‹ Le plan pangermaniste démasquéChapitre 16 sur 81 · I.E PLAN PANtJKUMA.MSTK · texte numérisé non relu

I.E PLAN PANtJKUMA.MSTK

JiisCfi/t. D'aulie pari, la Hoiirnani»', «MillKmM.i.Miifc par son acquisition en l'.MH de la l)ol)r()U(lja bulgare, pensait de |)lus en plus à obtenir, aux dépens de la Hongrie, la Transylvarue qu'elle comptait bien recueillir comnne un fruit mûr au moment «l'une transformation profonde de l'empire des Habsbourg (jue tout indiquait comme devant ôtre relativement procbaine. Donc, si le nouvel état de choses balknnitftœ résultant du •pacte de Bucarest avait pu produire toutes ses coiisf'tjuences, l'influence du germanisme ei\t infailliblement périclité dans l'empire des Habsbourg tout autant qu'il venait d'en advenir dans les Balkans.

En eiTet, sous la pression croissante de ses éléments slaves et latins, sinon la dislocation, tout au moins l'évolution de l'Autricbe-Hongrie vers le fédéralisme se serait imposée. Le fédéralisme n'eût pas mis en cause les frontières de Tempire des Habsbourg, mais il eût incontestablement et nécessairement donné la prépondérance politique aux éléments slaves et latins les plus nombreux et les plus prolifiques. Or, ces éléments étaient et sont dans leur énorme majorité résolument hostiles à toute alliance avec V Allemagne . Ainsi progressivement, l'empire des Habsbourg évoluant fût devenu de plus en plus indépendant de Berlin au point de vîie de

.s« politique extérieure. Un rapprochement de l'empire des Habsbourg avec la Russie, la France et l'Angleterre, eût été la conséquence certaine du relâchement progressif des liens avec Berlin. Ainsi TAllemagne se fût trouvée privée de l'appui artificiel que, depuis Sadowa, elle trouve à Vienne et à Budapest grâce à l'hégémonie germano-magyare. Donc finalement et pacifiquement, Guillaume II eût eu affaire à un état de choses qui eût créé en Autriche-Hongrie à ses plans d'extension pangermaniste vers l'Orient, une barrière encore plus formidable que celle qui venait de surgir en 1913 dans les Balkans comme conséquence du traité de Bucarest.

Si l'on tient compte du puissant enchaînement des répercussions extraordinairement importantes qui devaient nécessairement résulter du nouvel état de choses établi à Bucarest par sa réaction fatale sur les 28 millions de Slaves et de Latins d'Autriche-Hongrie, on conçoit alors que si la paix européenne eût duré, les chances de réalisation du plan pangermaniste eussent été entièrement ruinées à la fois en Turquie, dans les Balkans et en Autriche-Hongrie, c'est-à-dire dans les trois zones territoriales de réalisation du plan paiigermaniste qui, comme on le vérifiera au chapitre HI, constituent et de beaucoup la partie principale du plan de 19H.

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On conshilc ainsi comment révolution int«'riruro do rAutricho-Honp^rio ,s7/r /e ;;om/, comme conséquence du traité de Bucarest, d'échapper pour toujours à Vinflupricc de Berlin^ — ce qui eût brisé le pivot de toutes les combinaisons pangermanistes, — a décidé (luillaume II à la guerre immédiate.

Les Alliés demanderont à l'Allemagne, conformément aux principes généraux du droit, compte de ses crimes inouïs et réparation intégrale des préjudices moraux et matériels énormes qu'elle a déterminés. Il est donc nécessaire que les causes de la guerre soient dégagées par une vue d'ensemble afin qu'aux yeux de l'univers civilisé il soit nettement établi que c'est bien légitimement que l'Allemagne paiera le prix d'une responsabilité qui, en toute justice, doit peser sur elle seule. Pour comprendre la nécessité pratique de cette vue d'ensemble à dégager pour l'opinion neutre, il faut considérer que toutes les discussions qui ont eu lieu jusqu'à présent sur les causes de la guerre ont eu pour base seulement les documents diplomatiques publiés par les divers belligérants et que ces documents ne se référaient qu'à des faits

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ayant précédé le conflit seulement de quelques semaines. Or, en discutant sur les textes multiples, sur des dates nombreuses et rapprochées, faciles à confondre, rien n'est plus aisé à des argumentateurs subtiles, intéressés et de mauvaise foi comme les Allemands, d'interpréter les mêmes faits dans des sens divers et d'arriver ainsi à des conclusions diamétralement opposées à la vérité. C'est ce qui s'est produit.

