I.i; l'LAN i'ANGERMANISTE
exprimait celte vérité par celle jolie formule : « Les diplomates sont les notaires de C Histoire ». En réalité, la diplomatie d'un pays quelconque contribue à />n^/>rtrf»/' et à faire IHistoire seulement (juaiul le destin place à sa tète un grand homme aux idées puissantes et justes qui sait les appliqueravec touslesmoyensde son époque. Or, c'est un lait curieux à remarquer, ce grand homme n'est pour ainsi dire jamais de la carrière, avec un grand C. Par exemple Richelieu, iNapoléon, Palmerston, Disraeli, Cavour, Bismarck, qui ont préparé et créé de l'Histoire n'étaient pas des diplomates de profession. Malheureusement, il n'apparaît pas que la Fortune ail doté aucun des pays alliés, avant ou depuis la guerre, d'un cerveau capable de mener avec une compétence grandiose la diplomatie de l'Entente. Celle-ci sesl donc trouvée, avant et depuis la guerre, réduire aux services de ses diplomates en tant que fonctionnaires, qui, comme tous les fonctionnaires, attendent les instruclions d'en haut, lesquelles fort souvent ne viennent pas.
En outre, la diplomatie des pays alliés, n'ayant pas été flanquée comme la diplomatie allemande d'organes nouveaux d'observation, en est encore réduite aux moyens d'information de jadis. Ces moyens, à peine dilférents de ceux d'il y a cent ans, sont tout à fait insuffisants pour suivre,
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soit ]a formation et renchaînement si rapide des idées ou des événements multiples qui, en Europe centrale et dans les Balkans, ont été, — comme on le constatera, — les causes immédiates de la guerre, soit dans l'organisation pangermaniste qui, précisément parce qu'elle est énorme, est constituée d'éléments infiniment divers dont l'impoitance d'ensemble ne se dégage que lorsqu'on découvre le lien qui les relie entre eux. Or le diplomate officiel classique vit dans un monde à part. Ses renseignements sont surtout des renseignements de chancellerie ou de seconde main. Ils proviennent très rarement d'une observation directe des populations ou des faits. Les secrétaires d'ambassade partagent leur temps entre leur travail de bureau qui consiste pour les 9/10" à rédiger et à copier en belle écriture et des relations mondaines charmantes mais qui ne sortent pas d'un cercle spécial et fermé. Très peu connaissent la langue dupays où ils résident ; moins encore voyagent dans l'intérieur pour l'étudier. Or, les événements qui bouleversent l'Europe procèdent, en réalité, soit de l'hypertrophie des ambitions allemandes, qui se sont traduites par une foule de manifestations locales, soit des progrès des nationalités en Autriche-Hongrie et dans les Balkans qui ont donné également lieu à de multiples faits locaux. Ces faits se passent le
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plus souvent loin des capitales et l'appréciation exacte de leur importance nécessite une observation directe et sur place à laquelle précisénjcnl il n'est pas conforme aux usagées des diplomates oflicii'Is de procéder. Or, les «liplomates de l'Etitenle n'ont pas eu à leur disposition les agents d'observation (ju'il eût fallu, pour aller, par exemple, entendr»' les multiples conférences de propap:ande panjj^ernjatjiste. leur procurer et leur traduire les brocliures signilicatives de \ Alldentscher Ver bond, entrer en rapports personnels avec ces cbefs de partis slaves ou latins d'Autricbe Hongrie, souvent sans action parlementaire, plus souvent encore sans aucune fortune, sans rang dit social, qui n'avaient pour eux que leur idéal national, leur puissance de conviction, mais qui étaient les vraies forces nouvelles, car ils agissaient surles masses populaires en étroite communion d'idées avec elles. En l'absence de cette organisation, qui eût été indispensable, les diplomates de l'Entente en ont été réduits, sur bien des points, aux renseignements superliciels et fort incomplets des coupures de journaux, publiés souvent d'ailleurs dans des langues qu'ils ne pouvaient pas lire. Ces coupures et ces renseignements tout à fait superliciels, insuflisanls, sans lien entre eux, n'étaient donc pas de nature à les avertir de l'approche
d'un grave péril. Il faut ajouter que dans les diplomaties de tous les temps, quand elles ne sont pas menées par un homme supérieur, les formules « pas d'affaires », « il est urgent d'attendre », « il ne faut pas croire que c'est arrivé», ont exercé une funeste influence. Il en résulte un scepticisme qui généralement, dans les milieux diplomatiques, est considéré comme nécessaire et élégant. Cet état d'esprit se combinant avec l'absence de renseignements multiples, directs et coordonnés a fait que quand, avant la guerre, on tentait de persuader un diplomate officiel que le but final de la politique de Guillaume II était l'établissement delà domination allemande sur le monde, on était rapidement classé parmi les esprits systématiquement soupçonneux et chimériques.
Il faut concevoir enfin que le système qui consiste à changer de poste un diplomate tous les quatre ou cinq ans, en l'envoyant souvent aux antipodes, le met dans l'impossibilité d'arriver à avoir une vue générale précise et documentée des événements en formation dans une zone territoriale aussi étendue, aussi complexe et aussi difficile à connaître que l'Europe centrale et les Balkans.
Ces diverses considérations permettent de comprendre pourquoi si, dans les vingt-cinq
aniUH's (|ui préc»'Ml(>r(>nl lii i^ucrr»», certains des diplomates des puissances alliées ont bien pu sif^naler dans leurs rapports une action locale pan«^ernianisle qui leur paraissait suspecte et dij^ne d'altenlion, aucun d eux n'a été à même de saisir le plan pangermanisle total dans sa rôaliic et dans son étendue. Ces Considérations expliquent aussi, en partie, les échecs de la diploinalie de l'Entente dans les Balkans.
En résumé, les diplomates officiels alliés ne sont pas personnellement inférieurs aux diplomates officiels allemands, mais ceux-ci ont eu cependant sur leurs collègues de l'Entente l'énorme supériorité de connaître le plan général de la politique beriinoise,de'savoir, dans chaque poste qu'ils occupaient, dans quelle direction il fallait marcher, ce qu'il fallait obtenir ou empêcher, pour concourir au but lînal. Il est incontestable, en effet, que dans les vingt-cinq dernières années, sous l'inspiration du Kaiser, la politique extérieure allemande a été constructive d'un plan défini alors que la diplomatie des pays aujourd'hui alliés, reflétant la politique de leurs gouvernements sans plan concret, s'est bornée,
parce qu'ils croyaient obstinément à la paix, à une défensive amorphe et stagnante.
D'autre part, en tant qu instrument dobsercation, la diplomatie des alliés réduite aux anciens procédés a été une simple loupe ne permettant de voir que les faits les plus o^ros. Par contre, rorr/anisation d'action extérieure allemande, en raison des organes nouveaux, officieux et secrets, dont la diplomatie allemande a été flanquée, comprenait dans son outillage de puissants microscopes permettant d'étudier la totalité des faits, même des infiniment petits qui cependant ne sont pas sans importance.
Enfin, entant qu'instrument d'action^ la diplomatie des Alliés, employant encore seulement les vieux moyens classiques, a été comparable à une armée n'ayant que de l'artillerie de campagne tandis que ï organisation dinfltience extérieure allemande totale était l'équivalent d'une armée dotée à la fois d'artillerie de campagne et d'artillerie lourde.