LK PLAN 1»ANGEUMAN1STE »W
ressanU' à constalrr. Depuis longtemps, le» Alleiiiamls oui concenlré leurs eftorts colonisateurs spécialement sur trois Etats brésiliens : Parana ((10. 000 Allemands), Santa Gatarina (170.000), et Rio Grande do Sul (220.000). Dans ces riches provinces, les Allemands, conservant la lanij^ue, les traditions, les préjugés de la métropole, sont les maîtres presque absolus. 47.000 seulement sont ouvertement citoyens de l'Empire allemand, les autres, soit 400.000, sont apparemment sujets brésiliens, mais, en raison de la loi de Delbriick, une notable partie de ceux-ci sont, en réalité, demeurés ou redevenus les hommes-liges de Guillaume II. D'ailleurs, le budget de l'Empire allemand comportait une somme de oOO.OOO marks destinés à l'établissement et au recrutement du personnel des écoles allemandes au Brésil. En 1912, lors de sa croisière, le prince Henri de Prusse, frère de Guillaume II, vint au port d'Itajahy rendre visite à ses compatriotes de Santa Gatarina. Depuis la guerre européenne, le jeu des Allemands du Brésil s'est progressivement démasqué et l'on vient de constater que leurs nombreuses sociétés de tir étaient, en fait, des sociétés d'organisation militaire assez dangereuses pour qu'on ait reconnu la nécessité de les désarmer. Dans le reste du Brésil, en dehors des trois
provinces sus-énoncées, les Allemands sont peu nombreux, mais ils y occupent la plupart des positions capitales du commerce et de la banque . Pendant la première période de la guerre européenne, ces Allemands, ayant fondé des journaux germanophiles édités en portugais, ont pu empêcher le Brésil d'être exactement renseigné sur l'orig-ine et l'évolution du conflit.
Mais en dépit de cette obstruction savante, depuis la bataille de la Marne, la cause des Alliés n'a fait que gagner du terrain au Brésil. L'entrée en guerre du Portugal, en raison des 600.000 Portugais qui existent au Brésil, a donné une puissante impulsion au mouvement.
Ainsi l'évolution des Etats de l'Amérique du Sud en faveur des Alliés est très nette. Une nouvelle étape sera franchie quand ces Etats comprendront entièrement qu'en raison du Pangermanisme colonial qui les menace personnellement ils ont un intérêt direct à la victoire intégrale des Alliés qui seule peut les délivrer du souci du péril pangermaniste. Ils arriveront alors à la même conception précise et réaliste qui sera exposée plus loin comme devant logiquement être celle des Etats-Unis.
Quand il en sera ainsi, il est possible, sinon probable, que ces Etats sud-américains, au
LE PLAN PANCERMANISTE 301
moins les principaux comme l'Arj^^enline et le Brésil, ne se contenteront plus do rester des neutres sympatliiques. Ils admettront alors que leur intérêt le mieux compris leur fait un devoir de coopérer dans la mesure de leurs moyens à l'œuvre de la libération commune.
Par sa note du 20 avril 1916 relative aux conditions de la guerre sous-marine, adressée au gouvernement de Berlin et ayant le caractère d'un ultimatum, le président Wilson a effectué un premier acte d'intervention positive des États- Unis dans la guerre européenne. Le fait que leur intérêt a commandé aux Allemands de s'incliner, au moins momentanément, devant l'injonction des États-unis, semble à certains avoir déjà mis un terme à l'intervention américaine. Ceux qui soutiennent cette opinion peuvent s'appuyer sur le discours qu'a prononcé le président Wilson, le 18 mai 1916, au club de la Presse de Washington. « II y a deux raisons, dit le président, pour lesquelles le principal désir des Américains est la Paix. L'une est qu'ils aiment la paix et n'ont rien à voir avec la présente que^ relie ; l'autre est qu'ils croient que cette querelle a entraîné si loin ceux qui y sont engagés qu'ils
ne peuvent se maintenir dans les limites ordinaires de la responsabilité... Pourquoi ne pas laisser passer la tempête et^ quand tout sera fini, faire le règlement de comptes. » (Cité par Le Te^nps, 22 mai 19i6.)