Grâce à son intense « mobilisation intellectuelle », qui a été aussi puissamment prévue cl réalisée que sa mobilisation militaire, l'Allemagne a pu, par des interprétations fallacieuses des documents diplomatiques, égarer profondément l'opinion de beaucoup de neutres, même de bonne foi, sur les vrais responsables de la guerre. Rien ne saurait donner mieux idée des résultats indiscutables obtenus par l'Allemagne à cet égard que ces lignes du colonel suisse Gortsch publiées dans V Intelligenzblatt de Berne :

« Les événements de la fin de juillet ont convaincu tout bomme de bon sens que l'Allemagne a été provoquée à la guerre et que l'em-

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IMTciir Guillaume II a larj^^einent attendu avant (le ivlovcr la provocation.

« La fault; principale de la guerre et sa responsabilité intellecluelle seront imputées par i'iiistoire à l'Angleterre ; la Russie et la France seront (lualifiées de complices .. C'est la politique anglaise, ouvertement et égoïstement dépourvue de scrupules, qui est la cause de la guerre mondiale. » (Cité par L'Ëc/io df Paris, lî janvier 191G.)

C'est là exactement la thèse que M. de Bethinann-Holweg a voulu accréditer chez les neutres. Elle est absurde pour tous ceux qui ont vraiment bien connu rAnglcterre dans les dernières années qui précédèrent la lutte. Pendant cette période, les dirigeants de la Grande-Bretagne ont été uniquement guidés par cette idée, séduisante mais entièrement inexacte, que puisqu'ils voulaient la paix ils n'auraient pas la guerre. Toute la politi(}ue extérieure de la Grande-Bretagne a été inspirée de cette conception. C'est elle qui explique l'attitude d'extrême conciliation du cabinet de Londres envers l'Allemagne au moment de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine (1909), pendant les guerres balkaniques (19i2- 1913) et à propos du chemin de fer de Bagdad qui cependant, d'une façon manifeste, menaçait la route des Indes. Le cabinet libéral de Londres reflétait d'ailleurs l'opinion britannique domi-

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nante qui croyait absolument aux assurances de lord Haldane. Celui-ci passait, bien à tort d'ailleurs, pour un parfait connaisseur de l'Allemagne et dans un discours à Tranent il affirmait à ses compatriotes : « L'Allemagne n'a pas la moindre pensée de nous envaliir ». (Cité par le Morning Posi, 16 décembre 1915.)

Jusqu'à la déclaration de guerre, Sir Edward Grey, inclinant toujours à croire à la justesse du jugement de son ami lord Haldane, a préconisé toutes les combinaisons imaiginables qui eussent permis de maintenir la paix si Guillaume II l'avait vraiment voulue. Enfin l'impréparation totale de l'Angleterre à une guerre continentale, qui a été évidente dès le début du conflit, ne constitue-t-elle pas la meilleure preuve de ses intentions sincèrement pacifiques avant la guerre?

D'autres neutres, — et même quelques Français, — s'imaginent encore que la lutte est une résultante de la politique générale dite de M. Delcassé. « A maintes reprises, disent-ils, l'empereur Guillaume a cherché à se rapprocher de la France. Si on avait répondu à ses avances, la guerre eût été évitée. » Il est incontestable qu'à certains moments Guillaume II a cherché à atti-

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rer la Fiiiiice dans aon orbite, mais c\''tait prêli sèment afin de mieux assurer la réalisation du plan pangermaniste qui a constitué la préoccupation dominante du Kaiser presque dès son avènement. Les événements militaires actuels prouvent clairement que si la France s'était laissée prendre aux sourires du t«'nlaleur d«' Berlin, toute coalition efficace dés g;randes puissances contre TAllemap^ne serait ensuite devenue impossible. Quant à la Franc*, si elle avait cru à Guillaume II, elle n'aurait pas eu la guerre puisque celle-ci aurait été inutile au point de vue allemand. En effet, sans lutte, la France eût été réduite praticjuement à un état d'esclavage absolu qui, dans l'bistoire, n'ajamais été réalisé qu'à la suite d'une guerre totalement désastreuse. Les faits acquis permettent de se rendre compte, avec la plus complète évidence, que tel aurait bien été l'aboutissement d'un « rapprochement » entre la F'rance et l'Allemagne. On sait maintenant à quel point les Allemands avaient déjà pénétré la plupart des organismes économiques fiançais. Si le gouvernement de Paris avait composé avec Berlin, rien n'aurait plus pu arrêter la pénétration pacifique totale de la France par TAllemagne. Peu à peu, la France aurait ainsi complètement cessé d'être maîtresse chez elle. Au bout de quelques années, elle se fut trouvée

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dans la situation qui est actuellement celle de rAutriche-Hongrie qui, pour l'heure, est dans l'impossibilité d'échapper à l'étreinte prussienne par ses propices tnoyeas. Enfin, peut-on croin' un instant que si la France avait pratiqué cette politique de rapprochement avec Berlin, Guillaume II aurait pour cela renoncé à ses rêves de domination? Bien au contraire, sa mainmise aisée sur la France, en pleine paix, n'aurait fait qu'aiguiser ses appétits héréditaires de HohenzoUern et la France, -^ qui depuis la guerre est le pivot de la résistance européenne à la domination prussienne, — une fois mise hors de cause, par l'effet de son investissement effectué par les Allemands en pleine paix, la réalisation du reste du plan pangermaniste aux dépens de la Russie et de l'Angleterre aurait pu avoir lieu sans rencontrer aucun obstacle irréductible.

