‹ Le plan pangermaniste démasqué: le redoutable piège berlinois de "La partieChapitre 10 sur 26 · HONGRIE C · texte numérisé non relu

HONGRIE C

I Bucarest

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front des Armées Austro-AUemandes|. » «Limite des prétentioiis Allemandes en Russie

En ce qui concerne les annexions que T Allemagne songeait encore au début de i916 à réaliser aux dépens de la Russie, le mémoire du 20 mai 1915 au Chancelier de l'Empire, bien qu'il s'efforce d'employer des formules destinées à voiler Tétendue des prétentions pangermanistês, se rencontre comme tendances avec le programme de Tannenberg publié en 1911.

« Pour ce qui est de 1*^5/, dit ce mémoire, la considération qui doit nous diriger est celle-ci : donner à la grande augmentation de puissance industrielle que nous attendons à l'Ouest, un contrepoids par l'annexion d'un territoire agricole situé à l'Est et qui soit de valeur septblable.,,

« Il est nécessaire de renforcer la base agricole de notre économie nationale; il faut rendre possible une colonisation agricole allemaîide dt grande envergure^ ainsi que le rapatriement en pays d'empire de paysans allemands vivant à l'étranger, notamment en Russie et actuellement mis hors la loi ; il faut enfin accroître fortement le chiffre de nos nationaux capables de porter les armes; tout cela exige une extension considérable des frontières de l'Empire et de la Prusse vers l'Est par r annexion dau moins certaines parties des provinces baltiques et de territoires situés au sud de cellesrci, sans perdre de vue qu'il faut aussi rendre possible la défense militaire de la frontière allemande orientale, ., '

« Pour ce qui est des droits politiques à accorder aux habitants, des nouveaux territoires et des garanties à prendre en faveur de l'influence et de l'économie allemande, nous nous référons à ce que nous avons dit au sujet de la France.

L'indemnité de guerre à exiger de ' la Russie devra, dafis une large mesure, consister en ces-

LE PLAN PANOERMANISTE 99

sions territoriales . ïi (V. Le Temps, 12 août 1915.)

Dans son. discours du 11 décembre 1915^ le

Chancelier, de Guillaume II a làiâsé sous-en-

tendre dans .une. phrase ;sighilicative .que telles étaient bien les prétentions de TAUèmagne.

,. « Nos troupes, a-t-il dit, prennent,, avec les armées austro-hongroises, des . positions de défense très fortifiées et situées. bien loin sur le territoire russe.. Elles sont prêtes à. reprendre -leur marche eh avant.» . . ; .. De. même que dans TOuest, toutes les mesures que les Allemands ont prises dans l'Est ont été des mesures non pas seulement de défense mais d'organisation en vue de garder les territoires occupés. Ces mesures relèvent des divers ordres que j'ai signalés p. 92.

Avec les Polonais, les Allemands emploient la même tactique qu'avec les Flamands de Belgique. Les autorités prussiennes . après avoir terrorisé les Polonais leur ont accordé, au point de vue de l'usage de leur langue dans l'enseignement, des facultés constituant des avantages par comparaison avec l'état de choses antérieur résultant du détestable régime bureaucratique russe qui, avec un manque absolu de clairvoyance, compromettait en Pologne, par ses mesures tracassières, les intérêts véritables de l'Empire des Tsars. Les Allemands ont favorisé encore dans

TEst la culture, les semailles. Ils ont construit des voies ferrées et des routes. Sans doute, ces mesures ont été prises avant tout dans Tintérêt allemand. Il est bien certain que les avantages concédés au^ Polonais ne peuvent être considérés que comme momentanés. Le régime prussien, appliqué en Posnanie depuis si longtemps, le prouve assez. Les Allemands se sont flattés cependant, par ces procédés, d'influencer en leur faveur certains éléments polonais qui s'imaginent, avec une insigne naïveté, que TAUemagne va reconstituer pour la donner aux Polonais une Pologne de 20 millions d'habitants aux dépens de la Russie. C'est dans ce but que Berlin a songé à proclamer fl'autonomie de la Pologne. Mais en même temps, TAllemagne compte y établir le service obligatoire afin d'utiliser les recrues polonaises même par la force, comme les Slaves d'Autriche -Hongrie, dans Tintérêt de la Pangermanie.

