LK 1>I,AN PANGERMANISTE
lorsqu'eux-mêmes auront su imposer à l'Allemagne au sujet de ces grands problèmes des solutions qui, par la force des choses, ne peuvent être qu'entièrement contraires à celles prévues par Berlin. Il est impossible qu'il en soit autrement. La question d'Orient qui se pose maintenant devant l'Europe n'est plus la vieille question d'Orient classique, mais une question d'Orient prussianisée, pénétrée sous tous ses aspects pajles ambitions des Hohenzollern présentes et futures. De même, la question d'Autriche actuelle n'est plus la question d'Autriche de jadis qui consistait alors dans la vieille lutte des Habsbourg contre leurs nationalités. Ce quelesAllirs ont maintenant à considérer en Europe centrale, c'est la question d'Autriche prussianisée par deux faits essentiels : l'influence dissimulée mais exclusive que Berlin a exercée d'une façon croissante sur Vienne, depuis surtout une quinzaine d'années, et la mainmise que les Hohenzollern ont pu réaliser, à la faveur de la guerre, sur tout l'empire des Habsbourg renfermant 28 millions de populations slaves et latines réduites sous le joug et qui n'attendent plus leur salut que de l'écrasement du militarisme prussien.
LE IM-AN PANr.ERMANISTE 121
Le plan paiigeniiuiiisle ciilindoiuu' à la lutte qu'il a déchaînée un caractt»re d'horreur sanf^hmte extraordinaire et sans aucun précédent dans l'histoire.
En somme, Guillaume II, après avoir, par la propagande pangermaniste, développé chez son peuple d'âpres désirs de con(|ut^te et de hulin, a déclaré la j?uerre avec l'idée lixe qu'elle devait ahoutir à rétablissement en Europe et en Turquie de l'hégémonie de 77 millions d'Allemands sur 127 millions de non-Allemands. La camarilla prussophile de Vienne, violente mais en fait peu nombreuse, un groupe d'aristocrates magyars inféodés au néfaste comte Tisza, une douzaine de pseudo jeunes-Turcs vendus à Berlin ont été les complices du Kaiser. Ce sont ainsi, en définitive, quelques hommes seulement qui ont entraîné dans la guerre les 50 millions d'Austro-Hongrois et les 20 millions d'Ottomans, donc 70 millions de belligérants qui, dans leur immense majorité, ne voulaient certainement pas de conflit sanglant. Il s'ensuit que celui-ci résulte, d'une façon manifeste, de la trahison des peuples par leurs rois ou leurs gouvernants turco-magyars.
L'origine comme le but de cette guerre en font donc l'entreprise la plus férocement réactionnaire qui se puisse imaginer. Elle l'est au point que ceux qui, en France, sont qualifiés de réactionnaires, et qui comparés aux Junkers prussiens sont de grands libéraux, se trouvent étroitement d'accord avec les socialistes les plus ardents pour vouloir la ruine totale d'une entreprise qui, si elle réussissait, ferait moralement rétrograder le monde moderne jusqu'au moyen âge sous la forme la plus odieuse. Mais ce serait cette fois le moyen âge rendu immuable par l'effet des forces de la science la plus récente qui serviraient à le fixer dans le temps. Le courant électrique mortel qui circule dans les fils métalliques qui actuellement forment une barrière infranchissable entre la Belgique et la Hollande constitue un symbole parfait de ce que serait pour les non-Allemands le bagne pangermanisLe.
D'autre part, le fait qu'ils poursuivent un plan d'esclavage gigantesque et sans précédent a conduit logiquement les Allemands d'abord à violer cyniquement toutes les lois de la guerre entre belligérants et ensuite à commettre systématiquement d'abominables forfaits de droit commun, soit aux dépens des neutres qu'ils veulent terroriser comme les usiniers des Etats-
LE PLAN l'ANdl IIMAMSTK
Unis, soit aux dopons des malheureuses populations civiles «les régions « cambriolées » dont les souffrances sont indicibles. Les faits résultant du terrorisme panp^ermaniste sont tellement nombreux et si prodijjieusement atroces que les historiens auront une diiliculté énorme à peindre le tableau dantesque de tous ces crimes dans leur colossale horreur. Les Allemands mènent incontestablement la guerre dans des conditions qui les assimilent à de vulgaires cambrioleurs-assassins, donc à des criminels de droit commun. Ils se sont ainsi placés au ban de l'humanité et ceux <jui hors d Allemagne les aident sciemment dans letir triche d'asservissement de l'Europe sont purement et simplement des complices et devraient f'frc traifrs co/f/z/tr /cls.
Le 19 janvier 4916, au Reichstag, le député Martin assurait : « Le peuple allemand serait mécontent si l'Allemagne restituait les territoires qu'elle occupe actuellement. (V. Le Temps, 21 janvier 1916.) Cette phrase résume l'opinion dominante outre-Rhin.
Pour tâcher de conserver la plupart des territoires qu'ils occupaient au début de 1916 les
Allemands ont combiné les moyens militaires et les manœuvres politiques.
Les Allemands se sont retranchés formidablement sur tous les fronts susceptibles d'être attaqués par les Alliés. En accumulant partout ouvrages défensifs, mitrailleuses, artillerie lourde, les Allemands espèrent pouvoir compenser l'usure de leurs effectifs et continuer à résister aux assauts des Alliés jusqu'à ce que ceux-ci soient lassés de l'effroyable lutte. L'expérience de la guerre ayant établi l'extrême difficulté qu'il y a à percer une série de lignes puissamment fortifiées paraît servir de base au calcul principal de l'état-major allemand qui [semble être le suivant.
« Nous avons réalisé les 9/10" de nos acquisitions prévues. Calais, Verdun, Belfort, Riga et Salonique seuls nous manquent. Nous tâcherons d'emporter ces places si les conjonctures s'y prêtent, sinon, afin de ne pas courir des risques excessifs, nous resterons partout, en Europe, sur une défensive mordante, tout en paraissant toujours vouloir attaquer afin de dérouter nos adversaires. Si les Franco-Anglais s'obstinent à vouloir concentrer leurs elTorts surtout contre nos lignes du front occidental, comme celles-ci sont multiples et très puissantes, ils éprouveront des pertes telles que môme s'ils arrivent à nous