Ce n'est donc pas le principe de la politique, dite de M. Delcassé, qui est la cause de la guerre. M. Delcassé aura bien assez de comptes à rendre sur Vapplication de sa politique acant et pendant la lutte sans qu'on lui reproche une orien tation générale qui manifestement était théoriquement bonne.

En maintenant l'alliance avec la Russie, en opérant la détente avec l'Italie, en réalisant l'Entente cordiale, M. Delcassé a pratiqué une

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[)oliti(|ue juste quant aux principes. Les événomonts actuels le prouvent avec éclat.

Lu fausseté de rarj^^uinenlatioii alleiuanile ayant été rappelée, dégageons maintenant pour les neutres de bonne foi la vue d'ensemble des vraies causes de la guerre et établissons quel a et»' leur enchaînement. Distinguons : la cause profonde et les causes immédiates du conflit.

La guerre a une cause profonde lointaine unique : la volonté de Guillaume II de réaliser le plan pangermaniste . Toutes les causes secondaires de la guerre, c'est-à-dire les causes économiques, procèdent de celle-là. En effet, la réalisation du plan pangermaniste a précisément, en partie, pour objet de mettre fin aux difficultés énormes que l'Allemagne s'est elle-même créées en hypertrophiant son industrie et en rompant ainsi ie juste équilibre qui existait jadis chez elle entre la production agricole et la production industrielle. La réalité de cette cause profonde unique de la guerre est démontrée par :

1° La préparation intellectuelle, dans tous les domaines, du plan pangermaniste depuis vingtcinq ans

2° Des aveux formels très ^anciens du genre

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de celui-ci. En 1898, le contre-amiral allemand von Gœtzen, ami intime du Kaiser, se trouvant k Manille, tout en déclarant qu'on ne le croirait sûrement pas, dit à l'amiral américain Dewey qui venait de détruire devant Manille la flollc espagnole :

« Dans environ quinze ans, mon pays commencera sa grande guerre. En deux mois nous serons à Paris. Mais ce ne sera qu'un premier pas vers noire but réel : le bouleversement de l'Angleterre. Chaque chose se produira à rheure dite ; car nous serons prêts et nos emieinis ne le seront pas. » (V. Naval and Military Record, cité par L'Écho de Paris, 24 septembre 1915.)

3" Les faits matériels de préparation mondiale manifeste à la guerre plusieurs mois avant son éclat, mais après que le Kaiser avait résolu de la déclancher , c est-à-dire vers le mois de novembre 1913. (Preuves : déclaration de Guillaume II le 6 novembre 1913 au roi Albert de Belgique, entrevue du Kaiser avec l'archiduc François-Ferdinand en avril 1914 à Miramar, en juin 1914 à Konopischt où il fut accompagné de l'amiral Tirpitz.)

Ces faits matériels sont multiples, mais il suffira de rappeler comme particulièrement significatifs, parce qu'ils ont exigé un long et compliqué effort : l'organisation du ravitaillement

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dos croiseurs-rorsaires allemands dans toutes les mers du jçlobe, en vue d'une longue guerre de course et la préparation de la révolte du su«l africain contre l'Anji^lelerre.

Lr.s causes immédiates de la guerre qui ont décidé Guillaume II à précipiter le conflit sont :

i° La défaite de la Tunjuie en 1912 par l'Italie et les Balkaniques, défaite (|ui, en portant atteinte à l'inlluence berlinoise à Constantinople, compromettait par là même la mainmise allemande commencée sur l'Empire ottoman.

2' Les consé(|uences du traité de Bucarest qui en 1913 avaient élevé automatiquement une barrière puissante aux prétentions pangermanistes sur les Balkans.

3° L'évolution intérieure de l'Autriche-Honi;Tie qui, en raison des progrès incessants des sujets slaves et latins deFrançois-Josepb, mena- <;ait à bref délai de soustraire l'empire des Habsbourg à la tutelle de Berlin.

Ces deux derniers groupes de faits auraient eu pour conséquence de réaliser en Europe centrale et dans les Balkans les trois barrières anti-allemandes symbolisées sur la carte ci-contre par les gros traits noirs. Or, ces barrières eussent empêché pour toujours la réalisation du plan pangermaniste.

Pour parer à ces diverses éventualités il ne

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restait à Guillaume II qu'une ressource : la guerre, « industrie nationale de la Prusse »,

comme disait Mirabeau, dont la si juste expret sion fut trop longtemps oubliée.

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