LES ETATS NEUTRES EUROPEENS
ET
(le hollandais) pour la législation etTadministration, dans l'État, TÉcole et l'Église. Le hautallemand ne sera employé que pour les affaires concernant la Confédération. Il est d'ailleurs évident qu'on l'emploiera rapidement dans le commerce et dans les sciences, mais volontairement.
« Si le Rhin devient, de sa source à son embouchure, un fleuve vraiment allemand, alors ce sont les villes commerçantes et les ports marchands bas-allemands (ou hollandais) situés près de l'embouchure qui y gagneront le plus.
« Il en résulte qu'une perspective vraiment séduisante s'ouvre pour l'avenir économique et politique des Pays-Bas, s'ils veulent devenir membres de la Confédération pangermaniste. Puissent nos cousins bas-allemands renoncer enfin à ce soin jaloux de leur indépendance particulariste que nousautres, Allemands d'Empire, avons aussi connu jusqu'en 1866 et 1870. » (V. Grossdeutschland und Mitteleiiropa uni das Jahr 1930 p. 13, Thormann et Goetsch, S. \V. Bessel-Strasse 17. Berlin, 1893.)
Donc, il y a une vingtaine d'années, les Allemands comptaient sur la persuasion pour amener les Hollandais à comprendre les beautés de la Pangermanie. Cet espoir était fondé surtout sur ce que beaucoup de Hollandais, depuis des siècles adonnés aux fructueux commercesd'outremer, songent surtout à gagner de l'argent et ont peu de goût pour les situations exigeant des résolutions belliqueuses.
Cet état d'esprit explique d'ailleurs pourquoi les Allemands ont pu assez aisément, depuis le début de la guerre, trouver en Hollande des
ravitailleurs habiles qui leur ont procuré, en dépit du blocus, des ressources de toute nature fort abondantes.
Mais, depuis 1893, les idées pangermanistes ont marché et, comme on Fa vu p. 169, le plan de 19H prévoit le passage des colonies hollandaises à la Pangermanie dans des conditions qui ne permettraient plus aux Pays-Bas de conserver la moindre illusion sur la conservation éventuelle de leur indépendance.
Or, il résulte des plans allemands de cambriolage et d'accaparement des biens d'autrui. aujourd'hui manifestes, que les Hollandais, en dépit de leur désir intense de ne pas être mêlés à la grande guerre, sont bien obligés par les événements de voir progressivement les choses comme elles sont.
A la vérité, la situation morale des Hollandais est difficile car ils sont encore actuellement « tiraillés » par deux sentiments de nature à leur dicter des décisions contradictoires. D'une part, les souvenirs historiques et les rivalités du commerce maritime continuent à leur faire redouter vivement l'Angleterre ; d'autre part, ils sont bien contraints de constater que le danger pangermaniste est devenu pour eux imminent. Il est clair, en effet (voir la carte p. 286), que si l'Allemagne consolidait sa mainmise sur la
Belgique ou si elle sortait de la guerre considérablement renforcée du fait de l'établissement de son hégémonie sur rAutriche-Hongrie, la Hollande serait fatalement contrainte, au bout de fort peu de temps, même en pleine paix, d'accepter d'être la vassale de sa formidable voisine: la Pangermanie.
Les Hollandais sont d'autant plus perplexes et hésitants avant de prendre une ferme résolution que l'attitude de leur gouvernement sur lequel, comme on sait, peuvent s'exercer des influences allemandes directes et puissantes, les déroute parfois. Ces quelques lignes du journal le Telegraaf, qui d'ailleurs valurent à leur auteur, M. Schroeder, des poursuites sous prétexte qu'elles mettaient en danger la neutralité du pays, caractérisent ainsi la situation.
« De notre côté, disait le Telegraaf, nous ne cesserons pas de combattre un gouvernement et une presse complice qui, sous le déguisement d'une « digne neutralité », approvisionnent l'Allemagne par une politique d'exportation inconsidérée d'articles de première nécessité, mettant cette dernière dans la possibilité de poursuivre la guerre et trahissant ainsi non seulement les intérêts de leur propre pays, mais aussi la cause de l'humanité ». (Gité par Le Temps, 30 mars 1916.)
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Quant à l'état d'esprit actuel général et dominant de Topinion publique hollandaise, M. Holdert, directeur du Telegraaf, qui est particulièrement à même d'exprimer une opinion qualifiée, Fa résumé ainsi :
« Chaque fois que se produira un incident pouvant amener la Hollande à prendre une grave décision, rappelez-vous, avant de formuler un pronostic, que le peuple là-bas, ne veut pas la guerre. Chez nous, le négoce, l'argent^ le gain, tout cela est considéré comme extrêmement, syprêmement, infiniment important.
« Aujourd'hui la majorité de mes concitoyens gagnent grassement leur vie. De quoi s'inquiéteraient-ils encore?
« Oiei, 80 p. 100 de la poptdation sont en faveur des Alliés. La France surtout est aimée et il est peu de choses qu'on lui refuserait si elle osait demander. Mais cette très réelle affection est comme lointaine. On tourne \\ie maintenant la page où sont imprimées les nouvelles de la guerre ». (V. Le Journal, 5 avril 1916.)
