‹ Le plan pangermaniste démasquéChapitre 70 sur 81 · AUTORISER LES CONCLUSIONS SUIVANTES · texte numérisé non relu

AUTORISER LES CONCLUSIONS SUIVANTES

La réalisation momentanée du plan pangermaniste dans la proportion des neuf dixièmes, conformément au programme de 1911. constitue la preuve des mensonges répandus par la propagande allemande sur la cause et les auteurs responsables de la guerre.

La mobilisation intellectuelle de TAUemagne aussi puissamment organisée et réalisée que sa mobilisalion mililaire lui a permis d'imposer à beaucoup de neutres de T Univers les opinions les plus fausses sur les responsabilités de l'éclat et de la prolongation de la guerre. On ne se rend pas encore suffisamment compte chez les Alliés à quel point cette propagande allemande leur a été préjudiciable et quels dangers elle continue à comporter pour la conduite de la lutte et la conclusion de la paix.

Cette propagation allemande a d'autant mieux

réussi que, forL longtemps, elle ne s'est heurtée nulle part à aucune contre-propagande sérieuse des Alliés. Ceux-ci, en effet, confiants avec candeur en la justice de leur cause selon eux évidente, n'ont procédé à aucune mobilisation intellectuelle véritable. Ce n'est que tout récemment qu'on a commencé chez les Alliés à organiser la propagande nécessaire et légitime à faire à l'étranger ; des progrès sérieux semblent d'ailleurs devoir se réaliser dans cette voie.

Six arguments essentiels ont servi à la propagande allemande.

1° L'Allemagne est contrainte de soutenir la guerre pour résister à une coalition traîtreusement nouée par l'Angleterre. L'Allemagne, pays d'activité intellectuelle scientifique et économique, obligée de lutter pour son existence, mérite donc les sympathies de l'Univers.

2° Si les neutres sont gravement lésés par la guerre et sa prolongation, la responsabilité en incombe aux Alliés qui veulent anéantir le peuple allemand. Les neutres doivent donc s'entendre et faire pression sur les Alliés pour que ceux-ci s'inclinant devant la victoire allemande, la paix puisse être vite rétablie.

3" Pour hâter ce résultat, les neutres et notamment les États-Unis doivent s'opposer au blocus maritime que l'Angleterre exerce dans des con-

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(lilions discutables au point de vue du «Iroit international. En refusant de livrer des munilions aux Alliés, les Etats-Unis mellronl fin à la tuerie et serviront ainsi la cause de riiumanilé.

4° L'Allemagne est en réalité conciliante, elle ne veut qu'une juste paix. « Nous Allemands, déclarait M. de Belhmann-Ilollweg, le H décembre 1915, nous ne voulons pas opposer les peuples les uns aux autres ; au contraire, chai un prendra part au travail pacifique commun et aux progrès des nations. »

5° Les neutres doivent d'autant plus aider l'Allemagne que celle-ci combat pour assurer à tous la liberté des mers actuellement détenue par l'odieuse Angleterre. Le Berliner Tageblatt (cité par Le Matin du 18 février 1916) n'a même pas craint d'affirmer que le Hambourg-Golfe Persique assurerait à tous les peuples la liberté maritime.

« Si la mission économique de l'Allemagne est de garder libre la route qui mène par l'Europe centrale, de la mer du Nord en Asie Mineure, et de la rendre de plus en plus accessible dans l'intérêt de tous ceux qui habitent sur son parcours, de cette mission même découle notre intérêt vital également sur la mer, dont la route continentale en Europe centrale n'est que la continuation. Notre intérêt exige que la mer soit

libre de l'hégémonie d'un seul peuple, libre pour toute concurrence honnête. »

6° Les Alliés ont prétendu qu'ils faisaient la guerre à l'Allemagne en raison de notre violation de la neutralité de la Belgique. Ce prétexte moral élevé ne sert qu'à dissimuler leurs hypocrites convoitises ; les Alliés n'ont rien à reprocher à l'Allemagne puisqu'ils ont eux-mêmes violé la neutralité de la Grèce.