La réserve que sa position officielle impose au président Wilson ne lui a évidemment pas permis de développer toute sa pensée car, comme on va le constater, il serait singulièrement dangereux pour les Etats-Unis de croire qu'ils 71 ont rien à voir avec la présente querelle et d'attendre que tout soit fini pour faire le règlement de comptes.
En réalité, la vraie question qui se pose pour les États-Unis dépasse considérablement celle de la piraterie allemande dans la guerre sous-' marine. Cette vraie question est constituée pour les Américains de deux intérêts bien distincts ; l'un d'ordre moral, l'autre d'ordre matériel ou politique.
Au point de vue moral, les États-Unis ont à considérer la barbarie avec laquelle l'Allemagne conduit sa guerre, non pas seulement sur mer mais partout. Non seulement l'Allemagne viole constamment les lois de la guerre entre belligérants mais, encore et surtout, les autorités allemandes soumettent à un terrorisme affreux les populations civiles antigermaniques des terri-
LR PLAN PANOKII.MANISTK ^03
loiros sur lesquels ont été réalisées les occupations pangermanistes, depuis la mer du Nord jusqiià Bagdad. Les souffrances inllip^ées par les Alloniands aux Belg^es, aux Slaves d'Autriche- Honirrie, aux Serbes, aux Arméniens, dont ils ont provoqué le massacre en masse, représentent dos millions de douleurs indicibles, de forfaits odieux, de martyres atroces. Les Américains qui sont intervenus dans la guerre sous-marine au nom de l'humanité peuvent-ils être neutres devant cet « océan de crimes » commis par les Allemands, sans la moindre excuse, sur des «'•tendues de territoires énormes?
Au point de vue de la défense de leurs intérêts matériels, il n'est pas certain qu'un nombre suffisamment grand d'Américains aient encore parfaitement compris l'ampleur du problème formidable que la guerre européenne les met dans la nécessité d'envisager et de résoudre. Il est tout naturel d'ailleurs qu'il en soit ainsi. En France et en Angleterre, dans bien des milieux, c'est tout récemment que les véritables et gigantesques buts de la guerre poursuivis par l'Allemagne ont été nettement compris dans leur ensemble. Il n'est donc pas surprenant que l'énormité de la machination allemande n'ait pas encore été « réalisée » par les Américains des Ëtats-Unis qui, au début du conflit, forcément
30i LE PLAN PANGERMANISTE
avaient sur les affaires de l'Europe des idées aussi vagues et aussi confuses que les Européens en ont eux-mêmes sur celles des États-Unis. La carte-document ci-contre va permettre de comprendre très vite quelle est la base du vrai problème que la guerre pose pour les États-Unis. Ainsi que je l'ai expliqué p. 294, les Allemands, après 1895, se sont livrés à un véritable inventaire des éléments allemands répandus dans l'univers. Notre document est dressé d'après les données de la carte 5 de V Atlas pangermaniste de Paul Langhans qui résume cet inventaire. Notre carte établit quelle était vers 1890 la proportion des A llemands nés en Allemagne et ayant émigré aux États-Unis par rapport au reste de la population américaine . On constate que cette proportion était considérable puisque sur certains points (voir la carte) elle atteignait jusqu'à 35 p. 100. En outre, la vue d'ensemble de la carte permet de remarquer que les Allemands se sont installés aux Étals-Unis surtout dans les régions industrielles et commerciales de l'est et des grands lacs. On comprend dès lors ce qui s'est passé ensuite. Depuis 1900 surtout, Y Alldeulscher Verband ou Union Pangermaniste, se conformant aux instructions secrètes des autorités oftlcielles berlinoises, s'est ingéniéà dégager de cette masse allemande aux États-Unis tous les
lénionls propres à servir au moment voulu, lors le la conflagration européenne, dans les domaines les plus divers, la cause du militarisme prussien. Ainsi depuis vingt ans surtout, la njajeure partie