L'opinion hollandaise paraît donc stagnante, cependant, quoiqu^avec une extrême lenteur, elle évolue puisqu'elle commence à se demander si, malgré tous ses efforts et ses désirs intenses de paix, cette guerre formidable pourra se terminer sans que la Hollande y prenne part.
LE PLAN PANGEHMANISTE 291
Sans doute, les mesures militaires prises par le gouvernement de La Haye Tout été exclusivement dans le but de défendre la neutralité hollandaise. Mais des faits comme le torpillage du Tubantia font beaucoup pour augmenter le nombre de ces patriotes hollandais clairvoyants et énergiques qui, comme l'admirable et vigoureux artiste Raemaekers, admettent et proclament que rintérêt de son honneur comme de son indépendance commanderait à la Hollande de tout faire pour favoriser et hâter la victoire des Alliés.
Les visées pangermanistes du plan de 1895 sur la Suisse, sont résumées dans ces lignes :
« On peut donc laisser la Suisse choisir : entrer telle quelle ou réduite à ses cantons allemands dans l'Union douanière allemande et dans la Confédération pangermaniste ou bien faire partie de TEmpire allemand avec ses droits égaux d'État fédéré ». (V. Grossdeutschland tmd Mitleleuropa um das Jahr, 1950, p. 17, Thormann et Goetsch, S.-W. Bessel Strasse 17, Berlin, 1895.)
La Suisse (V. la carte p. 286) est donc fort nettement visée par le programme pangermaniste mais Berlin s'est toujours flatté qu'on absorberait
ce petit État, de même que la Hollande, sans avoir besoin de le contraindre directement, par voie de conséquences et comme suite de la défaite imposée aux grandes puissances européennes.
Ce qui est certain, c'est qu'avant la guerre le prestige de l'Allemagne en Suisse alémanique était si grand et l'organisation de la propagande allemande dans cette partie de l'Helvétie si parfaite qu'on y accueillit sans résistance les justifications propagées par le gouvernement de Berlin pour expliquer la violation de la Belgique.
Mais depuis une évolution lente s'est produite. Les annexions énormes que se propose l'Allemagne, la façon atroce dont elle conduit sa guerre, et notamment les horreurs prodigieuses commises en Serbie ont fini par convaincre un nombre croissant de Suisses du danger formidable que créerait une victoire de l'Allemagne pour l'Univers civilisé en général et pour l'indépendance helvétique en particulier.
L'une des personnalités de Zurich les mieux placées pour apprécier exactement la situation me résumait récemment ainsi l'état actuel des esprits en Suisse alémanique : « La plupart des intellectuels qui presque tous ont fait leurs études en Allemagne et une partie des commerçants sont seuls des prussophiles vraiment irréductibles. Ceux-là accepteraient volontiers
de voir la Suisse s'absorber dans la Pangermanie. Mais les Suisses de cette opinion ne forment qu'une petite minorité. Dans la Suisse allemande, la plupart des industriels qui, presque tous, dans les dernières années, ont énormément souffert de l'âpreté de la concurrence allemande souhaitent, une défaite de l'Allemagne qui serait conforme à la fois à leurs sentiments libéraux et à leurs intérêts en rendant dans l'avenir moins fiévreuse et moins pénible la direction de leurs industries. Quant à la masse populaire des Suisses alémaniques, et c'est là le point important, elle n'est nullement prussophile comme on le croit à tort en France. Elle est suisse avant tout. »
Les Suisses en sont arrivés à conclure qu'ils doivent défendre leur neutralité contre le premier de leurs voisins qui violera leur frontière. Les Alliés ne souhaitent ni mieux ni davantage.
Ils souhaitent seulement que les Suisses se rendent de plus en plus nettement compte de cette vérité : devant les formidables ambitions pangermanistes, la victoire des Alliés est une condition nécessaire du maintien de la Confédération helvétique.
La carte ci-contre résume et rappelle les prétentions pangermanistes de protectorats allemands directs sur le sud de TAmérique tels qu'ils ont été prévus par le plan de 4911. (V. p. 171.)
Il est important de constater que les visées allemandes sur rAmérique du sud ont commencé précisément à Tépoque où les nations européennes s'inclinant devant la doctrine de Munroe ont renoncé vers 1898, date de la guerre hispano-américaine, à toute main mise territoriale sur le Nouveau-Monde. Or, c'est justement à cette époque que les pangermanistes berlinois songèrent à préparer la future extension jusqu'au cap Horn de la puissance des Hohenzollern. N'y a-t-il pas là un fait s'ajoutant à tant d'autres pour démontrer l'esprit conquérant et agressif, l'ambition sans bornes qui animent l'Allemagne de Guillaume II?
La préparation des réalisations pangermanistes dans l'Amérique du Sud a été, comme partout ailleurs, menée par les organisateurs du mouvement pangermaniste avec la plus grande méthode.
Apres avoir ainsi établi leur plan de 1895, ils procédèrent à un véritable inventaire de tous les
LE PLAN PANGERUANISTE
Allemands existant sur le globe afin de discerner parmi ceux-ci quels étaient ceux plus spécia
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LE PANGtR/WANISME