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III. La Roumanie et le plan pangermaniste

En raison du fait qu'ils font géographiquement partie de la zone Hambourg-Golfe Persique, les Etats des Balkans sont d'une importance extrême soit pour la réalisation, soit pour l'anéantissement du plan pangermaniste tout entier. Au surplus, les événements se sont chargés de démontrer aux plus sceptiques l'influence de ces Etats sur l'évolution de la lutte. L'opinion publique, alliée ou neutre, doit donc saisir très nettement combien étroit est le rapport existant entre les facteurs balkaniques et le plan pangermaniste universel.

Il ne peut s'agir ici que des facteurs balkaniques fondamentaux, de ceux ayant un caractère durable et permanent et non pas de l'attitude de certains gouvernements de la péninsule orien-

taie. Cette attitude, depuis un an surtout, est singulièrement vacillante. Elle subit, en effet, l'action des influences parasitaires allemandes qui, par l'intermédiaire des liens dynastiques des familles régr^ntes, renforcés par les intimidations berlinoises, s'exercent sur ces gouvernements contrairement aux intérêts nationaux que ceux-ci ont cependant à défendre. D'ailleurs, une entière équité oblige à reconnaître que les fautes diplomatiques commises par les Alliés, surtout en 19io en raison de leurs faibles connaissances des réalités balkaniques, a singulièrement favorisé le succès des influences germaniques.

Ainsi, par exemple, à Athènes, le cabinet actuel, constitué d'ailleurs à la suite de dissolutions arbitraires du Parlement hellène et, par conséquent, dépourvu de toute autorité constitutionnelle, pratique sous l'impulsion du roi Constajitin, beau-frère de l'empereur Guillaume II, une politique que tous les Grecs autorisés et libres de parler considèrent comme désastreuse pour les intérêts vitaux de l'Hellénisme . De même à Bucarest, des Roumains éminents critiquent très vivement l'attitude du cabinet Bratiano. Ainsi La Roi(ma?iie, organe de M. Take Ionesco, à propos du récent accord commercial germanoroumain vient d'assurer : « Cet accord fait de

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la Hoimianio la dupe de l'Allemagne ». (V. Le Jonrnal, 20 avril 1916.) La décision finale de certains |2:ouvernemenls balkaniques est donc j)Our l'inslant encore en suspens, mais quelle qu'elle soit, chacun des peuples balkaniques verrait inéluctablement ses intérôls futurs servis ou menacés par le triomphe du plan pangermaniste. O sont ces vues d'avenir qu'il importe de dégager. Pour le Monténégro et la Serbie, tout examen est inutile tant il est évident que la victoire allemande signifierait pour ces deux États la disparition définitive et sans appel.

H on est autrement pour la Bulgarie. A la vérité, la clef de toute la situation balkanique réside dans le plan d'hégémonie bulgare qui, comme on va le constater, se raccorde étroitement, au moins dans son principe, avec le plan pangermaniste.

Il y a longtemps qu'on la dit, les Bulgares sont les Prussiens de l'Orient. Or, c'est leur idée fixe de réaliser à tout prix leur rêve de domination balkanique qui a amené les Bulgares à faire leur jeu avec Berlin sans comprendre que si dans une première phase, ils pourraient bénéfi-

cier de cette combinaison, ils seraient finalement les victimes de la Pangermanie.

Les prétentions des Bulgares à l'hégémonie, encore plus ignorées que le plan pangermanistc.

j-T-a Parties déjà délivrées par 1-^ les Bulgares

Parties non délivrées pai tes Bulga

sont cependant relativement anciennes. En voici une preuve irrécusable.

La carte ci-dessus constitue un document do première importance car elle va permettre do saisir sur le vif d'abord la politique bulgare cl ensuite celle des autres États balkaniques. Cotto

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( aile esl une lra(lutli«)ii «'I une reproduction fort exacte de la carie se trouvant à la pag^e 5(1 de la partie historique du livre édité en bulgare, à Sofia, et intitulé : Le camarade du soldat^ manuel pour 1rs soldats de foutes les anttfs. Cel ouvrage de propagande officielle dans l'armée, donc dans le peuplr linh/tin' tniti f/i/irr, /)uhtgue tous les Bulgares passent à la caserne, a été publié conformément à Tordre n* 7(1 du 14 mars 19Q7, du ministère de la Guerre bulgare, approuvé et autorisé par le chef du grand Etat- Major de l'armée bulgare. Ce manuel a été I tMoniinandé par le ministère de la Guerre buluare par la circulaire n" 28 du 21 mars 1907. Nous nous trouvons donc en présence d'un livre officiel bulgare datant de 1907, qui établit très nettement, et sans confcs/(//iu/ts possibles, quelles idées ont été systématique ment inculquées, depuis au moins ucu/ uns, au peuple bulgare tout entier. Sur cctlt' carie intitulée Lu GrumJe Hulgarie cl qui est coloriée dans la iiuilième édition du livre bulgare original que je possède, la partie tlile déjà délivrée par les Bulgares est teintée en rose, — figurée en hachures larges sur notre carte, — les parties dites non délivrées par les Bulgares sont teintées en rouge, — représentées en hachures plus denses sur notre carie. Ce document officiel bulgare permet de comprendre à la

fois tout ce qui s'est passé pendant les guerres balkaniques et la conduite du gouvernement de Sofia pendant la guerre européenne.