Au point de vue territorial les prétentions pangermanistes du plan de 1911 à TEst sont résumées dans le tableau suivant. (Y. la carte

Kilomètres carrés. Habitants.

Les 1 gouYernements de la Pologne russe . . . 127.320 12.467.000

Les 3 provinces baliiques (Esthonie, Lîvonie, Gourlande) ...... 94.564 2.686.000

Les 3 gouTernements russes au sud des provinces balUques (Kovno, Vilna, Grodno) 121.840 5.728.000

Soit au total. . . . 343.724 20.881.000

Or, au début de 1916, sur ces 343.724 kilomètres carrés, ainsi que la carte permet de s'en rendre compte, les Allemands en occupaientenviron 260.000. Ils avaient donc réalisé à TEst le plan de 1911, aux dépens de populations non allemandes, dans la proportion de 75 p. 100 soit des 3/4.

Les zones d'influence absolue directes ou indirectes que TAlIemagne, conformément au plan pangermaniste de 1911, a prétendu s'assurer au sud et au sud-est de ses frontières actuelles visent trois groupes de territoires bien distincts : TAutriche-Hongrie, les Balkans et la Turquie. Il convient donc d examiner l'état, au début de

1916, de Faction allemande dans chacun de ces trois groupes séparément.

1® Autriche-Hongrie.

QvHon ne s y trompe pas^ V Autriche'Hongrie

LE PLAN PANGEBMANISTE .i03

est pour rinstant aussi complètement sous la domination de Guillaume II que s'y trouv. la Belgique. Le conflit européen a permis^ en effets V occupation astucieuse ^ sous couleur ' de le défendre, de tout l'empire des Habsbourg, mainmise que prévoyait le plan de 1911. Depuis le début de 1915, toutes les troupes de François- Joseph sont entièrement sous les ordres du grand état-major de Berlin. L'Autriche- Hongrie voudrait-elle conclure une paix séparée qu'elle ne le pourrait pas car tous ses organes moteurs, militaires et diplomatiques, subissent l'impulsion exclusive des agents du K^aiser. L'alliance austro-allemande est, en réalité, uii simple décor. Le procédé dont on a parlé, pour incorporer à TAllemagne la monarchie des Habsbourg par un moyen détourné^ c'est-à-dire par son entrée dans le Zollverein ou union douanière allemande» est une monumentale comédie. Elle ne saurait tromper que ceux, malheureusement encore trop nombreux, qui sont insuffisamment informés des réalités austro-hongroises. La fusion austro-allemande sous la forme d'une union douanière n'est pas d'ailleurs une nouveauté. Ce procédé d'absorption de l'Autriche- Hongrie a été prévu et expliqué tout au long dans la brochure pangermaniste de 1895 exposant les lignes fondamentales du plan de cette

même date. Tout le bruit fait, au début de 1916, par la pressé allemande sur les soi-disant désirs des Austro-Hongrois d'entrer dans le Zolloerein allemand a constitué le plus « kolossal » et le plus déloyal des bluffs. En réalité^ prës des 3/4 environ des populations actuellement sujettes de François-Joseph ne veulent à aucun prix être absorbées par TAUemagne, pas plus sous la forme économique que politique. Tout le « battage » fait dans les. empires du centre à propos de rentrée de la monarchie des Habsbourg dans le Zollverein a été uniquement le fait des meneurs pangermanistés de Berlin, de ceux de Vienne et de Taristocratie magyare et non pas du peuple magxjar ce qui nest pas la même chose. Il convient donc de ne pas être dupes du blulT de |la presse allemande sur la question du Zollverein. C'est une infime minorité en Autriche-Hongrie qui la veut, faisant ainsi le jeu de Berlin. Mais ce qui est incontestable c'est que, pour l'instant, l'Autriche-Hongrie est entièrement sous la domination prussienne.

2° Balkans.