Assurément ces arguments essentiels, base de la propagande allemande, paraissent aux Alliés, qui ne peuvent avoir aucun doute sur le caractère prémédité de l'agression allemande, constituer des mensonges « kolossaux » aussi absurdes que cyniques ; mais il faut bien comprendre que, répétés inlassablement sous toutes les formes, soit à des neutres européens à tendances germanophiles, soit à des neutres d'Amérique ou d'Asie, qui forcément n'ont que des idées fort confuses sur les affaires si compliquées de l'Europe, ces arguments ont cependant permis aux Allemands de causer aux Alliés de graves préjudices aux répercussions morales, économiques et militaires. Les Alliés ont donc un intérêt majeur, pour la conduite ultérieure de la lutte, à anéantir le plus vite possible touâ les effets de la propagande allemande univer-

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sfUe. Or c'est ce rêsullat cornidérahle, coriimc on le constatera plus loin, 17»/^ la réaltMition momen/anêfi du /ilan pan germaniste permettrait aux gouverne ment a alliés, s'ils le veulent, d'atteindre très rapidement.

Le Pangermanisme et ses dangers éventuels sont assez bien connus chez certains neutres, mais cest encore d'une façon vague, sans cette précision absolue et cette notion du péril immédiat gui déterminent les fortes convictions et les actions rapides. Il est aisé de comprendre que si le plan pangermaniste de 19H a été ignoré, dans sa précision et son étendue, jusqu'à une date toute récente, dans les pays alliés, cependant les plus intéressés à le connaître, ce plan néfaste d'asservissement universel est encore presque totalement ignoré dans les pays neutres dans son ensemble et sa complexité. Or, la réalisation momentanée du plan pangermaniste en Europe dans l'énorme proportion des neuf dixièmes met les Alliés en possession d'arguments de fait indiscutables ctune extrême puissance démonstrative qui donnent mtx Alliés les moyens de détruire vite et partout V effet encore subsistant des mensonges allemands et de montrer le danger que le Pangermanisme fait courir à tous les Etats civilisés.

Pour obtenir ce résultat, il suffirait que la pro-

pagande des Alliés qui commence à s'organiser fût unifiée et basée essentiellement sur un petit nombre d'arguments positifs tirés des réalisations pangermanisles actuelles qiii permettraient de démontrer à tous la lointaine préméditation, donc la responsabilité, de r Allemagne, et le plan de do?nination universelle qu'elle poursuit.

Cette propagande des Alliés devrait être assise sur la preuve matérielle indiscutable qui résulte de la superposition géographique presque absolue , sur le plan de 19il, des occupations pangermanistes systématiquement réalisées par l'Allemagne au cours de la guerre.

La carte ci-contre exprime graphiquement cette vérité incontestable en montrant la position des contours de la forteresse allemande actuelle par rapport aux limites préves du plan pangermaniste de 19il. Les conquêtes et mainmises allemandes correspondantes à ce plan devaient s'étendre, en plus de l' Allemagne actuelle, sur 3.474.288 kilomètres carrés. Or celles-ci au début de 1916 étaient réalisées sur une superficie de 3.035.572 kilomètres carrés. Cette preuve géographique est confirmée par les multiples manifestations annexionnistes d'outre-Rhin, notamment par :

1° Le fameux mémoire du 20 mai 19i5 que le Chancelief de l'Empire s'est fait remettre par

les plus imporlanlos associations allemandes. (V. p. 47.)

2° La volonté manifeste qu'a l'Allemagne de s'emparer successivement de Riga, de Calais, de

Verdun, de Beifort et de Saleyiiique, afin précisément de compléter le plan de 1911 en s'emparant des points stratégiques nécessaires à la conservation des territoires qu'il eng^lobe.

3° Les déclarations faites le 5 avril 1916 au Reichstag par le Chancelier de l'Empire, M. de Bethmann-Hollweg, déclarations qui donnent à la preuve géographique une force démonstrative péremptoire.

Pour tout esprit droit, ces déclarations constituent, en effet, un aveu officiel de la volonté de TAllemagne de réaliser le plan pangermaniste. Ces phrases du Chancelier de Guillaume II ne laissent place à aucune ambiguïté :

« Après la guerre, la Pologne ne sera plus la même Pologne que l'usurier russe a quittée... Non. La Russie ne doit pas pouvoir, encore une fois, faire avancer ses armées vers la frontière non protégée de la Prusse orientale, de la Prusse occidentale. [Tempête d'applaudissements)...

« On ne s'imaginera pas davantage qu'à l'ouest nous abandonnerons, sans avoir des garanties sûres pour l'avenir, le pays où a coulé le sang de notre peuple. Nous voulons créer des garanties réelles, afin que la Belgique ne devienne pas un État vassal de l'Angleterre et de la France et ne soit pas transformée en ouvrage

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