l c j-iA;
pAf<OTA
vliij^.^-^^j
Reparution et Pourcentage "iTENNtRSEE,--'',,.--^"^'^^'"
Répartition et Pourcentage des Allemands nés enAllemagi se trouvant aux Etats -Un-par rapport à la Populati aux états -Unis 1890 EiEl 25 à 35 I CZI3 IS à 2b
''lTENNt8SEEr-;,',.-^0ÙN0«' " ■' "• \ DU SUD >
des 10 à 15 millions d'Américains d'origine allemande a été organisée. Peu à peu, s'est créé au sein de la Grande République américaine un véritable État dans l'État, doté des moyens d'influence les plus puissants. En effet, parmi les Germano-Américains, des industriels,
des commerçants ou des banquiers aux fortunes énormes influent sur le sort de centaines de mille d'ouvriers ou d'employés qui vivent dans leur dépendance. Les Germano-Américains possèdent encore des journaux et des associations multiples. Ils ont donc pu exercer sur la politique des États-Unis une influence considérable et môme faire entrer au Congrès de Washington des hommes à eux. La loi Delbrûck sur la naturalisation (V. p. 296) a achevé l'organisation allemande aux États-Unis en permettant à une notable partie des Germano-Américains de conserver l'apparence de citoyens américains tout en restant des sujets du Kaiser fanatiquement dévoués à ses entreprises d'asservissement universel.
Gomme la population totale des États-Unis est de 100 millions, on conçoit aisément quelle peut être la puissance de 10 à 15 millions de Germano-Américains systématiquement organisés dans un but précis par rapport à 85 ou 90 millions d'Américains qui, ne se méfiant aucunement du péril pangermaniste, n'ont pris contre leurs concitoyens d'origine germaine aucune espace de précaution spéciale.
C'est cet état de choses tout particulier qui explique la situation vraiment étrange dans laquelle se trouvent les États-Unis depuis l'éclat
LE PLATt PANGRUMANISIK 307
de la j,'uerTe européenne. Depuis lors, les Germano-Américains, grâce à leurs immenses moyens d'influonce et d'action préalablement préparés ont agi sous toutes les formes et avec une audace extraordinaire pour faire le jeu allemand. Ainsi l'ambassadeur allemand, le comte Bernslorfl, et ses attachés militaires von Papen, Boy-Ed, etc., ont été aidés dans leur œuvre de bouleversement des Étals-Unis par une multitude d'espions et d'agents germano-américains.
Pendant les premiers mois de la guerre, la propagande allemande extraordinairement intense a pu assez aisément tromper un«' notable partie de l'opinion américaine sur l;i Ntritable origine et les responsabilités du carnage européen. Puis la guerre se prolongeant et les Alliés passant des commandes considérables auxÉtats-Unis, le service de l'espionnage allemand s'est livré à une extraordinaire série d'attentats afin de terroriser les usiniers américains travaillant pour les Alliés. Ces violences, combinées avec les discussions byzantines et dilatoires du comte Bernstorff avec le gouvernement de Washington, avaient pour objet d'obtenir que les États-Unis interdisent aux Alliés d'armer leurs navires de commerce afin de pouvoir se défendre contre les sousmarins allemands, de persuader aux Américains
que le blocus de l'Allemagne par l'Angleterre était pratiqué dans des conditions contraires aux règles du droit international, de ralentir ou d'empêcher la production du matériel de guerre destiné aux Alliés et enfin, une fois que les principales occupations pangermanistes eurent été réalisées en Europe, de tâcher de faire intervenir le président Wilson en faveur de la paix, sous couleur de mettre fm à la tuerie européenne, intervention qui, si elle se fût produite, aurait eu, en réalité, pour résultat pratique de faire ouvrir des négociations de paix dans des conditions éminemment favorables aux visées annexionnistes allemandes.
