rapports de ces multiples agents, une fois contrôlés et résumés, ont été envoyés à la fois à la Wilhelmstrasse, au grand état-major allemand, — dont les opérations d'ensemble sont toujours combinées de façon à correspondre aussi bien aux nécessités politiques qu'aux nécessités militaires, — et au cabinet de Guillaume II dont le cerveau a ainsi pu emmagasiner tous les moyens techniques de préparer et de réaliser son plan de domination.

La diplomatie des Alliés était-elle outillée pour saisir dans son ensemble mondial l'immense travail de préparation pangermaniste des agents secrets allemands? Non. On va voir pour quelles raisons.

Tout d'abord, il importe de rectifier l'idée fausse que le grand public se fait souvent de la diplomatie. Il s'imagine volontiers que les diplomates /o/i/ l'histoire en préparantde mystérieuses et savantes combinaisons. Or l'expérience des siècles prouve que, le plus généralement, les diplomates enregistrent seidement PHistoire mais ne la créent pas. Mon maître Albert Sorel

Page 1