La Serbie est entièrement envahie par les Allemands. La situation de la population serbe est atroce. Elle est ou, massacrée, ou affamée systématiquement, ou déportée en Allemagne

LE PLAN PANGÇRMANISTK 105

pour travailler soit dans les usines^ soit à la terre allemande. Ces effroyables mesures de coercition n'ont pas empêché le Kaiser d'avoir adressé un manifeste : oc A mon noble et héroïque peuple serbe ». Il s'agissait de tenter par de belles paroles, de désarmer moralement ce qui reste de la population serbe terrorisée par une série de souffrances qui n'ont jamais été dépassées au cours de l'histoire* Quant à la Serbie, le Kaiser l'a offerte pour partie à rAutrichej toujours conformément au plan de 1395 qui prévoit cette solution, car donner une frs^ction de la Serbie à une Autriche faisant partie du Zollverein c'est, pi'atiquement, la placer sous la domination im-

' médiate de TAllemagne.

Quant à la Bulgarie, alliée de FAUemagne, elle est entièrement pénétrée et les Allemands s'y conduisent en maîtres dan9 toute la mesure où ils le peuvent. L'héroïque Monténégro a eu exactement le même sort que la Serbie, une partie de l'Albanie est aussi occupée. Si les Alliés avaient commis l'aberration de ne pas comprendre à la onzième heure l'importance de Salonique, la Grèce et la Roumanie qui comptent des éléments germanophiles, peu nombreux mais fort influents, suivraient elles-mêmes déjà

, intégralement les volontés de Berlin.

En supposant, pour la commodité du raison-

106 LE PLAN PANGERMAMISTE

nement, la victoire allemande,- nous verrions aussitôt Berlin constituer une Gon{édération balkanique sous la 'présidence • de rAutricke considérée comme puissance balkanique,. toujours parce que sous Tappatence Se rAutriche ce serait TAllemagne qui imposerait .sàrvolonté à la future confédération. '

3** Turquie,

L'Empire ottoman subissait au début de 1916, donc avant l'avance russe en Arménie, dans la totalité de son étendue l'action de l'Allemagne. L'influence de celle-ci a même débordé sur la Perse. C'est là un fait qui aurait eu une importance extrême pour le développement du, mouvement panislamiquc' dirigé à la fois contre la Russie, la France et l'Angleterre, si l'action anglo-russe n'avait' récemment mis bon ordre aux intrigues germaniques dans l'empire du Schali.

« L'établissement de relations directes avec la Turquie a une valeur inestimable au point de vue militaire, — a dit le chancelier allemand dans eon discours du 11 décembre 1915, — tandis qu'au point de vue économique la possibilité d'importer des denrées des États Balkaniques et de Turquie augmentera nos approvisionnements d'une façon propre à nous-réjouir. » (V. Le Temps^

LE PLAN PANGERMANISTE i07

11 décembre 1915.) On aurait tort de voir dans ces paroles Teffet d'un simple hluff dont les Allemands sont souvent si prodigues. Si les Alliés laissaient à l'Allemagne le temps de tirer de la Turquie toutes les ressources militaires et économiques qu'on en attend à Berlin les événements futurs démontreraient, avec évidence que les paroles du chancelier du Kaiser 'méritaient d'être prises au sérieux.

En somme, le plan pangermanîste de 1911 prévoyait au Sud et au Sud-Est :

Kilomètres carrés. Habitants.

L'absorption de TAu^riche-

Hongrie . 676.616 50.000.000 .

L'établissement de Tinfluence

immédiate absolue aile-

mande sur les Ëtats des

Balkans. 499.275 22.000.000

L'établissement de rinfluence

exclusive de l'Allemagne sur

la Turquie. ....... 1.792.900 20.000.000

Total ...... 2.968.791 92.000.000

Or, au début de 1916, le plan de 1911 était réalisé dans les proportions suivantes.

L'Autriche-Hongrie avait ses 676.616 kilo-

mètres carrés occupés (moins la petite superficie aux mains des Italiens) soit à peu près 100 p. 100. Dans les Balkans, étaient à cette même date sous Finfluence directe allemande :

Eiiomdlres carrés.