Mais, à la longue, les criminelles violences des Allemands aux États-Unis ont ouvert les yeux à l'opinion américaine et l'ont progressivement soulevée. Il faut bien comprendre que c'est seulement peu à peu et au prix de grandes difficultés que les vrais citoyens des États-Unis, enserrés par les liens de la formidable organisation allemande, ont pu se faire sur la guerre européenne des idées conformes aux réalités. Cette évolution de l'opinion américaine a été encore retardée par le fait qu'avant la guerre, pour des raisons différentes, les pays alliés étaient incontestablement beaucoup moins estimés aux États- Unis que l'Allemagne à laquelle son intense
LK PLAN PANdKRMANISTE 309
aclivilé commerciale, industrielle, scientifique, avait valu un très grand prestige.
Les Américains ne connaissaient guère de la Russie que les entraves dont les Israélites de l'Empire des Tsars se plaignent. Comme beaucoup de ceux-ci ont émigré aux États-Unis et y exercent une grande influence sur la presse, ils y entreli-naient naturellement le contraire de la sympathie pour la Russie. Les Irlandais, sujets américains, se livraient à la môme tâche contre l'Angleterre à laquelle d'ailleurs les États-Unis avaient dû jadis arracher Tindépendance. Quant à la France, les Américains, sur la foi d'observations trop superficielles, la considéraient comme en état de décadence irrémédiable. L'éclatante atrocité des prodigieux crimes allemands aux États-Unis, contre les passagers nonbelligérants, contre les Belges, contre les Serbes, les Arméniens et la magnifique résistance des Alliés ont finalement bouleversé tous ces points de vue. Les préventions des Américains contre la Russie et l'Angleterre se sont atténuées dans une très large mesure et l'attitude si noble, si grandiose du peuple de France, la ténacité et l'héroïsme de ses soldats ont montré que la France était bien loin d'être en décadence. Aujourd'hui on peut dire, car c'est la vérité, que la France a fini par conquérir l'admiration profonde et en-
thousiaste de tous les citoyens américains vraiment indépendants. Cette évolution progressive a rendu les Américains de plus en plus pro- Alliés.
Mais une dernière étape reste à faire par l'opi- ■nion américaine, elle consiste à comprendre de la façon la plus nette que la victoire de l'Allemagne signifierait avec certitude la fin de l'indépendance des États-Unis. Cette étape d'ailleurs, quelques Américains particulièrement clairvoyants l'ont déjà franchie. En mars 1916, le D' Eliiot, ancien président dé l'Université Harvard et, assure-t-on, ami intime du président Wilson,a déclaré dans le New York Times : « Le moyen le plus rapide, le plus avantageux et le plus siirpour les Américains de se protéger contre une invasion allemande est de conclure avec la France et la Grande-Bretagne une alliance permanente offensive et défensive, arjant pour objet de maintenir la liberté des mers pour les Alliés et de s'opposer à tine attaque maritime éventuelle... Il est temps pour tous les Américains de prendre ouvertement parti pour les peuples européens qui résistent depuis de si longs mois au despotisme militaire prussien. » (Cité par Le Temps, 15 mars 1916.)
Le D"" Eliiot a ainsi posé en ses termes exacts et complets le vrai problème que les Américains ont à résoudre. On voit qu'il dépasse considéra-
LE PLAN PANGKRMANISTK 314
blemcnt les controverses relatives à la j^uerre sous-marine. Il ne suffit pas, en effet, aux Américains de se faire les défenseurs du droit et de la justice contre la barbarie teutonne, il faut encore çuiU comprennent que le maintien de l'indépendance des Etats-Unis dépend absolument de la victoire intégrale des Alliés en Europe. Or ce point de vue, beaucoup d'Américains sont tout près de radmelUe. Ainsi au Garnejrie Hall, de New- York, à la fin de mai 1916, le major Putnam parlant devant 3.000 adhérents du comité des droits américains, a provoqué un grand enthousiasme en demandant la participation immédiate de l'Amérique à la guerre aux côtés des Alliés. Son principal argument a été : « Si l'Allemagne l'emporte dans cette guerre, sa prochaine agression sera contre notre République, » (Cité par Le Temps, 22 mai 1916.)