En réalité, lorsqu'en 1912 les Bulgares firent alliance avec les Grecs et les Serbes contre la Turquie, ils n'étaient déjà pas sincères envers leurs alliés. Ils avaient alors très peu d'estime militaire pour les Grecs et les Serbes. Mais ils trouvaient fort expédient d'utiliser les forces de ceux-ci contre l'ennemi principal, la Turquie, se réservant ensuite de profiter plus tard de l'accroissement de puissance de la Bulgarie réalisé aux dépens de l'Empire ottoman pour régler ensuite le sort de leurs alliés momentanés. Comme ces arrière-pensées étaient soupçonnées à Belgrade et à Athènes, on conçoit que dès le début de leur action commune, les gouvernements grec et serbe n'aient pas eu une confiance absolue dans celui de Sofia. La défiance des Grecs et des Serbes fut d'ailleurs mise très nettement en éveil quand, après ses premières victoires contre les Turcs, le roi Ferdinand, avant de voir ses troupes se buter aux lignes de Tchataldja, manifesta la prétention d'entrer à Constantinople avec l'évidente volonté d'y rester si possible.

Etant données les revendications bulgares à l'Ouest, qu'expose notre carte-document, on

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s'explique encore que, quand, en 1013, les Serbes, rcaiiés de l'Adrialiijue par l'Europe, malgré leurs victoires, deniaïulèreni aux Fiulgares une compensation «'(juitable au sud d'Uskub, les Bulj^ares, dont le caractère est d'ailleurs foncièrement intransii?eant. refusèrent toute transaclion.

En outre, toujours poussés par leurs désirs d'hégémonie et incités à l'action par Vienne et par Berlin, les Bulgares crurent le moment venu d'anéantir les Serbes et les Grecs. Les Bulgares firent donc l'attaque brusquéedu 17/30 juin 1913 (•(tnli'c leurs anciens alliés. Mais les Serl)es el les (irecs (|iii se méfiaient furent prêts à recevoir le choc Ijf noimiaiiiequi, pas plus que la Grèce ot( la Serbie, ne consent à l'hégémonie bulgare, ht avancer ses troupes jusqu'à 10 kilomètres de Sofia. Les Bulgares furent écrasés parles Serbes à laBregalnitzaet durent signer, le iO août 1913, h' traité de Bucarest. Mais, dès cet instant, animés d'une haine incommensurable pour leurs vainqueurs, ils n'eurent qu'un désir, s'en venger ^it(( fssicr/aenl et avant tout détruire le traité de lUicarest dès que l'occasion s'en présenterait, d'où :

l'' Les traités passés par Sofia avec Berlin et Constantinople, dès avant avril 1914, ainsi que vient de le révéler M. Radoslavoff. (V. Havas,

cité par Le Petit Parisien, 26 mars 1916 et Le Temps, 10 avril 1916.)

2° La participation à la guerre européenne de la Bulgarie aux côtés de l'Allemagne dont les plans d'avenir étaient menacés comme les ambitions bulgares par les conséquences du traité de Bucarest. (V. chapitre II, § 1.)

L'analyse de notre carte-document bulgare permet de constater que les prétentions bulgares à l'hégémonie, de même que celles du Pangermanisme, ont pour objet d'absorber, en dehors de toute question de langue ou de race, les régions dont la possession est considérée comme utile à la Bulgarie. Il y a donc identité absolue entre la doctrine acquisitive des Bulgares et celle des Prussiens. De ce fait, l'entente des deux peuples s'est donc trouvée psychologiquement facihtée. En effet, la Grande Bulgarie de notre document officiel de 1907 (v. la carte, p. 210) englobe : la Dobroudja roumaine jusqu'à Galatz et Sulina sur laquelle les Bulgares ne peuvent évidemment pas éleveraucune prétention justifiable, le littoral de la mer Egée, de Serres à Gumuldjina, où domine , l'élément grec, la région de Nich qui est serbe, la région de Prizrend qui avait été

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icconnue comme serbe par les Bulgares cuxiiii^mes dans leur traité d'alliance avec les Serbes en lt)i2. En ce qui concerne la rt'gion d'Uskul» jus(ju'au lac d'Okhridaprès de. l'Albanie, les Bulj^ares la reconnaissaient j)ar leur traité avec les

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Serbes pour contestable. Son sort devait être léglé par l'arbitrage de l'Empereur de Russie, arbitrage dont les Bulgares n'ont jamais voulu sérieusement et auquel ils ont mis un obstacle radical par leur agression contre les Serbes, en juin 1913. Enfin, quant à la région se trouvant au sud d'Uskub, c'est-à-dire la portion de la -Macédoine constituant le sud de la Serbie actuelle, elle nécessite un exposé détaillé spécial. Celui-ci

est indispensable, car c'est au sujet de la Macédoine serbe que beaucoup d'erreurs propagées par la presse alliée ont déterminé les fautes balkaniques des Alliés en 1915. Il est donc tout à fait nécessaire que ces erreurs soient rectifiées si les Alliés veulent éviter dans les Balkans de nouvelles fautes dont ils auraient encore à payer le prix fort élevé.

En somme, pour envisager nettement les difficultés en face, il s'agit de répondre à cette question : le sud de la Serbie est-il bulgare ? (V. la carte ci-contre.)

Le territoire du sud de la Serbie sur lequel ont porté les opinions divergentes est représenté assez exactement :

1° Par un triangle dont le sommet se trouve un peu au nord de Vélès et dont les autres angles sont déterminés par Guevgheli, à l'est, et le lac d'Okiirida, à l'ouest :

2° Par la bande de terre située à l'est de ce triangle et qui, entre la rive gauche du Vardar et la Bulgarie contient les régions de Kotchana, deStip et de Stroutmitza-gare. Les Bulgares soutiennent que tout le territoire ainsi constitué par ce triangle et cette bande latérale est incontestablement bulgare ; l'an dernier, quelques écrivains alliés ont appuyé cette thèse. D'abord, disait-on, le traité de San-Stefano (1878) a attribué à la

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