La Bulgarie ' 114 J05

La Serbie 87.300

Le Monténégro 14.180

Soit 215.585 kilomètres carrés représentant 43 p. 100 du total des territoires des États balkaniques.

En Turquie, Taction allemande s'exerçait à cette époque sur la quasi totalité du territoire, donc dans la proportion de 100 p. 100. Si Ton réunit maintenant les chiflres afférents aux trois groupes territoriaux visés par le plan de 1911, au Sud et au Sud-Est, on constate que l'Allemagne a réalisé son programme sur :

Kilomètres carrés.

Autriche-Hongrie 676.616

Balkans 215.585

Turquie 1.792.900

Soit au total 2.685.101

Comme le plan total visait la mainmise allemande directe ou indirecte sur 2.968.791 kilomètres carrés on constate que, considéré sous cet aspect, le but du plan de 1911 a été atteint au Sud et au Sud-Est dans la proportion de 89 p. 100, soit environ des 9/10*.

LE PLAN PANGERHANISTE 109

Or j'ai établi p. 95 et p. 101 que T Allemagne occupe ou influe au début de 1916 :

A rOuest sur 90.478 kilomètres carrés,

A TEst sur 260.000 kilomètres carrés.

On vient de constater qu'au Sud et au Sud-Est le plan allemand a été réalisé sur 2.685.101 kilomètres carrés.

Assurément, tous les 'territoires englobés dans ce dernier chiffre sont loin d'avoir la même valeur, notamment ceux d'une partie de la Tur» quie, mais, dans ce chiffre, P Autriche-Hongrie à elle seule entre pour 676.616 kilomètres carrés^ c'est-à-dire qu'elle seule représente une mainmise quiy pour être déguiséCy n'en est pas moins réelle et est infiniment plus considérable que les occupations allemandes réalisées à touest et à fest.

Il résulte nettement de ces déductions que la partie du plan pangermaniste visant F Autriche- Hongrie^ les Balkans et la Turquie^ c'est-à-dire TEurope centrale et l'Orient, constitue et de beaucoup la partie tout à fait principale du plan pangermaniste. C'est là une constatation d'une extrême importance à faire par les Alliés et pour les neutres en raison des conséquences mondiales du Hambourg-Golfe Persique qui seront exposées au chapitre V.

liO LE PLAN PANGERMANISTE

Le plan pangermaniste de 1911 (V. la carie p. 39) comportait :

1** La création d'une grande Confédération germanique devant placer sous Thégémonie absolue de l'empire allemand actuel (540.858 kilomètres carrés et 68 millions d'habitants) les territoires étrangers existant autour de l'Allemagne, lesquels constituent une superficie de 1 . 182. 1 13 kilomètres carrés et renfermant 94 millions d'habitants.

Les chiffres établis p. 95, p. 101 et p. 108 ont permis de constater que la mainmise allemande sur ces territoires s'étendait au début de 1916.

A l'Ouest sur

Kilomètres carrés.

A l'Est sur

Au Sud (Autriche-Hongrie) sur.

Soit au total sur . . .

L'Allemagne, en ce qui concerne les territoires à englober dans la Confédération germanique^ a donc réalisé son programme dans la proportion de 86 p. 100, soit à peu près des 9/10^

2* La subordination absolue à l'Allemagne de

tous les Étais balkaniques dont la superficie est de 499. 275 kilomètres carrés renfermant 22 millions d'habitants. Page 108, on a constaté que la mainmise allemande s'étendait sur 215.585 kilomètres carrés. Le programme allemand relatif aux Balkans a donc été réalisé dans la proportion de 43 p. 100.

3^ La mainmise, plus ou moins déguisée, de TAUemagne sur TEmpire ottoman, soit sur 1.792. 900 kilomètres carrés renfermant 20 millions d'habitants. Or, au débutde 1916, l'influence exclusive allemande s exerçait sur toute la Turquie. En ce qui concerne celle-ci, le plan allennand est donc réalisé dans la proportion de 100 p. 100.

Groupons maintenant les chiffres permettant de constater dans quel rapport V ensemble du plan pangermaniste de 1911 est actuellement réalisé par TAUemagne.

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