Mais ces idées très nettes, impliquant des mesures positives et rapides, ne sont encore partagées que par une minorité d'Américains mieux informés que les autres.
L'évolution de l'opinion américaine dominante sera achevée lorsque considérant l'ensemble des faits acquis de la guerre, à la fois en Amérique et en Europe^ elle en déduira avec netteté les formidables conséquences qu'auraient pour les États-Unis une victoire allemande.
Cette vue d'ensemble à laquelle parviendra vraisemblablement bientôt la Grande République américaine, la voici. Elle sera nécessairement basée sur la connaissance exacte du plan allemand à l'égard des États-Unis, plan qui d'ailleurs est fort ancien.
En 1898, devant Manille, le contre-amiral allemand von Gœtzen, ami du Kaiser, disait à l'amiral américain Dewey : « Dans environ quinze ans, mon pays commencera sa grande guerre... Quelques mois après que nous aurons fini notre tâche en Europe nous prendrons New- York et probablement Washington et les garderons un certain temps. Nous n'avons pas l'intention de vous prendre des territoires, mais seulement de mettre votre pays à sa place en ce qui concerne l'Allemagne. Nous tirerons de New- York et autres villes un ou deux billions de dollars . » (V . Naval and Militari/ Record cité par VÉcho de Paris du 24 septembre 1915.) Ces paroles furent alors prises pour une fanfaronnade. Or il est maintenant incontestable que déjà avant 1898, les Allemands de Berlin par les procédés rappelés p. 304 ont systématiquement constitué aux États-Unis un État dans l'État qui depuis fort longtemps mine silencieusement la Grande République américaine.
Des faits récents multiples et éclatants : près-
LK PLAN PANGRRMANI9TE :<i:<
sioiis {lolilick'iHies, graves monstres, complots et attentats déclancliés sur l'ordre d'agents officiels du Kaiser, von Papen, Boy Ed, von Igel, ele., ont pleinement démontré que l'organisation allemande aux Etats-Unis menace leur indépendance et a un caractère nettement criminel et de trahison organisée. Une phrase d'une lettre du baron de Meysenbug, consul d'Allemagne à la Nouvelle-Orléans du 4 décembre 1913 à von Papen, attaché militaire allemand à Washington et organisateurdes principaux attentatsaux Etats- Unis, lettre qui fut récemment saisie par les Anglais, établit qiif .laus la penséedes Allemands informés, le tour des Etats-Unis doit aussi venir.
« Puisse le jour des règlements de comptes arriver aussi ici, et veuille que ce jour-là, notre gouvernement ait retrouvé la volonté de fer avec laquelle seulement on peut faire impression sur ce pays ». (Cité par Le Temps, 17 janvier 1916.)
D'autre part, les Américains ne peuvent pas méconnaître l'extrême gravité des récentes manœuvres pangermanistes dans les Etats de l'Amérique du Sud particulièrement en Argentine, au Brésil, destinées ultérieurement à devenir des protectorats allemands et au Nicaragua, où les agents du Kaiser ont essayé de se faire concéder le territoire nécessaire à la construc-
tion d'un canal destiné à concurrencer celui de Panama. Enfin, fait indéniable d'une menace plus immédiate encore, il y a peu de mois, l'Allemagne a préparé l'envahissement militaire du Canada avec la complicité de ses sujets affublés de la nationalité américaine. Il tombe donc sous le sens commun que si, par hypothèse, les Alliés succombaient en Europe, l'Allemagne deviendrait maîtresse du Canada et pratiquement dominerait les États-Unis. La série extraordinaire des attentats formidables que les Germano- Américains ont déjà pu se permettre sur le sol de la Grande République américaine démontre avec évidence que l'indépendance des États- Unis ne serait certainement pas compatible avec l'existence de la Pangermanie.
Tout cela, on s'en rend plus ou moins nettement compte aux États-Unis, mais où l'opinion américaine demande encore à être éclairée, c'est sur l'immense danger que comporterait pour les Etats-Unis le redoutable piëge berlinois dit de « La Partie Nulle », la plus dangereuse machination que les Allemands tiennent en réserve. Comme beaucoup d'Alliés n'ont pas encore compris l'énorme péril d'une Allemagne cédant momentanément à l'est et à l'ouest pour s'emparer définitivement de l'Europe centrale, des Balkans et de la Turquie, il est tout
naluicl (jue les Américains n'aient point encore «'xacteinent « réalisé » la portée colossale du coup éventuel île « la partie nulle ».
La carte de la page KKi permet de saisir (juel en serait le considérable danger au point ée vue américain. Comme je l'ai exposé au chapitre V, la prétendue « partie nulle », en permettant à l'Allemagne de réaliser le Hambourg-Golfe Persique, assurerait au gouvernement de Berlin les moyens de mettre la main progressivement sur tous les points stratégiques maritimes essentiels qui commandent les mers de l'Univers. 11 en résulterait pour les États-Unis cette conséquence que la puissance des intrigues allemandes dans l'Amérique du Sud, au Canada, et partant aux Étals-Unis serait considérablement accrue du fait de la détention par le gouvernement de Berlin des moyens maritimes de la domination universelle.
Il est infiniment regrettable que le si distingué amiral américain Mahan n'existe plus. Si je me base sur son livre puissant. Vintérêt de VAtiiênque dam le Pouvoir de Mer présent et futur dont M. Jeanizoulet ajadis si remarquablement exposé la substance, je ne crois pas trop m'avancer en disant que l'amiral Mahan, s'il vivait encore, résumerait ainsi, aprës étude de la situation d'ensemble, la ligne de conduite que
le gouvernement de Washington doit adopter à l'égard de la guerre européenne. L'amiral Mahan dirait sans doute à ses compatriotes : A aucun prix^ sous aucun prétexte y les États-Unis ne doivent penne tt?'e à r Allemagne de réaliser le Hambourg-Golfe Persique en raison de ses répercussions maritimes universelles. Puisque l'unique et plus sûre garantie à prendre contre cette réalisation existe seulement en Europe centrale [V. p. 205), les États-Unis se trouvent avoir un intérêt absolument direct à la solution de la Question d' Au triche- Hong rie sur la base du principe des nationalités, cette solution étant par surcroit indispensable pour assurer à /' Univers la fin du péril pangermaniste et des grands armements.
Donc, si Ton tient compte de cet ensemble, on arrive à constater qu'en dehors de toute question d'humanité et de justice, les États- Unis ont un intérêt absolument vital, non pas seulement à la victoire relative des Alliés en Europe, mais à leur victoire intégrale. Il est désirable que cette vérité soit admise le plus tôt possible, car alors les mesures que le gouvernement de Washington ne manquerait pas de prendre hâteraient singulièrement la fin du carnage européen.
Ces mesures éventuelles, le simple bon sens permet de les entrevoir.
De toute évidence, l'expédition au Mexicjue conslitue un IriKjuenard allemand ; les États- Unis ont donc tout intérêt à attendre la fin de la guerre européenne avant de s'y engager plus avant. D'autre part, le fait que les Alliés en Europe tiennent F Allemagne à la gorge cons' titue une occasion exceptionnelle que le gouvernement de Washington devrait utiliser pour opérer au plus vite la destruction qui s'impose de l'organisation criminelle et parasitaire que les Germains ont pu créer sur le sol des États-Unis. Arrêter leurs chefs coupables d'incitations à la trahison et à des crimes de droit commun, quelle que soit leur situation sociale et de fortune, anéantir les associations qui ne sont que des agences du gouvernement de Berlin sont des tâches que les Américains ont le plus grand intérêt à accomplir sans délai.
Il est clair encore que quand les États-Unis seront entièrement conscients des réalités, ils admettront que leur intérêt le plus strict leur fait un devoir de donner aux Alliés le concours matériel le plus complet puisque leur victoire intégrale sur l'Allemagne, seule, pourra garantir l'indépendance absolue future des Etats- Unis.
Dans le domaine financier, les États-Unis peuvent offrir aux Alliés des facilités de crédit
infinies qui leur seraient particulièrement précieuses.
M. Guthrie, vice-président du comité de France-Amérique à New- York a ainsi exposé la manière à la fois délicate et ingénieuse d'après laquelle les États-Unis pourraient et devraient, selon lui, prêter leur concours financier à la France.
« L'historien Parkins, dit M. Guthrie, déclare que le montant des dépenses de la France pour libérer l'Amérique s'est élevé à 772 millions de dollars... De cette énorme dépense, qui a ruiné le Trésor royal, pas un sou n'a été remboursé à la France. Elle ne l'a jamais réclamé, et elle en refuserait fièrement aujourd'hui le remboursement en nous rappelant qu'elle avait stipulé dans le traité d'alliance du 6 février 1778 qu'elle ne recevrait aucune indemnité pour sa coopération et ses sacrifices... Ce traité était sans précédent en générosité dans l'histoire du monde... Ne serait-il pas souverainement juste si le peuple américain, cent trente- quatre ans après la bataille de Yorktown, reconnaissait ce service, — je me refuse à l'appeler dette, — en offrant au peuple français un crédit commercial du principal, c'est-à-dire 772 millions de dollars, remboursable quand la France le pourrait ? Ce ne serait que l'équivalent d'une contribution de
LB l'LAN PANUERMANISTE 3(9
7 dollars d demi pour chaque citoyen des Ëtat8< Unis, bien moins que l'impôt qui a été payé volontairement et do bon cœur par le peuple franc^ais au xviii" siècle pous nous aider. Quelle noblesse, quelle gloire, quelle splendeur de cœur, d'ànie et d'esprit si les grands banquiers araéricaids avaient pu proclamer au monde qu'ils avaient eux-niômes fixé le chiffre de 772 millions en reconnaissance du passé ». (V. Revue du X VII r siècle, j anvier-avr il 1 9 16.)
Dans le domaine des munirions etdu matériel de guerre, les Étals-Unis pourraient évidemment encore intensifier leur effort. Enfin, comme on la déjà dit, les États-Unis seraient à même de fournir aux Alliés des hommes puisque cette guerre sans précédent en exige des quantités si grandes. Mais, comme on sait, les États-Unis n'ont pas de grande armée et il n'est pas certain qu'ils désireraient ou pourraient rapidement en improviser une. Une solution beaucoup plus simple permettrait aux États-Unis de fournir vite aux Alliés un concours en hommes fort appréciable. Ce serait que le gouvernement de Washington donnât la faculté aux citoyens américains qui le voudraient de s'engager, sous une forme spéciale à déterminer, dans les armées alliées. Or, non seulement des Américains de langue anglaise seraient heureux de venir com-
battre les barbares teutons, mais, ce qu'on ne sait pas assez, il existe parmi les citoyens américains des millions de Slaves qui ont émigré jadis d'Autriche-Hongrie et des Balkans. Ces Slaves américains sont ardemment pro- Alliés et maintes fois dans les derniers mois, ouvriers dans les usines américaines de munitions, ils ont fait échouer les attentats allemands. Or, vraisemblablement, quelques centaines de mille de ces Slaves viendraient volontiers combattre en Europe pour concourir à la libération de r Autriche-Hongrie et des Balkans leurs pays d'origine dont ils ont dû jadis s'expatrier en raison de l'hégémonie germano-magyare. On voit donc que sous cette forme d'engagements spéciaux, les États-Unis pourraient très vile contribuer en hommes à la lutte en Europe, sans cependant se donner l'énorme souci de créer une grande armée.
Ces divers concours américains éventuels précipiteraient évidemment le cours des événements. Il est cependant raisonnable de les considérer comme possibles, puisque c'est bien réellement l'indépendance des États-Unis que la victoire allemande mettrait en cause.